Elle s’appelait Sarah. Dégoût.

Faut-il aller voir Elle s’appelait Sarah ?

Juillet 1942, la police française frappe à la porte de la famille Starzinsky. Sarah a 10 ans, elle a juste le temps de planquer son petit frère dans un placard qu’elle ferme  à clef. Puis la famille part pour le vélodrome d’hiver. On connaît la suite. 67 ans plus tard, le placard est toujours dans l’appartement. Vide. Julia Jarmond, journaliste américaine, s’y installe avec son mari. Mais il y avait quoi dans ce placard ?

On rigole pas avec la Shoah. Il ne faut pas l’oublier, sans pour autant la banaliser. Je me suis récemment bien engueulé sur le bien fondé de faire un film comme La Rafle. Est-ce nécessaire ? Est-ce racoleur ? En tout cas, une chose est sûre, on ne sort pas le sujet de son chapeau tous les trois films, particulièrement si on a rien à dire dessus.

Oui mais voilà, on manque souvent de représentation du mal absolu. Et le cinéma recule rarement devant l’écueil de l’émotion facile. Cette année, le surestimé Scorsese adaptait un bouquin de Dennis Lehane en y rajoutant des références artificielles à la solution finale. Le résultat était d’un mauvais goût affligeant. Heureusement, avant d’adapter Elle s’appelait Sarah au cinéma, le réalisateur Gilles Paquet-Brenner, avait réalisé les deux volets de Gomez et Tavarès. Ah ah.

Pas de suspens ici, le film est laid, ennuyeux. Il est mauvais. De bout en en bout. On y mélange le passé avec l’époque contemporaine. Bien souvent, le procédé sonne comme une erreur, surtout quand le réal s’amuse au montage : foutre le sifflement des trains de Drancy sur des images du Paris d’aujourd’hui, c’est assez con. Et je ne parle pas du Vel d’Hiv en contre plongée, avec des images larges des chiottes du stade et des plans de coupes artificielles. Merde Gilles. La collaboration se prête mal au clip.

Sur le fond, le film multiplie les thèmes, mais il n’a pas grand chose à dire, et c’est pour ça que je lui reproche d’utiliser l’holocauste comme un prétexte. Au menu : des réflexions douteuses sur l’avortement, une explication didactique de l’occupation en France ou des élucubrations psychologiques cheap sur le sens de la vérité et la nécessité d’accepter le monde tel qu’il est. En clair, le scénario brasse du vide et j’ai roupillé sur mon siège.

Pire que tout, les aspects “modernisants” de cette production modeste : on y parle trois langues, on saute des camps de travail aux problèmes de couples, du statut des juifs aux téléphones portables, en essayant de donner un air cohérent au tout, comme si on pouvait débattre des avantages du Saint Nectaire sur le Boursin en regardant un spectacle de corrida. On ne peut pas.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Elle s’appelait Sarah. C’est un film lent et creux, alors qu’il porte sur un sujet qu’on ne devrait pas traiter avec légèreté. Certes, parfois, le sujet parvient à nous émouvoir, mais c’est au prix de nombreuses scènes profondément inutiles.

Au milieu, Kristin Scott Thomas se démène tant qu’elle peut pour être émouvante, dommage qu’elle soit entourée d’acteurs si peu crédibles. Et encore, je ne vous parle pas des couleurs, ça me fout la migraine.

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