Luc Mou Laid ?

Faut-il aller voir La terre de la folie, si on est normal ?

Il est dans mon testament de critique, d’accepter en retour que l’on me pointe du doigt. Les démontages en règle d’Avatar, de Gainsbourg (vie héroïque) et enfin de Sherlock Holmes ont hérissé les poils de certains lecteurs. Ils ont tord, je ne leur en veut pas. En revanche, on n’a pas manqué de fustiger mon snobisme. Pour vérifier si j’étais tombé du mauvais côté de la corde, je suis allé voir le film le plus intello que j’ai pu trouver. Je n’ai pas été déçu.

Comment reconnaître un film intello ? Tout d’abord, si vous êtes au fond de la salle, ça ne veut pas dire que vous êtes loin de l’écran, ensuite, les cinq rangs sont très faiblement occupés, mais uniquement par des gens bizarres avec des barbes et enfin la porte est ornée d’une affiche du comité de soutien aux anciens membres d’Action Directe. Si le film est adulé par la critique et commence par un long plan fixe, c’est gagné !

Cinéaste de l’absurde et de la Nouvelle Vague, Luc Moullet se met en scène dans un documentaire sur la folie meurtrière. Elle se situerait, selon-lui, dans un pentagone des Alpes de Haute-Provence, son lieu de naissance. Pour le prouver, Moullet parcoure le département en interrogeant les témoins d’affaires scabreuses tout en décrivant ses propres démons.

La terre de la folie est une caricature. On y voit un réalisateur sénile, un peu dingue et maîtrisant très mal le français, parler avec difficulté à la caméra. Aux antipodes du travail documentaire ou journalistique, le film ne mène aucune enquête et se contente de décréter que les gens sont dingues en alignant les histoires dégueulasses. Luc Moullet finit même par nous faire comprendre avec humour qu’il ne sait pas trop pourquoi il a choisi cet endroit. Ah ah.

Pour rompre la monotonie, le cinéaste entrecoupe les interviews de mises en scènes à peine dignes d’un documentaire des années 60 et de monologues pathétiques. Les personnes interrogées sont d’un ennui mortel et on finit par ne plus prêter qu’une oreille distante à la énième histoire de fusillade baroque.

Certes, l’absurdité de certaines situations prête parfois à rire, et mon voisin se poilait tout seul pendant la majeure partie du film. Au final on se demande si Luc Moulet est vraiment con, ou s’il fait semblant pendant 1h30. Comme s’il susurrait au spectateur en filigrane : “Hé ho ! T’as vu ? T’es en train de voir un film de merde !”

En bref : Il ne faut pas aller voir La terre de la folie, mais là n’est pas le débat. On se demande plutôt pourquoi l’ensemble de la critique française, de 20 minutes aux Cahiers du Cinéma (qui consacrent au film un article proprement incompréhensible et pompeux) le conseillent à l’unisson.

Certes, on rigole parfois, comme on se marre devant un gros nanard, ou une émission débile, mais il n’y a pas de quoi crier au génie. Envoyer le public voir un film pareil, sans les prévenir qu’il ne s’adresse qu’aux intellos post-Nouvelle Vague, et qu’il faut le prendre au 5ème degré pour apprécier, c’est une trahison.

C’est pour esquinter ce genre d’arnaques que je critique des films.