La banlieue c’est pas rose ?

Faut-il aller voir Tout ce qui brille ?

Ely et Lila vivent à Puteaux, dans les barres d’immeubles d’une cité dortoir. Pas cool. Quand le soir, elles investissent les soirées branchées de la capitale, elles préfèrent dire qu’elles habitent à Neuilly. Oui mais voilà, pas facile de participer à la conversation quand leurs “amis” de la jeunesse dorée comparent les vertus de New-York avec celles de Los Angeles. D’autant qu’ils mangent des pâtes au citron, ces cons.

Assis dans la salle, pendant les bandes-annonces, je me demandais un peu ce que je foutais là. Une comédie pour les filles, pleine de bagues en or et de sacs à main Dior, le tout saupoudré d’un fond de discours social mille fois réchauffé. La Haine version féminine, où les boucles d’oreilles remplacent les survêtements. Bref, j’étais sceptique. Le début du film a confirmé mes doutes : les deux filles trouvent les mecs “trop canons”, parlent de chaussures tout le temps et dansent dans les couloirs du métro en rigolant fort à des blagues nulles. Nanard ?

Non, pas nanard. Rapidement, on sent que les réalisateurs se foutent des clichés, autant que de les contredire. Ils préfèrent raconter une histoire et surtout faire rire en oubliant d’être cons. Passées les premières minutes un peu moyennes, le scénario se lance, la musique est excellente et on découvre une galerie de personnages secondaires aussi intéressants que profondément “vrais”. Explosive, Audrey Lamy, la pote sportive, s’impose comme le ressort comique détonnant. Autour d’elle, les deux héroïnes impriment leurs fortes personnalités à des dialogues enlevés.

Car le véritable talent de cette comédie réside d’abord dans son écriture. Orduriers, tranchants réalistes et parfois vraiment drôles, les saillies des trois filles donnent un rythme haletant à l’ensemble. Derrière cette histoire banale, se cache la frontière invisible qui coupe la France en deux, et en l’occurrence, qui sépare la capitale de ses banlieues. Certes, Tout ce qui brille ne dit rien de révolutionnaire. Mais il est très rare de voir le sujet d’un point de vue féminin. C’est bien dommage.

Beaucoup plus fin qu’une simple histoire de fric, de baston ou d’origine, le regard du film permet de dire beaucoup sans jamais s’étendre dans la prose. En apparence, on parle de jeunes femmes qui rêvent de rentrer dans les clubs VIP, mais lorsqu’Ely jette un coup d’oeil vers le taxi de son père ou ses copines de la haute-bourgeoisie, on quitte la comédie, et le film résonne.

Pour mélanger les genres avec autant de finesse, il fallait le talent de Géraldine Nakache. Co-réalisatrice et scénariste, la jeune femme s’impose également comme une actrice toute en retenue. Au départ, on trouve sa copine plus jolie, mais à la fin, c’est elle dont on est amoureux.

En bref : Il faut aller voir Tout ce qui brille. Même si c’est un divertissement classique à la française. Il faut lui pardonner une réalisation convenue et quelques scènes prévisibles. Le message, lui-même, n’a rien de nouveau. Pourtant, l’angle adopté est assez inédit pour être franchement rafraîchissant.

Ma première impression était donc la bonne. Tout ce qui brille est bien un film de gonzesses. Un très bon film de gonzesses.