Shutter Island Resort Paris

Faut-il aller voir Shutter Island ?

Le jeu de mot-titre est minable, mais laissez moi vous rassurer : il n’a aucun rapport avec le contenu de l’article. Il est tard, j’ai du boulot, je suis fatigué, alors ME CASSEZ PAS LES COUILLES PIEDS ! Je dis ça parce que je suis fou. Transition.

Shutter Island se passe dans un asile situé sur une île, en 1955. Deux Marshalls viennent tenter d’y comprendre comment une détenue a pu s’enfuir de sa cellule. Rapidement, il se rendent compte que quelque chose ne tourne pas rond, ce qui, dans un asile, est la moindre des choses.

Martin Scorsese est un réalisateur surestimé. Au risque d’hérisser le poil de nombreux lecteurs, je dirais même qu’il n’a jamais réalisé un film qui soit vraiment bon. Comme si, à chaque fois, on frôlait l’excellence, sans jamais l’atteindre : trop long (Aviator), trop cliché (Les affranchis) ou mal terminé (Taxi Driver)… Comme si à chaque fois, Scorsese laissait tomber une petite vis dans ses moteurs parfaitement huilés.

En revanche, Dennis Lehane n’a jamais écrit un livre qui ne soit pas bon. Mystic River a d’ailleurs donné lieu à un excellent film de Clint Eastwood, quand Ben Affleck a massacré Gone Baby Gone. Bref, de Shutter Island, tout était à craindre comme à espérer.

Ça commence comme un chef-d’oeuvre. Le démarrage, grandiose, imposant, ne lésine pas sur les effets de mise en scène, que le réalisateur maîtrise à merveille. Les couleurs sont travaillées, les imperméables flottent au vent et la musique et le cadrage instaurent directement une ambiance pesante et intense.

Malheureusement, le film alterne en permanence entre le thriller sombre et le mauvais goût criard. Si certaines scènes collent au fauteuil, d’autres, notamment les rêves, sont franchement affligeantes : “Oh chérie, tu es en train de t’enflammer, il pleut des cendres, tiens tu saignes, oh il y’a de l’eau partout, tiens une petite fille flippante. ” Scorsese se prend pour David Lynch, mais il n’a pas son talent. Il se contente d’aligner les poncifs aussi vides qu’ils sont lourds de symbolique pseudo-psychologique.

Pour finir de couler le navire, on assiste également à de nombreux flash-backs pas très fins : des piles de cadavres étalées sur les rails d’un camp de la mort ou un officier allemand au visage déchiqueté. Ces références n’ajoutent pas grand chose à l’intrigue, mais “Quand américain vouloir évoquer le mal, lui toujours faire ainsi”. C’est lourd. Surtout si c’est pour foutre “Arbeit Macht Frei” au dessus-de Dachau, quand n’importe quel consultant historique sait que le panneau est à Auschwitz. Merde.

En bref : Il ne faut pas aller voir Shutter Island. A la rigueur, on peut aller voir la première heure, car Scorsese est assurément un excellent cinéaste et un grand metteur en scène. C’est d’autant plus rageant qu’il rate son film, en mélangeant des scènes absconses avec des kilos de pathos.

Le jeu de Leonardo Di Caprio n’élève pas le niveau. Il se contente de pleurer en serrant les dents rageusement, comme depuis environ 10 films. Quant à la fin, elle est lourde et démonstrative, même si le twist de clôture est pas mal foutu.

Avant de pleurnicher, il faut prendre en compte le fait que j’avais lu le livre et qu’on est toujours déçu dans ce cas-là. Deuxièmement, je l’ai vu en VF avec un son pourri, ce qui m’a mis de mauvaise humeur. Mais bon, ça se voit pas non ?

Le retour de la Portmania ?

Faut-il aller voir Brothers puisqu’on est amoureux de Nathalie Portman ?

Pas la peine de laisser place au doute, il est impossible de ne pas aimer Nathalie Portman. Je sais, c’est la troisième fois que j’utilise ce type d’accroche et ça sent sérieusement le réchauffé. Pourtant, s’il y a une actrice qui tape toujours là où ça fait mal, c’est bien elle. C’est simple, après chacun de ses films, les garçons se prennent la porte coupe feu. Voilà, c’est dit, nous sommes tous amoureux de Nathalie Portman, et moi le premier. Maintenant, ça ne fait pas un film.

D’ailleurs, je suis allé voir Brothers assez méfiant. Il raconte l’histoire d’une femme de militaire qui se rapproche du frère de son mari, alors qu’elle croit ce dernier mort en Afghanistan. Bref, un film américain sur les militaires, la famille et la fraternité… Pearl Harbor sans action quoi. J’imaginais donc déjà le bruit des hélicoptères, les drapeaux qui flottent au vent et les veuves éplorées sur les cercueils en bois.

Pas la peine de faire durer le suspens. Il n’en est rien. Brothers est film brillant. Probablement l’un de meilleurs de l’année. Visuellement, on est pourtant dans du grand classique. Le cadre est soigné, mais peu créatif et les couleurs comme la mise en scène ne brillent pas par leur originalité. Seule la musique sort du lot, en étant particulièrement entraînante et souvent bien placée.

Les thémes, eux-aussi, sont classiques. Brothers parle de la relation entre fraternité et rivalité, des stratégies de l’échec adoptées par les “moutons noirs” familiaux et de la reproduction de ce genre de modèles sur les enfants. Sur le papier, rien de transcendant dans les sujets abordés par le réalisateur, Jim Sheridan. Mais bon dieu, qu’il en parle bien !

Si le film critique habilement la transformation des hommes en machines de guerre, et l’incompatibilité qui existe entre le métier de soldat et le rôle de père de famille, il ne se borne pas à être une énième brûlot antimilitariste. Trop facile. Avec une finesse de trait extrême, Sheridan dissèque les défauts du fils parfait ou l’injustice de l’amour paternel et de l’amour en général. Surtout, il ne sombre jamais dans le manichéisme et présente les motivations de ses personnages sans jamais les juger.

J’insiste sur la finesse, beaucoup trop rare outre-atlantique. Pour obtenir une telle alchimie, il fallait se reposer sur les acteurs. Dans Brothers, ils sont tous bons, du sergent-instructeur au père, en passant par les deux merveilleuses petites filles. Au centre, Tobey Maguire confirme tout le bien qu’on pensait de lui en lâchant la combinaison moulante de Spiderman pour devenir flippant tandis que Nathalie Portman et surtout Jake Gyllenhaal forment un couple d’acteurs magnifique.

Certes, il arrive qu’un acteur sauve un film, rappelons-nous Johnny Depp dans Pirate des Caraïbes. Mais à ce niveau d’excellence, ce n’est plus du hasard. Si on ne devait retenir qu’une qualité à Brothers, c’est sa direction d’acteurs admirable.

En bref : Il faut aller voir Brothers. Je suis sans doute très subjectif, car les thèmes abordés me touchent au coeur. Il n’empêche que les acteurs sont tous excellents, la réalisation soignée et le scénario intelligent. En cherchant, on peut reprocher au film un léger cabotinage de Maguire et une représentation un peu cheap et caricaturale de l’Afghanistan. Pas grave.

Jim Sheridan a compris beaucoup de choses sur le cinéma. Il aime ses personnages et il sait qu’il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes pour faire mouche, c’est même l’inverse.

Il devrait donner des cours à tout Hollywood.

Luc Mou Laid ?

Faut-il aller voir La terre de la folie, si on est normal ?

Il est dans mon testament de critique, d’accepter en retour que l’on me pointe du doigt. Les démontages en règle d’Avatar, de Gainsbourg (vie héroïque) et enfin de Sherlock Holmes ont hérissé les poils de certains lecteurs. Ils ont tord, je ne leur en veut pas. En revanche, on n’a pas manqué de fustiger mon snobisme. Pour vérifier si j’étais tombé du mauvais côté de la corde, je suis allé voir le film le plus intello que j’ai pu trouver. Je n’ai pas été déçu.

Comment reconnaître un film intello ? Tout d’abord, si vous êtes au fond de la salle, ça ne veut pas dire que vous êtes loin de l’écran, ensuite, les cinq rangs sont très faiblement occupés, mais uniquement par des gens bizarres avec des barbes et enfin la porte est ornée d’une affiche du comité de soutien aux anciens membres d’Action Directe. Si le film est adulé par la critique et commence par un long plan fixe, c’est gagné !

Cinéaste de l’absurde et de la Nouvelle Vague, Luc Moullet se met en scène dans un documentaire sur la folie meurtrière. Elle se situerait, selon-lui, dans un pentagone des Alpes de Haute-Provence, son lieu de naissance. Pour le prouver, Moullet parcoure le département en interrogeant les témoins d’affaires scabreuses tout en décrivant ses propres démons.

La terre de la folie est une caricature. On y voit un réalisateur sénile, un peu dingue et maîtrisant très mal le français, parler avec difficulté à la caméra. Aux antipodes du travail documentaire ou journalistique, le film ne mène aucune enquête et se contente de décréter que les gens sont dingues en alignant les histoires dégueulasses. Luc Moullet finit même par nous faire comprendre avec humour qu’il ne sait pas trop pourquoi il a choisi cet endroit. Ah ah.

Pour rompre la monotonie, le cinéaste entrecoupe les interviews de mises en scènes à peine dignes d’un documentaire des années 60 et de monologues pathétiques. Les personnes interrogées sont d’un ennui mortel et on finit par ne plus prêter qu’une oreille distante à la énième histoire de fusillade baroque.

Certes, l’absurdité de certaines situations prête parfois à rire, et mon voisin se poilait tout seul pendant la majeure partie du film. Au final on se demande si Luc Moulet est vraiment con, ou s’il fait semblant pendant 1h30. Comme s’il susurrait au spectateur en filigrane : “Hé ho ! T’as vu ? T’es en train de voir un film de merde !”

En bref : Il ne faut pas aller voir La terre de la folie, mais là n’est pas le débat. On se demande plutôt pourquoi l’ensemble de la critique française, de 20 minutes aux Cahiers du Cinéma (qui consacrent au film un article proprement incompréhensible et pompeux) le conseillent à l’unisson.

Certes, on rigole parfois, comme on se marre devant un gros nanard, ou une émission débile, mais il n’y a pas de quoi crier au génie. Envoyer le public voir un film pareil, sans les prévenir qu’il ne s’adresse qu’aux intellos post-Nouvelle Vague, et qu’il faut le prendre au 5ème degré pour apprécier, c’est une trahison.

C’est pour esquinter ce genre d’arnaques que je critique des films.

Phillip Morris, have you got a fag ?

Faut-il aller voir I love you Phillip Morris si on est un hétéro mâle ?

Jim Carrey et Ewan McGregor qui se roulent des pelles, une photo hyper-flashy, Luc Besson à la production, des tequels sur une affiche complètement jaune et un héros qui s’appelle comme un paquet de clopes. A première vue, I love you Phillip Morris n’avait pas grand chose pour lui. Aller le voir tout seul un soir de Saint-Valentin, tenait même de la prise de risque.

Le film raconte l’histoire vraie de Steven Russel, un flic bien sous tous rapports qui joue du piano à l’église, rend sa femme heureuse et possède un QI de 164. Du jour au lendemain, il décide de tout plaquer pour la Floride, se fait passer pour un avocat, puis un financier et fini par s’évader quatre fois de prisons texanes. Au milieu de ses aventures rocambolesques, il tombe amoureux d’un garçon, qui s’appelle Phillip Morris.

Le risque du film, c’était de tomber dans le pastiche gay. Se laisser écraser par les blagues lourdingues, les références appuyées et une tonne de clichés. Lorsque Steven rencontre Phillip, on flirte dangereusement avec cet écueil, tant Carrey et McGregor ressemblent à deux caricatures d’hétéros qui font les folles. J’ai commencé à avoir peur…

Et puis non. Rapidement, les personnages trouvent leur place et le duo d’acteurs trouve une crédibilité troublante. Là où la salle rigole au départ, de voir ces deux stars s’embrasser, on finit par être ému par une histoire d’amour touchante… et hilarante. Car avant tout, I love you Phillip Morris est une putain de bonne comédie !

Si le dernier quart d’heure perd un peu en rythme, le début démarre à tout vitesse, pour ne quasiment jamais nous lâcher. Ma salle de Valentins romantiques et moi nous sommes franchement fendu la gueule toutes les trois minutes, en grande partie grâce aux tronches de Jim Carrey, l’homme élastique au plus haut de sa forme. Tout sauf lourd, les gags sont souvent inventifs et toujours surprenants.

Il faut dire que la vie du bonhomme prête à un tel rythme : on a parfois du mal à croire que l’histoire puisse être vraie tant les situations sont de plus en plus loufoques. Pour finir, la caméra est assez discrète, mais toujours rythmée et les réalisateurs assument complètement leur délire coloré, sans jamais trahir le sujet ni tomber dans le mauvais goût.

En bref : Il faut aller voir I love you Phillip Morris. Parce que derrière ses allures de film ultra-gay, on trouve une comédie universelle, sur un type formidable et dopé par l’amour. Pour couronner le tout, au milieu des gags foutraques, le scénario nous offre des vrais moments émouvants et une grande tendresse pour ses personnages.

Il faudra donc lui pardonner quelques longueurs, un léger cabotinage des deux acteurs et une ou deux grimaces en trop. Ce film est complètement original, bien foutu, hilarant et vraiment rafraîchissant.

Et non, ceci n’est pas un coming-out !

Élémentaire mon Sherlock Holmes

Faut-il aller voir Sherlock Holmes ?

Guy Ritchie est un réalisateur dont le succès dépasse souvent le talent. Cas classique. Mais chez lui, c’est un mode de vie. Si on lui enlève l’accent de Brad Pitt, et l’image épileptique digne d’un clip de Britney, il ne reste pas grand chose à Snatch, pourtant considéré comme culte. Quand un escroc pareil s’attaque au héros mythique de Conan Doyle, le pire était à craindre. Voyons voir.

Sherlock Holmes raconte l’histoire d’un mage noir avec une dent chelou qui décide de conquérir le monde en utilisant des mécanismes compliqués et des formules magiques bizarres. Face à lui, Holmes tente de trouver la vérité en jouant du violon, tout en essayant d’empêcher Watson de prendre femme. Mais là je simplifie.

Guy Ritchie, sans surprise, n’a toujours pas acquis le sens de la mise en scène. La plupart des effets sont faciles, éculés et prévisibles. Comme d’habitude, il tente de camoufler son manque d’inventivité formel par une caméra sautillante et stylisée ce qui marche une fois sur deux, et encore, je suis sympa.

Les scènes d’actions sont trop nombreuses, interminables et grandiloquentes. Chez Ritchie, un combat ne vaut pas le coup d’être filmé si la moitié de la ville n’est pas détruite. Malheureusement, comme beaucoup de films d’action modernes, Sherlock Holmes tombe dans le panneau de la facilité en préférant la surenchère facile des images de synthèse à une bonne chorégraphie à l’ancienne.

Côté référence : Ritchie présente Sherlock comme un boxeur sociopathe et Watson comme un docteur ès Kung-Fu. Toutefois, à ceux qui poussent des cris d’orfraie, il faut rappeler qu’Holmes n’est pas le vieux penseur à chapeau mou que la télé a inventé. Doyle le décrivait comme un héroïnomane misogyne, bagarreur et champion de boxe. Finalement, la trahison n’est pas si scandaleuse.

Les sociétés holmésiennes du monde entier ont d’ailleurs exprimé leur soutien à ce qu’ils considèrent comme l’une des meilleurs adaptations de Conan Doyle. Bon… Faut pas pousser, mais les déductions brillantes du détective, qui a toujours un coup d’avance, sont plutôt bien rendues. Bien montés, les combats à main nue sont également très réussis : Holmes pense ses coups en slow-motion avant de se jeter sur son adversaire. C’est cool.

En bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes. C’est un film d’action à l’américaine, trop long, inutilement compliqué et pas très bien filmé dans l’ensemble. Pourtant, on est loin du navet qui s’annonçait. Ritchie dépoussière le vieux chapeau du détective à pipe et la relation entre Watson et Holmes ne manque pas de piquant.

Au final, on assiste à un divertissement qui ne fait pas mal à la tête, Robert Downey Jr. et Jude Law sont assez sympathiques et ils finissent par nous extorquer quelques sourires.

Tout de même, ça ne vaut pas une bonne fondue savoyarde avec des potes. Si ?

Put your hands up in the air ?

Faut-il aller voir In the air ?

Il n’y a qu’une façon d’aimer les américains. Il faut aimer les américains bizarres. Les freaks, ceux qui ne sont ni pom-pom girls, ni rois de la promo. Ceux qui mangent tous seuls sur une table, qui se font taper dessus par le quaterback et qui trainent dans les musées d’art contemporain. Avec un peu de chance, en vieillissant, ils deviendront David Lynch, Quentin Tarantino ou Spiderman.

A priori, Jason Reitman n’était pas quaterback. Après Juno une satyre sociale indé et pop que j’ai toujours pas vue, il se lance dans la critique du système individualiste américain. In the air raconte l’histoire de Brian, un homme payé pour virer les gens, dont le but ultime dans la vie est d’atteindre les 10 millions de miles. Ça s’annonçait piquant et spirituel et en plus y’a George Clooney. Dément ?

A travers les pérégrinations de nos héros en cravate, qui errent d’hôtels de luxe en bar vernis, le réalisateur dénonce l’aseptisation des sociétés modernes. Problème, le film est aussi plat que le mode de vie qu’il dénonce : la mise en scène, le scénario et les dialogues, sont très bien agencés. Rangés dans l’ordre, comme des savonnettes dans des pochettes plastiques.

Certes, on pourra dire que l’image est soignée, lisse et élégante, que l’humour est distingué et que les émotions sont retenues. Au final, le film est aussi beau et créatif qu’une suite royale du Hilton. Visuellement, In the air ressemble à une pub. Non mais regardez la photo au-dessus ! Sans déconner. Ça vous donne pas envie d’ouvrir un compte prévoyance ?

Plus niaise que mordante, la satyre sociale concentre tout ce qu’il y a de plus ringard dans le rêve américain. La famille c’est beau, la campagne c’est chaleureux, faire la fête c’est chouette. Mais merde Jason ! C’est complètement révolutionnaire tout ça ! A ce propos, la scène de concert sur de l’électro minable, où une bande de faux jeunes en chemisettes se trémoussent en souriant est l’une des plus triste qui m’ait été donnée de voir.

Outre ce mauvais goût très hollywoodien, In the air recèle un vrai problème de fond : Jason Reitman ne sait pas vraiment ce qu’il veut dire. Censé être une critique de l’individualisme, le film tire dans tous les sens et ne convainc pas du tout. Au bout du compte, Clooney a beau avoir l’air con tout seul, il semble être bien plus heureux que tous les couples qu’il croise.

En bref : Il ne faut pas aller voir In the air. C’est un film pour les quaterbacks, les reines de la promo et les fans de Phil Collins. En plus de mettre tout le monde d’accord, il leur donnera l’impression d’avoir vu un truc subversif. La fête c’est chouette. Trop underground mec, j’ai des frissons…

Néanmoins, si l’actrice qui joue la jeune première est complètement nulle, Clooney et Farmiga rattrapent le tout avec leurs sourires de vieux loups de mers. On est un peu touché, on sourit, on hoche la tête. Comme avec le mec sur le canapé en soirée. Celui avec lequel on va tous s’asseoir deux minutes. On dit qu’il est sympa. C’est pour pas dire chiant. C’est plus sympa.

Qu’à cela ne tienne. In the air est un film sympa.

Tank il y aura des hommes ?

Faut-il aller voir Lebanon ?

Le huis-clos est un art difficile. Il repose plus sur le scénario et les dialogues que sur la mise en scène. Quand Colin Farrel passe une heure et demie dans une cabine téléphonique (Phone Game), c’est très bon. Quand Sidney Lumet filme les délibérations d’un jury (12 hommes en colère), c’est carrément brillant. Le problème des huis-clos, c’est qu’on manque parfois d’air. Ça tombe bien, dans Lebanon, c’est le concept.

Auréolé du prestigieux Lion d’Or de la Mostra de Venise, porté par une idée casse-gueule mais amibiteuse et traitant d’un sujet brûlant, Lebanon s’annonçait vraiment bien. Le film se passe en 1982. Il raconte l’intervention israelienne au Liban, alors en guerre civile, du point de vue d’un tank de combat. A l’intérieur, quatre hommes perdent progressivement les pédales.

Parti pris évident, le film alterne uniquement deux types de plans. Les images “intérieures”, où l’on voit les quatre soldats aux manettes et les images “extérieures”, du point de vue des soldats : La guerre est uniquement vue à travers un viseur. Réalisme de mise, chaque mouvement de caméra entraîne le bruit de la tourelle et les impacts de balles fissures progressivement l’image.

Comme ça, on dirait un jeu vidéo trop cool. Mais non. Critique non voilée de l’esthétisme à deux balles qui chante la poésie patriotique là où il n’y a qu’horreur, le film montre la guerre comme elle est vraiment. Au bout d’un heure et demie, on étouffe avec les quatre soldats. Comme eux, on crève d’envie de revoir le soleil et on a vraiment la nausée.

But de la manoeuvre ? Montrer que finalement, la guerre c’est nul, même à l’abri dans une boîte de conserve. Plus généralement, dénoncer les effets de la guerre sur l’homme, qui finit par tirer sur tout ce qui bouge, quand il ne voit le monde que derrière une arme. Rien de révolutionnaire, mais le message passe. Quand on regarde le film, on a pas envie de pop-corn (sauf les deux cons, devant moi hier soir, que je tiens personnellement à pourrir dans ces lignes).

Malheureusement, le film souffre de quelques défauts énervants. Très crues, les images n’hésitent pas à montrer un âne mort, un homme en morceaux et une femme dénudée pleurer au milieu des flammes, avant de regarder l’objectif. Certes, il ne faut pas se voiler la face, mais la surenchère de violence, parfois un peu “too much”, n’est pas nécessaire pour faire passer le message.

Si l’idée du tank comme point de vue est courageuse, elle s’avère vite très peu cinématographique. Les plans sont souvent abstraits, car très serrés et sombres et les scènes d’actions consistent à secouer l’image dans tous les sens. L’immersion, on veut bien, mais on a parfois l’impression d’être au Futuroscope.

En bref : Il faut aller voir Lebanon. Parce qu’on avait jamais vu ça avant, parce que l’ambiance est oppressante, parce que les acteurs sont bons et parce que l’ambition est préférable au classicisme routinier produit en masse par les ricains.

Toutefois, la violence et la dénonciation un peu lourde de la guerre ne nécessitaient pas une telle grandiloquence. Dans la même veine, Valse avec Bashir avait prouvé qu’on pouvait faire quelque chose de merveilleux, dur et poétique, sans atténuer la force du message. Lebanon ne lui arrive pas à la cheville.

Dussolier, comme s’il en pleuvait ?

Faut-il aller voir Une exécution ordinaire si on aime pas la vodka ?

La question ne se pose pas : Personne ne peut résolument aimer la vodka en toute sincérité. Pas en début de soirée. La vodka-pomme, à la rigueur, mais c’est surtout pour la pomme. Un film français où les russes parlent dans la langue de Molière, c’est pareil. La première gorgée passe jamais bien. Pour peu qu’un comédien ressemble à s’y méprendre à Edouard Baer, et qu’un autre ait la voix de Dussolier sans en avoir la tête. On flaire l’entourloupe.

Après cette attaque frontale, prenons un peu de recul. Inspiré du bouquin de Marc Dugain que tout le monde a lu sauf moi, Une exécution ordinaire raconte l’histoire d’une magnétiseuse amoureuse qui doit quitter son mari pour s’occuper de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, ce qui se prononce “Иосиф Виссарионович Джугашвили” en Russe, “იოსებ ბესარიონის ძე ჯუღაშვილი” en Géorgien et “Staline” en Français. Ce qui nous prouve que notre langue est la plus synthétique.

S’attaquer au camarade dictateur le plus sanguinaire de Russie était un pari ambitieux. Le faire à la manière d’un film français est carrément délicat. Travaillé, l’univers est pourtant bien là : On retrouve la grisaille terne de l’URSS, les chapskas en fourrure et l’atmosphère de suspicion pesante et omniprésente. En revanche, les défauts de la french touch alourdissent le résultat : Au lieu de laisser parler les images, le film est très bavard. Assez inutilement, la plupart du temps.

Les monologues de Staline, à ce titre, sont assez maladroits. “Si j’ai inspiré la terreur, c’est pour que le peuple se rende compte qu’à tout moment, on peut le ramener à cette forme absolue de modestie qu’est la mort.” C’est dans la bande-annonce, tellement les producteurs trouvent ça bon. En vérité, c’est assez mauvais. “Saviez-vous que votre mari n’avait qu’une testicule ? On lui a proposé de l’épargner s’il nous dit la vérité.”

Tout ceci est clamé de manière solennelle dans des salons, où la mise en scène consiste à faire marcher Staline de siège en siège en rallumant sa pipe à chaque fois qu’il trouve des allumettes. Le tout saupoudré de références historiques un poil lourdingues, comme une rencontre inutile avec le père de Poutine ou l’analyse de la bombe atomique “lancée sur le Japon pour me faire peur”, qui prouve que le scénariste a eu son bac… Mouais.

En bref : Il ne faut pas vraiment aller voir Une exécution ordinaire. La mise en scène est un peu trop classique pour donner de la force au sujet, et le tout manque de rythme. Pour ce qui est du fond, Marc Dugain se contente de déclarer que les dictatures sont pas cools. Je m’en doutais !

Pourtant, le film est loin d’être un nanard. Si la prestation de Dussolier, unanimement surestimée, consiste essentiellement à être bien maquillé, les personnages secondaires, du surprenant Edouard Baer à l’inégale Marina Hands, sont très bien interprétés. La palme de l’excellence revient à Denis Podalydès, qui répand un malaise flippant et paranoïaque à chacune de ses apparitions.

Dommage qu’elles soient si rares.

Mother : Chic Corée ?

Faut-il aller voir Mother ?

Une vieille femme se tient au milieu d’un champ d’herbes hautes balayées par le vent. Le visage dévasté par la douleur, elle se dirige au hasard, comme un ivrogne. Puis, lentement, elle se met à danser. Le premier plan-séquence de Mother fait partie de ces images oniriques qui restent gravées dans la mémoire du spectateur.

J’allais voir le dernier Bong Joon-ho à reculons. Comme d’habitude, les critiques se prosternent à outrance devant le cinéma Coréen du Sud, car c’est branché. Bon. Même s’il faut reconnaître qu’il est plus prolifique que celui de la Corée du Nord, y’a pas de quoi vermifuger un abribus.

Le dernier film de Bong, The Host, est considéré comme l’un des chefs d’oeuvre de la décennie. Au final, c’est l’histoire d’un monstre débile qui bouffe des gens. Les personnages sont caricaturaux, les acteurs jouent mal et ils lâchent des pets sonores toutes les 2 minutes. Car si l’humour Belge laisse parfois à désirer, l’humour Coréen, lui, est carrément affligeant !

Mother raconte l’histoire d’une mère qui tente de disculper son fils, un déficient mental doux comme un agneau, qu’on accuse d’avoir tué une jeune fille. Réalisé comme un polar, le film tente surtout de parler des combats et des contradictions qui fondent l’amour maternel.

Au départ, j’ai eu peur. Le début du film renoue avec les pires défauts du genre. On y voit les mêmes blagues pourraves pendant vingt minutes: Du scato, des peronnages bien lourds et de l’humour trop gras. J’ai failli partir. J’ai bien fait de rester.

Tournons pas autour du pot, il faut reconnaître que le cinéaste a l’œil affuté. L’utilisation du scope est judicieuse, la photo, les couleurs et la construction de certains plans forcent l’admiration. Le scénario, quant à lui, est une déclaration d’amour au cinéma : Monté comme un film policier classique, Mother n’hésite pas à adopter les codes du genre, pour mieux les pulvériser.

A retenir, une brillante scène d’interrogatoire sur un manège, un personnage de gentil bad-boy au charisme incroyable et des références très réussies au cinéma d’Hitchcock. Pas la peine d’être un geek comme moi pour les percevoir : C’est inventif, le suspens “à l’ancienne” est vraiment haletant et la mise en scène est très réussie.

En bref : Il faut aller voir Mother. Loin du chef-d’œuvre annoncé, le film se permet tout de même quelques beaux moments de cinoche et une galerie de personnage intéressante. Surtout, Bong Joon-ho montre son amour du cinéma de genre et une vraie maîtrise de l’image.

Certes, le choc culturel explique les blagues un peu lourdes, et l’impression que tout le monde surjoue, mais elle s’oublie vite face à la force du scénario. Si le film peine à se terminer, c’est parce que, contre toute attente, il est profond.

A ce titre, la fin est un modèle de réussite.