Dussolier, comme s’il en pleuvait ?

Faut-il aller voir Une exécution ordinaire si on aime pas la vodka ?

La question ne se pose pas : Personne ne peut résolument aimer la vodka en toute sincérité. Pas en début de soirée. La vodka-pomme, à la rigueur, mais c’est surtout pour la pomme. Un film français où les russes parlent dans la langue de Molière, c’est pareil. La première gorgée passe jamais bien. Pour peu qu’un comédien ressemble à s’y méprendre à Edouard Baer, et qu’un autre ait la voix de Dussolier sans en avoir la tête. On flaire l’entourloupe.

Après cette attaque frontale, prenons un peu de recul. Inspiré du bouquin de Marc Dugain que tout le monde a lu sauf moi, Une exécution ordinaire raconte l’histoire d’une magnétiseuse amoureuse qui doit quitter son mari pour s’occuper de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, ce qui se prononce “Иосиф Виссарионович Джугашвили” en Russe, “იოსებ ბესარიონის ძე ჯუღაშვილი” en Géorgien et “Staline” en Français. Ce qui nous prouve que notre langue est la plus synthétique.

S’attaquer au camarade dictateur le plus sanguinaire de Russie était un pari ambitieux. Le faire à la manière d’un film français est carrément délicat. Travaillé, l’univers est pourtant bien là : On retrouve la grisaille terne de l’URSS, les chapskas en fourrure et l’atmosphère de suspicion pesante et omniprésente. En revanche, les défauts de la french touch alourdissent le résultat : Au lieu de laisser parler les images, le film est très bavard. Assez inutilement, la plupart du temps.

Les monologues de Staline, à ce titre, sont assez maladroits. “Si j’ai inspiré la terreur, c’est pour que le peuple se rende compte qu’à tout moment, on peut le ramener à cette forme absolue de modestie qu’est la mort.” C’est dans la bande-annonce, tellement les producteurs trouvent ça bon. En vérité, c’est assez mauvais. “Saviez-vous que votre mari n’avait qu’une testicule ? On lui a proposé de l’épargner s’il nous dit la vérité.”

Tout ceci est clamé de manière solennelle dans des salons, où la mise en scène consiste à faire marcher Staline de siège en siège en rallumant sa pipe à chaque fois qu’il trouve des allumettes. Le tout saupoudré de références historiques un poil lourdingues, comme une rencontre inutile avec le père de Poutine ou l’analyse de la bombe atomique “lancée sur le Japon pour me faire peur”, qui prouve que le scénariste a eu son bac… Mouais.

En bref : Il ne faut pas vraiment aller voir Une exécution ordinaire. La mise en scène est un peu trop classique pour donner de la force au sujet, et le tout manque de rythme. Pour ce qui est du fond, Marc Dugain se contente de déclarer que les dictatures sont pas cools. Je m’en doutais !

Pourtant, le film est loin d’être un nanard. Si la prestation de Dussolier, unanimement surestimée, consiste essentiellement à être bien maquillé, les personnages secondaires, du surprenant Edouard Baer à l’inégale Marina Hands, sont très bien interprétés. La palme de l’excellence revient à Denis Podalydès, qui répand un malaise flippant et paranoïaque à chacune de ses apparitions.

Dommage qu’elles soient si rares.