Tank il y aura des hommes ?

Faut-il aller voir Lebanon ?

Le huis-clos est un art difficile. Il repose plus sur le scénario et les dialogues que sur la mise en scène. Quand Colin Farrel passe une heure et demie dans une cabine téléphonique (Phone Game), c’est très bon. Quand Sidney Lumet filme les délibérations d’un jury (12 hommes en colère), c’est carrément brillant. Le problème des huis-clos, c’est qu’on manque parfois d’air. Ça tombe bien, dans Lebanon, c’est le concept.

Auréolé du prestigieux Lion d’Or de la Mostra de Venise, porté par une idée casse-gueule mais amibiteuse et traitant d’un sujet brûlant, Lebanon s’annonçait vraiment bien. Le film se passe en 1982. Il raconte l’intervention israelienne au Liban, alors en guerre civile, du point de vue d’un tank de combat. A l’intérieur, quatre hommes perdent progressivement les pédales.

Parti pris évident, le film alterne uniquement deux types de plans. Les images “intérieures”, où l’on voit les quatre soldats aux manettes et les images “extérieures”, du point de vue des soldats : La guerre est uniquement vue à travers un viseur. Réalisme de mise, chaque mouvement de caméra entraîne le bruit de la tourelle et les impacts de balles fissures progressivement l’image.

Comme ça, on dirait un jeu vidéo trop cool. Mais non. Critique non voilée de l’esthétisme à deux balles qui chante la poésie patriotique là où il n’y a qu’horreur, le film montre la guerre comme elle est vraiment. Au bout d’un heure et demie, on étouffe avec les quatre soldats. Comme eux, on crève d’envie de revoir le soleil et on a vraiment la nausée.

But de la manoeuvre ? Montrer que finalement, la guerre c’est nul, même à l’abri dans une boîte de conserve. Plus généralement, dénoncer les effets de la guerre sur l’homme, qui finit par tirer sur tout ce qui bouge, quand il ne voit le monde que derrière une arme. Rien de révolutionnaire, mais le message passe. Quand on regarde le film, on a pas envie de pop-corn (sauf les deux cons, devant moi hier soir, que je tiens personnellement à pourrir dans ces lignes).

Malheureusement, le film souffre de quelques défauts énervants. Très crues, les images n’hésitent pas à montrer un âne mort, un homme en morceaux et une femme dénudée pleurer au milieu des flammes, avant de regarder l’objectif. Certes, il ne faut pas se voiler la face, mais la surenchère de violence, parfois un peu “too much”, n’est pas nécessaire pour faire passer le message.

Si l’idée du tank comme point de vue est courageuse, elle s’avère vite très peu cinématographique. Les plans sont souvent abstraits, car très serrés et sombres et les scènes d’actions consistent à secouer l’image dans tous les sens. L’immersion, on veut bien, mais on a parfois l’impression d’être au Futuroscope.

En bref : Il faut aller voir Lebanon. Parce qu’on avait jamais vu ça avant, parce que l’ambiance est oppressante, parce que les acteurs sont bons et parce que l’ambition est préférable au classicisme routinier produit en masse par les ricains.

Toutefois, la violence et la dénonciation un peu lourde de la guerre ne nécessitaient pas une telle grandiloquence. Dans la même veine, Valse avec Bashir avait prouvé qu’on pouvait faire quelque chose de merveilleux, dur et poétique, sans atténuer la force du message. Lebanon ne lui arrive pas à la cheville.