Machete : Lame sans fond

Faut-il aller voir Machete ?

Machete est un mec violent avec une moustache. On voudrait nous faire croire qu’il est malheureux, qu’il est du côté de l’ordre ou qu’il se bat pour sa propre justice. C’est faux. Machete n’aime qu’une chose : brandir un truc qui coupe et le planter dans des mecs. Quand il arrive aux Etats-Unis, après s’être fait expulser du Mexique, il tente de faire profil bas en plantant des sécateurs dans des haies. Genre…

Pour un film débile, Machete ne manque pas de complexité. Au lieu de livrer bon gros trip manichéen, le scénario multiplie les méchants, les personnages et les lectures. Derrière les litres de sang nécessaires au style se cache même un message politique assez fort et quelques blagues sympas. Ferait-on face à un film débile intelligent ?

Pour faire court, les films de Robert Rodriguez sont au cinéma, ce que le burger est à la gastronomie. Régressifs, violents et profondément primaires. En début de carrière, le réalisateur texan tentait encore d’instaurer une ambiance graphique et une forme de romantisme noir. Dans Machete il abandonne toute ambition et grille ses derniers neurones : s’il y a des infirmières, c’est qu’elles sont à poil sous leurs blouses, s’il y a une église, c’est pour qu’elle se transforme en champ de bataille et -plus généralement- s’il y a des personnages, c’est pour que le héros les baise, les étripe, ou les deux.

Le but de la manœuvre ? Parodier le style des séries B brutales pour livrer un concentré de fun et de gore aux amateurs de pop-corn. Le problème du genre, c’est qu’à trop caricaturer un style, on finit par tomber dedans. Rodriguez n’y échappe pas et même la tentative de message politique se noie sous une lourdeur insupportable. Au final, on se demande bien ce qui différencie la caricature d’un vrai film débile. Chez Quentin Tarantino, c’est le talent. Pas ici.

Car la comparaison avec le réalisateur de Kill Bill s’impose. Elle ne sourit pas à Rodriguez. Là où le premier s’en tire par des chorégraphies léchées, un amour du cadrage et des dialogues ciselés, le second ne lui arrive jamais à la cheville. Dés les premières scènes, Machete impose sa laideur, et son manque de soin. Tout est brouillon, la musique est criarde et l’inventivité absente. Indigeste, la fin ressemble à un numéro de cirque mal chorégraphié pour adultes neurasthéniques.

C’est à dire à rien.

En bref : Il ne faut pas aller voir Machete. On n’y rigole un peu, mais faute de mieux, et il n’y a pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent. Le problème central du film, c’est de se baser sur son acteur principal : Dany Trejo, acteur à gueule, mais sans une once de charisme.

Depuis Sin City Robert Rodriguez s’amuse à régresser à chaque film, en prétextant la caricature, pour excuser la médiocrité. Maintenant, comme Danny Glover dans l’Arme Fatale, je suis peut-être simplement “trop vieux pour ces conneries”.