My tailor is Ford ?

Faut-il aller voir A single man si on s’habille mal ?

A single man se passe dans l’Amérique des années 60. Georges Falconer est un prof d’université quadragénaire qui porte des costumes élégants. Lorsque son petit-ami meurt dans un accident de voiture, il se demande s’il va pouvoir reprendre goût à la vie. Puis il remet ses boutons de manchettes.

Avant d’être réalisateur, pour la première fois ici, Tom Ford est d’abord un célèbre couturier qui a relancé Gucci et YSL avec son goût prononcé pour les smoking des années 50. Si ce genre de conversion est rare, on constate avec bonheur qu’elle est réussie. Dés le générique, l’œil du cinéaste impose un vrai sens de l’esthétique et une élégance raffinée qui ne quitte pas le film.

Les premiers plans, bercés par le monologue intérieur d’un Colin Firth sombre et blessé, relèvent du grand cinéma. Malheureusement, ce qui était à craindre arrive. A force d’être raffiné, élégant et toujours classe, le film finit par se couper du vrai monde et des émotions. Tout le monde est toujours en costard, les pompes sont toutes bien cirées et on a parfois l’impression d’admirer un bel objet sous film plastique.

Au niveau mise en scène, Tom Ford en rajoute dans le détail et ne lésine pas sur la lenteur pesante de certains ralentis. Il joue également sur les couleurs, augmentant le contraste et la luminosité de l’image en fonction de l’humeur du héros. Fausse bonne idée. Le procédé est trop voyant pour faire effet, et accentue l’aspect aseptisé de l’image. Physiquement, A single man est donc beau et plat comme une pub Chanel.

Dans cette ambiance à l’ancienne, le film déroule un scénario touchant, bien qu’assez classique. Après un bon départ, on finit par s’ennuyer ferme au long de certaines scènes laborieuses et trop longues. Les souvenirs du héros ne sont pas toujours très intenses ou intéressants. Pas très bien écrits, les dialogues sont pour beaucoup dans ce manque de punch.

Pour finir, le jeu de séduction qui éclot entre deux personnages n’en finit pas de tourner en rond. Là où tout est clair en quelques minutes, le cinéaste croit bon de faire durer la tension sexuelle pendant trois quarts d’heure, le tout culminant dans une scène de bain de minuit plus caricaturale qu’elle n’est torride. De la pub Chanel, on passe au porno sans sexe, ce qui fait gentiment sourire.

En bref : Il ne faut pas aller voir A single man. J’ai mis du temps à me décider, car les images sont vraiment belles et les premières minutes, comme la fin, sont d’une grande finesse, et d’une beauté soufflante. C’est le défaut de ce film : il est trop beau. Le réalisateur filme des corps impatients, des costumes élégants et des hommes à moitié nus, qui se regardent en chien de faïence. C’est chiant.

Talon d’Achille, le jeune acteur qui donne la réplique à l’excellent Colin Firth ressemble à un mannequin un peu vide. Il achève de plomber l’ambiance d’un film qui se tire une balle dans le pied, par excès de perfectionnisme.