What the Fox ?

Faut-il aller voir Fantastic Mr. Fox, si on est pas un renard ?

Depuis quelques années, Wes Anderson fait des films uniques, quelque part entre la fable touchante et le grand n’importe quoi. Surmonté par La vie aquatique, son œuvre est faite de situations absurdes, d’humour pince sans rire et de personnages décalés. Lorsque un réal aussi loufoque s’attaque au renard de Roald Dahl en animant des figurines, on se lèche les babines.

Vous avez lu l’histoire quand vous étiez gosses. Le fantastique maître Renard met en danger sa vie de famille pour voler trois fermiers riches et méchants. La bonne idée de Wes Anderson, c’est d’y ajouter sa sauce inimitable. Renard porte un costume en velour, se pose des questions existentielles en latin et communique difficilement avec son fils en crise d’adolescence.

Si les films de Wes Anderson ont souvent les mêmes qualités, ils ont tendance à souffrir des même défauts. Au bout d’un moment, l’absurde finit par tourner en rond, comme un patchwork de saynètes sympas et un peu lourdes. Au début de Fantastic Mr. Fox, on a du mal à se laisser emporter par ce Renard philosophe : l’histoire peine à rencontrer son élément perturbateur et la nonchalance ambiante donne une impression de je-m’en-foutisme un peu perturbante.

Ajoutons à cela une animation un peu lèg’ et des couleurs pas très jolies, et ça partait pas sur les chapeaux de roues. Il fallait le talent de Wes Anderson pour prendre tous ces défauts et en faire très bon film. Au moment où le scénario commence à se mordre la queue, le Renard se la fait arracher. On ne sait pas trop ce qui s’est passé, mais on sort avec un grand sourire.

Biberonné au conte, Anderson démarre son film tranquillement, pour ne jamais cesser de faire monter l’intensité dramatique. Au départ sceptique, je me suis laissé emporter par ces animaux cyniques, les situations bizarres et les dialogues nonsense.  On commence à sourire aux blagues, puis on s’attache à l’histoire et sans s’en rendre compte, on se retrouve bouleversé par la mort d’un rat (un méchant en plus).

En plus de raconter un joli conte pour adultes, le réalisateur se débrouille pour y ajouter un double-fond pas si anodin. Sous des airs de divertissement classique, l’histoire a des relents communistes et un profond humanisme. Sans surinterpréter, j’ai reconnu beaucoup d’homo erectus dans ces “bêtes sauvages” qui doivent taire leur nature libertaire pour s’enfermer dans des costumes jaunes. Ou peut-être ai-je juste été victime d’une forme vicieuse de solidarité entre rouquins…

En bref : Il faut aller voir Fantastic Mr. Fox. Nul besoin de petit cousin, Anderson dynamite le conte de Roald Dahl pour en tirer une parabole foutraque et énergique qui colle le sourire pour la soirée. Les allergiques d’Anderson resterons hermétiques à son humour absurde et situationniste. Tant pis pour eux.

A noter, la musique du frenchy Alexandre Desplat, ne fait pas mentir sa réputation d’excellence. Elle donne toute son intensité à la meilleure scène du film : une émouvante rencontre avec un loup. Pourtant, rien de profond n’est dit en apparence et les images sont innocentes.

Les films de Wes Anderson sont portés par cette émotion. Celle des grands timides. Celle qui sort discrètement, au milieu d’une grosse blague, pour nous toucher quelque part près du cœur.