Le rock à contre-Coran ?

Faut-il aller voir les Chats Persans?

Filmé illégalement, caméra à l’épaule, en 17 jours, avec un micro-budget, à Téhéran, avec des acteurs amateurs. Les Chats Persans ne partait pas en tête. On pouvait pressentir le film socio-pathétique, intello et soporifique. Il n’en est rien.

Askan et Negar sont deux musiciens Iranien qui cherchent à monter un groupe pour partir tourner en Angleterre. Ils parcourent ainsi toute la scène underground de Téhéran, où le rock est interdit. A cela s’ajoutent les combines pour obtenir visa et passeport, et le contournement d’une censure omniprésente.

La bonne idée du film, c’est de nous faire découvrir tout la scène indie-rock Iranienne. La surprise, c’est qu’elle est très créative. Si certains métalleux sentent un peu l’archaïsme, on rencontre aussi des petites perles de pop raffinée, du rock énergique et du rap intelligent. Le fait de voir tout ce beau monde jouer en cachette dans des caves ou planqués sur les toits de la ville n’enlève rien au charme underground des images.

Les choses se corsent quand le film tente de monter une histoire. L’oppression du gouvernement des mollahs est dénoncée sans lourdeur et avec humour, mais sans grande originalité. On ne peut pas s’empêcher de trouver certains plans un peu cheap et de hausser un sourcil devant le jeu des acteurs.

En bref: Il faut aller voir Les Chats Persans, pour peu que l’on soit curieux et amateur de musique. Il faudra pour cela, pardonner au film une forme moyennement convaincante et un scénario assez simpliste. Il a tout de même un mérite de plus en plus rare dans les salles obscures: nous faire découvrir un univers qu’on ne connaît pas.

Comme si, finalement, l’Iran était le dernier endroit où le rock peut encore se vanter d’être subversif.

Spike et les Maxi-Trucs

Faut-il aller voir Max et les Maximonstres si on a plus de douze ans?

Quand Spike Jonze n’a pas d’argent, il réalise Adaptation, une fable schizophrène mémorable. Quand il en a un peu, il fait Dans la peau de John Malkovich, un autre truc sous acide qui joue avec l’apesanteur. Quand il a un vrai budget, il fait des clips foutraques ou Christopher Walken danse et vole sur Fatboy Slim. Alors quand j’ai su qu’on lui avait donné les moyens d’adapter le livre pour enfants le plus bizarre que je connaisse, j’étais Maxi-Chaud.

Max est un petit garçon solitaire, qui aime sa maman et sa grande soeur, ce qui ne l’empêche pas de mordre la première et de démonter la chambre de la seconde. Il ne sait pas trop pourquoi, il a envie d’exister. Un jour de crise, il s’enfuit dans un monde bizarre, peuplé de créatures velues d’environ trois mètres. Vont-elles le manger?

Max et les Maximonstres n’est pas un film pour enfants, c’est un film sur l’enfance. Spike Jonze a la très bonne idée d’éviter la dissertation et le conte casse-burne plein de bons sentiments pour rendre tel quel, l’intérieur de la tête d’un jeune garçon. Dans le monde de Max, il n’y a pas de chevaux à six pattes et de princesses, il y’a de la bagarre, de la rage, de la peur, de la solitude et des batailles de cailloux.

Malheureusement, ce medley surexcité perd parfois en rythme, et laisse le spectateur de côté. Mais la musique sous amphétamine produite par Karen O, la turbulente chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, est là pour raviver le feu, et à l’occasion, coller une belle émotion à l’image.

En bref: Il faut aller voir Max et les Maximonstres. Si on arrive à lui pardonner quelques longueurs, et un propos un peu brouillon, on pourra profiter d’un très beau portrait de l’enfance, qui ne tombe ni dans le moralisme, ni dans la psychologie à deux balles. Le jeune acteur est époustouflant, la maman est émouvante et les monstres attachants.

Allez hop, lâchez vos bouquins de Françoise Dolto et trouvez vous un petit cousin cinéphile. Au pire, vous direz que c’est de sa faute.

Et ta mère elle est bleue?

Faut-il aller voir Avatar?

Comme tout le monde, j’ai cédé. Il faut dire que le nouveau James Cameron ne manquait pas d’arguments: outre le battage médiatique autour du budget et la 3D un peu anecdotique, il y avait le passif du réal. De Terminator à Abyss en passant par le brillant Aliens, il assurait sévère James.

Un petit tour sur internet confirme le buzz: les critiques se roulent par terre, sans parler des internautes. Il y aura nous dit-on, un avant et un après Avatar. Un scénario digne d’Homer, des plans fabuleux, une immersion absolue, le plus beau film de leur vie… Vraiment?

Pas la peine de raconter l’histoire que tout le monde connaît: les humains s’opposent aux Na’avi (des mecs bleus et géants) pour accéder au minerai enfoui sous la planète Pandora. Infiltré dans le corps d’un Na’avi, le marine Jake Sully va essayer de sauver la paix, mais devinez quoi… il va être tiraillé entre les deux camps.

Le scénario est complètement original. Jake tombe amoureux de la fille du chef. Elle va lui apprendre la jungle et ils vont gambader de liane en liane. Malheureusement, elle est promise au combattant le plus vigoureux de la tribu. Celui qui a une coupe à l’Iroquoise et qui dit que Jake “n’est pas l’un d’entre nous !”

Ensuite, les vilains soldats n’écouteront pas les scientifiques pacifistes. Ils chercheront le profit et tenteront de déraciner tous les arbres, de tuer tous les mecs bleus, de pisser sur le bord de la cuvette et de ne pas laisser la priorité à droite. Leur chef est particulièrement belliqueux, la preuve, il est toujours en marcel et en treillis, il a un cou de taureau et une énorme cicatrice sur le visage.

En bref: Non, il ne faut pas aller voir Avatar. Le scénario est si vide qu’il en est réduit à pomper Pocahontas et Danse avec les loups en moins bien. Si les effets visuels sont assez jolis, ils sont loin d’atteindre la poésie des films de Miyazaki. Le dernier James Cameron n’est pas un navet, c’est un film classique, dans un univers SF banal qui sent trop le dollar pour laisser de la place au rêve.

Au fond, le pire, ce n’est pas que tous les bouseux hollywoodiens risquent de nous servir des personnages bleus jusqu’à plus soif. Non, le pire, c’est que le film risque de relancer la mode de la queue de cheval. Et ça, c’est intolérable.

Manifeste des droits et des devoirs du critique de cinéma

Les droits du critique :

  1. Se tromper (avec modération)
  2. N’être d’accord avec personne
  3. Être arbitraire
  4. Être méchant
  5. Être indécis
  6. Ne pas aimer Lars Von Trier, et Michael Haneke, les Palmes d’Or en général

Les devoirs du critique :

  1. Reconnaître ses erreurs
  2. Aller au cinéma pour les autres
  3. Ne jamais céder aux dogmes
  4. Défendre son point de vue
  5. Accepter la critique
  6. Ne jamais aimer ou détester un film a priori

Je suis ouvert aux propositions pour allonger la déclaration. Mais si c’est pour me dire qu’Antichrist, c’était hyper profond, passez votre chemin.

Un énième blog sur le cinéma… Pourquoi faire ?

Parce que ça suffit. Je suis passionné par le septième art, et pas forcément tolérant.

Aujourd’hui, on ne sait plus quoi aimer: le public se jette sur les premières bouzes venues d’Hollywood, la critique se pâme devant des œuvres cérébrales, prétentieuses et ennuyeuses à mourir, quand elles ne sont pas simplement coréennes. Et nous, on est paumés au milieu.

Ce blog a un seul but, démystifier toute cette soupe, et désigner les films à voir. Simplement. Quelle est ma légitimité de critique? Je n’en ai aucune, sachez juste que j’ai raison.

C’est le Règne de l’Arbitraire.