Incendies. Les feux de la mort.

Faut-il aller voir Incendies ?

Quand leur mère meurt, Jeanne et Simon Marwan se retrouvent seuls face à un notaire joufflu, un testament énigmatique et deux lettres cachetées. Selon les dernières volontés maternelles, la première enveloppe doit être donnée à leur père et la deuxième à leur frère. Chose surprenante, car le premier est mort et le deuxième n’existe pas. Intriguée, Jeanne retourne au Liban pour retracer la vie de sa mère et découvrir des trucs affreux.

Adapté de la pièce éponyme de Wajdi Mouawad, Incendies est construit comme un thriller sans flic, où l’on découvre la vie de la mère au fur et à mesure que sa fille enquête. En filigrane, la guerre civile du Liban est montrée dans ce qu’elle a de plus épouvantable : fratricide, absurde et inhumaine. Lorsque le réalisateur filme les scènes de violence, il est juste et poignant, sans pour autant en rajouter dans la cruauté gratuite.

A l’exception de ces moments forts et d’un début formellement brillant, l’image et la mise en scène sont assez austères. C’est d’autant plus dommage que les révélations tardent à venir et que l’enquête de Jeanne et assez linéaire. Terribles, les retournements de situations y perdent en souffle et ne sont pas aidés par une direction d’acteur un peu molle, et une interprétation sans saveur. Heureusement, les scènes contemporaines alternent avec des flashbacks, qui racontent la vie de la mère, brillamment interprétée par Lubna Azabal.

Le cœur du film, c’est son final terrifiant et surprenant. Pas question de le dévoiler ici, mais cette critique restera donc incomplète. Ce qu’il faut savoir, c’est que le dénouement de l’intrigue la rend bien plus noueuse et qu’Incendies fait partie des films où l’on reste assis jusqu’au bout du générique. Sans ne rien gâcher, on peut simplement dire que le scénario pousse l’horreur jusqu’au bout. Malgré la force du propos, on a du mal à ne pas trouver ça too much et un rien facile.

En résumé, on s’ennuie légèrement au début, puis soudain on se retrouve cloué sur son siège et un peu mal à l’aise. C’est sûr, les dernières minutes bouleversent, et il faudrait être bien con pour en rire (et je m’adresse directement au con de ce soir, assis au 3ème rang du Gaumont Opéra). Mais pourtant, une gêne persiste : est-il vraiment difficile de choquer, lorsqu’on évoque ouvertement l’horreur, ou bien est-ce une facilité narrative ? Pour une fois, la question reste ouverte.

En Bref : Il faut aller voir Incendies. Pour sa description du Liban en guerre, pour ses trois premières minutes et pour sa puissance narrative. On pourrait lui reprocher de choquer gratuitement. Mais la pudeur de la réalisation suffisent à disculper le réalisateur de tout racolage, et c’est l’émotion qui l’emporte, même si elle casse en deux.

Maintenant, on ne va pas voir Incendies pour tripper sur des plans-séquences et faire revivre l’esprit de Noël. On n’y va pas non plus pour écrire des putains de textos comme mes voisins de droite et de gauche dans la salle ont pu le penser. D’ailleurs, c’était vraiment ça le plus badant.