Le garçon et la bête. Le bon, la brute et pas de maman.

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Faut-il aller voir Le Garçon et le Bête ?

C’est l’histoire d’un monstre patibulaire avec un gros katana et un cerveau à trou. Il décide de recruter un petit con pour en faire son apprenti. Mais en terme de mauvais caractère, le môme n’a rien à apprendre.

Peut-on s’aimer en se criant dessus ? Faut-il hurler sur son père pour devenir un homme ? Et en l’absence de père, faut-il confier les enfants à un monstre velu armé d’un sabre ?

Pas sûr que ce film réponde à ses questions. Pas sûr qu’il les pose d’ailleurs. Mais, comme tout bon film d’animation japonaise, Le Garçon et la Bête ne se contente pas de raconter une histoire pour faire rigoler les petits et leur vendre des figurines, comme ces enculés d’américains.

Sans dec’, la prochaine Reine des neiges que je croise, je la lance par la fenêtre (sauf si c’est ma demi-belle-petite-soeur, qui est un ange).

Le sujet du film, ce ne sont pas les combats de katanas, les mondes parallèles ou la symbolique des baleines chez les hommes perdus (attention quand même, le film se permet de spoiler Moby Dick). Le sujet du film, c’est le père, le fils, et leur impossibilité chronique à se dire “je t’aime”, sans le camoufler derrière une tape virile ou une crise d’adolescence.

Vous en faites pas, j’ai fini la mienne. C’est un blog, pas un journal intime.

Mais c’est ce que le film raconte, à peine caché derrière une histoire classique -et très bien écrite- de maître et d’élève au royaume des animaux ninjas. C’est drôle, rythmé et formidablement bien animé. Visuellement visionnaire, le film n’atteint peut-être pas la poésie du maître absolu, mais le mélange de dessins, de numérique et d’images filmées fixe un nouveau standard et surpasse de loin le précédent film d’Hosoda.

Malheureusement, on en retrouve aussi les défauts, assez récurrents de l’animation japonaise : passages larmoyants, hurlements interminables et l’habitude désagréable de décrire ce qui est évident (“Il a disparu !” Ben oui on a vu…), au risque de casser la magie.

Pas grave. A l’échelle de Disney, c’est déjà le Space Mountain.

En Bref : Il faut aller voir Le garçon et la bête. C’est ce qu’on a vu de mieux en provenance du Japon, depuis que Miyazaki a posé son crayon. Comme souvent dans l’animation nippone, le réalisateur ne se cache pas derrière les aventures et les blagues pour s’abstenir de penser. Et il le fait bien

Dommage qu’il n’ait pas coupé son joli film d’un dernier quart d’heure un peu chargé en huile de baleine. Et en même temps, même Moby Dick, c’est parfois un peu indigeste.

Parfois il faut faire beaucoup de bruit pour dire des choses très simples.

Gaz de France. Dandy manchot.

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Faut-il aller voir Gaz de France ?

C’est l’histoire du président, qui est un con. Il dit n’importe quoi. Et après tout pourquoi pas ? Chauffe-eau. Singe. Philatélie. Politique.

L’absurde se sépare en trois catégories :

1. L’absurde non maîtrisé, qui ambitionne de faire rire, mais n’en a pas les moyens (e.g. “Je mange des caleçons dans du miel, ahah”) Pour le reconnaître : facile, il est rarement assumé par son auteur, qui se croit obligé de le compléter d’un “Je dis n’importe quoi !” qui achève de niquer l’ambiance pourrie, de cette soirée de merde, où t’aurais jamais dû aller, de toute façon, parce que y’a que des cons.

2. L’absurde maitrisé, qui ambitionne de faire rire et y parvient (e.g. “C’est un merveilleux violoniste amateur, bien qu’il ne sache pas lire la musique et ne sache jouer qu’une seule note” ou à peu près n’importe quel autre extrait des bouquins de Woody Allen). Pour le reconnaître : facile, il te fait pleurer de rire pendant que ton voisin se demande “c’est quoi la blague ?”. Ou l’inverse.

3. L’absurde revendiqué, qui n’ambitionne pas de faire rire et encore moins de faire la vaisselle (e.g. “Oui… heu… Oui… Oui oui… heu…”) Pour le reconnaître : facile, il porte une petite moustache. C’est Benoit Forgeard.

Et pourtant, le réalisateur branché maîtrise l’absurde comme personne. Et lorsqu’il veut être drôle, votre estomac passe un sale quart d’heure. Dans son premier long-métrage, il racontait n’importe quoi pendant une heure et demie, gravée pour toujours dans mon cerveau comme un grand monument de what the fuck.

A l’époque, le Règne s’extasiait et pondait ça : “Loin de nous assommer avec une métaphysique à la con, Benoît Forgeard semble n’avoir qu’un but : surprendre le spectateur et le faire marrer.”

Mais Forgeard à forgé. Il est devenu forgecon. Désormais, il tente de nous débiner une réflexion moisie sur le storytelling en politique, l’instinct de survie en bunker et l’étrange passion des vieux pour le savon. C’est mou, lent, prétentieux et dandy à crever. Bon acteur, au phrasé si fascinant, Forgeard décide de se donner le rôle d’un muet, oubliant au passage de diriger certains dialogues auxquels personne ne croit, à commencer par les acteurs.

De temps en temps, le réalisateur arrête de prendre la pose, pour faire des vraies vannes. Souvent, elles sont noyées par un rythme à contre-temps et l’interprétation fantômatique de Philippe Katerine. Mais à deux ou trois reprises, on rigole de bon coeur, et ça fait du bien.

Mais le reste du temps, qu’est-ce qu’on s’emmerde…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gaz de France. C’est creux, pas très beau et beaucoup trop occupé à se regarder dans le miroir de sa propre originalité pour s’abaisser à faire rire le spectateur ou à lui raconter une histoire.

Dommage, car les talents multiples de Benoît Forgeard ne font aucun doute. Au dernier tiers, une admirable scène de discours à deux voix monte très haut au-dessus du niveau de la mer.

On crierait au génie. En espérant le réveiller.

 

The Affair. Trompe la mort.

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Faut-il acheter la première saison de The Affair en DVD ?

C’est l’histoire d’un mari exemplaire qui part à la mer chez son beau-père. Il rencontre une femme qui n’est pas sa femme. Et il la trouve jolie.

C’est l’histoire d’une femme anéantie qui fait du vélo dans la vie. Soudain elle tombe amoureuse d’un homme. Mais ce n’est pas du tout son mari.

Putain. Je vais pas y arriver.

D’habitude, je sors du cinéma avec mes punchlines en poche. Je rentre au Plaza, j’ouvre le Règne et je déroule mes petites métaphores pépouze, en grattant les oreilles de Fyodor, mon tatou domestique.

Mais une fois tous les huit mois, j’aime vraiment le film. Et c’est le drame.

Quand j’aime vraiment, je passe des heures devant une page blanche à me saouler au Cointreau. La plupart du temps, je finis sur le balcon à siffler du Sardou en pissant sur les bourgeois.

Aimer c’est trop dur.

Détester, moquer, vilipender, c’est facile, plutôt cool même. C’est cathartique, libérateur et, si j’en crois les lecteurs, c’est fédérateur. Mais aimer, c’est un peu se foutre à poil. C’est pour ça que les régimes totalitaires ont toujours bien fonctionné dans les pays du nord, comme par exemple l’Allemagne. Il y fait trop froid pour aimer bien.

Cache tes yeux, Marie-Cécile, le Règne va te montrer son zizi.

L’histoire, elle est pourtant désespérément classique : Boy meets Girl, comme toujours. Sauf que Boy et Girl sont mariés avec une Wife et un Husband. Boy a des Children et une Step-Family mortifère. Girl a des coupures sur la cuisse et des problèmes en général. La vie…

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est ici : The Affair est la série la mieux écrite que j’ai vu depuis The Wire. C’est à dire qu’elle est assise à la droite du père, à un niveau céleste, qui fout des complexes au cinéma.

Pourtant, vous n’y trouverez aucun des petits artifices qui font le succès des séries : pas de cliffhanger à la 24h, pas de stylisme à la mode Sundance, pas de retournement surprise, quedalle. The Affair ne se bingewatch pas. On ne boit pas du Château Latour comme on engloutit du Beaujolais.

L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue, mais de trouver la justesse. L’équilibre subtil. Le “it”. Ce truc un peu désuet, l’amour, qui renverse l’équilibre du monde sans qu’on n’y comprenne rien.

Pourquoi un papa gâteau et une épouse comblée mettent-ils leurs existences en péril ? Faut-il être dingue pour préférer une inconnue à la femme qu’on aime ? Sur ce sujet, on a tout écrit, tout dit, tout filmé. Comment faire dire “I love you” aux personnages sans sentir le violon à plein-nez ? Comment filmer pour la centième fois ce qui doit être un premier baiser ? Et comment raconter la passion, préemptée par les pubs pour le café ?

Il fallait un talent fou de dialoguiste pour réussir à nous raconter cette vieille histoire sans se planter. Et, crois-le ou non, mais lorsque la phrase sus-citée finit par enfin résonner, c’est le plus beau “I love you” que tu n’entendras jamais au cinéma. Car c’est bien là que nous sommes, même s’il n’y a pas de strapontin rouge au bord de ton canapé.

Malgré tout, une belle réplique n’est rien si elle est dite par Virginie Ledoyen. C’est là que The Affair touche au sublime : chaque acteur y campe le meilleur rôle de sa carrière. Parce que le casting est parfait, poli par deux des meilleurs acteurs de The Wire et dominé par Ruth Wilson, comédienne phénoménale, capable de faire passer une dizaine d’émotions sans dire un mot. Quand on en aura marre de filer l’oscar à Cate Blanchet, il faudra se rappeler de son nom.

On pourra aussi créditer les nombreux chefs op et réalisateurs de chacun de ces dix épisodes, dont le travail magnifie l’histoire, sans jamais chercher à se caresser le nombril. Même le générique hypnotise, rejoignant celui de True Detective dans la petite écurie des séries qui s’impriment à jamais sur la rétine. Et je ne parle pas des décors : comme n’importe quel admirateur d’Eternal Sunshine, je me mets à baver quand j’entends “Montauk”. Une plage, un phare… Qu’est-ce que tu veux ?

Voilà.

Je suis débout sur mon clavier. Tout nu. Tout le monde est gêné.

Et moi aussi, parce que je me suis fait avoir. A la fin du 9ème épisode, j’avait déjà la trompette à la main, prêt à sacrer la série comme la meilleure de tous les temps. Et j’ai pris un coup de couteau. Lourdaud, mal écrit, hypocrite et ouvrant cette histoire de moeurs vers la piste obscure du thriller, le dernier épisode a rompu le charme. Un morceau de bacon sur une robe de soie.

Tu quoque, mi scenarii. 

En Bref : Il faut te ruer sur la saison 1 de The Affair, l’offrir à tous tes potes, à ta famille, à ta Juliette et à tous ses amants. Parce que lors des nuits d’insomnies où tu te promènes dans tes histoires d’amour passées, il y a toujours de la beauté dans le moment où ton coeur s’est brisé. Une mélancolie, un nuage, sur lequel tu flotteras pendant neuf épisodes éblouissants.

L’écriture, parfaite, évoque les grands romans américains, et leurs héros amers qui soliloquent sur les plages de Long Island. The Affair ne te raconte pas d’histoire, elle t’en fait vivre une. Et elle re rappelle à quel point la vie est vivante, à quel point les larmes sont mouillées et les sourires lumineux.

Et puis… il faut bien préparer l’intrigue d’une deuxième saison. C’est là que le dixième épisode survient en hurlant, comme ton cousin Basile au nouvel an. Comme la fille de tes rêves quand elle a glissé sur la peau de banane de ta désillusion.

Merde. J’étais amoureux. Pourquoi tu m’as montré ta carte des Jeunes Pop’ ?

Utopia. Brit propre.

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Faut-il acheter la première saison d’Utopia en DVD ?

C’est l’histoire d’une bande de losers qui courent après une bd censée contenir le secret de la fin du monde, ou un truc comme ça, pendant que le gouvernement massacre des hectolitres d’innocents en partenariat avec une entreprise pharmaceutique mafieuse toute-puissante.

C’est tourné en scope, étalonné comme un clip death-metal pour enfant et ambiancé par une rengaine drum n’bass hyper acide et obsédante. Dés le premier épisode, un mec se fait mettre du sable dans les yeux, avant de se les faire sauter à la petite cuillère. Face à lui, un type en K-Way lui pose la même question 150 fois, avec la voix d’un pilier de bar de Newcastle et la gueule qui va avec.

C’est une série anglaise.

Maintenant lapin, tu condenses ça dans ton petit dossier, et tu vas sonner chez les télévisions françaises avec ton grand sourire et ton absence de réseau.

Que va-t-il se passer ?

Qui peut le dire ? Peut-être que la télévision française galère parce qu’aucun scénariste n’est assez barré ou courageux pour entrer chez Delphine Ernotte avec un truc pareil sous le bras. Peut-être que les producteurs s’autocensurent. Peut-être aussi que la télé anglaise dispose de budgets conséquents parce qu’elle n’a pas besoin de sous-titres pour s’exporter dans tout la planète. Peut-être (et j’en sais quelque chose) que si tu ne connais personne, tes scénarios passeront directement des mains du facteur à ceux de l’éboueur.

Ou peut-être que la télévision française parie depuis trop d’années sur la ménagère et le troisième âge pour leur vendre des monte-escaliers et des mutuelles hors de prix. Pas un public pour Utopia, certes.

Mais quel est l’avenir d’un média dont le coeur de cible aura disparu dans vingt ans ? Faut-il calquer la création télévisuelle sur le business-modèle des pompes funèbres ?

J’en sais rien. Je m’en fous. De toute façon vous êtes pas venus entendre mes élucubrations prophétiques sur l’avenir de la télé. Heureusement qu’elle ne parie pas sur moi d’ailleurs, parce qu’elle ne foutera jamais les pieds à côté de ma cheminée prussienne.

Utopia n’a pas seulement le courage de raconter une histoire complètement frappée, hyper originale et rythmée comme une free-party. Avant tout, la série anglaise est devenue le maître étalon du style à la télévision. Plans larges hypnotisants, profondeur de champ infinie ou hyper réduite, cadrages pensés, lumière sublime… Bien au-delà des décadrages élégants mais prétentieux de Mr. Robot, Utopia représente la quintessence de la manière dont il faut utiliser une caméra : chaque plan est une idée.

Sur le fond, la série démarre comme une balle dans un colt : très vite et au milieu d’une explosion. C’est fascinant. L’ennui de commencer à ce rythme, c’est qu’il faut le tenir. Maniant avec habileté la surprise, la fausse-piste et les retournements de situation, le showrunner Dennis Kelly s’en tire pas trop mal, même si certains artifices finissent par devenir automatiques (Jessica passe une saison à menacer à peu près chaque personne qu’elle croise de lui arracher la glotte et le pauvre Michael Dugdale se fait trahir à chaque épisode…)

Sur le fond du fond, tout cela manque un peu de tendresse. La tentative maladroite d’histoire d’amour peine à surnager entre la drogue et les massacres et, de manière générale, les psychologies des différents personnages n’évoluent pas. Malgré tout, la saison retombe sur ses pattes lorsque les méchants évoquent leur but final et qu’on est bien obligé de reconnaître qu’ils n’ont pas complètement tort…

En Bref : Il faut acheter la première saison d’Utopia en DVD. Visuellement, c’est aussi puissant que les Télétubies réalisées par David Lynch, et sur le fond, c’est aussi sombre et malsain que l’inconscient de Walt Disney après une cuite au Sans Plomb 95.

A tel point qu’une adaptation américaine a été envisagée un temps par HBO, avec David Fincher derrière la caméra. Ils ont finalement abandonné, officiellement pour des raisons de budget.

Mais en vrai, ils trouvaient juste pas comment faire mieux…

Le Nouveau. La guerre des moutons.

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Faut-il aller voir Le Nouveau ?

Je m’en rappelle comme si c’était hier.

Des petits malins prétentieux, des petites bourgeoises méprisantes, des mecs un peu sales habillés comme leur sac, quelques Juliettes, avec des grands yeux myopes qui t’ignorent et tout un tas de connards. Ils le regardent, comme une armée de vélociraptors devant un bébé loutre. Le nouveau.

Tous vivent dans la crainte, mais aujourd’hui ils sourient. L’exclusion, leur plus grande peur, vient de trouver son remède universel : le mec debout devant toute la classe, avec une tête de victime. L’exutoire rassembleur. Le premier qui lui enverra une vanne aura la certitude d’en être. Tout le monde trouvera ça un peu cruel, mais tout le monde rira. Dés le collège, on comprend que l’amour des autres, c’est d’abord une histoire de haine commune.

Moi ça va. Et vous ?

Ma psychanalyste est parti à la Barbade avec sa secrétaire et une partie de mes séances pré-payées. En attendant qu’elles reviennent, je me permets de vous livrer mes souvenirs d’adolescence. Le Nouveau en a fait remonter pas mal.

Wait a minute.

Le Règne de l’Arbitraire ? Le hater le plus acharné contre la comédie française ? Le fossoyeur des scénarios mous ? Le mec qui parle de lui à la troisième personne ? DEVANT UN FILM POUR ADO AVEC MAX BOUBLIL ?

Certes. Emporté par l’esprit de la Noël, j’ai cru bon d’aller m’infliger une bonne vieille teen-comédie franchouillarde. Et vous savez quoi ? J’ai kiffé.

Au départ, on voit pourtant venir les clichés comme des chevals au galop. Petit blondinet arrive dans classe, moqueries des garçons méchants, jolie petite brune… Allez… Mais pas du tout. Sans être aussi déprimant que l’introduction de cet article, Le Nouveau traite la post-adolescence sans compromis, ni complaisance et avec une certaine justesse.

Soyons francs, on ne s’étouffe pas de rire avec sa langue, mais on sourit pas mal. Les dialogues sont cons, lourds, politiquement incorrects et souvent osés. Discret, moins bête que d’habitude, Boublil porte très bien le costume de l’oncle trop cool pour être vieux.

Et derrière les ressorts de cette comédie sympathique, il y a aussi un décalage. Quelque chose d’assez pur sur l’instinct grégaire adolescent et l’acceptation de l’exclusion. Ou pour faire simple : on est toujours mieux avec des amis moches qu’avec des potes cools.

C’est pas grand-chose, je sais. Mais à 14 ans, c’était mon code d’honneur.

En Bref : Il faut aller voir Le Nouveau. Parce que c’est drôle, bien vu et plutôt subtil dans sa bêtise assumée. Parce que ça vous renverra à l’époque des sacs Eastpak, des pulls Bullrot et des Globe délassées, tout en vous rassurant, sur le fait que c’est fini.

Et aussi, pour le casting incroyable de petits cons rassemblés par le réalisateur, mention spéciale à Guillaume Cloud Roussel, superbe loser appareillé et Eytan Chiche, tellement crédible en petit con que je plains ses parents.

Tant pis s’il a aussi engagé une fille de 21 ans censée en avoir 14 et le chanteur de J’aime les moches. Au moins, il s’est bien intégré.

Les huit salopards. Huit clos.

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Faut-il aller voir Les huit salopards ?

Chez les critiques cinéma il existe un tabou. Un truc un peu sale, un peu honteux, qu’ils n’avoueront que sous la torture ou sur l’oreiller :

Prendre du plaisir au cinéma.

Le Critique n’est pas là pour s’amuser. “Le cinéma est un art de combat, une pensée morale et surtout un geste politique !” aime-t-il plastronner. Ensuite, il monte sur la table, citant les films de Debord, de Godard et d’un russe au hasard, allez, Swarovski. Puis il va voir le prochain Tarantino.

Là, dans l’obscurité, à l’abri des regards, le Critique s’amuse. Parce que c’est rigolo les cow-boys qui se tirent dans les roubignoles et parce que le cinéma, c’est aussi des shérifs qui s’acharnent, des punchlines qui tabassent et des chevals qui galopent. Et Tarantino, c’est exactement ça, mais c’est pas beaucoup plus.

Empourpré, le Critique sort en cachette, tentant de dissimuler son enthousiasme derrière un livre d’André Bazin ( “Ontologie et cinéma”). Mais son visage respire la culpabilité : il a pris du plaisir. Ce soir, il s’infligera l’intégrale de Fassbinder en implorant le pardon. Mais d’abord il faut écrire. Et quoi ? Qu’il a bien rigolé ? Que le suspens est trépidant ? Que la violence est graphique ?

Allons… Quand un Critique prend du plaisir devant une série B, il est obligé de relever le niveau, sinon c’est lui qui passe pour un idiot.

“Un grand film enragé et engagé, vindicatif et réflexif (…) son film le plus mature. Peut-être le plus idiosyncratique” postillonne Cinéma Teaser. Et Transfuge de renchérir, y voyant “une psychanalyse des Etats-Unis” qui “fixe sur pellicule les vibrations délétères du grand trou noir de l’Histoire américaine”. Fidèle à lui-même, Libé a reconnu “la figure de l’idiot dostoïevskien”. A peine au-dessus des Inrocks, qui y trouvent “une torpeur et une sorte de placidité analytique”.

Que veut nous dire l’article ?

Que, vingt-quatre ans après Reservoir Dogs, les critiques pensent encore que Tarantino fait semblant d’être con. A voir… Avec tout le respect que j’ai pour Quentin, son dernier film n’est pas une introspection freudienne, une relecture américaine de Spinoza ou une adaptation filmée des toiles de Jérome Bosch.

C’est un western.

Des taiseux avec des chapeaux qui parlent pendant des heures avant de s’entretuer à bout portant. Chapeaux mis à part (où remplacés par des bérets Kangol), Tarantino fait des westerns depuis le début de sa carrière. Les Huit Salopards est loin d’être le plus mauvais.

Moins foutraque et interminable que Django, moins inégal qu’Inglourious Basterds et moins jemenfoutiste que Boulevard de la mort, ce gang de salopards semble presque sage dans la filmo de QT. Moins obsédé par les gimmicks, les anachronismes et les citations à outrance Tarantino se concentre sur le thermomètre : la tempête se glace, la tension monte et, dans la salle, il fait de plus en plus chaud.

Pan !

Après un début élégant mais pas très bien dialogué, Quentin envoie la purée avec la finesse qui le caractérise. Comme d’habitude, on se sert au bar : violence gratuite, monologues dégueulasses et ironie grinçante. La mise en scène regorge d’idées et le réalisateur se permet tout, jusqu’à une formidable scène de guitare et d’empoisonnement. Tous les acteurs cabotinent, on rigole bien et puis c’est fini.

On sort avec la banane parce que c’était cool. On se remémore quelques bonnes scènes en tirant sur nos vaporettes et on rentre dormir au Plaza Athénée. Le lendemain, on a tout oublié.

C’était sympa, assez génial. Comme une soirée en boîte, avec des copains, un super DJ et des cocktails délicieux. Une soirée super dont on est revenu ivre et un peu seul.

En Bref : Il faut aller voir Les Huit Salopards. Contrairement aux bégaiements de la critique, ce n’est pas une analyse pertinente de la société américaine, mais un putain de western, malin, osé, intense et, dans sa dernière minute, presque joli.

Mais au-delà des acteurs formidables, des très beaux plans et des jeux de regard et de temporalité, Quentin s’assèche un peu avec l’âge. Que reste-il de la fragilité troublante de Jackie Brown ? Où sont passées les larmes de Beatrix Kiddo à son réveil dans Kill Bill : Volume 1 ? Et son regard bouleversant dans le Volume 2, alors qu’elle retrouve Bill accompagné d’un personnage inattendu ?

Disparus.

L’émotion, la tendresse, le désir, l’amour… Seuls restent la haine et la vengeance, flottants sur des litres d’hémoglobine et d’amertume. Après tout, ces huit personnages peuvent bien vivre ou mourir, on s’en fout un petit peu. C’est juste une bande de salopards.

Le bureau des légendes. La guerre en série.

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Faut-il télécharger légalement Le bureau des légendes ?

Malotru rentre de Syrie. Il enlève sa veste, sa cravate et ses pompes. Il enlève sa carte bancaire, son téléphone et son passeport. Il enlève son métier, son nom et une partie de son coeur.

Il est tout nu. Et il a froid.

Comment ils font, en vrai, les espions ? Comment mentir sans cligner des yeux ? Comment mentir à son patron, à ses amis, à la femme qu’on aime ? Et surtout, comment s’arrêter de mentir, lorsqu’on ment si bien ?

Plus grave : est-ce qu’on peut réaliser une bonne série, si on ne s’appelle ni David Simon, ni Vince Gilligan ou Alan Ball… mais seulement Eric Rochant ?

Normalement, on aurait tous rigolé en se lançant des parpaings au visage (on fait souvent ça, dans la rédac du Règne), mais depuis Dix pour cent, c’est moins marrant, on ne peut plus se foutre de la gueule des séries françaises comme avant. Le Nouvel Obs l’a écrit, l’info a donc au moins trois ans : la France commence à faire des putains de séries.

L’idée du Bureau des légendes est plutôt cool : si on enlève la vodka, le martini et les noeuds papillons, que reste-il aux espions ? La réponse tombe comme une taxe d’habitation, toujours surprenante, toujours décevante. Sans le glamour de James Bond, il reste des vieux PC sous Windows 98, une poignée de Nokia 3310 et des Peugeot 106. Damn…

Dés les premières images, on comprend que ça ne va pas être sexy. L’image est délavée, les regards cernées et les seules taches de couleurs que vous apercevrez sont les cravates “déconne” de Jean-Pierre Darroussin. La série a beau mettre en avant son ultra-réalisme, m’est avis qu’on ne l’exportera pas autant que les autres, à part peut-être en Hongrie, et encore.

C’est moche, okay, la vie aussi parfois. Mais le problème, c’est que c’est aussi un peu con. “Vous voulez savoir s’il l’encule ou s’il lui met juste un doigt dans le cul ?” demande l’un des espions à son patron, avant de mettre une chambre sur écoute. Personne ne rigole, personne n’est choqué, mais le spectateur regarde ses pompes, en espérant que le service militaire se termine vite.

Plus tard, les scénaristes tentent de remonter le niveau lorsque deux gorilles attendent leur cible devant un hôtel, où il est en galante compagnie : “Tu crois qu’il fait quoi ?” demande Ducon, “T’as vu l’Empire des Sens ?”, répond Lajoie.

Subtil.

A vrai dire, je ne sais pas si c’est mal écrit, mal joué ou seulement mal dirigé, mais à l’écran, c’est terrible. A l’exception de Darroussin, Kassovitz et Drucker, qui jouent tous parfaitement, tout le reste des dialogues sonne affreusement mal. On n’y croit jamais, et quand on y croit, on s’en branle.

Dommage, parce qu’il y a quelques retournements de situations intenses, une jolie histoire d’amour syrienne et une occasion en or de découvrir l’envers des services secrets.

Mais par pitié, remettez-les à l’endroit.

En Bref : Il ne faut pas télécharger légalement la première saison du Bureau des Légendes. C’est moche, c’est mou, et si la trame narrative est loin d’être mal construite, elle est trop fade et mal dialoguée pour être supportable pendant neuf longues heures.

Je suis dur. Jusqu’à présent, les séries françaises, c’était Mimi Mathie qui claque des doigts et des kilomètres de flics mous du gyrophare. On est content de voir que le monde du cinéma arrête de mépriser la télé, ravi de voir des types comme Kassovitz dans des séries et enthousiaste de constater que les scénaristes commencent enfin à être respectés.

Alors foirez pas tout, les mecs. Sinon vous retournez tous vivre à Marseille.

Star Wars VII. Laser mi.

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Faut-il aller voir Star Wars VII : Le Réveil de la Force ?

Qu’est-ce vous voulez que je vous dise ?

Que le cinéma c’est du marketing ? Que les budgets sont inversement proportionnels au talent, et que les budgets augmentent ? Que de toute façon, le talent, George Lucas n’a jamais croulé dessous ? Que Disney est une secte qui nous lobotomise en musique depuis 50 ans ?

Vraiment ?

Vous voulez que je vous fredonne une attaque gratuite contre Hollywood pour la cinquantième fois ? Vous attendez que je vous répète tout le mal que je pense de JJ Abrams ? Que je vous serine encore une fois que les fans sont des veaux et que les geeks sont des tâches ?

A quoi bon ?

J’ai six ans. Depuis dix jours. Et je me sens vieux. Depuis décembre 2009, je combats le cinéma industriel, les comédies franchouillardes et les auteurs prétentieux. Toujours les mêmes. Et tel un sanglier hermaphrodite dans un monte-charge, je suis à court de métaphores. Je me sens comme Sisyphe, redescendant sa montagne, pour pousser des critiques dans le désert. Mais dans le désert, personne ne vous entend critiquer.

OKAY ?

Reprenons. Bonne année, lapin. Pour ouvrir 2016, je te propose d’accueillir un invité exceptionnel.

“Salut les wookies !”

Bonjour JJ. Assied-toi et prends ton crayon. Range moi ce doigt, tu ne trouveras aucune réponse à l’intérieur de ton nez. Alors, explique-moi, lapin, comment fait-on un bon film ?

“En faisant de jolies images ?”

Certainement, JJ, d’ailleurs il y a quelques beaux plans larges dans ton Star Wars 7 : des carcasses de vaisseaux, une colline enneigée et… Et c’est déjà pas mal. Les plans sur le soleil couchant, tu les as pompés sur la première trilogie, mais après tout, un artiste est un bon copieur, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre. Quoi d’autre ?

“En… choisissant des bons acteurs ?”

Bravo JJ ! Ton actrice principale est merveilleuse. C’est Keira Knightley après une greffe de charisme. Mieux, c’est le premier personnage féminin intéressant, sans tresse et pas trop niais de toute la saga Star Wars. Bravo JJ ! Si on était 1954, je dirais que tu es un progressiste !

“Merci ! Ça veut dire j’ai bon ?”

Pas complètement mon pote, John Boyega a le charme d’un plat de nouilles, Carrie Fisher n’arrive pas à croire qu’on vient de lui filer un rôle et Harrison Ford joue avec la conviction d’un mec qui fait la queue chez Pôle Emploi (mais c’est un peu le cas, au fond). Même Adam Driver tu l’as raté ! Hypnotisant dans Girls, il ressemble à un adolescent ébahi à l’aube de sa première érection. Comme méchant flippant, tu pouvais trouver mieux.

“Mais il y a quand même des supers personnages animés !”

Oui lapin, tu féliciteras tes informaticiens, ils ont bien travaillé : BB8 est un joli petit robot mignon et il y a quelques éléphants rigolos, mais pour ton gros méchant pompé sur Voldemort, tu aurais pu faire un effort. Tu n’as pas fini, qu’est-ce qu’il te manque ?

“DES ZEFFETS SPECIAUX !!!”

D’accord JJ, rassied-toi je t’en prie. C’est bien les zeffets spéciaux, on n’est pas là pour voir du Haneke, mais ça ne te dispense pas d’avoir des idées. Les pieuvres à dent de scie, les combats mous du gland et les courses spatiales de Playstation, ça sent un peu le renfermé par exemple.

“Mais dans le premier y’avait…”

Je sais. T’as tout fait comme dans le premier. C’est très gentil de lui rendre hommage, mais tu sais, c’est loin d’être le meilleur. Je ne te demande pas d’inventer, mais tu aurais pu copier des choses plus récentes, non ? On a quand même eu quelques idées de mise en scène, depuis 1977 !

“De mise en… ?”

Scène. Mise en scène. Ton métier. Allez, il te manque encore un élément essentiel pour faire un bon film. Concentre-toi.

“Heu… La 3D ?”

Non JJ, ça c’est pour permettre à ton producteur de doubler ses marges en explosant la rétine du Règne. Il manque un autre ingrédient. Quelque chose de très simple, qui te manquait aussi dans Lost ?

“Les… Références au premier…”

J’ai dit non JJ ! Tu emmerdes tout le monde avec le premier ! Tu croyais vraiment que les spectateurs voulaient revoir Chewbacca miauler dans le Faucon Millenium ? Qu’il fallait faire revenir ce putain de C3PO ? Le masque noir qui respire fort et étrangle ses potes à distance ? Les X-Wing ? Les Ti-Fighter ? Même l’Etoile Noire, bordel, c’est la même JJ ! C’est pas une suite ton film, c’est un remake !

“Mais… Les fans…”

On leur pisse à la raie aux fans ! C’est des malades qui traitent leurs troubles obsessionnels compulsifs en collectionnant les brosses à dent R2D2 ! Les fans ne font pas vivre les oeuvres, JJ, ils les noient sous leur bave pavlovienne. Si tu veux t’en faire, des fans, fait juste un BON FILM ! Et je le répète une dernière fois, JJ, QU’EST-CE QU’IL TE PUTAIN DE MANQUE ?

“Des… Des effets plus…”

ARRÊTE AVEC LES EFFETS !

“Jabba the Hut ? Bobba Fet ?”

… JJ…

“…” 

Non ?

“Un caméo de George Lucas ?”

“Du sexe ?”

Un scénario JJ. Un film c’est un scénario. Pas une suite de gimmicks piqués un peu partout et des clins d’oeils à s’en fracturer les paupières. Et dans un scénario, lapin, y’a des dialogues. En regardant Han Solo et Leïa bégayer leurs répliques pétées, j’ai frôlé l’AVC à deux reprises.

“Si t’avais raison, y’aurait plus de visiteurs sur ton blog que de monde devant mes films.”

Va chier, JJ.

En Bref : Il faut aller voir Star Wars : Le Réveil de la force. De toute façon, vous ne m’avez pas attendu pour y aller. On vieillit, mais il ne faut pas cracher sur notre enfance, l’actrice principale est excellente et puis, compte tenu de ce que JJ Abrams a fait subir à Star Trek ou Mission : Impossible, son dernier film est clairement le moins raté.

Mais Dieu, qu’il est mauvais. Horriblement mal dialogué, jamais fun, excitant ou simplement mis en scène et gavé jusqu’à la glotte de références à lui-même… Si les fans sont des veaux, Star Wars 7 est une gigantesque mamelle.

La seule bonne nouvelle, c’est que la prochaine fois, on têtera celle de Rian Johnson, le génie derrière Looper.

Meuh.

Mia Madre. Deuil another day.

Faut-il aller voir Mia Madre ?

J’étais peinard dans mon canapé, divaguant sous codéine, en train de rater ma piqûre pour la troisième fois, lorsqu’un fantôme est venu me rendre visite. “Κρίνει φίλους ὁ καιρός”, ânonna le spectre. C’est ainsi que je reconnu l’âme errante des Cahiers du Cinéma. Vous l’avez peut-être déjà croisée : elle claudique en bégayant du grec dans le Quartier Latin depuis la mort de la Nouvelle-Vague (qui surgit tragiquement, juste après sa naissance).

“Sinistre éclopé, souffla le fantôme. Tu es en train de rater le plus grand film de l’année”. Il brandissait devant moi son magazine, où l’on pouvait discerner le classement des films les plus chiants de 2015, comme chaque année. “Le numéro 1, c’est une dinguerie”, précisa le spectre dans un nuage de Spritz et le café – il avait encore passé sa nuit à hanter le Café de Flore.

Tremblant de peur, j’essayais de garder mon sang-froid : “Tu parles du Moretti ? Un film sur la mort et le cinéma en Italie qui a fait tousser cinq critiques à Cannes ? Tu veux tuer les dix lecteurs qu’il me reste (bonjour maman !) ? Les gens s’en foutent de Nanni Moretti ! Ils veulent du James Bond ! Ils veulent du Star Wars !” Je n’allais pas me laisser impressionner par ce poltergeist ringard : chaque année il essaie de me faire voir un film d’Apichatpong Wheerasethakul.

“Même si ma jambe me permettait de marcher jusqu’au cinoche, je sais déjà ce que j’y verrais, enchaînais-je. Un film sans enjeu, où les personnages flottent un peu, sans vrai fil conducteur. L’image serait aussi plate qu’une soirée sur France 3 et les dialogues aussi mous qu’un après-midi chez Starbucks.” Le fantôme se gonfla de rage : “C’est un film bouleversant ! Poétique ! Politique ! Moretti pose les grandes questions sur la mort et le cinéma. Toute la critique a adoré ! Mêmes les social-traitres de Positif !”

“Emouvant ? Moretti ?” Je lâchais un grand rire sardonique. “Ce mec est un glaçon ! Il est trop bien élevé pour se laisser aller à filmer de l’émotion. Je parie que tes “grandes question”, c’est une femme -forcément hystérique- qui se cherche une raison de vivre, se demande à quoi sert le latin et quel est le sens du cinéma. BORING ! Moi je veux des larmes, du sang et du sperme ! Moretti, c’est du Kechiche pasteurisé.”

Gêné par ma diatribe. Le spectre s’en alla en traînant les pieds, derrière lesquels l’intégrale DVD des films de Godard roulait tant bien que mal au bout de sa chaîne. Un peu honteux d’avoir insulté mon ennemi préféré, j’ai donc pris mes béquilles à deux mains pour aller m’envoyer Mia Madre.

Ben j’avais raison.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Mia Madre. C’est élégant comme un ballet russe, c’est à dire froid, sans âme et pas vraiment mis en scène. Les acteurs sont parfaits, mais l’image est particulièrement insignifiante et on ne parvient jamais vraiment à comprendre ce que les quatre scénaristes essaient de nous dire sur le cinéma, l’amour et la mort. Rien ?

A force d’éviter les clichés, Moretti évide son film, et il n’y reste plus que des petites saynètes froides, qui font parfois sourire, mais qui ne bouleversent jamais.

Dommage, parce que ça m’a fait super mal de m’y traîner.

Dix pour cent. Agents troubles.

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Faut-il regarder légalement la première saison de Dix pour cent ?

Il paraît que les séries françaises deviennent cools. Engrenages enchaîne les prix aux StatesFais pas-ci, fais pas-ça est adapté en Italie et Les Revenants est cuisiné à l’américaine.

Le premier qui dit “Cocorico” prend ma main dans la gueule.

Mais je crois quand même qu’on est content. “Je crois”, parce que je n’en ai vu aucune. Je ne regarde jamais la télé, à part dans les gares, quand elle affiche les horaires d’un train. Par acquis de conscience, j’ai souffert devant la première saison du Village Français, qui m’a donné envie de me planter des clous dans l’oeil.

On ne m’y reprendra plus ?

Ben si. On m’y reprend. Tous mes potes m’ont dit que Dix pour cent était complètement raté. Du coup, forcément, je me suis léché les babines (essentiellement parce que je bave beaucoup) et j’ai sorti mon scalpel (essentiellement parce que je suis sadique).

Et à mon grand désarroi, ça démarre plutôt bien. Le rythme est entraînant, les personnages sont solides et les acteurs sont dirigés (ce qui manquait cruellement au Village Français). Au sommet de son art, Camille Cottin, magnifie son personnage de “Connasse” cathodique dans une version plus nuancée, qui la rendrait presque attachante. Autour d’elle, les personnages secondaires dépassent largement leurs statuts de faire-valoir.

Formidable ? Pas encore. Le scénario reste arrimé sur des stéréotypes en formica (la fille cachée, les provinciaux ébahis, les parisiens snobinards, les homos définis par leur sexualité…) mais, par miracle, les scénaristes parviennent à détourner la plupart de ces clichés avec des idées subtiles, quelques gags efficaces et des dialogues très bien écrits.

Se foutre de la gueule des acteurs et du cinéma, l’intention est salutaire, mais le défi est de taille pour une caste qui manque d’humour sur elle-même. Difficile, aussi, de rester impertinent en passant de Canal+ à France 2 en cours d’écriture (un épisode ou Pierre Niney se tapait de la coke et des call-girls en boîte en a fait les frais). Et malgré tout, Dix pour cent est largement moins lyophilisé que n’importe quel épisode du Grand Journal.

La limite, c’est qu’il faut tout de même rassurer les divas, au point de foutre les deux pieds dans la complaisance : dans chaque épisode l’acteur “invité” croule sous les compliments, “grande actrice”, “acteur incroyable” ou même “bête sexuelle”. C’est chiant, c’est mou et on a soudain l’impression de s’être téléporté chez Drucker.

Plus embarrassant, les scénaristes (ou le producteur ?) poussent la flagornerie jusqu’à donner son propre rôle à Dominique Besnéhard -producteur de la série- dont le nom est cité à plusieurs reprises pour être qualifié de “très bon producteur”. On regarde nos pompes, gênés d’avoir ouvert la porte au mauvais moment. “Pourquoi il était à genoux le monsieur, maman ? Il faisait le lacet de l’autre monsieur, mon chéri.”

Dommage, car la série est à son meilleur lorsqu’elle ose être vraiment mordante. C’est le cas d’Audrey Fleurot et Cécile de France, qui acceptent d’être confrontées à leur âge dans un métier obsédé par les jeunes filles. A ce propos, Line Renaud et François Fabian forment un duo superbe d’actrices revanchardes qui se tirent dans les pattes à l’enterrement de leur amant.

T’as vu ?

Depuis le début de l’article, il n’y a que des noms d’actrices. C’est certainement la plus jolie réussite de la série : des personnages féminins forts, rebels et jamais définis par leur rapport aux hommes. Au point de tendre vers la caricature inverse : les personnages masculins sont tous lâches, souvent hyper-efféminés, quand ils ne sont pas méchants et foncièrement dégueulasses.

Alors que bon… Y’en a des biens.

En Bref : Il faut acheter légalement la première saison de Dix pour cent. A l’exception d’un épisode 5 très inférieur (Joeystarr y est à son plus bas niveau) et malgré une certaine complaisance, la série fait honneur à la télévision française. Derrière les grosses ficelles, il y a de vrais auteurs, un sujet passionnant et un casting excellent.

Si la chaîne se détend sur le bon-goût, si les scénaristes osent aller plus loin dans l’impertinence et si les acteurs comprennent que l’auto-dérision est une jolie marque d’intelligence, alors, cette série très sympathique pourrait bien devenir quelque chose de vraiment bon.

Allez… Pierre Niney sous coke, je suis sûr que c’est familial.