Rubber : Pneu mieux faire

Faut-il aller voir Rubber ?

C’est l’histoire d’un pneu. Un pneu vénère. Un jour, il se réveille. Il roule en rond. Et puis il décide de défoncer tout le monde. Bam, les pigeons explosent, les lapins éclatent et les têtes se désintègrent. Il est comme ça le pneu. Il regarde les trucs, et les trucs pètent. Il est amoureux d’une brune. Il s’appelle Robert.

Quentin Dupieux est un héros. Connu sous le pseudonyme de M. Oizo, le deejay passe son temps à faire danser les gens sur des trucs bizarres. Quand il y a des paroles, ça donne “Vous êtes des animaux. Vous allez crever.” Forcément, on ne l’attendait pas sur un film normal. Mais on reste quand même bluffé. Aujourd’hui, c’est assez rare de dire qu’on a “jamais vu un truc pareil au cinéma”. Maintenant on a vu un pneu tueur.

Les premières scènes sont brillantes. Quelque part entre le cinéma naïf de Tati et les délires de David Lynch. Dupieux filme une voiture qui fait tomber des chaises, Robert qui roule face au coucher de soleil ou un flic qui sort d’un coffre les pieds en avant. Tout est capturé avec un appareil photo, ce qui donne une belle texture à l’image, des couleurs apaisantes et une netteté bien plus fine. Visuellement, la poésie fonctionne.

Quant au fond.

Bon.

Il n’y a pas de message dans Rubber. On pourra s’amuser à digresser sur le sadisme du pneu, et l’innocuité de la vie, mais cette dernière est trop courte. Non, Quentin Dupieux ne semble avoir que deux ambitions : faire le con avec sa caméra et rendre hommage au nonsense. C’est la force du film, et son plus gros défaut.

Le vaste bordel qui se déroule sur l’écran est assez drôle et parfois touchant, mais le réal se tire une balle dans le pied en revendiquant l’absurde. Les spectateurs interviennent dans le film et le shérif demande à ce qu’on le shoot pour rigoler. C’est lourd et paradoxalement, ça tue l’étrangeté de l’ambiance. Comme si on nous hurlait sans cesse : “Regardez ! On est des gros déglingos hyper-créatifs, va-z-y Bob, égorge une dinde.”

Et moi j’aime pas les mecs qui rigolent fort à leurs propres blagues.

En Bref : Il faut aller voir Rubber. Pour se marrer, apprécier l’image et pour rendre hommage à un réalisateur courageux. Bien-sûr, si l’idée d’aller voir un film de pneu tueur vous défrise, pas la peine d’y mettre les pieds. Les aventuriers seront récompensés par une expérience unique, sans compter que les dialogues sont vraiment bons et la musique plutôt cool.

Bref, dommage. Si M. Oizo faisait un peu moins le malin, il tiendrait là un film culte. A trop hurler au spectateur qu’il en a “rien à foutre”, il prend le risque de le convaincre.

Mais un jour il pondra un chef d’œuvre.