The American : Gâchette fragile

Faut-il aller voir The American ?

Comme son nom l’indique, Jack n’est pas un marrant. C’est un mec classique, comme le titre du film. Un américain, en vacance en Italie. De temps en temps, il dézingue des mecs, mais avec flegme. Jack est un professionnel. Un jour, Jack se remet à ressentir des émotions dans les bras d’une prostituée. Faiblirait-il ? Avec une nouvelle mission meurtrière à mener et une poignée de finlandais bien vénère à ses trousses, il vaudrait mieux pas…

On avait quitté Anton Corbijn avec des sentiments mitigés. Control, son dernier film, racontait la genèse du groupe Joy Division avec un mélange de brillance formelle et d’austérité. Avec une histoire aussi classique est une star tellement “what else ?”, on attendait le film au tournant. Ça tombe bien, il sort mercredi au cinéma.

Esthétiquement, le constat se confirme : Anton Corbijn est un as du cadrage. Les images sont belles, les plans sont précis, rarement originaux, mais souvent intelligents. Malheureusement, après un début en fanfare, le réal cesse de nous époustoufler, pour filmer son village italien de manière plus classique. Dommage.

Sans fioriture, la mise en scène est assez efficace. Les balles sifflent sèchement, l’action survient brutalement, pour s’estomper d’un coup sec et les scènes de sexes sont objectivement sur-bandantes. Rigolez pas, c’est assez difficile de faire quelque chose de beau dans le genre, sans tomber dans le trash débile de Gaspard Noé ou la mièvrerie ridicule des films avec Hugh Grant et Meg Ryan.

Chose impossible, car les deux acteurs sont bien plus sexy. George Clooney n’exprime pas grand chose, mais passe pas mal en serial killer ténébreux, et c’est bien ce qu’on lui demande. Prostituée troublante, Violante Placido est pour beaucoup dans le charme des scènes sus-citées. Bref, sous cette pile de qualité, il fallait vraiment être maudit pour produire un film aussi raté.

C’est le cas d’Anton Corbijn, qui parvient à planter un départ sur les chapeaux de roues, pour livrer un polar réchauffé, ennuyeux et désertique. A force de jouer les esthètes, le réalisateur place tous ses personnages dans une sorte de pose distante caricaturale, qui nous détache absolument d’eux. A la moitié, le film commence à ressembler à un documentaire sur l’ennui dans les villages italiens. A la fin, il ressemblait surtout à l’intérieur de mes paupières. On en a marre de voir Clooney aligner les dialogues relous en face d’un prêtre pas crédible. Et on en a marre de le voir huiler son arme tous les soirs.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The American. Le réalisateur sait filmer, et le début comme la fin apportent un peu de tension à un ensemble plutôt joli. Pour le reste, la précision du film l’empêche de s’écarter des sentiers battus et le scénario endort gentiment le spectateur dans une succession de scènes accessoires.

Verdict : peut tellement mieux faire. Même moi, en écrivant cette critique, je m’emmerde copieusement. D’ailleurs je doute que vous soyez arrivé jusque là. Ce qui m’autorise à écrire n’importe quoi, citrouille antilope trombone déflagration choux-fleur.