The Town : Ben et les ordures.

Faut-il aller voir The Town ?

Ben Affleck est l’un des acteurs les plus démontés par la presse. Carré d’épaules, beau-gosse mais sans aspérité, il a tout de la brute stupide. Quel plaisir donc, que de le dézinguer, d’autant qu’il a collectionné les mauvais rôles dans des mauvais films, de Dardevil à Armageddon en passant par l’épouvantable et patriotique Pearl Harbor. Quand un mec pareil passe à la réalisation pour la deuxième fois, le critique cinéma sadique se frotte les mains et aiguise son clavier.

The Town suit les pas de quatre braqueurs du quartier de Charlestown, à Boston. Là-bas, on est braqueur de père en fils, pour peu qu’on ait du sang irlandais et une grosse paire de flingues. Alors que l’équipe dévalise une banque, elle se décide à embarquer la directrice en otage, avant de la relâcher. Plus tard, devant l’inquiétude de ses partenaires, Doug MacRay, le chef de la bande, rentre en contact avec elle pour vérifier si elle a pu les identifier. Faut dire qu’elle a un joli sourire aussi.

Le scénario du film ne révolutionnera pas le cinéma. Tous les codes du polar y sont recyclés, du gentleman braqueur et romantique à la relation fraternelle avec le dingue de la bande en passant par le flic obstiné et le mafieux sanguinaire. Côté caméra, on est dans le classique classieux : champ, contre-champ, course-poursuite filmée au ras du sol et clair-obscurs dans l’appartement du personnage bizarre. Alors… classique ou navet ?

Sans réinventer grand-chose, Ben Affleck parvient à surprendre et livre un polar de qualité, qui captive jusqu’au générique. Si l’histoire de fond est ultra-classique, elle tient la route, et les scènes qui la composent sont intelligemment écrites. Les braquages sont inventifs, bien filmés et le suspense redescend rarement. L’histoire d’amour inévitable est crédible et Ben a la bonne idée de nous épargner le miel, et les dialogues sirupeux.

Du côté des acteurs, Affleck est toujours aussi inexpressif. On lui pardonne : non seulement son film prouve qu’il est loin d’être con mais il est aussi entouré d’une galerie de personnages parfaits. Du beau flic ténébreux et vicieux (joué par Jon Hamm, qui fait frissonner ces dames dans la série Mad Men) au dingue de la gâchette (le turbulant Jeremy Renner, qu’on a pas finit de voir) tout y est. La palme étant emportée par Pete Postlethwaite, excellent en fleuriste sadique, malgré son nom imprononçable.

En bref : Il faut aller voir The Town. On est ressortira pas bouleversé, avec les joues remplies de larmes et la chemise déchirée. On en ressortira content. Ben Affleck nous raconte une histoire que l’on connaît par coeur, mais il le fait bien, avec un bon sens du rythme et de l’intensité. Au final, on marche, pour peu qu’on aime autre chose que les effluves ennuyeuses de Cannes.

Si Ben Affleck était un aliment, il serait des pâtes. Sans procurer le plaisir sucré de l’oignon et la tendresse délicate de l’aubergine, il cale. Il ne déçoit personne et il paraît délicieux pour le cinéphile affamé. Or, comment ne pas l’être, après un été aussi désertique ?

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Cleveland contre Wall Street : Interville ?

Faut-il aller voir Cleveland contre Wall Street ?

La crise des subprime a d’abord touché les catégories de populations les plus démunies. A Cleveland, Ohio, le chômage atteint toujours des records et la ville doit faire face à une vague de pauvreté sans précédent. Les habitants sont progressivement expulsés de leurs maisons, hypothéquées en échange de prêts à taux élevés qu’ils ne peuvent rembourser. Des quartiers entiers sont détruits, le tout au frais de la ville. Défendue par le cabinet d’avocat Cohen et associés, la municipalité a décidé de porter plainte contre 21 banques de Wall Street qu’elle estime responsables de la crise. Le procès traînant à se mettre en place, le cinéaste Jean-Stéphane Bron a décidé de le mettre en scène.

Difficile de placer Cleveland contre Wall Street : le film se situe quelque part entre la fiction (le procès n’a aucune valeur juridique) et le documentaire (tous les personnages sont réels, du juge au jurés et personne ne lit son texte). Un procédé bizarre et unique qui peut s’avérer casse-gueule. Dés les premières minutes, on flaire le film à thèse, manichéen et d’autant plus laborieux qu’il assène une évidence, sous des airs dénonciateurs. Car aujourd’hui, qui doute encore de la responsabilité des banques dans la crise économique ?

Après un début assez pompeux (mais plutôt bien filmé), le film se met en place. Globalement, il est centré sur les questions croisées de deux avocats qui interrogent les témoins et acteurs du désastre : du père de famille expulsé au flic qui le pourchasse en passant par le conseiller municipal et le courtier d’assurance. Présenté comme ça, Cleveland contre Wall Street pourrait bien être le film le plus relou de l’année. Surprise, le documentaire de Jean-Stéphane Bron est très bon. Paradoxalement, à certains moments, il est même fascinant.

Premièrement, le cinéaste à la bonne idée de la fermer. Si son film n’est pas exempt de point de vue, il s’attache avant tout à ses personnages. Loin du discours politisé, ces derniers racontent leurs vies, et restituent les rouages d’un système bien huilé, où tout le monde se renvoie la balle. Ni neutre, ni unilatéral, le film prend également en compte les plaidoiries de la défense qui s’évertue à prouver que les subprime, comme un fusil, sont des outils qui n’engagent par leur créateur mais ceux qui les utilisent. Car aux États-Unis, “capitalisme” n’est pas un gros mot et “liberté” est la seule devise.

C’est la deuxième qualité du film : au lieu de regarder ce débat évident d’un air narquois d’européen blasé, il se place au niveau de l’américain moyen et cherche à comprendre. Sans donner de leçon, ni tomber dans le misérabilisme, Cleveland contre Wall Street remet les fondations de l’Amérique sur la table. Assis autour, pas d’universitaires éclairés ni d’économistes arrogants, mais une poignée d’américains de tous les milieux. “It’s a free country” répète l’un des jurés, alors que certains commencent un peu à douter. La fin du procès illustre en elle-même la complexité profonde du débat aux États-Unis.

En bref : Il faut aller voir Cleveland contre Wall Street. Pour comprendre cette crise à laquelle personne ne pige rien, pour assister à des témoignages poignants et pour écouter les jolies chansons de Bruce Springsteen. On regarde le film comme on participe à un débat passionnant, et on en sort moins con.

Certes, le film n’est pas habité par la puissance de la funk. Les personnages ne sont pas tous télégéniques, la mise en scène ne vous clouera pas au siège et on y voit guère de jolies filles topless. Mais, entre deux blockbusters en 3D, ça fait parfois du bien d’amener son cerveau au cinéma.

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Piranha 3D : Un poisson violent.

Faut-il aller voir Piranha 3D si on a des neurones ?

Il y a des films qui prennent le critique snob à rebours. Allant voir un film de série B mettant en scène des jeunes filles en bikinis poursuivies par d’affreux poissons en 3D, le critique snob pense déjà à son titre : “Piranha 3D est un film débile”. C’est quasiment marqué dans le titre, le critique aiguise son couteau. Oui mais voilà, si Piranha 3D porte un message, c’est justement celui-ci : “JE SUIS UN FILM DÉBILE !”

Jake est un ado pas très à l’aise avec les filles. Il vit avec sa mère dans la petite ville de Lake Victoria. Autant dire qu’il louche un peu quand une tribu de gonzesses quasiment à poil se ramène dans sa ville. C’est le Spring Break, les étudiants viennent faire la teuf sur le lac, l’alcool coule à flot et Jake se retrouve embarqué sur le bateau d’un réalisateur érotomane cocaïnophile. Au fond de l’eau, les Piranhas préhistoriques se lèchent les babines.

Film débile donc, et complètement assumé. En une heure trente, il y a plusieurs douzaines de jolies filles en bikini qui enlèvent le haut, de l’électro péchue à plein volume, des scènes érotico-aquatiques poignantes, un massacre sanglant, une histoire d’amour sirupeuse et des poissons beliqueux. Alexandre Aja, le réalisateur frenchy, a rassemblé tous les films d’ados du monde pour caler leur substantifique moelle au milieu d’un lac. Et quand je parle de moelle, je pèse mes mots.

Piranha 3D est le film le plus gore qu’il m’ait été donné de voir. Les membres volent, les viscères s’étalent et les os craquent. Le tout culmine dans une scène mythique où une vedette traverse littérallement une marée humaine, explosant tout sur son passage. Si tout le monde se marre dans le cinéma, en poussant des grands cris d’orfraie, on peut légitimement trouver ça malsain et absolument dégueulasse. Surtout si on a fait du scoutisme.

Au-delà de ce grand n’importe quoi, Aja montre tout de même des qualités de cinéaste : son film fait moins peur qu’un Rec et moins sursauter que le terrible Jusqu’en enfer (qui m’a rendu cardiaque), mais il génère tout de même une belle tension par moment, en utilisant la bonne vieille recette du “tout ce qui est dans l’eau peut potentiellement se faire bouffer”. Les plans aquatiques sont bien foutus, les couleurs sont jolies et les personnages sont complètement caricaturaux, donc forcément réussis.

En bref : Il faut aller voir Piranha 3D. Si on a été adolescent à l’époque d’American Pie, et si on veut aller au cinoche sans se prendre la tête ou si on est soit même un peu débile, c’est le film le plus fun de l’été. En une heure trente de rythme endiablé, Aja orchestre un spectacle primaire et régressif qui procure un certain plaisir coupable.

Du fun donc, mais pas une once de fond dans ce grand lac. On ne pourra pas en vouloir à ceux qui sont trop vieux pour ces conneries. Mais on peut quand même les plaindre : s’emmerder devant Oncle Boonmee et le reste de la sélection cannoise, c’est pas drôle tous les jours… Si ?

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Des hommes et des dieux. Fossé aux moines.

Faut-il aller voir Des hommes et des dieux ?

Grand prix de la mise en scène à Cannes, le film de Xavier Beauvois revient sur l’assassinat en décembre 1996 de six moines français. Résidant dans le monastère de Tibhirine au coeur des montagnes Algériennes, les cisterciens vivent en harmonie avec la communauté musulmane, alors que le pays est en pleine guerre civile. Quand les barbus du coin commencent à tuer les occidentaux et le gouvernement corrompu promène ses chars d’un peu trop près, les moines se demandent s’ils doivent partir.

La question centrale du film est celle du sacrifice : à quoi sert-il de se laisser égorger pour une question religieuse ? Beauvois n’y répond pas. De façon bien plus fine, il suggère des pistes et laisse le spectateur faire une partie du chemin. Ni catho ni anticlérical, Des hommes et des dieux peut-être interprété de multiples façons et nous laisse décider au final, si nous serions restés, malgré la forte probabilité d’y laisser notre vie.

Le style est épuré mais élégant. Il colle à l’histoire, celle d’un monastère : beaucoup de scènes traînent en longueur, mais l’ennui pointe rarement sont nez. La vraie réussite technique réside dans les changements de rythme brutaux, qui permettent d’opposer frontalement la quiétude des contemplatifs à la folie des fanatiques. Deux styles de vies qui se rapprochent à la fin : bardés de bombes ou cloîtrés dans leur monastères, les deux parties finissent toutes deux par mourir pour l’amour de Dieu. Et comme le dit justement Lambert Wilson : “nous nous sommes déjà sacrifiés”.

Malgré tout, le film déçoit. Il peine à marquer car il surjoue la carte de la finesse. Les questionnements, les dilemmes suggérés par le film et l’ambiguïté sus-citée sont toujours en filigrane. Mais à force de jouer les orfèvres en fignolant la toile de fond, le réalisateur oublie les éléments essentiels de la dramaturgie. L’émotion, la surprise, le suspense sont absents, ou bien trop dilués dans les chants grégoriens. En clair, le film manque parfois un peu de cinéma.

Si on peut apprécier que le scénario n’assène pas de théorie pesante sur Dieu et le sacrifice, on regrette que les dialogues manquent parfois tant de saveur. Jamais un plan ne cherche à perturber le spectateur et le début de l’histoire, en informant sur le mode de vie pas très funky des moines, donne l’impression d’assister à un documentaire bien filmé.

Lors de deux scènes emblématiques, le réalisateur quitte sa soutane et son style éthéré pour nous offrir du vrai cinoche. Un hélicoptère qui survole un monastère sur les chants tremblants des trappistes apeurés. Plus tard, les moins dînent une dernière fois sur une musique de Tcahïkovsky. Deux petits moments. Les plus émouvants du film. Malheureusement ce sont quasiment les seuls.

En bref : Il faut aller voir Des hommes et des dieux. Sans y courir. Pour réfléchir et en débattre ensuite, pour comprendre le destin de ces kamikazes pacifistes ou pour constater que les religions qui font la une des faits divers peuvent parfois vivre en harmonie. Il ne faut pas y aller pour voir du grand cinéma. Encore une fois, Cannes déçoit.

Trop austère, trop cérébral, Beauvois fuit le vulgaire au risque de laisser le spectateur de côté. Dommage, à plusieurs reprises, il montre une véritable maîtrise de la caméra et du rythme narratif. Vivement qu’il les mette au service d’un cinéma plus mordant.

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Oncle Boonmee. Thaï, con, beau.

Faut-il aller voir Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) si on a pas envie d’être un tigre ?

Il y’a des films qui arrivent étouffés par la hype. Oncle Bonnmee en fait partie : encensé par les critiques intellos, ignoré par le public, palmé d’or à Cannes et détesté par l’autre moitié de la presse, le film est difficile à concevoir en dehors du boucan assourdissant qui l’entoure. En tout cas, le constat semble être clair, soit le film est du caviar pour la gauche-navet, soit c’est l’inverse, mais personne n’y a rien compris.

L’oncle en question n’a pas bonne mine : le thaï est plein de faux-amis. Vieil apiculteur veuf, il sent venir la mort. Avec sa belle-soeur, le fantôme de sa femme et un infirmier, il se rend dans une maison de jungle (version locale de la maison de campagne) pour se reposer. Il y a aussi une vache, des singes aux yeux rouges dont l’un d’eux est son fils, un bonze qui se dédouble et des poissons qui se tapent des princesses. Le tout, bien-sûr, dans l’obscurité.

Mettons tout de suite fin à un débat débile : Oncle Boonmee n’a aucun sens universel que seuls les cinéphiles branchés comprennent, au détriment des couillons franchouillards. Si certains critiques vous assènent le sens des métaphores qu’ils ont trouvées sur le cinéma, le sens de la vie et la mayonnaise, c’est pour satisfaire leur égo boursouflé d’écrivains ratés. Dans tous les musés d’art contemporains, il y a un casse-couille devant chaque tableau qui s’esbaudi d’avoir compris le message caché de l’artiste. C’est lourd, souvent prétentieux et à contre-courant de l’art : si ce dernier porte un message, c’est à chacun de le ressentir en fonction de son histoire et sa sensibilité. Et puis Apichatpong Veerasethakul n’est pas David Lynch. Il est Thaïlandais.

Est-ce un bon film donc ? Du point de vue technique, on peut en douter : la caméra tremble souvent sur son pied, les cadrages sont loin d’être exceptionnels et l’interprétation des acteurs -sans saveur- laisse parfois à désirer. Si la photo est souvent agréable et certains plans ingénieux, on est très loin du très grand cinéma. Pour une palme d’or, c’est gênant, mais le scénario, les dialogues ou la caméra ne représentent pas l’intérêt du film. Mais que reste-il alors ? La poésie pardi.

Film des sens plus que du sens, Oncle Boonmee puise sa force dans la très forte personnalité de son créateur. Véritable trip sensoriel, contemplatif, chiant et plutôt joli, le film a avant tout la qualité salutaire d’être radicalement différent. Les aspects fantastiques, le sens du rythme ou la façon générale de faire du cinéma dénote clairement de tout ce que l’on peut voir ailleurs. C’est sans doute ce qui explique l’engouement de certains critiques, qui finissent blasés, de voir douze films par semaine. Le cinéma de Veerasethakul ne ressemble qu’à lui-même.

C’est vrai, à certains moments, les défilés de photos, les singes aux yeux rouges, le bruissement constant de la végétation, les longs plans fixes ou l’apparition incongrue d’un tube pop, peuvent plonger dans un certain état de plénitude. On plane, un peu comme lorsqu’on écoute un cd de méditation. Mais comme dit ma petite nièce : est-ce pour autant que c’est de la bonne musique ?

Si cette originalité est parfois captivante, pour peu qu’on rentre dans l’état de zénitude recommandé, elle n’est pas suffisante pour crier au chef-d’oeuvre cinématographique. A l’image d’une oeuvre contemporaine ou d’une certaine forme de poésie, le film fait appel à la sensibilité de chacun. On trippe ou on s’endort, et pour une fois, personne n’a tort.

En bref : Il faut aller voir Oncle Boonmee, mais je rajoute un avertissement exceptionnel. Il le faut seulement si l’on veut vivre un truc différent, plus proche de l’installation que du cinéma. Si vous n’êtes pas prêt à vous allonger sur votre siège et à vous emmerder sévère pendant certaines scènes, tout en atteignant un forme de sérénité bouddhique, je vous déconseille l’aventure. Mais c’est vrai qu’elle m’a bien plu dans l’ensemble.

Oncle Boonmee n’est donc pas une bouse débile et prétentieuse, car le film s’écarte des codes classiques, ce qui ne manque pas de courage. Néanmoins, la palme d’or n’est pas méritée, car le film n’est pas exempt de défauts. En clair, il ralentit le coeur, faute de couper le souffle.

Quant à la profondeur des métaphores, et le sens philosophique du film, je préfère recopier l’un des dialogues et le laisser à votre sagacité :

”- Oh, regarde, une courge.

- Elle est énorme.”

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Le bruit des glaçons : french cancer ?

Faut-il aller voir Le bruit des glaçons ?

Charles est un écrivain qui n’écrit pas. Sa femme s’est barrée avec leur fils depuis qu’il leur préfère une bouteille de blanc. Charles regarde sa vie passer, assis dans une résidence paumée, avec son sceau à glace à la main. Charles est un mec qui craint. Quand son cancer vient sonner chez lui “pour faire connaissance”, ça sent le sapin.

Au départ, on est pas bien sûr de comprendre ce qu’on fout là. Tout le monde parle à la caméra. Les dialogues sentent l’alcool. Jean Dujardin a une barbe et la mise en scène est foutraque et théâtrale. A ce bordel déjà notoire, il faut ajouter la présence flippante de Dupontel coiffé d’une choucroute affreuse. On prend peur.

Le bruit des glaçons est un film de lendemain de cuite. Tout y est vaporeux, profondément tragique et joyeux la minute après. Le sujet est grave : la mort, le cancer, l’espoir. Le film en parle brillamment. Sans pudeur, et loin du discours édulcoré ambiant. Très bons, les dialogues rappellent les débats métaphysiques que l’on ne peut avoir qu’en fin de soirée autour d’un fond de bouteille.

Si la question posée par le film devait être résumée, elle pourrait être celle du fils de Charles : vu que tout le monde prend des antidépresseurs, que les mecs boivent, que les femmes dépriment et que les couples divorcent, est-ce que ça vaut le coup de vivre ? La réponse donnée est belle et profonde. Le bruit des glaçons donne l’impression de côtoyer la mort, on en sort attiré par la vie. D’ailleurs, avec mes potes, on a été boire un verre de blanc.

Le film n’est pas exempt de défauts, on peut même y être carrément hermétique. Rien n’est réaliste, on a souvent l’impression que l’équipe du film était aussi bourrée que ses personnages et Albert Dupontel est définitivement un mec avec lequel on a pas envie de rester coincé dans un ascenseur. Mais c’est parce que le film bouscule tous les codes qu’il est si important. Avec l’air de s’en foutre, Bertrand Blier réinvente le flashback, et offre une mise en scène hyper-travaillée et ingénieuse.

Pour continuer dans la dithyrambe, la musique est formidable et les plans profitent d’une utilisation judicieuse de la steadycam. Cerise sur ce gâteau réjouissant, les acteurs sont parfaits. Au cœur du film, Dujardin pulvérise son image d’acteur comique à minette en montrant une facette sombre, fragile et cynique qui lui va à merveille.

En bref : Il faut aller voir Le bruit des glaçons. Parce que ça fait des années que le cinoche français s’enlise. Argument suprême : Les cahiers ont démonté le film. Ils sont le dernier avatar sclérosé de ce cinéma poseur est prétentieux qui pense que pour faire un bon film, il faut faire un film chiant et pathétique.

Avec le formidable Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, Werner Herzog montrait cette année que les vieux réals sont les plus couillus. Blier confirme. Il livre un objet punk, décalé, immoral, drôle et émouvant. Et ces temps de disette, où les films bavards se partagent l’écran avec les comédies débiles à deux neurones (j’ai pas pris la peine de critiquer Fatal ici mais c’est le truc le plus affligeant que j’ai vu cette année), Le bruit des glaçons est une putain de bénédiction.

De tout ça, une seule conclusion : Allez les vieux !

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