Demain Jared de mettre ma tête dans Leto ?

Faut-il aller voir Mr Nobody si on est pas Belge ?

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour le jeu de mot minable qui sert de titre à cet article. Sachez, pour votre gouverne, que je suis content quand même et qu’il est 01:25.

Ce que j’aime dans les films de geeks, c’est quand le réalisateur se sert de sa caméra comme d’un avion magique. Un avion magique, c’est un truc qui va partout, qui traverse les miroirs, qui suit la vapeur d’une cafetière dans le ciel du Brésil pour la voir retomber sur New-York sous forme de goutte de pluie. Bref, une caméra qui passe son temps à traverser des endroits où il est normalement impossible de faire passer une clef usb. Il y a tout ça dans Mr Nobody. On peut aussi appeler ça les effets spéciaux, même si c’est moins drôle que l’avion magique.

Bref, quand la caméra de Panic Room traverse une anse de cafetière après être rentrée dans une serrure, j’ai des frissons. Autant dire que Mr Nobody m’a fait sauter sur mon siège. Un plan sur deux est complètement ingénieux et la mise en scène fourmille de bonnes idées. D’ailleurs, c’est un peu le problème. Lauréat, par le passé, d’une caméra d’or à Cannes et d’un César du meilleur film étranger, le réalisateur Belge, Jaco Van Dormael, a tout du génie relou.

Au troisième vase qui explose au ralenti, on commence à se lasser. A la fin des 2h17, on n’en peut plus. Van Dormael plane sur son avion magique et fini par nous péter la rétine à coup de couleurs floues et criardes, montées en flash-back-fast-foward-slow-motion à répétition, quand il ne décide pas carrément de foutre la caméra à l’envers pendant 5 minutes. J’avais envie de hurler : “Jaco arrête de te la péter, lâche ta playstation et pond nous une histoire !”

L’histoire, j’y arrive. Comme le film, elle oscille entre le très bon, et le franchement mauvais. On y suit les différentes vies de Mr Nobody, interprété platement par Jared Leto, qui passe son temps à envisager ce qu’il pourrait vivre en fonction de son choix. Exemple : Quand Jared croise trois gonzesses, il vit trois mariages, une mort tragique, un divorce et il tapote la tête de 5 ou 6 gosses différents.

L’idée est intéressante : Qui n’a jamais rêvé de pouvoir faire tous les choix à la fois ? Malheureusement, le procédé part un peu en live par manque de modestie. Jared se retrouve successivement sur Mars, dans une émission de télé, ou dans des scènes un peu absurdes qui traînent franchement la patte, au regard des délires de David Lynch. Quand un ange se ramène sur une licorne, pour tripper avec des gosses en couche culotte, on se demande si c’est l’entracte. Mais ce n’est pas une pub, c’est le film.

En bref : Il ne faut pas aller voir Mr Nobody. Malgré un certain talent visuel, le réalisateur sombre rapidement dans l’autosatisfaction complaisante. D’autant que le film est habité par un relent de mauvais goût gênant : Les références cinématographiques sont lourdissimes, la musique répétitive et les acteurs pas tous bons.

Pour tuer ce qui reste de magie, Jaco Van Dormael s’obstine à filmer des bon gros roulages de pelles entre ados toutes les dix minutes. En plus de sentir le vieux satyre graveleux, on se rend compte qu’un bisou baveux, c’est très moche en gros plan. C’est peut-être pour ça qu’on se croit toujours obligé de fermer les yeux. Mais au cinéma, c’est moyen.