Depp : art à la retraite ?

Faut-il aller voir Alice au pays des merveilles ?

Je n’aime pas beaucoup Tim Burton. Si Edward aux mains d’argent était un très joli film et si Sleepy Hollow était porté par un univers singulier, je suis très peu client du maître, depuis qu’il commence à en faire des tonnes. Des tonnes de couleurs criardes pour le très mauvais et linéaire Charlie et la chocolaterie, des tonnes d’hémoglobine pour l’affligeant Sweeney Todd et ne parlons pas de Batman, sinon je perds mon calme. A chaque fois, on a le droit au même univers bizarre, où chaque brute cache un gros tendre et où les branches d’arbres ne sont pas droites. You-pi.

Je partais donc voir Alice aux pays des merveilles en imaginant déjà la façon dont j’allais le démonter.  Au début du film, ça sentait le souffre : dans une Angleterre victorienne peu intéressante, la jeune Alice est promise à un lord laid et d’autant plus méchant qu’il est roux. Elle décide donc de suivre un lapin pour tomber dans un univers merveilleux. Sur place, elle sent comme un air de déjà venue. Elle est entourée par deux gros jumeaux pas drôles. Une chenille fume un narguilé. C’est merveilleux.

Il y a des choses que l’on ne pourra pas reprocher à Tim Burton. Le film est une production Disney, il n’y a donc pas de raison qu’il échappe au tarif en vigueur : un monde manichéen, une histoire cousue de fils blancs et la chanson du générique composée par la très énervante Avril Lavigne. A cela, on ajoutera la nécessité de rester dans les clous et l’interdiction absolue de dire des gros mots.

Outre ce départ moyen, il faut rajouter la 3D, qui n’apporte pas grand chose d’autre qu’un prix scandaleux, un léger mal de crâne et des lunettes peu esthétiques sur le pif. Et pour finir de corser le tarif, j’ajouterai que l’univers généré par ordinateur n’échappe pas à cet aspect plastifié qui enlève autant de charme qu’il ajoute de merveilleux. Et alors, c’est nul ?

Dés les premiers pas d’Alice dans le “pays des merveilles”, un léger charme commence à s’étendre. Les branches d’arbres sont toujours aussi tordues, mais l’univers de Lewis Carol, l’auteur du conte, l’emporte rapidement sur le bestiaire burtonien. Mieux que ça, Tim Burton n’hésite pas à se saisir des aspects les plus sombres de l’histoire enfantine pour rajouter de l’horreur ou de l’ironie dans ce monde ampoulé : Alice miniature traverse une rivière en sautant sur des têtes coupées, la reine blanche perd de sa “princesse attitude” en retenant des hauts le coeur et l’histoire suggère une histoire d’amour en filigrane.

On regrette un peu que l’aspect sombre d’Alice ne soit pas assez poussé (comme il l’avait été fait dans un jeu vidéo mémorable). Heureusement, Johnny Depp est là pour emporter le film très loin de la fable consensuelle. Plus dingue que jamais, l’acteur-qui-sauve-les-films est fidèle à sa réputation. Chacun des plans où il apparaît est une merveille de bizarrerie, aussi drôle que flippante. J’insiste particulièrement sur la VO, où on peut l’entendre changer d’accent toutes les deux minutes, passant du petit garçon qui zozote au chevalier écossais.

En bref : Il faut aller voir Alice au pays des merveilles. Tim Burton ne retrouve pas le niveau de ses premiers films et on reste dans la fable gentillette et familiale. Pourtant, un certain charme se dirige de l’univers, et l’ironie permanente permet de prendre du recul par rapport au conte édulcoré.

Certes, le film doit énormément à son acteur principal, et les scènes sont un peu vides en son absence. Néanmoins, la jeune inconnue qui tient le premier rôle s’en sort très bien et certains personnage secondaires comme le Chat volant, permettent de passer un moment agréable.

L’éternel retour d’Obi-Wan Mc Gregor

Faut-il aller voir Les chèvres du Pentagone ?

Ewan McGregor doit avoir besoin d’argent. En un mois, il tient le rôle principal d’une grosse production américaine pour la troisième fois. Mine de rien, je commence à épuiser tous mes jeux de mots sur son nom. Heureusement, on ne devrait plus jamais le revoir manier le sabre laser. Ce qu’on ne savait, c’est qu’il se démerderait quand même pour continuer à jouer les jedis.

Les chèvres du Pentagone raconte l’histoire d’un journaliste tellement inintéressant qu’il s’appelle Bob. Pour oublier sa meuf, il part couvrir la guerre d’Irak, et y rencontre Lyn Cassady. Ce dernier est membre de l’armée de la terre nouvelle, une bande de soldats hippies, entraînés par la CIA pour faire des trucs bizarres. Espion psychique et “maître jedi”, Lyn lui expliquera comment tuer des chèvres avec le regard, tout en poursuivant une mission dont il ne connaît pas le but.

A priori, le film possédait quelques atouts. On voyait venir une critique mordante de la guerre, doublée d’une bonne comédie sous LSD. Excellent, le casting promettait  pas mal : le récemment oscarisé Jeff Bridges, le génial Kevin Spacey et le beau George Clooney, what else ? Pour couronner le tout, le scénario se basait sur de véritables expériences, menées par les services secrets américains dans les années 70. Bref, avec de tels atouts, difficile de se planter.

Il convient donc de saluer l’exploit du réalisateur, Grant Heslov : au mépris de tous les pronostics, le film se plante royalement. Les dialogues sont nuls, les blagues sonnent creux et les acteurs ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là. Ultra-bancal, le scénario multiplie les retour en arrière, oubliant que c’était déjà hyper relou dans Lost. Ajoutons à cela des péripéties incohérentes, qui consistent à aligner les saynettes et on se retrouve devant un joli gâchis.

Joli, car George Clooney arrive tout de même à être bon, là où tout est raté. Quelques vannes sauvent l’honneur en réussissant à être drôles et la demi-réflexion sur l’Irak est pertinente, faute d’être originale. Malheureusement, on passe plus de temps à sourire qu’à rigoler, quand on ne fronce pas carrément les sourcils devant des fautes de goûts évidentes (notamment une référence pathétique au Silence des agneaux). Lorsque le générique arrive, on se casse de la salle comme on éteint la télé.

A force de jouer sur tous les tableaux, Grant Heslov s’avère incapable de réaliser une seule scène marquante. Le film oscille entre l’absurde total, la dénonciation politique, la comédie familiale et la satyre sociale. Au final on finit par se demander pourquoi le réalisateur a voulu faire ce film, tant il semble n’avoir aucune idée de la direction à prendre. On ne s’ennuie pas, on le regarde s’égarer avec circonspection, comme on regarde un copain raconter une histoire nulle.

Oui mais voilà, notre copain, on ne le paye pas 6€.

En bref : Il ne faut pas aller voir Les chèvres du Pentagone. Parce qu’Ewan McGregor commence à nous saouler avec son jeu sans saveur, parce que le film n’a absolument rien à dire, et parce que c’est d’autant plus rageant qu’on tenait là une bonne histoire et des scènes presque marrantes.

Pour ceux qui veulent tout de même y aller, je leur conseille de voir la bande-annonce. Ça dure moins longtemps, mais toutes les blagues y sont rassemblées et on ne s’étonne pas de rien comprendre.

Toujours motivés ?

La banlieue c’est pas rose ?

Faut-il aller voir Tout ce qui brille ?

Ely et Lila vivent à Puteaux, dans les barres d’immeubles d’une cité dortoir. Pas cool. Quand le soir, elles investissent les soirées branchées de la capitale, elles préfèrent dire qu’elles habitent à Neuilly. Oui mais voilà, pas facile de participer à la conversation quand leurs “amis” de la jeunesse dorée comparent les vertus de New-York avec celles de Los Angeles. D’autant qu’ils mangent des pâtes au citron, ces cons.

Assis dans la salle, pendant les bandes-annonces, je me demandais un peu ce que je foutais là. Une comédie pour les filles, pleine de bagues en or et de sacs à main Dior, le tout saupoudré d’un fond de discours social mille fois réchauffé. La Haine version féminine, où les boucles d’oreilles remplacent les survêtements. Bref, j’étais sceptique. Le début du film a confirmé mes doutes : les deux filles trouvent les mecs “trop canons”, parlent de chaussures tout le temps et dansent dans les couloirs du métro en rigolant fort à des blagues nulles. Nanard ?

Non, pas nanard. Rapidement, on sent que les réalisateurs se foutent des clichés, autant que de les contredire. Ils préfèrent raconter une histoire et surtout faire rire en oubliant d’être cons. Passées les premières minutes un peu moyennes, le scénario se lance, la musique est excellente et on découvre une galerie de personnages secondaires aussi intéressants que profondément “vrais”. Explosive, Audrey Lamy, la pote sportive, s’impose comme le ressort comique détonnant. Autour d’elle, les deux héroïnes impriment leurs fortes personnalités à des dialogues enlevés.

Car le véritable talent de cette comédie réside d’abord dans son écriture. Orduriers, tranchants réalistes et parfois vraiment drôles, les saillies des trois filles donnent un rythme haletant à l’ensemble. Derrière cette histoire banale, se cache la frontière invisible qui coupe la France en deux, et en l’occurrence, qui sépare la capitale de ses banlieues. Certes, Tout ce qui brille ne dit rien de révolutionnaire. Mais il est très rare de voir le sujet d’un point de vue féminin. C’est bien dommage.

Beaucoup plus fin qu’une simple histoire de fric, de baston ou d’origine, le regard du film permet de dire beaucoup sans jamais s’étendre dans la prose. En apparence, on parle de jeunes femmes qui rêvent de rentrer dans les clubs VIP, mais lorsqu’Ely jette un coup d’oeil vers le taxi de son père ou ses copines de la haute-bourgeoisie, on quitte la comédie, et le film résonne.

Pour mélanger les genres avec autant de finesse, il fallait le talent de Géraldine Nakache. Co-réalisatrice et scénariste, la jeune femme s’impose également comme une actrice toute en retenue. Au départ, on trouve sa copine plus jolie, mais à la fin, c’est elle dont on est amoureux.

En bref : Il faut aller voir Tout ce qui brille. Même si c’est un divertissement classique à la française. Il faut lui pardonner une réalisation convenue et quelques scènes prévisibles. Le message, lui-même, n’a rien de nouveau. Pourtant, l’angle adopté est assez inédit pour être franchement rafraîchissant.

Ma première impression était donc la bonne. Tout ce qui brille est bien un film de gonzesses. Un très bon film de gonzesses.

Le Paradis sans se faire péter une Duris ?

Faut-il aller voir L’Arnacoeur si on n’est pas Johnny Depp ?

Le pitch rentre dans la potch. Pas besoin d’en faire trop pour être original : Alex Libie est briseur de couples professionnel, il travaille avec sa sœur et son beau-frère. Leur but ? Libérer les femmes malheureuses qui se mentent à elles-mêmes. Alex séduit toutes ses victimes de la même façon, en se faisant grassement payer par leurs proches. Un jour, un père demande à l’équipe de casser le couple de sa fille. Il a l’air solide comme un roc, mais Alex a besoin d’argent.

La bonne idée du film, c’est de lâcher les codes de la comédie classique pour apporter un côté James Bond à l’équipe. Les comparses d’Alex n’hésitent pas à s’infiltrer sur tous les réseaux, à poser des caméras partout et à se déguiser en plusieurs personnages. Cet aspect “professionnel”, qui ne se prend pas au sérieux n’est absolument pas crédible, mais plutôt sympathique.

Pour le reste, on est dans une comédie française de bonne facture. Le montage est dynamique, les vannes sont pas mal, sans être hilarantes et la fin est ultra-classique. Rien de transcendant donc, mais une certaine complicité dans le couple Duris-Paradis, qui fait parfois poindre un petit semblant d’émotion.

L’autre bonne idée du film, c’est d’être immoral. Malheureusement, elle n’est pas assumée jusqu’au bout. Plutôt que d’exploiter à fond le côté “séducteur sans coeur” de Duris, le scénario tente de légitimer ses choix : les femmes doivent être malheureuses, Alex ne couche pas avec etc. Reste qu’il est assez cool de voir Romain Duris parodier les codes du cinéma en faisant semblant de pleurer devant des Colombes, en récitant des poèmes brésiliens ou en en jouant les médecins en Afrique devant des filles toujours transies.

Les acteurs sont pas mal, même si Romain Duris n’articule toujours pas correctement. A la réplique, Vanessa Paradis est convaincante, même si ses évolutions sont trop soudaines pour être crédibles. Joyeuse équipe de losers, François Damiens et Julie Ferrier, tous deux comiques dans la vie, apportent au film ce qui lui manque de tendresse et de blagues lourdes.  

En bref : Il faut aller voir L’Arnacoeur. Mais je ne vous l’ordonnerai pas (vous voilà rassurés). En matière de comédie française, on a fait mieux, mais surtout pire. Celle-là vous fera passer un bon moment sans faire trop mal à la tête.

Sur le fond, la fin pourra choquer les cocus, et emmerder ceux qui espéraient quelque chose de plus original. Ceux qui sont venus là pour se détendre souriront gentiment et peut-être même qu’ils seront un peu émus.

 

Mad Lieutenant ?

Faut-il aller voir Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans ?

Terrence McDonagh voit des trucs. Des reptiles bizarres sur les tables ou des cadavres qui dansent le hip-hop. Parfois, il se demande si les poissons ont des sentiments. Il n’est pas fou, mais depuis qu’il prend du Vicodin pour soigner ses douleurs lombaires, il a pris goût à toutes les sortes de drogues. Il cherche en permanence à s’en procurer, ce qui n’est pas très dur, lorsqu’on est Lieutenant de police.

Le premier Bad Lieutenant, dont le film est un remake déguisé, consistait à montrer Harvey Keitel bourré, tituber à poil au milieu des putes, de la coke dans les narines et un flingue dans la main. Le deuxième est pareil. Sauf que là où Abel Ferrara, réalisateur du premier, en faisait un bad trip rédempteur et tristounet, doublé d’une métaphore religieuse un peu lourde, Werner Herzog réalise une farce trash et jubilatoire.

Profondément détaché de tout ce qui peut ressembler à une morale, le film bouscule les codes du cinéma. On suit Nicolas Cage, flic corrompu et défoncé, rendre la justice à sa façon, en brandissant son 357 magnum sous le nez de tout le monde : les dealers, les macs, les vieilles dames et les gosses de riches. En somme, plutôt que de reproduire la noirceur d’un Taxi Driver, Herzog réinvente l’Inspecteur Harry sous acides.

Jamais vraiment choquant, le film dépasse les limites sans se fâcher avec le spectateur. Nicolas Cage campe un type aux méthodes affreuses, mais aux convictions profondes. Il arrête les méchants de temps en temps, et il aime sa copine, une prostituée incarnée par la sublime Eva Mendes. Ce serait classique et moralisateur si le réalisateur essayait de dire quelque chose. Mais non. L’enquête ne sert que de toile de fond aux délires du lieutenant qui n’hésite pas à rappeler à qui veut bien l’entendre qu’il n’en a “rien à foutre”.

Cette distanciation salutaire avec la réalité permet d’apprécier le film comme une grosse tranche de plaisir coupable. Les saillies de Nicolas Cage sont funs, les personnages s’expriment d’une façon bizarre et la musique n’a souvent aucun rapport avec l’image. Les corps s’effondrent sur des airs d’harmonicas et le héros sourit bêtement aux iguanes imaginaires. Au milieu de tout ce bordel, se glissent des petits moments de tendresse, aussi déplacés que touchants.

Dommage que le film s’éternise un petit peu, et que certains passages soient trop longs. On pourra aussi regretter la caméra un peu classique et parfois franchement brouillonne, qui aurait mérité une meilleure finition. Mais de toute façon, la qualité de l’image comme l’alliance des couleurs, je suppose qu’Herzog n’en a “rien à foutre”…

En bref : Il faut aller voir Bad Lieutenant. Le film s’adresse à un public averti. Ceux qui sortiront de la salle, choqués par l’absence de morale seront rejoint par les non-réceptifs au délire foutraque de Werner Herzog.

Ceux qui resteront pourront apprécier cette fable absurde. Rigoler avec les iguanes et écarquiller les yeux devant le jeu de Nicolas Cage, plus maniaco-dépressif que jamais. Happy-end cruel et ironique, la fin du film achève de démonter la morale, comme un gros bras d’honneur aux superproductions édulcorées d’Hollywood.

Akin Mieux Mieux ?

Faut-il aller voir Soul Kitchen ?

Un restaurateur Allemand d’origine grecque tente de faire vivre son fast-food malgré l’avalanche de mauvais coups qui lui tombent dessus. Sa copine se barre en Chine, son frère sort de prison, le fisc et l’hygiène lui courent après et il n’a plus un rond pour les payer. Un soir, il engage un cuisinier fou et caractériel qui décide de faire de la grande cuisine. Les rares clients quittent le restaurant.

Réalisé par l’allemand d’origine Truque, Fatih Akin. Soul Kitchen rentre dans la digne lignée des comédies-catastrophes. Le héros fait une bêtise, puis une connerie pour la rattraper, jusqu’à ce que tout devienne complètement incontrôlable. On ne se tient pas les côtes de rire, mais on est un peu content. Bon.

Le problème du film, c’est de jouer la carte de la grosse comédie, là où certaines ficelles ont été tirées mille fois. Le héros passe 1h30 à se déhancher en se tenant le dos. Le running gag est lourdingue et même pas drôle la première fois. Car si certaines blagues auraient pu marcher, les acteurs en annulent la force en soulignant leur jeu à l’extrême. L’acteur principal en fait des tonnes, comme pour signifier “Hé Ho les mec z’avez vu c’est une comédie !” Les situations en deviennent caricaturales et le film, un peu hermétique : c’est une grosse comédie, donc on ne rit pas.

Pourtant, le film ne manque pas de côtés sympathiques. Les scènes de cuisines sont bien réussies et positivement alléchantes, la musique est souvent bien choisie et les décors sont bons. La popularité croissante du restaurant est bien mise en scène et on aurait presque envie d’en ouvrir un. Moins cool, l’histoire d’amour à distance rappellera tout de même des souvenirs aux amateurs de webcam.

Autre aspect bancal, mais sympathique, la réconciliation prônée par Fatih Akin, le réalisateur. Les personnages proviennent de tous horizons, les voleurs sont avant tout des gros ours et les anciens ennemis se disent bonjour en prison. Un peu innocent, le film délivre un message multicolore, et dénué de tout discours ethnique qui en dit plus long sur l’identité nationale que bien des débats.

En bref : Il faut aller voir Soul Kitchen. Mais il ne faut pas s’y jeter. Assez mal interprété, le film peine à faire hurler de rire, ce qui est d’autant plus dommage qu’il semble en avoir l’intention.

En revanche, on marche pas mal dans la montée en puissance du restaurant, et la plupart des blagues font gentiment sourire. Pour peu qu’on aime la cuisine et la bonne musique, on passe un moment agréable, et c’est toujours mieux que de se faire un Mac Do.

Viking of pop ?

Faut-il aller voir Le guerrier silencieux si on aime pas tuer les gens ?

Au milieu des landes nordiques, One-eye fracasse des crânes. C’est son métier. La nuit, il est prisonnier dans les geôles des tribus vikings, qui se l’échangent pour de l’argent. Le jour, il leur sert de cinéma en fracassant le crâne de ses ennemis dans des duels. Un jour, il décide de fracasser le crâne de ses geôliers. Puis il s’en va sur la route, accompagné d’un jeune garçon. Il rencontre des chrétiens sur la route de Jérusalem, et il leur fracasse le crâne.

Quasiment sans dialogue, Le guerrier silencieux est un road-movie sans route. Ou alors c’est un western sans cow-boys. A moins que ça ne soit une comédie sans humour. Toujours est-il qu’on n’avait jamais vraiment vu ça. A force de regarder un type muet qui regarde au loin d’un air mystérieux en fracassant des crânes de temps à autre, on se demande parfois même ce qu’on fait là.

Le réalisateur, Nicolas Winding Refn, est danois, ce qui n’est pas une excuse. Son dernier film Bronson, racontait la vie d’un prisonnier allumé qui passait son temps à mettre des coups de boule. Depuis, le style s’est épuré, et One-eye met aussi des coups de hache. Pourtant, on retrouve la même violence omniprésente et l’ambiance sombre au possible. Heureusement, on retrouve aussi les qualités d’un cinéma hors du commun.

Par une caméra souvent très juste, Winding Refn instaure une intensité du tonnerre à son film. Si certains plans consistent à filmer la tête d’un mec immobile pendant une minute, ils sont souvent accompagnés d’une musique hypnotique. A ce titre, une scène de folie accompagnée d’un larsen assourdissant vaut à elle-seule la vision du film. Certes, personne ne danse sur son siège, mais la vibration qui émane des images colle littéralement au siège. A un moment, j’ai du oublier de fermer la bouche pendant 3 minutes.

Le guerrier silencieux n’est pas le film idéal pour un premier rendez-vous. De même il sied moyen à une soirée pizza entre potes et je ne suis pas sûr qu’il faille y emmener ta mère. Si les scènes d’action sont extrêment bien réalisées, elles n’ont rien de fun. Les paysages sont beaux et sombres et la mise en scène majestueuse, bien qu’un peu rigide. Parfois, on pense à Terrence Mallick, en moins bavard.

L’intérêt du film réside dans la relation entre les deux personnages principaux, et la folie grandissante du monde qui les entoure. Je ne prétendrais pas donner une dimension métaphysique à l’ensemble, mais alors que le film avance, on arrête de s’ennuyer pour s’attacher au jeune garçon et à son copain barbare. Le dernier ne lâche pas un mot mais ses regards expriment beaucoup de choses. Brillante et sobre, la fin souligne, sans l’appuyer, la vraie tendresse paternelle qui se dégage de ce duo étrange.

En bref : Il faut aller voir Le guerrier silencieux. Attention tout de même, inutile d’y aller, si vous refusez la lenteur extrême et les films sans dialogues. A certains moments, inutile de dire qu’on s’emmerde.

Pourquoi y aller donc ? Parce que, pour le spectateur averti, Nicolas Winding Refn livre un spectacle primaire, une odyssée violente et poétique, de laquelle se dégage des émotions aussi brutales que le personnage principal.

Au cœur de ce conte sanglant, Mads Mikkelsen apporte son jeu intense et subtil. Il donne une véritable aura à son personnage, guerrier philosophe et ange exterminateur.

My tailor is Ford ?

Faut-il aller voir A single man si on s’habille mal ?

A single man se passe dans l’Amérique des années 60. Georges Falconer est un prof d’université quadragénaire qui porte des costumes élégants. Lorsque son petit-ami meurt dans un accident de voiture, il se demande s’il va pouvoir reprendre goût à la vie. Puis il remet ses boutons de manchettes.

Avant d’être réalisateur, pour la première fois ici, Tom Ford est d’abord un célèbre couturier qui a relancé Gucci et YSL avec son goût prononcé pour les smoking des années 50. Si ce genre de conversion est rare, on constate avec bonheur qu’elle est réussie. Dés le générique, l’œil du cinéaste impose un vrai sens de l’esthétique et une élégance raffinée qui ne quitte pas le film.

Les premiers plans, bercés par le monologue intérieur d’un Colin Firth sombre et blessé, relèvent du grand cinéma. Malheureusement, ce qui était à craindre arrive. A force d’être raffiné, élégant et toujours classe, le film finit par se couper du vrai monde et des émotions. Tout le monde est toujours en costard, les pompes sont toutes bien cirées et on a parfois l’impression d’admirer un bel objet sous film plastique.

Au niveau mise en scène, Tom Ford en rajoute dans le détail et ne lésine pas sur la lenteur pesante de certains ralentis. Il joue également sur les couleurs, augmentant le contraste et la luminosité de l’image en fonction de l’humeur du héros. Fausse bonne idée. Le procédé est trop voyant pour faire effet, et accentue l’aspect aseptisé de l’image. Physiquement, A single man est donc beau et plat comme une pub Chanel.

Dans cette ambiance à l’ancienne, le film déroule un scénario touchant, bien qu’assez classique. Après un bon départ, on finit par s’ennuyer ferme au long de certaines scènes laborieuses et trop longues. Les souvenirs du héros ne sont pas toujours très intenses ou intéressants. Pas très bien écrits, les dialogues sont pour beaucoup dans ce manque de punch.

Pour finir, le jeu de séduction qui éclot entre deux personnages n’en finit pas de tourner en rond. Là où tout est clair en quelques minutes, le cinéaste croit bon de faire durer la tension sexuelle pendant trois quarts d’heure, le tout culminant dans une scène de bain de minuit plus caricaturale qu’elle n’est torride. De la pub Chanel, on passe au porno sans sexe, ce qui fait gentiment sourire.

En bref : Il ne faut pas aller voir A single man. J’ai mis du temps à me décider, car les images sont vraiment belles et les premières minutes, comme la fin, sont d’une grande finesse, et d’une beauté soufflante. C’est le défaut de ce film : il est trop beau. Le réalisateur filme des corps impatients, des costumes élégants et des hommes à moitié nus, qui se regardent en chien de faïence. C’est chiant.

Talon d’Achille, le jeune acteur qui donne la réplique à l’excellent Colin Firth ressemble à un mannequin un peu vide. Il achève de plomber l’ambiance d’un film qui se tire une balle dans le pied, par excès de perfectionnisme.

Lang de bois ?

Faut-il aller voir The Ghost-Writer ?

D’entrée, je voudrai dire qu’il n’y a qu’une seule chose qui compte au cinéma. Ce sont les deux heures pendant lesquelles on est assis devant l’écran, et ce qu’on y ressent. Si on essaye d’y mettre de la polémique, on sort du cinéma, pour rentrer dans la politique. On se retrouve à décerner des palmes d’or à Farhenheit 9/11 ou pire, à assassiner Pasolini. Ce n’est pas l’objet de ce blog. Polanski est un réalisateur de films. Qu’il soit en prison, où qu’il médite au Pérou, je m’en balance.

Le film donc. The Ghost-Writer raconte l’histoire d’un nègre littéraire (le mec qui écrit les mémoires à la place des gens, sortez pas vos pancartes), qui se charge d’écrire l’autobiographie d’Adam Lang, un ancien premier ministre Britannique. Tout se complique, lorsque l’homme se retrouve mêlé à une histoire de torture, de soldats en Irak et de complicité de crime de guerre.

Vous l’aurez compris, le film aborde indirectement la vie de Tony Blair et son engagement aveugle dans le bourbier Irakien. Sans pour autant faire de dissertation morale, ni insister lourdement sur les similitudes avec la réalité, Polanski parvient à rendre la critique assez piquante. Comme dans W, d’Oliver Stone, il ne s’agit pas de montrer les hommes politiques comme des requins assoiffés de sang, mais comme des acteurs égocentriques qui ne contrôlent pas grand chose.

Tout de même, on pourra reprocher à Polanski de taper sur Blair, Bush ou la guerre en Irak quand ça n’a pas plus rien d’original ni de courageux. Si le film a le bon goût de ne pas tourner au brûlot politique, il reste bien consensuel et un poil roublard. Dans le dernier tiers, on flirte avec la théorie du complot ; même si c’est de la fiction, ce n’est pas du meilleur goût.

Avec un tel fond, il est clair que l’on est loin du brillant thriller politique salué par les critiques et acclamé au festival de Berlin. Pourtant, Polanski mène sa barque avec aisance, et nous emporte facilement dans l’histoire. Classique, le style est toujours très élégant et évite les longueurs. Le réalisateur a le bon goût de préférer la tension sourde aux scènes d’actions inutiles. Le décor – une île battue par les vents – ajoute beaucoup à cette atmosphère pesante, qui se révèle vite assez prenante.

En bref : Il faut aller voir The Ghostwriter. Il ne faut pas y courir toute affaire cessante. Mollement politique, la critique d’un monde que l’on savait déjà médiocre est bien trop convenue pour être mordante. En revanche, Roman Polanski signe un thriller efficace et paranoïaque, doté d’une trame assez bien ficelée, même si on en devine rapidement la fin.

Au coeur du film, Pierce Brosnan prouve qu’il n’est jamais aussi bon que dans les rôles antipathiques, Olivia Williams dessine un portrait de femme énigmatique et Ewan McGregor parvient à être attachant sans faire trop d’efforts.

Voilà. L’Ours d’Argent 2010 n’est pas un grand film, mais un bon divertissement. Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?

Social-Triste ?

Faut-il aller voir Precious ?

Precious se regarde dans la glace. Elle y voit son rêve : une jeune fille blonde, blanche, fine, belle et élégante. Dans la réalité, Precious est noire, pauvre, obèse, battue par sa mère, analphabète et en échec scolaire. A 16 ans, elle attend un deuxième enfant. De son propre père, qui la viole régulièrement. Elle espère qu’à la différence du premier, il ne sera pas trisomique. Un jour, la jeune fille découvre une classe spéciale, où des gens l’écoutent.

Avec un pitch pareil, difficile de ne pas tomber dans le film social déchirant, qui tire à bout de bras sur la corde du pathos. La plupart du temps, Lee Daniels, le réalisateur, évite cet écueil, sans pour autant verser dans la mesure. C’est vrai, le film ne colle pas la banane pour le reste de la soirée. Il coupe la faim. Mais l’histoire prêtait difficilement à la gaudriole.

Pour ce qui est de la forme, la réalisation est soignée. Le metteur en scène apporte un regard affuté et souvent pertinent sur les malheurs de cette adolescente obèse. Par moment, on se rapproche presque du réalisme social troublant de The Wire. C’est un compliment : la série est ce qu’on a fait de mieux à la télé depuis Six Feet Under.

Malheureusement, le réal n’évite pas les poncifs arty. Il souligne le délire intérieur de la belle, en la représentant sous le crépitement des flashs, là où un regard aurait suffit. Il en fait trop, même dans les mouvements de caméra intempestifs et autres zooms inutiles. Qu’importe, son talent pour la mise en scène rattrape le tout. De toute façon, le cœur du film n’est pas là.

La force de Precious, c’est l’espoir qu’il porte. Sans enjoliver le tableau, ni repeindre la vie en rose, Lee Daniels montre qu’il y a toujours un moyen d’aller vers la vie. On flirte parfois avec le manichéisme, mais le ton est souvent juste. Si certaines scènes sont d’une cruauté ahurissante, c’est surtout parce qu’elles sont tristement réalistes.

En bef : il faut aller voir Precious. Pas pour se taper des barres entre potes, ni pour pleurer sur l’épaule de sa voisine. Il faut y aller pour se prendre une tranche de vie en pleine gueule. Pour déceler un peu de lumière au coeur de Harlem.

L’émotion du film repose d’abord sur les acteurs : la professeur pédagogue et passionnée, qui illumine chaque plan, les élèves de la classe “spéciale” qui parviennent à faire rire des choses les plus trash, ou Mariah Carrey, étonnament convaincante, en assistante sociale désabusée.

Récompensée par l’Oscar du meilleur second rôle, la mère de Pecious donne une prestation terrassante. Brillante. Bien écrits et subtils, ses monologues résonnent longtemps dans la mémoire.