Lecce, Homo ?

Faut-il aller voir Le premier qui l’a dit ?

Tommaso, apprenti écrivain à Rome, rentre au pays pour une réunion de famille, à Lecce, dans les Pouilles. Dans sa valise, des nouvelles surprenantes, qu’il a décidé d’avouer au grand jour. Il n’est pas en fac d’éco, il ne veut pas reprendre l’entreprise paternelle et il n’est pas hétérosexuel. Au moment du dîner, son frère se lève et avoue la même chose avant lui.

Le sujet est pas mal. Comment briser le cœur de son père, lorsque l’on est son dernier espoir d’avoir un fils qui courre les filles ? Comment faire face à une famille traditionnelle et homophobe ? Vaut-il mieux vivre libre au grand jour, ou préserver ceux qu’on aime ? Malheureusement, le film n’y répond pas, ou mal.

Si une caractéristique rassemble bien les personnages de la famille Cantone, c’est qu’ils sont tous laids. Insupportablement moches, intolérants, égoïstes et cons, il est très difficile de s’y attacher. Impossible donc, de désirer toute réconciliation. On a juste envie d’hurler au fils de se barrer vivre ses amours à Rome, et tant pis pour sa famille médiocre.

Pour traiter son sujet -intéressant au demeurant- avec plus de profondeur, le réalisateur aurait mieux fait d’adoucir la parodie. A la place d’une réflexion intelligente sur les ambigüités de la relation père-fils, le film nous livre une grosse farce où les provinciaux sont des brutes avinées, contrairement à la finesse des gens de la ville.

La finesse, parlons-en, le film en manque cruellement. Si certains gags sont bien ficelés, le réalisateur en fait toujours des tonnes : les homos doivent forcément se comporter en folles et danser en slip sur la plage, la vieille célibataire est un cliché vivant et ne parlons pas de la musique ou de l’image, qui n’esquivent aucun poncif mélodramatique (Ah bon dieu, cette manie de tourner autour des tables avec une steadycam pendant les dîners !).

Alors, énorme nanard ? Non. Malgré tous ses défauts, Le premier qui l’a dit possède des qualités sympathiques. Réel intérêt du film, la relation compliquée entre une jolie jeune femme paumée et le héros donne un peu de résonance aux personnages. Les scènes où elle pose son beau regard triste sur lui impriment à l’histoire ce qu’il lui manque d’humanité. Ce n’est pas suffisant pour le sauver.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Le premier qui l’a dit. Le scénario et les dialogues sont trop simplistes et les clichés sont trop omniprésents pour en faire la comédie intelligente qu’il prétend être.

Pourtant, une jolie histoire platonique et quelques quiproquos bien sentis permettent de passer un moment agréable. La fin a beau être en queue de poisson, on sort tout de même du ciné avec le sourire.

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Nolan on the horizon ?

Faut-il aller voir Inception ?
Film de l’été, sur-marketé (qui n’a pas vu les magnifiques images qui décorent les arrêts de bus), annoncé comme le nouveau Matrix et adoré par la presse, Inception était attendu comme la bombe de l’été. Le plouf aussi, car plus le plongeon est beau, plus le plat est douloureux.

L’histoire suit Dom Cobb, voleur de rêve et homme talentueux, contrairement à ce que son nom pourrait suggérer. Avec une bande d’experts, il s’infiltre dans la tête des puissants de la planète pour en extraire les secrets intimes. Dans les rêves des autres, Dom affronte parfois leur subconscient armé d’un M-16, des trains qui surgissent de nulle-part ou son ex-femme en robe moulante.

Il faut se méfier du film de rêves. C’est la plus vieille manne du scénariste fainéant, avec le film “fantastique-mais-juste-à-la-fin-pour-expliquer-les-trucs-bizarres-du-début”. Christopher Nolan, a déjà utilisé la deuxième recette dans The Prestige. On pouvait donc légitimement s’inquiéter.

A forte raison. Comme la plupart des scènes se passent dans un rêve, le réal se permet de faire tout ce qui lui passe par la tête, les seules limites étant celle de l’imagination et du budget. Au risque de prendre les spectateurs pour des cons, on nous envoie donc du spectacle en vrac, des pays de toutes les couleurs et tant pis si la structure est incohérente…

C’est sûr, pour faire une bande-annonce impressionnante et des affiches énigmatiques, le film n’est pas avare d’images intrigantes : Paris qui se tord en deux, un mec en apesanteur dans un hôtel, des poursuites à skis à l’envers avec des flingues, des tas d’immeubles qui s’écroulent et des tempêtes de cailloux. Mais Inception est-il autre chose qu’un produit marketing ?

Film brillant sur la forme, le premier Matrix utilisait aussi le rêve pour tordre la réalité (et les cuillères). Il n’en restait pas moins excellent, à cause d’un univers travaillé et envoûtant. Nolan s’en inspire largement, mais n’ajoute pas grand chose. Ici, l’univers est creux, le héros ne mène pas de rébellion, il sert son intérêt et celui d’un gros pourrave riche et influent, en lui permettant de gagner plus sans travailler plus.

L’indolence du scénario empire quand le film essaye de s’expliquer. Après un début assez énigmatique, chaque scène est commentée lourdement par un personnage secondaire. Il faut dire que certaines pirouettes scénaristiques sont passablement capillo-tractées : l’équipe de “voleurs” est inutile et artificielle, les liens entre les rêves sont un peu bidons et le fond est extra-light (“les idées, c’est trop fort”). Comme souvent à Hollywood, on éprouve la désagréable impression que le cinéaste nous prend pour des buses.

Pour se tirer une dernière balle dans le pied, le réalisateur se croit obligé de nous infliger tous les poncifs du cinéma hollywoodien : les enfants ont de la reverb sur la voix quand ils rigolent, Léo est torturé par son passé et les scènes d’actions surgissent mécaniquement toutes les 20 minutes. C’est comme ça outre-atlantique, il faut des explosions entre chaque dialogue. Quitte à être aussi surprenant qu’un film porno.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Inception. Pourtant, outre le tarif que je viens de lui mettre, il possède des qualités : des actrices très convaincantes, une histoire d’amour moins nulle que la moyenne et quelques scènes techniquement impressionnantes. On reste estomaqué par un combat se déroulant sur les quatre murs d’une pièce.

Oui mais voilà. Christopher Nolan est responsable de Memento et The Dark Knight, deux des meilleures productions US des 20 dernières années. Autant dire qu’on pouvait espérer mieux que ce divertissement agréable, qui manque cruellement de modestie.

Inception, à force de jouer les chefs-d’œuvres visionnaires, a oublié ce qui fait le cœur des grands films : une âme et un scénario.

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