Les amours imaginaires. Un film, un Dolan ?

Faut-il aller voir Les amours imaginaires ?

Xavier Dolan est énervant. Après avoir étonné la croisette avec son premier film l’année dernière, l’acteur-scénariste-réalisateur-producteur-costumier est revenu à Cannes cette année avec cette histoire ultra-classique de triangle amoureux à sens unique. Encore une fois, éloges, succès critique et tapis rouge. Xavier Dolan est né en 1989. Un an après moi. Xavier Dolan est très énervant.

Mais faisons taire le cinéaste raté qui sommeille en chaque critique, et posons-nous une vraie question : Ce québécois de 21 ans est-il célèbre si jeune parce qu’il est surdoué ? Ou simplement célébré comme un génie juste parce qu’il est jeune ?

Les amours imaginaires racontent la passion subite de deux amis pour un beau blond bouclé et con. Les deux amoureux étant respectivement un garçon et une fille, ils se disent que la nature devrait rapidement les départager. En attendant, ils souffrent.

D’abord, coupons court à la question initiale. Xavier Dolan mérite, sinon les éloges, au moins l’attention qui lui est portée. Là où son histoire aurait pu foncer directement dans le mur du mille fois réchauffé, il livre un film personnel, atypique et souvent drôle. On pourra froncer les sourcils devant sa petite entreprise narcissique, mais elle fait partie du personnage. Malheureusement, avoir du talent n’est pas suffisant pour faire un grand film.

Esthétiquement, Les amours imaginaires manque cruellement de simplicité. Dolan multiplie les trouvailles visuelles plus ou moins convaincantes, flirtant avec le très bon comme avec le mauvais goût. Les ralentis, procédé has-beenissime depuis 10 ans, surviennent toutes les 10 minutes avec une lourdeur trop appuyée. En général, la caméra accumule les petits zooms et autres mouvements d’épaules, tout en collant trop à ses personnages. On étouffe. Et on a pas envie d’un troisième frère Dardenne.

La mise en scène reflète les préoccupations de son réalisateur. On y voit des hipsters cyniques cacher leurs désespoirs derrière des rires nerveux et des fringues vintage. C’est cool, pour peu qu’on ait encore un pied dans l’adolescence, mais on peut aussi se moquer des airs malheureux que prend le héros devant sa glace. N’empêche, si on a tout dit sur l’amour, Xavier Dolan réussit à rendre son discours attachant : ses personnages principaux ne sont guère sympathiques mais le film est entrecoupé d’inconnus qui parlent d’amour face caméra. Souvent très fins et bien joués, ce sont les meilleurs moments.

Malheureusement, si le réal sait bien rendre les états d’âmes de ses héros, il semble incapable de mettre en scène plusieurs personnes en même temps. Les cadrages sont rarement heureux et la plupart des dialogues ressemblent à des monologues. Heureusement, la plupart du temps, Dolan préfère passer de la musique, et elle est souvent géniale (The Knife, Fever Ray…), faute d’être toujours originale.

En bref : Il faut aller voir Les amours imaginaires, sans y courir. Au pire, vous irez voir le prochain. On passe un bon moment, malgré quelques lacunes évidentes. Le réalisateur manque de maîtrise, de réflexion et de recul sur son sujet, mais assurément pas de talent. A 21 ans, il livre un film qui promet. Il ne lui reste plus qu’à bosser.

Point faible final, le beau-gosse qui fait craquer les héros a vraiment l’air débile. Je ne suis peut-être pas expert en la matière, mais du coup, on a un peu du mal à comprendre les raisons de cette passion. Mais qu’importe, car de toute façon, ce qui compte dans l’amour, c’est d’être malheureux.

Par ailleurs, message spécial aux trois débiles du Pathé Wepler qui rigolaient à chaque fois qu’elles entendait l’accent québécois ou qu’elles voyaient deux hommes s’embrasser à l’écran, le tout en mâchant bruyamment du pop-corn : trouvez un mec.