Biutiful : Et la tendresse, Bardem ?

Faut-il aller voir Biutiful ?

Tout le monde trouve que Zola c’est trop cool. Moi je trouve que Zola c’est badant. Ami lecteur, c’est d’ici que nous partons.

Biutiful raconte l’histoire d’un type aux épaules carrées qui vivote à Barcelone, en s’appelant Uxbal, l’air de rien. Pour manger, il connecte les réseaux souterrains entre eux. Sans trop sourire, il maque les africains avec les ripoux, les putes avec la coke, les morts avec les vivants et les Chinois avec tout le monde. En revanche, il essaye de tenir ses deux jeunes enfants écartés de leur mère bipolaire, et cette dernière de son frère véreux. Il y a aussi deux Chinois qui se font des bisous dans le cou, mais là Uxbal n’y est pour rien.

Je résume, mais vous aurez compris que c’est le bordel. On ne peut pas reprocher son manque d’ambition à Iñarritu. L’inverse est moins sûre. Sombre, dramatique et parfois fantastique, Biutiful mélange la fresque noire, le polar spaghetti et le film social, en saupoudrant le tout de spiritisme. C’est trop. A force de vouloir nous tenir en haleine, le réalisateur nous paume, et on ne sait plus à propos de quoi s’en faire, même s’il est clair que tout va mal.

Sans espoir, Biutiful porte mal son nom. Sans spoiler, le héros va de malheurs en malheurs, en se démenant comme il peut pour retrouver la surface. De cette descente aux enfers, on garde un goût triste et amer, comme une vieille odeur de poisson grillé à l’huile. Tout est aigre, tout est gris et à force de nager dans une telle mélasse, on ne distingue plus vraiment les émotions. Dés les premières minutes, il est déjà évident que ça va mal finir.

Pourtant, à certains moments, Iñarritu parvient tout de même à nous faire pleurer. Le regard désespéré de la fille d’Uxbal, le visage détruit de Javier Bardem ou le combat de deux parents qui écartèlent leur fils dans leurs disputes égoïstes. Le tout, cadré avec une précision impressionnante. La dernière fois qu’une scène m’a percé le coeur de la sorte, c’était devant Six feet under.

Parfois, trop rarement d’ailleurs, la beauté débarque. L’espoir. Lors d’un déjeuner en famille ou lorsque des oiseaux traversent un ciel d’hiver en faisant des formes dansantes. Ces images coupent le souffle, mais bien souvent, c’est l’horreur qui se pointe, sous la forme de fantômes étranges, d’une misère déchirante ou de cadavres sur des plages. Non vraiment, Biutiful n’est pas un film très coolos.

En bref : Il ne faut pas aller voir Biutiful. Le constat peut paraître étrange. Le talent d’Iñarritu est incontestable, et beaucoup de moments touchent juste. Mais pourtant, dans l’ensemble, le film manque sa cible. Il ne suffit pas de plonger un héros sympathique dans la boue pour faire un drame déchirant. Le réalisateur en fait des tonnes, et finit par nous détacher de l’histoire, au risque de provoquer l’ennui à plusieurs reprises.

D’où le constat de départ. Si vous pensez que Zola c’est d’la balle, libre à vous d’aller prendre votre dose de malheur. Vous en aurez pour votre argent. Vous sortirez triste, où je vous rembourse la place.

Si comme moi, vous trouvez Zola badant, si vous trouvez que la misère à nue est racoleuse et si vous allez dans les salles obscures pour voir de la lumière… allez plutôt manger une glace.