Lang de bois ?

Faut-il aller voir The Ghost-Writer ?

D’entrée, je voudrai dire qu’il n’y a qu’une seule chose qui compte au cinéma. Ce sont les deux heures pendant lesquelles on est assis devant l’écran, et ce qu’on y ressent. Si on essaye d’y mettre de la polémique, on sort du cinéma, pour rentrer dans la politique. On se retrouve à décerner des palmes d’or à Farhenheit 9/11 ou pire, à assassiner Pasolini. Ce n’est pas l’objet de ce blog. Polanski est un réalisateur de films. Qu’il soit en prison, où qu’il médite au Pérou, je m’en balance.

Le film donc. The Ghost-Writer raconte l’histoire d’un nègre littéraire (le mec qui écrit les mémoires à la place des gens, sortez pas vos pancartes), qui se charge d’écrire l’autobiographie d’Adam Lang, un ancien premier ministre Britannique. Tout se complique, lorsque l’homme se retrouve mêlé à une histoire de torture, de soldats en Irak et de complicité de crime de guerre.

Vous l’aurez compris, le film aborde indirectement la vie de Tony Blair et son engagement aveugle dans le bourbier Irakien. Sans pour autant faire de dissertation morale, ni insister lourdement sur les similitudes avec la réalité, Polanski parvient à rendre la critique assez piquante. Comme dans W, d’Oliver Stone, il ne s’agit pas de montrer les hommes politiques comme des requins assoiffés de sang, mais comme des acteurs égocentriques qui ne contrôlent pas grand chose.

Tout de même, on pourra reprocher à Polanski de taper sur Blair, Bush ou la guerre en Irak quand ça n’a pas plus rien d’original ni de courageux. Si le film a le bon goût de ne pas tourner au brûlot politique, il reste bien consensuel et un poil roublard. Dans le dernier tiers, on flirte avec la théorie du complot ; même si c’est de la fiction, ce n’est pas du meilleur goût.

Avec un tel fond, il est clair que l’on est loin du brillant thriller politique salué par les critiques et acclamé au festival de Berlin. Pourtant, Polanski mène sa barque avec aisance, et nous emporte facilement dans l’histoire. Classique, le style est toujours très élégant et évite les longueurs. Le réalisateur a le bon goût de préférer la tension sourde aux scènes d’actions inutiles. Le décor – une île battue par les vents – ajoute beaucoup à cette atmosphère pesante, qui se révèle vite assez prenante.

En bref : Il faut aller voir The Ghostwriter. Il ne faut pas y courir toute affaire cessante. Mollement politique, la critique d’un monde que l’on savait déjà médiocre est bien trop convenue pour être mordante. En revanche, Roman Polanski signe un thriller efficace et paranoïaque, doté d’une trame assez bien ficelée, même si on en devine rapidement la fin.

Au coeur du film, Pierce Brosnan prouve qu’il n’est jamais aussi bon que dans les rôles antipathiques, Olivia Williams dessine un portrait de femme énigmatique et Ewan McGregor parvient à être attachant sans faire trop d’efforts.

Voilà. L’Ours d’Argent 2010 n’est pas un grand film, mais un bon divertissement. Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?