Les hauts plats ou les barons ?

Faut-il aller voir Les barons si on est toujours pas Belge ?

Le cinéma du Nord ne me fait pas rire. Et pourtant il cartonne : Tout mes potes se tiennent les côtes devant Dikkenek, C’est arrivé près de chez vous ou les films avec des Ch’tis. Moi non. Mais j’ai une excuse : En allant voir Les Barons, je savais pas que c’était Belge.

Le film raconte l’histoire d’un mec qui s’appelle Hassan et dont les potes passent leur temps à glander. Lui essaye de monter un one-man show, défi d’autant plus difficile qu’il n’est pas très drôle. Il essaye aussi de séduire la sœur d’un de ses potes, mais en fait, il passe surtout son temps à rien foutre.

L’éloge de la glande, une vision différente des clichés sur la cité, des images stylisées, le film partait avec de bons atouts. Malheureusement, il est rapidement ralenti par l’énorme batterie de casseroles qu’il traîne. Pour faire simple, on a l’impression que le réalisateur, Nabil Ben Yadir, ne sait pas faire un film. C’est fâcheux.

Certes, il y a deux trois bonnes vannes, une scène ou deux assez émouvante, notamment lorsqu’Hassan tente de remuer son pote Mounir. On pourra aussi saluer la prestation de l’acteur principal, qui malgré beaucoup de maladresse, possède quelque chose dans le regard. Et puis… c’est tout.

Pavé de bonnes intentions, et réalisé à l’évidence, par un amoureux du cinéma de genre, le film accumule les échecs. Le scénario donne l’impression d’errer sans but, en parsemant le néant de quelques vannes hasardeuses, les couleurs sont passées dans un jaune fade qui rend l’image assez laide et les seconds rôles jouent si mal qu’on est gêné pour eux. Ajoutons à cela des scènes improbables au ralenti, une mise en scène très plate et le film se noie.

En bref : Il ne faut vraiment pas aller voir Les Barons. C’est dommage, car si les bouses hollywoodiennes méritent des coups de boules, il n’y a rien de plaisant à démonter un premier film. Ben Yadir a quelques bonnes idées, mais il oscille trop entre les genres et appuie trop ses effets pour les réussir.

A sa décharge, il faut reconnaître que le casting ne l’aide pas beaucoup. A noter d’ailleurs, la prestation d’une actrice sensationnelle : Tellement à côté de la plaque qu’elle mérite le déplacement. Bon… peut-être pas 6 euros quand même.

Demain Jared de mettre ma tête dans Leto ?

Faut-il aller voir Mr Nobody si on est pas Belge ?

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour le jeu de mot minable qui sert de titre à cet article. Sachez, pour votre gouverne, que je suis content quand même et qu’il est 01:25.

Ce que j’aime dans les films de geeks, c’est quand le réalisateur se sert de sa caméra comme d’un avion magique. Un avion magique, c’est un truc qui va partout, qui traverse les miroirs, qui suit la vapeur d’une cafetière dans le ciel du Brésil pour la voir retomber sur New-York sous forme de goutte de pluie. Bref, une caméra qui passe son temps à traverser des endroits où il est normalement impossible de faire passer une clef usb. Il y a tout ça dans Mr Nobody. On peut aussi appeler ça les effets spéciaux, même si c’est moins drôle que l’avion magique.

Bref, quand la caméra de Panic Room traverse une anse de cafetière après être rentrée dans une serrure, j’ai des frissons. Autant dire que Mr Nobody m’a fait sauter sur mon siège. Un plan sur deux est complètement ingénieux et la mise en scène fourmille de bonnes idées. D’ailleurs, c’est un peu le problème. Lauréat, par le passé, d’une caméra d’or à Cannes et d’un César du meilleur film étranger, le réalisateur Belge, Jaco Van Dormael, a tout du génie relou.

Au troisième vase qui explose au ralenti, on commence à se lasser. A la fin des 2h17, on n’en peut plus. Van Dormael plane sur son avion magique et fini par nous péter la rétine à coup de couleurs floues et criardes, montées en flash-back-fast-foward-slow-motion à répétition, quand il ne décide pas carrément de foutre la caméra à l’envers pendant 5 minutes. J’avais envie de hurler : “Jaco arrête de te la péter, lâche ta playstation et pond nous une histoire !”

L’histoire, j’y arrive. Comme le film, elle oscille entre le très bon, et le franchement mauvais. On y suit les différentes vies de Mr Nobody, interprété platement par Jared Leto, qui passe son temps à envisager ce qu’il pourrait vivre en fonction de son choix. Exemple : Quand Jared croise trois gonzesses, il vit trois mariages, une mort tragique, un divorce et il tapote la tête de 5 ou 6 gosses différents.

L’idée est intéressante : Qui n’a jamais rêvé de pouvoir faire tous les choix à la fois ? Malheureusement, le procédé part un peu en live par manque de modestie. Jared se retrouve successivement sur Mars, dans une émission de télé, ou dans des scènes un peu absurdes qui traînent franchement la patte, au regard des délires de David Lynch. Quand un ange se ramène sur une licorne, pour tripper avec des gosses en couche culotte, on se demande si c’est l’entracte. Mais ce n’est pas une pub, c’est le film.

En bref : Il ne faut pas aller voir Mr Nobody. Malgré un certain talent visuel, le réalisateur sombre rapidement dans l’autosatisfaction complaisante. D’autant que le film est habité par un relent de mauvais goût gênant : Les références cinématographiques sont lourdissimes, la musique répétitive et les acteurs pas tous bons.

Pour tuer ce qui reste de magie, Jaco Van Dormael s’obstine à filmer des bon gros roulages de pelles entre ados toutes les dix minutes. En plus de sentir le vieux satyre graveleux, on se rend compte qu’un bisou baveux, c’est très moche en gros plan. C’est peut-être pour ça qu’on se croit toujours obligé de fermer les yeux. Mais au cinéma, c’est moyen.

Les frères Coen : A serious manne ?

Faut-il aller voir A Serious Man ?

A quelques rares exceptions près, les frères Coen sont probablement les deux mecs les plus surestimés du cinéma américain. Quoi qu’ils pondent, la critique est souvent béate d’admiration, pendant que le public s’emmerde. Autant dire que j’avais décidé de pas aller voir leur dernier opus. Mais la surenchère de critiques positives a eu raison de mes convictions. Voyons-voir.

A Serious Man, c’est l’histoire de Lawrence, un homme sérieux, sur lequel le destin s’acharne. Sa femme le quitte pour un type qui ressemble à Robert Hue, sa fille se lave les cheveux sans arrêt, son frère passe sa vie aux toilettes et son fils fume de l’herbe en écoutant Jefferson Airplane. Pourtant, Larry est un type bien. Il n’a rien fait.

Esthétiquement, il faut reconnaître que les frères atteignent un sommet. Classiques, mais extrêmement soignés, le cadre et la photographie donnent souvent une certaine perfection à l’image. Le rythme est bien rodé, et les frères s’autorisent même quelques moments de rêve assez haletant. Bon… c’est pas non plus Indiana Jones, mais on ne roupille pas sur son siège.

Quant au fond, pas de surprise, c’est du Coen : Une ironie grinçante, un goût prononcé pour l’absurdité de la vie, des personnages écrasés par le poids du monde et des gueules pas possibles filmées en plan fixe. Comme d’habitude, on sourit, on rit parfois, mais jamais à gorge déployée. On rit devant un film des frères Coen comme on danse sur du jazz. Avec classe.

Ce côté un peu guindé ne sert pas le film. On a du mal a ressentir quoi que ce soit pour les personnages, tant ils semblent coupés de la réalité. Tout le monde est calme, froid et névrosé. Tout le monde a des lunettes affreuses et le front plissé. J’ai beau entendre que c’est de l’humour juif, on se fend bien plus la gueule chez Woody Allen.

Outre cet aspect un peu mou du genou, le film souffre d’un problème de contenu. Les ressorts scénaristiques fonctionnent efficacement, et la fin a de la gueule. Pourtant, on a du mal à savoir où les frères veulent en venir. “Nulle part”, répondront les fans, “c’est absurde. La vie est absurde. Pourquoi chercher un sens aux films, quand la vie elle-même n’en a pas…” Après je sais pas ce qu’ils disent, parce que généralement j’écoute plus.

En bref : Il… faut aller voir A Serious Man. Allez… je ne vais pas cracher dans la soupe. La finition du film force le respect, l’acteur principal est remarquable et j’ai un peu rigolé et beaucoup souri. C’est pas le film de l’année, mais au moins, il m’empêchera pas de dormir.

Je suis fatigué moi.

Deschanel N°2

Faut-il aller voir Gigantic ?

Après (500) jours ensembles, Zooey Deschanel revient jouer la fille étrange et aérienne dans un film indie New-Yorkais. Gigantic raconte l’histoire d’un jeune homme de 28 ans qui rêve d’adopter un bébé Chinois, bosse chez un vendeur de lit et se fait occasionnellement casser la gueule par un SDF.

Malgré son apparente ressemblance avec le film sus-cité, qui fit vibrer ces colonnes il y a quelques jours, Gigantic n’est pas un film pop. La caméra évite les gimmicks du genre, en préférant la sobriété d’un plan large et symétrique à l’inventivité graphique. Le scénario, sous une apparente légèreté, recèle une grande part d’ombre.

Un supplément de fond n’est jamais de trop, mais le réalisateur, Matt Aselton, ne semble pas toujours bien savoir ce qu’il veut nous dire. S’il sait donner une grande force à certaines scènes, notamment les attaques assez flippante du SDF persécuteur, on peine parfois à comprendre leur intérêt.

Les atouts de l’histoire sont aussi ses gros points faibles : Le style perpétuellement décalé donne lieu à quelques dialogues mémorables, et fait parfois sourire. Mais le côté “arty bizarre” est trop appuyé, et pas toujours convaincant. On a parfois l’impression de parler à un comptable qui tente de se faire passer pour un étudiant en lettres modernes. C’est relou.

Alors, un nanard prétentieux ? Ben non, il est plus que sauvé par Zooey Deschanel. Dans (500) jours ensembles, l’actrice s’appelait Summer, dans Gigantic, elle s’appelle Happy, c’est dire si elle est lumineuse. Paul Dano a beau être l’acteur principal, il est aussi transparent qu’elle est éclatante à chaque apparition. Et pour tout dire, on s’ennuie quand elle n’est pas à l’écran.

En bref : Il faut aller voir Gigantic. Mais je ne vous y trainerai pas. Pour faire simple, c’est toujours mieux que d’aller voir Gainsbourg (vie héroïque) ou Invictus. Au moins, on rigole, les plans sont assez soignés et tous les garçons tomberont amoureux de Zooey Deschanel. Ou pas. Mais alors il est grand temps de faire votre coming out.

Info bonus : La nouvelle égérie du cinéma indie américain est d’origine française. Son arrière-grand père n’est autre que Paul Deschanel, un président de la IIIème République, célèbre pour être tombé par la fenêtre d’un train.

Étonnant non ?

Requiem pour un conte ?

Faut-il aller voir Gainsbourg (vie héroïque) ?

Les biopics, c’est pourri. Inventés pendant la grève des scénaristes hollywoodiens, par des producteurs qui faisaient la grève du cerveau, ils racontent une seule histoire : X vit des choses pas faciles dans son enfance, donc X devient artiste, X a du mal à percer, X perce, X se drogue, X est tout seul, à moitié fou dans un hôpital, X fait son come-back, X va mieux, puis non, X meurt, c’est triste, paf générique. La poule aux œufs d’or. Avec tout le monde, sous tous les formats, ça marche.

On pourra tout reprocher à Gainsbourg (vie héroïque) sauf d’être un biopic. Point positif, Joann Sfar a décidé de prendre ses distances avec la réalité, pour donner une vision personnelle de l’homme à la tête de choux. Réalisé par LE prodige de la BD française, sur LE prodige de la musique française, on pouvait légitimement attendre de ce film qu’il soit prodigieux et français. Il est français.

Pour donner l’aspect d’un conte onirique à la vie gainsbourgeoise, Joann Sfar multiplie les effets de styles rocambolesques. Les photos bougent, les pianos jouent tout seuls, les personnages s’envolent par le fenêtre et Gainsbourg redevient parfois un petit garçon, quand il n’est pas occupé à s’arracher des feuilles de choux du visage ou à parler avec un chat. C’est nul.

La pire idée, reste tout de même cette marionnette géante au pif énorme, qui se ramène tous les quarts d’heures pour filer des conseils pourris à Gainsbarre en parlant comme le serpent dans Le livre de la jungle. Le jeu de la chose consiste à cabotiner à mort en agitant les doigts pour faire mystérieux. J’avais envie de pleurer.

Pendant deux longues heures, on a l’impression de faire face à un mec hyper créatif qui n’a que des mauvaises idées. Du genre, “hé les gars, ça se tente non ?” Non. Les frères Jacques en justaucorps qui se trémoussent en servant le petit-dèj, ça se tente pas, le père Ginzburg, qui danse en écoutant aux portes, ça se tente pas, Boris Vian interprété par Philippe Katerine NON JOANN NON !

Je m’excuse, mais merde. Alors bon, tout bien-sûr, n’est pas à jeter. Éric Elmosino interprète si bien Gainsbourg que c’en est troublant, les chansons de l’artiste sont toujours aussi poignantes et Laetitïa Casta est une Brigitte Bardot très convaincante. Le scénario en revanche, se contente d’accumuler les scènes de vie, sans apporter une esquisse de profondeur à l’ensemble.

En bref : Il ne faut pas aller voir Gainsbourg (vie héroïque). C’est un patchwork de mauvais goût. Un conte badant aux couleurs ternes et laides. Bien-sûr, je dis ça en sachant que les fans absolus du bonhomme iront quand même. Ils pourront rêver leur héros avec Sfar et hocher la tête sur la version Dionysos de Nazi Rock.

Pour ceux qui préfèrent Boris Vian, c’est une autre affaire.

Rose Noir Pop Pif Paf Pouf Ahah !

Faut-il aller voir (500) jours ensemble ?

A vrai dire, on se fout de savoir s’il faut aller le voir : il est sorti l’année dernière et c’est uniquement grâce aux “incontournables UGC” que j’ai pu le découvrir sur grand écran. La question reste entière : Faut-il acheter le dvd ?

Plus que jamais, (500) jours ensemble est un film pop. C’est à dire qu’à l’image de Garden State ou Cashback, il a été réalisé avec les moyens du bord, par un jeune réal avec beaucoup d’idées bizarres et ingénieuses. Le thème est toujours le même: Boy meets Girl, mais traité avec humour et nostalgie. La BO est pleine de mélodies touchantes. Bref, j’adore les films pop.

Tom, un grand neuneu sympathique, rêve de l’amour parfait depuis qu’il écoute Joy Division tout seul dans sa chambre d’ado. Au boulot il s’ennuie en dessinant des cartes de vœux. Un jour, il rencontre Summer, qui ne croit pas en l’amour. Ils sont mal assortis, donc ça peut commencer.

Le scénario n’a pas inventé la poudre. Mais il est d’une simplicité réjouissante. L’histoire est d’autant plus touchante qu’elle est universelle. L’originalité réside dans le traitement : Venu du clip, le réalisateur n’hésite pas à changer les couleurs, à dessiner sur l’image ou à bouleverser la chronologie. Souvent réussis, ces effets donnent parfois lieu à des scènes réjouissantes.

On passe donc notre temps à se balader d’un point à l’autre des 500 jours, dans un ordre quasiment aléatoire. Idée brillante qui permet de jouer habilement sur les contrastes entre la joie rose bonbon des premiers jours et la grisaille des derniers. Si le film arrive souvent à émouvoir, il ne tombe jamais dans le pathos et préfère en rire, sans jamais perdre espoir.

Je pourrai m’étaler des heures sur les bonnes idées du film, la justesse des thèmes traités et le fait que je me reconnaisse dans les deux personnages à la fois, mais je me répèterais. Une chose : Joseph Gordon-Levitt (incroyable dans Mysterious Skin) s’en sort très bien face à la troublante Zooey Deschanel, qui ne se lasse pas de scintiller.

En bref: Il faut aller voir (500) jours ensemble ! Si l’amour vous fait rire, pleurer, planer. Si vous aimez la pop aérienne. Si vous avez besoin de légèreté. Le film ne se hisse pas au niveau du bouleversant Eternal Sunshine of the Spotless Mind, mais il est de la même famille (je sais, certains refusent d’aimer ce chef-d’œuvre, mais je préfère même pas en parler, ça m’énerve).

Et puis, combien de films peuvent se vanter d’être marrants au bout de deux secondes ? Allez-y : Il n’y a pas d’image à l’écran que l’on tape déjà sa première barre, ou au moins, son premier sourire. Ou alors, on ne rigole pas, mais ça veut dire qu’on est vraiment un gros naze.

Et dans ce cas-là, qu’est-ce qu’on fout sur mon blog ?

Tout le monde il est content ! (à part Ted)

Faut-il aller voir Invictus ?

Clint Eastwood est un excellent réalisateur. Qui plus est, à la naissance, il a eu la chance d’être doté d’un cerveau (contrairement à Michael Bay qui, lui, a eu une casquette). L’histoire qu’il raconte est belle, universelle et prête à une réflexion intéressante. Après l’Apartheid, qu’il vient d’abolir, Nelson Mandela, tente d’unir son pays autour d’une équipe de rugby, lors de la coupe du monde de 1995.

La première partie du film interroge le besoin de vengeance d’un peuple opprimé pendant des années. En équilibre politique, Mandela a su calmer les ardeurs de son peuple tout en tendant les bras à ses anciens geôliers. Certaines scènes sont éloquentes, comme lorsque des gardes du corps noirs doivent coopérer avec des afrikaners blancs au crâne rasé.

Le travail d’Eastwood constitue surtout à restituer la vie de Nelson Mandela. Le personnage est admirable en soi, et interprété à la perfection par Morgan Freeman. Bref, le scénario a été écrit par l’histoire, pas la peine de se fouler pour rendre attachant un homme d’une telle grandeur. Mais ça marche, et on se retrouve souvent assez ému par la fraternité ambiante.

La deuxième heure consiste à démontrer au spectateur que la ferveur du sport peut faire renaître l’espoir, et casser les barrières. C’est laborieux. Eastwood ne nous épargne rien. Blancs et noirs se serrant dans les bras les uns des autres, tam-tam et chants tribaux une scène sur deux, sans oublier une interminable scène de rugby où l’on atteint sérieusement les limites du ralenti comme élément de construction dramatique. Lorsqu’un hélicoptère traverse le ciel sur une musique pop que même ma petite nièce trouverait ringarde, on touche le fond.

Le fond, parlons-en. Il y a 10 jours, le bus de l’équipe de foot Togolaise se faisait mitrailler en Angola. Mes souvenirs de matchs, c’est une marrée de doigts d’honneur pointés vers la tribune d’en face. Pour l’unité du sport et la fraternité des stades, on repassera. En Zoulou comme en Afrikaans, “Enculééé” est un vilain mot.

Deuxièmement, Invictus laisse croire qu’il a suffi d’une coupe du monde pour régler les injustices du passé. Lorsque son assistante lui évoque le chômage et l’inflation, le Mandela du film préfère parler du ballon ovale. On en oublierait presque les millions de noirs qui vivent encore dans les bidonvilles et qui n’ont jamais vu la couleur des diamants de la de Boer.

En bref : Il ne faut pas aller voir Invictus. Quitte à se priver de deux trois scènes émouvantes et réussies. Je suis cynique, c’est par opposition à l’angélisme du film. Au mieux, il est naïf et un peu tire-larme, au pire il occulte une réalité tragique.

Ok, c’est parfois beau de supporter une équipe. Sauf quand il s’agit de détourner son regard du monde pour mieux insulter les salauds en bleus et supporter les crétins en vert.

Un ami m’a dit que j’étais trop méchant sur mon blog. C’est mieux comme ça ?

Tetro mais Gallo man ?

Faut-il aller voir Tetro si on a pas de poster du Parrain ?

Francis Ford Coppola a fait beaucoup pour le cinéma. Des films mythiques et une fille prodige. A tel point que l’on se demande si on peut encore espérer quelque chose de lui. Le génial réalisateur d’Apocalypse Now est il encore vif ? Ou est-il devenu un faiseur has-been, adulé par la critique, comme Spielberg et Scorsese ?

La première remarque qui frappe, à la vision de Tetro, c’est que la presbytie n’a pas encore eu raison de l’œil du cinéaste. Certains plans sont si beaux qu’on croirait voir des photos de Doisneau animées. Ou pas. Car le récit n’hésite pas à traîner en longueur.

Les critiques ont salué la “modestie” du créateur, habitué aux productions grandiloquentes. Il n’en est rien. Derrière ses airs intimiste, le film n’arrive pas à éviter les effets un peu toc. Scènes d’opéra, chansons en français et strip-tease improbable, on dirait parfois que Coppola cherche à donner un aspect “Art et essai bizarre”, à un film qui ne l’est pas.

Si l’intrigue de base est bonne, elle est exposée laborieusement dans une narration qui part dans tous les sens. Cerise sur le gâteau, l’acteur principal, Alden Ehrenreich, est aussi beau qu’il est mauvais. Heureusement que Vincent Gallo est là pour rattraper de justesse, les répliques qu’il annone.

Pourtant, il y a quelque chose de magique dans l’air. Malgré des défauts énervants, Coppola réussi à coller l’émotion là où on ne l’attends plus. Une hache qui surgit au milieu du cadre, la poésie du noir et blanc et la surprise de la révélation finale. Je ne sais toujours pas si j’ai vu une daube, ou un grand film.

En bref : Il faut aller voir Tetro. Le scénario met du temps à décoller, certaines scènes sonnent faux mais on finit par se laisser emporter. Il faut dire qu’en ce moment, les chefs d’œuvres ne se bousculent pas dans les salles obscures.

Le film aurait pû être excellent, mais il est entrecoupé ça et là par des passages en couleurs inutiles et des scintillements lumineux un peu cheap. Le paroxysme est atteint lorsqu’un chœur d’enfants interprète la BO en live, debout sur des marches.

Même pour les génies, il est parfois compliqué de faire simple.

Campion du monde ?

Faut-il aller voir Bright Star ?

C’est bien beau de jouer les arbitraires, mais je dois vous avouer que je suis profondément partagé, perturbé et ému. Plus que jamais, cette critique est subjective.

Impossible de parler de Jane Campion, la réalisatrice du film, sans citer sa Leçon de piano, palmée d’or à Cannes il y a 16 ans. Autre façon de dire qu’elle n’a pas fait grand chose depuis. Mon seul souvenir remonte à In the cut. A part Meg Ryan qui se trémousse dans son lit et une scène de pipe mémorable, rien de bien génial. Pour couronner le tout, j’ai horreur des films en costumes. C’était mal barré.

Dans l’Angleterre du XIXe, le jeune poète méconnu John Keats tente de vivre de son art. Il rencontre Fanny Brawn, sa voisine et la passion les emporte. Elle est d’autant plus forte que les amants feront face à la pauvreté, au carcan social et à la maladie. Le tout avec des chapeaux haut de forme, ce qui ne facilite pas les choses.

Le romantisme a ceci d’énervant, qu’il cache, sous une bonne couche d’auto-apitoiement, un mélange d’égocentrisme et de lâcheté très masculin. La poésie qui en émerge n’en est pas moins belle. En revanche, les nombreux poèmes qui traversent le film le font si rapidement que l’on peine à les saisir. Le genre poétique, semble-t-il, est mal adapté au rythme du cinéma.

Le film souffre également d’une narration assez lente et d’un classicisme qui confinerait à l’austérité si Jane Campion ne donnait pas une telle beauté aux images. Ce style épuré a l’avantage d’esquiver habilement la guimauve. Mais on a parfois l’impression de s’ennuyer, assis sur un banc, dans un musée sur la peinture hollandaise. Et pourtant…

En bref: Il faut aller voir Bright Star. Pour la beauté classique de certaines scènes. Pour la légèreté du trait. Pour comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’une femme amoureuse. Et pour la merveilleuse Abbie Cornish, qui illumine le film.

Je suis sorti fâché, car j’aime les plans séquences ingénieux, les dialogues qui claquent et les caméras qui passent par les fenêtres au ralenti. Mais il faudrait être coeur de pierre pour ne pas être bouleversé par les 10 dernières minutes. Maintenant, ne venez pas vous plaindre si ça vous a foutu le cafard…

Le bénéfice du doute?

Faut-il aller voir Agora,  même si on est pas amoureux de Rachel Weisz?

Premièrement, si vous n’êtes pas amoureux de Rachel Weisz, vous manquez cruellement de goût et là je ne peux rien pour vous. Pourtant, exceptionnellement Le Règne de l’Arbitraire se fera tolérant: les détenteurs de la vérité toute-puissante sont souvent des cons. D’ailleurs, c’est le thème du film.

Agora prend la forme d’un péplum grand spectacle doté d’un gros budget. Pourtant l’histoire, écrite par le réalisateur Alejandro Amenabar, s’écarte des codes du divertissement hollywoodien. En 2h, le film tente d’aborder en profondeur la religion, la politique, l’amour et la métaphysique. Le tout dans la ville d’Alexandrie au IVe siècle après Jésus-Christ… Tendu.

Sous le contrôle fragile de l’empire romain d’Orient, la ville est divisée entre Juifs, Polythéistes et Chrétiens. Au milieu de ce vaste bordel, Hypatie, une astrologue brillante, tente de comprendre l’univers, pendant que les fanatiques se déchirent et que tout le monde tombe amoureux d’elle. Normal, c’est Rachel Weisz.

Aux antipodes d’un Gladiator pompeux et grandiloquent, Agora dénonce avec fureur la ronde des dogmes qui prêchent tous la fraternité pour finir dans le sang. Aux fanatismes et leurs certitudes, il oppose les questionnements d’une femme qui doute sans arrêt. Le propos et parfois un peu terne, mais le réalisateur ne se refuse pas quelques scènes spectaculaires, comme ces plans en altitude, où les fidèles s’égorgent mutuellement comme des fourmis ridicules.

En bref: Loin du divertissement de masse auquel on pouvait s’attendre, Agora n’enrichira probablement pas ses producteurs. Trop compliqué, pas assez explosif. La question, est de savoir s’il enrichira les spectateurs. La réponse est oui.

Certes, Amenabar pêche par gourmandise. On le pardonne. Il a trop à dire là où beaucoup de blockbusters sont gonflés au vide. Si son propos devait tenir en une phrase, elle pourrait se résumer à celle que Craig Ferguson écrit dans Dernière sortie avant l’autoroute: “Le mal ne doute jamais de lui, seul l’espoir doute de lui”.

Amen.