Animal Kingdom. La peur des hommes.

Talkin' to me ?
Faut-il aller voir Animal Kingdom ?

Quand sa mère meurt d’une overdose, Joshua n’éteint pas la télé. Le jeune australien a le regard fixe et la tête vide. Sans toit, sans avenir, il se retrouve dans la famille de sa grand-mère où la vie est difficile, mais pas la gâchette. Braqueurs, dealers, meurtriers… ses quatre oncles sont en guerre contre la police. Quand les balles commencent à voler, la famille se rétrécit au fur et à mesure que la peur augmente.

Film indépendant australien, réalisé avec des inconnus et trois bouts de ficelles, Animal Kingdom se digère dans la douleur. Sourde et oppressante, la tension habite chaque plan. Loin du thriller à paillettes à l’américaine, le film est un anti-Scarface : dans la vraie vie les gangsters ne sont pas des mecs cools. Derrière les caïds à tatouages qui jouent du calibre dans des décapotables, il y a des hommes qui ont peur. Et au fond de lui, chaque truand sait qu’il finira en tôle, au mieux.

Intense et soignée, la mise en scène évite le glamour, sans pour autant devenir glauque. Sur une musique entêtante, la caméra sonde les angoisses des personnages sans jamais jouer la surenchère. Dans Animal Kingdom, les fusillades sont courtes et radicales, l’action surgit aussi brutalement qu’elle s’arrête, et pourtant, le film cloue au siège.

Première réalisation d’un jeune réalisateur issu du cinéma indépendant australien, le film est formellement parfait, mais il manque encore d’aspérités. Le fond de l’histoire est un peu classique et le héros est bien trop plat pour porter l’histoire. Heureusement, il est entouré par des seconds rôles excellents, du flic humaniste à la mère tentaculaire, en passant par le frère le plus cinglé, qui glace le sang à chacune de ses apparitions.

A coup sûr, on entendra parler d’eux.

En Bref : Il faut aller voir Animal Kingdom. Maîtrisé, intense et réaliste, ce portrait de famille ne réinvente pas le genre, mais il prend tranquillement sa place auprès des grands. Il manque un peu d’émotion dans cet univers froid et précis pour atteindre les sommets, mais il a suffit d’un film à David Michôd pour replacer l’Australie sur la carte du septième art.

Et quand on y pense, ça faisait un moment qu’on savait plus où c’était.

Detective Dee. Moine Man Show.

ça va chier grave...

Faut-il aller voir Detective Dee. Le mystère de la flamme fantôme ?

Si Sherlock Holmes était chinois, il fumerait beaucoup moins la pipe. Armé d’un gros sabre et d’une barbichette, il passerait son temps à grimper sur les murs pour défoncer des ninjas. Watson serait un albinos avec une hache et une grande gueule. Il y aurait aussi une gonzesse qui met des paires de mandales et des coups de fouets. On rigolerait bien.

Nous sommes en 690, année bordélique : Wu Ze Tian, la régente de Chine s’apprête à devenir impératrice mais les comploteurs veulent lui faire la peau. Quand sa garde rapprochée commence à prendre feu, elle fait appel à un juge mystérieux, sur les conseils d’un cerf qui parle. Et tout le monde à l’air de trouver ça normal.

Contrairement aux apparences, Detective Dee n’est pas un énième Tigre et Dragon. Si les personnages ne peuvent pas s’empêcher de grimper sur des feuilles de temps à autres, l’accent est d’abord mis sur l’enquête et la personnalité du héros. Plutôt bien écrit, le scénario complexe réinvente les classiques occidentaux dans un univers asiatique. Le mélange fonctionne, parce qu’on l’a vu mille fois, mais jamais comme ça.

Taciturne et cynique, Dee préfère utiliser ses méninges que ses avant-bras en ayant toujours un coup d’avance sur le spectateur. L’intrigue a beau être tirée par les cheveux, on rentre dans chacun de ses nombreux tiroirs, sans jamais s’ennuyer ni être vraiment estomaqué. Jolie, l’histoire d’amour évite toute mièvrerie et, pour une fois, les personnages féminins sont bien plus intéressants que les autres.

Malheureusement, le film est moche. Là où Hero ou le superbe Time and Tide (du même réalisateur) brillaient par un style onirique ou ultra-moderne, Detective Dee se cherche. Affreuses, les images de synthèses rappellent tristement les cinématiques du jeux-vidéo Age of Empire. En 1997, c’était hyper-cool. Aujourd’hui, ça craint, même si le grain de l’image et les effets spéciaux old-school donnent une forme de charme kitsh à l’ensemble.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detective Dee. Sympa et distrayant, le film manque d’originalité et de style pour taquiner les chefs d’oeuvres du cinéma asiatique. Néammoins, le mélange du kung-fu cheapos et du film noir est plutôt bien dosé, et les chorégraphies aériennes ne manquent pas de charme.

Malgré les effets spéciaux ringards, le cinéma chinois gagne en puissance à chaque film. C’est aussi le problème : on ne peut pas s’empêcher de froncer les sourcils devant le double-fond de l’histoire. Sous des airs de film pop-corn, Detective Dee prêche la servilité au pouvoir, même si ce dernier torture ses sujets en basant sa légitimité sur la puissance et la terreur.

Venant d’un pays qui s’assoit sur la démocratie, c’est gênant.

Mon père, femme de ménage. Balai nouille.

Papa Fils

Faut-il aller voir Mon père est femme de ménage ?

Polo vit dans un reportage flippant de TF1 : coincé dans les barres grises d’une cité en banlieue parisienne, avec une mère clouée au lit, une soeur débile, un père en galère et un voisin de classe Rrom qui lui met des coups de boules. Heureusement, tout va bien.

 Malgré les difficultés de la vie de Polo, le film garde la pêche tout du long. La banlieue est colorée, les voisins se disent tous bonjour et les cancres de la classe font gentiment les pitres. La bande du héros rassemble un noir, un arabe et un juif, qui se font tous des blagues racistes en rigolant. Même les méchants cachent des gentils, et au fond, tout le monde s’aime. C’est un peu gênant.

Dans la tradition française, il est de bon ton de présenter les sujets sous leur angle le plus dramatique. Beaucoup d’articles ont reproché à la réalisatrice Saphia Azzedine de repeindre les cités en rose. C’est vrai, à certains moments, l’optimisme ambiant est un peu trop exacerbé pour convaincre. Les jeunes héros parlent le verlan des années 90 (“yo mon frère, tranquille ou quoi ?”) et ils ne ressemblent pas vraiment aux mecs vénères que je croise parfois sur la ligne 13.

Oui mais voilà. Terre de prédilection des journalistes racoleurs, la banlieue est toujours regardée comme une jungle. Le premier qui en parle sans mentionner la drogue, la violence et l’islamisation rampante est un doux rêveur. Mais la sacro-sainte “stigmatisation” dont se repaissent tous les journaux bien pensants commence aussi dans leur regard condescendant et leurs tartines de pathos. Après les brillants Tout ce qui brille et L’esquive, la banlieue renvoie un message à ceux qui en parlent sans y vivre : “Vous nous cassez les couilles”. Elle a bien raison.

Malgré ce point de vue rafraîchissant, Mon père est femme de ménage n’est pas un grand film. Les ressorts narratifs sont lourds, les dialogues souvent patauds et pas toujours bien interprétés. Si François Cluzet cabotine avec talent, le reste du casting galère dans la peau de personnages caricaturaux enroulés dans des grosses ficelles.

Dommage, pour une fois qu’un film décidait de sourire, il faut qu’il ait de la salade entre les dents.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Mon père est femme de ménage. Mais contrairement à ce qu’indique son titre, le film n’est pas un énorme nanard. Loin d’être inoubliable, cette comédie sympatoche se laisse regarder tranquillement, la musique est chouette et l’histoire arrache même quelques petits sourires.

Quant au fond du sujet, les vieux clichetons sur la banlieue méritent sans doute une réflexion plus poussée. Parler des cités avec justesse est un exercice difficile, mais une chose est sûre, la pitié n’a rien à voir avec le respect, bien au contraire.

Rabbit Hole. No kid man.

 Vous avez un massage

Faut-il aller voir Rabbit Hole ?

Dans une grande maison trop vide, Becca fait des gâteaux que personne ne mange. Le soir, son mari Howie regarde des vidéos de balançoire en pleurant. Depuis huit mois ils ont perdu leur fils de 4 ans. Progressivement, le couple s’isole et se referme sur l’absence. Car même entre eux, il n’y a plus grand chose. Et s’il fallait tout arrêter là ?

Dans un bouquin formidable Dennis Lehane parle des parents qui perdent leurs enfants. Il y rappelle qu’il y a un mot pour dire “veuf”, un autre pour “orphelin” mais rien pour évoquer le manque des parents. Peut-être parce que le mal est contre nature, parce qu’il est trop dur. D’où la question du futur, celle de deux adultes qui ne savent pas trop bien pourquoi ils continueraient à vivre.

Bonne nouvelle, le film ne sombre pas dans le pathos qui lui tend les bras. Pudique, le réalisateur évite les crises de larmes, les violons sirupeux et les dialogues explicites. A la place, la vraie vie : des engueulades violentes, des crises de fou rire et un désespoir discret. Démissionnaires, Howie et Becca tanguent en permanence sur la corde raide qui les sépare du monde. Dans leur groupe de partage, certains couples s’arrêtent complètement de vivre au présent.

Le scénario n’épargne pas ceux qui se complaisent dans le malheur. Lors d’une scène réjouissante et acerbe, Nicole Kidman se déchaîne contre une mère qui clame que “Dieu avait besoin d’un autre ange”. “Il n’avait qu’à le créer !” fulmine-t-elle. A chaque enterrement religieux, on a tous déjà eu la question au bord des lèvres : “Il foutait quoi Dieu ?” Le film n’apporte pas de réponse, mais il pousse un cri qui libère.

Au final, l’histoire conserve l’équilibre jusqu’au bout. En évitant les complaintes et la minimisation, elle porte un message d’espoir qui touche juste. Mais le film est un peu trop gentil pour plaquer au siège.

En Bref : Il faut aller voir Rabbit Hole. Si le film n’a rien d’original, il raconte une histoire forte, en évitant les écueils habituels du mélodrame. Une délicatesse qui doit beaucoup aux deux acteurs principaux, dont la composition est toujours juste et parfois émouvante.

Dommage que le réalisateur soit si timide : filmé, mis en scène et en musique sans beaucoup d’originalité, Rabbit Hole est joli, mais un peu lisse. Dommage, l’histoire touche, mais jamais elle ne bouleverse.

Le pire film du monde ?

Il y a une semaine, Sucker Punch se voyait décerner ici le titre de “Pire film du monde”. Critiquée, cette palme vous a fait réagir dans les commentaires et sur Twitter. Finalement, vous êtes plus enthousiastes pour jeter des cailloux que pour lancer des fleurs, ce qui est rassurant sur la nature humaine. Amen.

Grâce à vos contributions, nous avons pu tresser une esquisse de réponse à la question qui habite secrètement chaque cinéphile :

Mais quel est donc le pire film du monde ?

The Room : Mélodrame débile proposé par @CamRichRich, et “Best movie of the year” selon lui-même…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=yCj8sPCWfUw[/youtube]

Le dernier des templier : Heroïc Fantasy bad taste proposé par @Nyv_ avec une sorcière bien badante et des zombies cheapos.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=iqOMfMamT7s[/youtube]

Reign in Darkness : Kung-fu affreux proposé par Tanguy, avec encore des zombies, une image bien laide et une jaquette DVD annonçant être « à mi-chemin entre Blade et Matrix ».

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=cjMlIQTFhXQ[/youtube]

For your height only : trouvaille magnifique de Baptiste, qui clôt un peu le débat.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=M5KeUMxyAwM[/youtube]

Sucker Punch : je maintiens, Sucker Punch est un nanard stratosphérique.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=mHHJVDSRn08&feature=fvst[/youtube]

En Bonus : Un film qui pourrait ravir la palme, mais il ne sort qu’en DVD donc ça compte pas (via @Nyv)

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=5qu4wQwc6QU[/youtube]

Morning Glory. McAdams Cow-Boy.

Ou mais dis donc elles sont moches ces couleurs !

Faut-il aller voir Morning Glory ?

Becky Fuller est une connasse en tailleur. Mariée à son travail et à son Blackberry, elle ne vit que pour le rendement, l’audimat et les billets verts. Fatalement, elle a pas de potes, pas de talent et pas de mec. Lorsqu’elle perd son travail, elle se rend à New-York pour devenir rédactrice en chef d’une émission matinale de merde. Pas de chance, le présentateur est un dinosaure, qui a décidé de faire du journalisme.

“A la télé, il y a les news et le divertissement. Il y a longtemps que la deuxième catégorie a gagné”, affirme Rachel McAdams dans une scène. Tout est là. Un peu avant, la héroïne tente de recruter Harrison Ford pour présenter la matinale, mais son producteur l’en dissuade : “Avec lui tu n’auras que des informations sur les cyclones, les guerriers pachtounes d’Afghanistan et la crise du micro-crédit“. Oh non alors.

Working-girl horripilante, Rachel McAdams passe son film à combattre ce journaliste dinosaure qui a gagné le prix Pulitzer et parcouru le monde dans tous les sens. Pour remonter la chaîne, elle envoie ses reporters faire du train fantôme, des tatouages sur les fesses et des fêtes de la choucroute en live. Concrètement, elle transforme Le Monde en The Sun, ça marche, et on est censés trouver ça génial.

Seule opposition à l’enthousiasme ambiant, Harrison Ford campe un vieux con caricatural qui préfère dénoncer la corruption du gouverneur local quand on lui demande d’interviewer un rabbin transexuel déguisé en tortue. Heureusement, A LA FIN, c’est McAdams qui l’emporte et Indiana Jones se résout enfin à ranger sa tenue de grand reporter pour préparer une émission culinaire. YOU-FUCKING-PI !

Et puis merde, les cadrages sont dégueulasses, les couleurs sont affreuses et les acteurs jouent mal. Tout est laid, jusque dans les sentiments de la héroïne, qui tombe amoureuse d’un mec parce qu’il a fait Yale et qu’il était dans l’équipe de rameurs. Et les voilà partis pour des scènes d’amour soft à l’américaine sur des violons sirupeux dégoulinants. BORDEL Qui se dévoue pour dire à Hollywood qu’ils nous pondent les mêmes bouses depuis 20 ans ? Qu’on en a marre du rêve américain auquel plus personne ne croit ? 

Moi ce genre de films, ça me donne envie de devenir Taliban.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Morning Glory. Même si le film m’a arraché quelques demi-sourires. Le fond est trop pourri, la forme est trop convenue. Voir ça après Pina, c‘est sortir de chez Bocuse pour manger des cailloux.

Désolé d’avoir dit la fin.

Pina. Wim à vif.

Dans Pina, les femmes tombent

Faut-il aller voir Pina ?

Dans les chorégraphies de Pina Bausch, personne ne danse en même temps. Bien souvent d’ailleurs, personne ne danse. Les hommes se frappent sur le torse, les femmes tombent et il pleut sur scène. Les ballets de la chorégraphe allemande ne font rien comme les autres : les danseurs sont comédiens, tous les âges sont représentés et lorsqu’on voit un tutu pour la première fois, il est porté par un homme de cinquante ans tracté sur un wagon, au milieu d’un tunnel.

Au départ, on se dit qu’on aurait pas dû. Des mecs se roulent dans la terre sur une musique arythmique. Une femme aux yeux hagards dort sur une robe rouge. On à l’impression d’être au milieu d’un musée d’art moderne badant, entouré par des mecs qui font semblant de comprendre. Et puis Paf. La musique gagne en intensité et les mouvements des corps se coordonnent. En une seconde, le film déploie sa force, comme un tourbillon rampant qui déstabilise pour mieux prendre à la gorge.

Présenté comme un documentaire, Pina est d’abord un projet artistique et esthétique. Rien n’est dit sur la vie ou l’oeuvre de la chorégraphe, et après tout, on s’en fout : quelques interprètes racontent leur expérience entre les scènes. Mais l’essentiel, c’est la danse. Réalisateur brillant, Wim Wenders ne se contente pas de filmer les créations de Pina Bausch, il les fait vivre. Sur scène, dans la rue ou en haut d’une montagne, les chorégraphies sont filmées comme des batailles, des drames ou des scènes d’amour. Le résultat est magique.

Nul besoin d’aimer ou de connaître la danse pour apprécier le film. Parce qu’on n’y comprend rien, parce qu’elles n’ont rien à voir avec de la danse classique, chacune des scènes raconte une histoire. Aucun sens n’est asséné mais le film raconte ce que l’on veut entendre. J’y ai vu des métaphores poignantes sur la féminité, l’amour et la vieillesse, mais bien souvent, la beauté se suffit à elle-même.

Parfois, le film perd un peu en vigueur et certains témoignages manquent un peu d’intérêt. Mais ces rares moments sont des respirations entre des scènes d’une intensité incroyable. Pour les mettre en valeur, Wenders impose un vrai sens du cadrage et du rythme. A l’heure où le gros plan court règne sans partage sur le cinéma indépendant, le réalisateur allemand filme en largeur et sans couper. On respire enfin : Il faut voir tout cet air dans le cadre pour se rendre compte à quel point il nous avait manqué.

En Bref : Il faut aller voir Pina. Violent, fort et bouleversant, ce n’est pas un documentaire sur la danse, mais un vrai film de cinéma. Pour une fois, la 3D n’est pas accessoire mais elle donne une vraie profondeur à l’ensemble. Posé sur une musique étrange et belle, le résultat final se place tranquillement dans les meilleurs films de l’année à venir. A des années lumières de Sucker Punch.

Tellement puissant qu’exceptionnellement je rajoute encore des images. De toute façon, elles sont bien plus belles que les mots.
De l'eau !

Une fille qui vole

Sucker Punch. Bombes, laideur.

Libérées, mais à quatre pattes, faut pas déconner

Faut-il aller voir Sucker Punch ?

– Zack Snyder ! Hé Zack ! Si on faisait le pire film du monde ?

– Quoi ? Mais pourquoi me le demander à moi ?

– Ben attends, t’es une légende : dans une courte carrière, t’as quand même réussi à réaliser un film de zombie pas ouf, un péplum crypto-gay raciste et un film de super-héros chiant et laid. A chaque film, tu sombres un peu plus dans les effets clinquants et mauvais goût au détriment du scénario. Si quelqu’un peut faire le pire film du monde, c’est toi Zack.

– Merci, mais on y raconte quoi ?

– On s’en branle ! On n’a qu’à raconter n’importer quoi ! Qu’est-ce qu’on veut sur les affiches du métro ? Des gonzesses en bas résilles, des gros flingues et des zombies baveux. On fout les filles dans un espèce de bordel-prison (pour montrer de la chair fraîche et satisfaire les sadiques), on dit que ça se passe dans un rêve (pour faire apparaître des zombies quand on veut et mélanger les époques) et on les fait pleurer (parce que c’est des filles, et parce qu’il faut bien meubler entre les scènes d’action).

– Chouette, on va se faire plein de fric ! Mais j’ai du mal à voir à quoi ça va ressembler…

– A rien Zack ! On va mettre des robots, des nazis, des dragons, des sabres japonais, des châteaux forts, des bombes atomiques et des soldats géants avec des chapeaux chinois. Quand les filles seront pas en train de les combattre en mini-jupe, elles se feront humilier en talons aiguilles par un mac à moustache et des gros porcs à cigares. On va tout faire en 3D, dans des textures bien dégueulasses qui nous coûterons que dalle.

Coolos ! Je vois déjà tout ça en musique : on pourrait prendre plein de tubes mythiques comme White Rabbit de Jefferson Airplane ou Sweet Dreams de Eurythmics et les rejouer en rajoutant plein d’effets affreux. Mais je reste inquiet pour les critiques. Ils vont nous démonter non ?

– Rien à battre ! Nos affiches seront bien plus bandantes que les colonnes austères de Télérama. Et puis faut pas croire : ils auront trop peur de passer pour des vieux cons has-been, et ils feront tous semblant d’aimer. On dira que tu retournes en enfance, que tu rends hommage à la culture geek des jeux vidéos. Je suis sûr qu’il y aura même des andouilles pour trouver ça féministe ! De toute façon, la bande-annonce sera tellement coolos qu’elle fera baver les blogs ! Le temps de se rendre compte que c’est nul, et on y sera tous allé.

– Oooh j’ai hâte ! Je termine mon film en images de synthèse sur les chouettes, et je me jette sur ce projet !

En Bref : Il ne faut surtout pas aller voir Sucker Punch. Contrairement aux prédictions de Kichou et à la dithyrambe critique, la dernière bouse de Zack Snyder nous plonge dans un gouffre de néant. Évidemment, on y va ni pour le scénario minable ni pour le jeu pathétique des acteurs, mais même les scènes d’actions – censées être le coeur du film – sont bordéliques, mal réalisées et pleines d’effets cheapos pourraves.

En l’absence de second degré dans cet océan de nullité, je pense que nous sommes là devant le pire film du monde. Un fait marquant de l’histoire du cinéma. Faisons en sorte de s’en rappeler, pour qu’une telle erreur ne se reproduise jamais.

Revenge. Tu me cherches danoise ?

Les suédoises sont plus blondes que leurs enfants

Faut-il aller voir Revenge ?

Les enfants sont formidables. Mais à 10 ans, Christian préfère latter les autres gosses à coups de pompe à vélo. Depuis la mort de sa mère, il aime jouer du couteau, dire des gros mots et regarder le sol du haut des immeubles. Élève dans la même classe, Elias est un boulet. Son père joue les médecins en Afrique pendant que le jeune garçon se fait casser la gueule par les autres élèves. Quand les deux gamins se rencontrent, ils décident de se venger de la vie.

Le cœur du film réside dans une scène. Le père d’Elias se prend une baffe et une cascade d’insultes sans bouger face à une grosse brute rougeâtre. Il a beau répéter aux enfants que c’est celui qui s’énerve qui perd, eux ne voient qu’une chose : c’est leur père qui prend des tartes. La loi du talion a été traitée dans tous les sens par le cinéma et la réponse est toujours simple : la violence engendre la violence et le premier qui s’énerve a perdu. En vrai, c’est plus compliqué.

Dans la vraie vie, le mec qui prend des baffes sans rien faire est une tapette. Pour un gosse, c’est inacceptable. La réalisatrice danoise Susan Bier traite le problème sous tous les angles : de la bagarre d’école aux batailles de couples en passant par les combats de rue et les guerres tribales. Et toujours en filigrane, les décombres. Quand la poussière retombe, il reste des camps de réfugiés en Afrique, des enfants coupés en deux et puis la haine.

Au départ, le film prend à la gorge par sa beauté et sa force. Les lumières pastels de l’aube danoise, les cadrages serrés sur les visages et la retenue de la mise en scène : tout est parfait. Rien n’est dit, le reste est suggéré et porté par des acteurs brillants. Loin de tout manichéisme, Susan Bier montre les paradoxes du pacifisme en torturant ses personnages. En évitant d’apporter une réponse simple à un problème compliqué, les deux premiers tiers du film sont pertinents.

Malheureusement, la puissance initiale perd en vigueur à la fin. Bâclée, cette dernière fait mentir les qualités du début : le scénario s’embourbe dans les clichés, les leçons de morale et le mauvais goût. Susan Bier achève de plomber son film par une métaphore un peu lourdingue et bavarde sur la vengeance. Dommage, on l’avait comprise avant qu’elle ne l’assène.

En Bref : Il faut aller voir Revenge. Pour la force, la finesse et la beauté des premières images. Pour les deux jeunes acteurs impressionnants d’intensité. Pour se demander ce qu’on fera, lorsqu’on se prendra une baffe devant notre fils.

Avant moi, les Golden Globes et les Oscars ont pardonné la fin hasardeuse du film en le récompensant de deux prix prestigieux. Ils ont eu raison.

Rango. Star.

Dans la vie, il y a deux cactus

Faut-il aller voir Rango ?

Mon ordinateur vient de bugger pour la quatrième fois. J’en suis réduit à écrire cette critique pour la cinquième fois sur mon téléphone. Il est 00h52. Je suis fatigué, bénévole et j’ai cours demain. Si quelqu’un me casse les couilles pour une faute d’orthographe, je tue son chat.

Rango est un lézard plutôt coolos qui parle tout seul dans un bocal. Un jour, il tombe d’un coffre, pour se retrouver tout seul au milieu du désert avec une barbie sans tête et un poisson mécanique. Il devient copain avec un tatoo philosophe coupé en deux sur une route. A ce stade, rien n’indique qu’il tombera sur un village de cow-boys et qu’il en deviendra le shérif. Et pourtant, si.

Rango n’est pas un film pour les enfants. Les blagues sont trop décalées, les références trop érudites et les personnages trop moches. Des animaux font griller des chamallows autour d’un feu en énumérant les trucs les plus bizarres qu’ils aient jamais régurgités, l’esprit du far-west se promène en caddie de golf et des hiboux-mariachis racontent l’histoire en musique et en se trompant tout le temps dans leurs prédictions. Rango est un film bizarre.

Comme dans Rubber on ne rentre pas forcément dans le délire du réalisateur Gore Verbinski. A tort : c’est cool. Pour une fois dans un film américain, le héros est un sale mec et certaines scènes laissent le temps de respirer, au lieu de nous abrutir d’action. Comme c’est une grosse machine un peu hollywoodienne, on n’échappe pas aux bons sentiments, mais ils sont moins cons que d’habitude.

Visuellement, Rango est d’une perfection troublante qui rétrécit encore la différence entre la réalité et les images de synthèse. Clairement, c’est beau. Et souvent très bien cadré. L’univers du western colle à l’image, la musique est plutôt chouette et les acteurs sont parfaits.

Par contre j’ai pas de chute pour cet article, mais si j’ai pas fini d’écrire dans trois minutes, je m’écroule sur mon clavier.

En Bref : Il faut aller voir Rango. Après trois Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski prouve qu’il est vraiment doué pour l’aventure grand public avec des personnages nonsense, des moustachus à chapeaux et Johnny Depp (qui prête sa langue au lézard). Divertissement agréable, son film se place au-dessus de l’écurie Pixar, qui se fourvoie dans des trucs un peu nazes depuis Là-haut.

Maintenant, on aurait aimé que le trip bizarre soit poussé plus loin et que les blagues soient plus nombreuses. Peut-être qu’alors, Juliette ne se serait pas endormie.