L’éternel retour d’Obi-Wan Mc Gregor

Faut-il aller voir Les chèvres du Pentagone ?

Ewan McGregor doit avoir besoin d’argent. En un mois, il tient le rôle principal d’une grosse production américaine pour la troisième fois. Mine de rien, je commence à épuiser tous mes jeux de mots sur son nom. Heureusement, on ne devrait plus jamais le revoir manier le sabre laser. Ce qu’on ne savait, c’est qu’il se démerderait quand même pour continuer à jouer les jedis.

Les chèvres du Pentagone raconte l’histoire d’un journaliste tellement inintéressant qu’il s’appelle Bob. Pour oublier sa meuf, il part couvrir la guerre d’Irak, et y rencontre Lyn Cassady. Ce dernier est membre de l’armée de la terre nouvelle, une bande de soldats hippies, entraînés par la CIA pour faire des trucs bizarres. Espion psychique et “maître jedi”, Lyn lui expliquera comment tuer des chèvres avec le regard, tout en poursuivant une mission dont il ne connaît pas le but.

A priori, le film possédait quelques atouts. On voyait venir une critique mordante de la guerre, doublée d’une bonne comédie sous LSD. Excellent, le casting promettait  pas mal : le récemment oscarisé Jeff Bridges, le génial Kevin Spacey et le beau George Clooney, what else ? Pour couronner le tout, le scénario se basait sur de véritables expériences, menées par les services secrets américains dans les années 70. Bref, avec de tels atouts, difficile de se planter.

Il convient donc de saluer l’exploit du réalisateur, Grant Heslov : au mépris de tous les pronostics, le film se plante royalement. Les dialogues sont nuls, les blagues sonnent creux et les acteurs ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là. Ultra-bancal, le scénario multiplie les retour en arrière, oubliant que c’était déjà hyper relou dans Lost. Ajoutons à cela des péripéties incohérentes, qui consistent à aligner les saynettes et on se retrouve devant un joli gâchis.

Joli, car George Clooney arrive tout de même à être bon, là où tout est raté. Quelques vannes sauvent l’honneur en réussissant à être drôles et la demi-réflexion sur l’Irak est pertinente, faute d’être originale. Malheureusement, on passe plus de temps à sourire qu’à rigoler, quand on ne fronce pas carrément les sourcils devant des fautes de goûts évidentes (notamment une référence pathétique au Silence des agneaux). Lorsque le générique arrive, on se casse de la salle comme on éteint la télé.

A force de jouer sur tous les tableaux, Grant Heslov s’avère incapable de réaliser une seule scène marquante. Le film oscille entre l’absurde total, la dénonciation politique, la comédie familiale et la satyre sociale. Au final on finit par se demander pourquoi le réalisateur a voulu faire ce film, tant il semble n’avoir aucune idée de la direction à prendre. On ne s’ennuie pas, on le regarde s’égarer avec circonspection, comme on regarde un copain raconter une histoire nulle.

Oui mais voilà, notre copain, on ne le paye pas 6€.

En bref : Il ne faut pas aller voir Les chèvres du Pentagone. Parce qu’Ewan McGregor commence à nous saouler avec son jeu sans saveur, parce que le film n’a absolument rien à dire, et parce que c’est d’autant plus rageant qu’on tenait là une bonne histoire et des scènes presque marrantes.

Pour ceux qui veulent tout de même y aller, je leur conseille de voir la bande-annonce. Ça dure moins longtemps, mais toutes les blagues y sont rassemblées et on ne s’étonne pas de rien comprendre.

Toujours motivés ?