Circonstance de concours…

Salut à vous.

Juste un petit message pour prévenir que je ne me suis pas pété le bras. J’écris toujours, mais le blog fait une pause : je passe des concours dans un mois, et c’est pas gagné. Comme c’est mon premier message un peu perso, j’en profite pour vous remercier de me lire. Pour info, vous avez été 666 depuis trois mois (promis c’est le vrai chiffre), vous êtes issus de 29 pays et le site a eu 1.863 visites.

Pendant que j’y suis, désolé pour le faible espace réservé aux commentaires, je suis pas surdoué en programmation html. Et enfin, comme je n’ai pas pu m’empêcher d’aller au cinéma un peu, je vous rappelle qu’il ne faut pas aller voir Ajami (contrairement à ce que dit la critique qui se pâme dés que ça à l’air politique) et il faut aller voir Green Zone.

Pour la suite, je reviens en juillet et en attendant, je touche du bois. A bientôt ?

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Huppert classe ?

Faut-il aller voir White Material ?

Quelque part en Afrique, une ancienne colonie française est déchirée par une guerre civile. D’un côté, des rebelles corrompus et composés en grande partie de gosses avec des machettes. De l’autre, une armée jusqu’au dents, qui ne fait pas de quartier. Au milieu, une plantation de café, gérée par Maria Vial, une française qui refuse de partir. De plus en plus seuls, les membres de sa famille sentent que leurs jours sont comptés.

En deux jours, voici un nouveau film français sur l’Afrique. Ici, pas de documentaire, mais une évocation fictive, d’une réalité qui sonne juste. Chaque année, plusieurs pays africains implosent sous la pression d’une nouvelle bande de “combattants de la liberté”. A quelques exceptions près, le dictateur en place est remplacé par un autre, et l’Afrique n’avance pas, mais le président français envoie ses compliments.

White Material n’est pas un traité politique. Le pays est fictif, et rien n’est dit sur sa situation sociale comme sur la présence française. Dommage, car il y aurait sans doute beaucoup à dire. Le film préfère suggérer, sans penser à la place du spectateur. Au final, Claire Denis, la réalisatrice, livre un portrait de femme énigmatique dont les images résonnent longtemps après le générique.

Contrairement à une certaine tendance énervante du cinéma français, White Material n’est pas bavard. Plutôt que des discours, la mise en scène raconte une histoire brutale de façon impressionniste. Ici, les corps, les regards et l’ambiance étouffante se chargent de monter le décor. La plupart du temps, c’est très réussi. A plusieurs reprises, Claire Denis tombe dans les écueils habituels du cinéma d’auteur : secouer la caméra pour faire comme les frères Dardenne, filmer une bite en plein écran… Pas grave. Lorsqu’elle filme les errances de ses héros, l’image est si forte qu’on oublie ces maladresses.

Au centre du film, Isabelle Huppert n’a toujours pas l’air sympathique. Secondé par une troupe d’acteurs au top, elle livre pourtant une prestation sans faute de femme forte au bord de la crise de nerfs. Christophe Lambert arrive à ne pas montrer qu’il est idiot et Nicolas Duvauchelle prouve que depuis Braquo, il n’est jamais aussi bon que dans les rôles de grands malades.

En bref : Il faut aller voir White Material. Pour la force des images, pour un point de vue sans concession ni clichés sur l’Afrique contemporaine. Les émotions sont arides, l’air est sec et la musique absolument brillante. Avec Marie N’Diaye au scénario, on espérait sans doute plus de sens, un message. Au lieu de ça, on nous laisse un goût amer et désabusé. Parfois, on se demande ce que White Material veut nous dire. Mais y a-t-il beaucoup à dire sur la guerre ?

N’empêche, à la fin du générique, j’ai compris que j’avais vu un putain de film.

Pas de jeu de mot

Faut-il aller voir Lignes de front ?

On peut probablement rire de tout, mais sortant d’un film sur le génocide Rwandais, je n’ai pas trop le cœur à faire des blagues. Preuve au moins que le film est poignant. Ou est-ce seulement l’histoire ? Tout comme La rafle, que je n’ai pas vu, Lignes de front pose un problème épineux au spectateur. Peut-on saluer l’émotion transmise par un film sur un génocide ? Juge-t-on du talent cinématographique ou de l’intensité des faits historiques ? Je n’ai pas la réponse à ces questions, je la cherche.

Toujours est-il qu’il y a là un film, avec des qualités et des défauts. J’essaierai donc d’en parler, en laissant les questions éthiques à votre jugement. Lignes de front est inspiré de l’expérience de Jean-Christophe Klotz, un ancien Journaliste Reporter d’Images (JRI) passé à la réalisation après avoir été choqué par son expérience Rwandaise. En 1994, les Hutus opèrent un massacre d’envergure de la population Tutsi. A Kigali, un journaliste suit le destin d’un rwandais qui recherche sa copine Tutsi.

Si les films de guerre sont légion, rares sont ceux qui montrent ce que l’on voit vraiment, lorsqu’on n’est pas soldat. Loin de son titre un rien racoleur, Lignes de front n’est pas une énième série de massacres complaisante, qui mélange la dénonciation au film d’action. Question de budget, de point de vue, de pudeur. De la guerre, on ne voit pas grand chose. Une rafale dans la nuit, une explosion quelque part, et au milieu, un journaliste perdu, qui passe ses journées à attendre.

Réaliste, le point de vue de départ ne manque pas d’intérêt. Pour peu que l’on s’intéresse un peu au métier de reporter, le film livre un tableau amère des difficultés du métier, tout en s’écartant du cliché du journaliste en chemise à fleur qui slalome entre les balles. En apparence, il ne se passe pas grand chose, mais chaque jour, le nombre de morts est multiplié. Selon les chiffres de l’ONU, critiqués pour leur sous-estimation, le génocide rwandais a fait 800.000 morts.

Sobrement et sans dissertation psychologique, le film tente également d’aborder des sujets de fond. Les images sont montrées du point de vue rwandais, dans la chaleur étouffante et la tension palpable, puis dans une salle de rédaction, à travers un petit écran de télé. Tout le monde applaudi le “bon sujet”, un coupe de champagne à la main, avant d’aller se faire un restau. Klotz ne joue pas les dénonciateurs à deux balles. Il évoque simplement la distance du spectateur, l’obsession du journaliste et la loi de l’audimat, qui préfère le tapis rouge de Cannes aux guerres africaines.

Malheureusement, après une première moitié réussie, le film semble hésiter entre le film-documentaire et la fiction dramatique. On assiste alors a des scènes plus cinématographiques que réalistes. Jalil Lespert monte sur les toits avec un air hagard, les dialogues perdent de leur saveur et le tout culmine dans un scène de machette trop caricaturale pour être touchante. Mise en scène sans beaucoup de rythme, la fin n’évite pas les longueurs et trahie les bonnes intentions d’un début prometteur.

En bref : Il faut aller voir Lignes de front. Mais on n’y verra malheureusement pas un grand film. Pourtant, les thématiques du journalisme et de la guerre sont esquissées avec justesse. Le point de vue est intelligent, important et assez rare pour être remarqué. Dommage que le réalisateur change soudainement de direction pour laisser le spectateur derrière lui. Lorsqu’on quitte le réalisme initial, l’image cesse d’être sobre, pour devenir cheap, et le jeu moyen des acteurs apparaît plus évident.

Tout de même, je ne peux décemment pas vous conseiller d’aller rigoler devant L’arnacoeur et Alice au pays des merveilles si je déconseille un tel film. Des trois, Lignes de front est, de loin, le plus courageux.