La conquête. Foufou, quéquette.

Full sentimentale

Faut-il aller voir La conquête ?

Y’en a marre de Sarko. Les unes avec sa tronche, les montagnes de bouquins, les affiches et les émissions. Sur internet le sarkozysme se pointe aussi vite que le IIIème Reich pour solder les débats sans issue. Et y’en a marre. Les pros, les contres, les chroniques moisies et les blagues à deux balles. Y’en a marre de sa bande de minables incultes. Y’en a marre des snobinards d’en face. Et surtout, y’en a marre de réduire n’importe quel différend autour d’un “pour ou contre Sarkozy” aussi binaire que vain. Bref, quand j’ai appris qu’on faisait un film sur le président, j’étais aussi excité qu’une feuille morte dans un congélateur.

La conquête raconte l’ascension d’un semi-beauf ambitieux qui rêve de devenir Calife à la place de Chirac. Sur sa route, il doit affronter les vieux ténors du RPR et leur mépris congénital. En pleine montée, sa gonzesse le lâche pour un mec encore plus moche, mais un peu moins méchant. Lui se lance dans des parties de jambes en l’air multiples en pétant une pile. Sera-t-il élu quand même ?

Fallait-il un vrai courage pour oser caricaturer un président en exercice ? Fallait-il être héroïque pour en faire un tocard cocul ? J’sais pas. J’m’en fous. Mais l’équipe du film a l’air convaincue. C’est énervant. Comme de s’entendre hurler en permanence : “Oh les mecs ! Regardez ! On fait un film sur le président, on a trop des couilles !” Ah ouais ?

Pas vraiment. Parce que le film reste à la surface des choses, ses critiques sont plus taquines qu’affûtées. Tout sauf politique, La conquête est une farce gratinée qui parodie les guignols de l’info avec des vrais acteurs. Villepin et Chirac se conduisent comme des marionnettes et l’imitation de Sarkozy tombe clairement dans la caricature, donc à côté de la plaque. Paradoxalement, le film en perd son mordant. Puisqu’on est dans la blague, pourquoi s’emmerder à dresser un propos de fond ?

Malgré tout, les faits sont là. La personnalisation de la politique, la démonstration de la vie privée ou la mise en scène des faits divers, tout est expliqué avec rythme et légèreté. Souvent, c’est pas mal, comme de revoir des moments qui sont rentrés dans l’histoire politique française du point de vue interne (les débuts de Clearstream, le débat contre Ségolène ou le footing de Villepin). Mais contrairement à Dominique sur la plage, le film ne se mouille pas. Comme au carnaval, on peut rire du roi, mais c’est pour mieux réaffirmer sa place. D’ailleurs, au final, Sarkozy ressort plutôt sympathique.

Finalement, le film garde sa plus grande méchanceté pour les journalistes. Il les présente comme des courtisans ridicules qui ont léché les pompes du président avant de lui cracher au visage, sans oublier l’étape intermédiaire. Encore une fois, le scénario ne s’embarrasse pas de finesse, mais il suffit de se balader dans la salle des quatre colonnes avec une caméra pour comprendre qu’il y a toujours un peu de vraie fumée dans cet incendie manichéen.

En Bref : Il faut aller voir La conquête. Si on est un peu intéressé par la vie politique, le film vaut tout de même le déplacement. Parce qu’on rigole en retrouvant les personnages et les situations connues, parce que les dialogues claquent secs ou parce que le scénario explique bien en quoi le style de Sarkozy a changé la politique française.

Dommage que le résultat soit si léger. Sous couvert de brûlot engagé, La conquête s’inscrit dans la vague de produits dérivés du sarkozysme et de sa critique. Commercialement, toujours des bons coups. Subventionnés, faute d’être subversifs.

Pirates des Caraïbes. Fontaine et batailles.

Faut-il aller voir Pirates des Caraibes : la Fontaine de Jouvence ?

A quoi bon vous répondre ? Vous savez très bien ce qu’il y a dans le quatrième épisode des aventures de Jack Sparrow. C’est comme ça. Entre Star Wars, Terminator et Indiana Jones, nous sommes une génération biberonnée aux trilogies qui auraient dû le rester. A chaque fois c’est pareil : les producteurs flairent le pognon et le quatrième épisode flingue la licence.

Mais on s’en fout, on y va quand même.

Alors quoi ? Un nouveau cocktail Rhum-cocard, la fraîcheur en moins. Le capitaine Jack Sparrow part à la recherche de la Fontaine de jouvence sur le bateau du terrifiant Barbe-Noire. Il est accompagné par la jolie Angelica, une ex-nonne vénéneuse qu’il a détourné dans sa jeunesse. Et puis il y a aussi Gibbs et Barbossa, et plein d’autres mecs qu’on est censés connaître, histoire de vendre plus de figurines.

De toute façon, comme d’habitude, l’histoire tient en équilibre sur les épaules de Johnny Depp. Toujours aussi marrant, le capitaine charismatique continue de lâcher des répliques absurdes entre deux effluves d’alcool. Comme d’habitude aussi, les autres personnages sont translucides, à tel point qu’on ne se rend même pas compte qu’Orlando Bloom et Keira Knightley on quitté le navire après le troisième épisode. Vous me direz, c’est pas plus mal.

Pour le reste, c’est du bon boulot : Depp saute partout dans les décors, les scènes d’actions préfèrent l’inventivité à la violence et le film est plus distrayant qu’une partie d’échec. Réalisé sans talent, Pirates des Caraibes 4 est tout de même efficace et il remplit le cadre établi par ses petits frères sans jamais dépasser. La musique nous rappelle les bons souvenirs du premier, et c’est normal, parce que c’est la même.

Maintenant, j’aimerai pas niquer les retrouvailles en famille, mais ça sent trop le bifton pour être honnête. A chaque nouvel épisode, l’effet de surprise s’affaisse et le film ramollit. Comme Donkey-Kong dans Mario-bros, les méchants du premier deviennent de plus en plus gentils à chaque épisode, pour que l’on s’attache à eux. En guise de nouveauté, les scénaristes sortent des vieilles reliques de l’imaginaire pirate (Barbe-noire et la Fontaine de jouvence, merde, et pourquoi pas l’île au trésor ?). Le seul truc cool, c’est les sirènes, mais je dis ça parce que je suis un garçon.

Pire que tout, la démarche alcoolisé, les dreads dégueulasses et l’eye-liner de Jack Sparrow n’ont plus rien de subversif. A l’époque, Johnny Depp avait imposé son personnage pour faire chier Disney, le producteur. Aujourd’hui, le costume du capitaine est présent à toutes les fêtes déguisés. Depp est devenu un produit commercial, quelque part entre Keith Richards et Ronald McDonald.

Mais bon, quand on boit un quatrième Coca, c’est pas pour comparer les cépages.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Pirates des Caraibes 4. Mais l’épisode ne déshonore pas la licence. Bien dosées, l’humour, l’action et l’aventure assurent un spectacle familial de bonne facture et un divertissement plutôt honnête (à part cette foutue 3D qui ne sert jamais à rien et qui coûte les yeux du crâne). Malheureusement, le sentiment de déjà-vu commence à peser lourd, tout comme l’absence totale de surprises et de créativité.

C’est sûr, l’épisode de trop sera le prochain. Et ils le feront, ces cons.

The Tree of Life. Nature et déconvenues.

Sean à la peine

Faut-il aller voir The Tree of Life ?

Dans un film de Terrence Malick, le rythme ne vient pas des images, mais des portes du cinéma, qui claquent tous les quarts d’heure. Mercredi dernier, j’en ai comptées une dizaine. On a tout dit sur les films poétiques du cinéaste caché, mais personne ne débat sur un élément central de son oeuvre : ses films sont beaux comme le ciel et chiants comme la pluie.

Et pourtant, La Ligne Rouge est l’un des films de guerre les plus forts jamais réalisés, La ballade sauvage est d’un hédonisme onirique et le reste de la très courte filmographie du cinéaste (5 films) est d’une beauté à couper le souffle. Bref, j’étais venu pour m’emmerder. Mais j’avais bon espoir de voir un nouveau chef-d’oeuvre impressionniste.

The Tree of Life raconte l’histoire d’un père violent et d’une mère dominée qui produisent des gosses paumés. C’est logique. Mais ça le devient moins quand l’histoire de la création vient se mélanger à des globules, des dinosaures, des météorites et Sean Penn.

Plus que jamais, Terrence Malick quitte les codes du cinéma classique pour aller au bout de son délire : une forme de documentaire animalier avec des acteurs dans un coin du cadre. Ici, les arbres, les oiseaux et les fleurs sont bien plus importants que le reste du casting. Il n’y a pas mise en scène, mais des portraits. Pas de dialogues, mais quelques phrases, attrapées au hasard par le micro, mais toujours moins fortes que le bruit du vent. En voix off, les monologues un peu abscons des personnages.

Au milieu de ce bordel naturaliste, il y a une perle. L’histoire d’un enfant torturé entre ses deux parents, qui finit par reproduire les défauts qu’il déteste chez son père. C’est vrai, fort, poignant. Malheureusement, ça ne représente qu’un tiers du film.

Le reste du temps, on s’ennuie beaucoup. Vraiment trop. Et on passe tant de temps à prendre conscience que l’on est assis dans une salle de cinéma, qu’on en a mal au dos. Malick filme une centaine d’arbres, des couleurs bizarres, des constellations immobiles. Et le tout finit par manquer cruellement de modestie.

Dommage, car The Tree of Life est assurément une véritable leçon de cadrage, de luminosité et de caméra en général.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Tree of Life. Trop ésotérique, trop ennuyeux et beaucoup trop long. Parce qu’il refuse de se plier aux codes du cinéma et de la narration, Terrence Malick noie la beauté fulgurante de ses images dans un ennui mortel. Pire que tout, le final New-age et les propos casse-burnes sur Dieu et la naissance des planètes flirtent vraiment avec la pédanterie.

L’humanité a adoré le film, mais contrairement à moi, ils l’ont compris et n’hésitent pas à expliquer que The Tree of Life “est cosmique autant qu’il est cosmologique”. Si déjà ça vous emmerde, autant aller voir Thor.

Thor. Méfiez-vous de Loki.

Faut-il aller voir Thor ?

C’est l’histoire d’une bande de vikings de l’espace qui règne sur l’univers. Un jour, le plus marteau d’entre eux déclenche une guerre pour rigoler. Fils du roi Odin, il fâche son papa très fort. Banni, Thor se retrouve sur terre pendant que son frère Loki prépare des trucs sournois.

Après la résurrection de Spiderman, IronMan et tous leurs potes, il fallait bien qu’on se tape les space-vikings les plus ringards de la galaxie. On peut comprendre pourquoi Thor est l’un des derniers super-héros Marvel à être adapté au cinéma. Placer des barbus new-age en cottes de maille électroniques au milieu de l’époque moderne… On risquait fort d’avoir l’air naze. D’ailleurs, c’est le parti pris du film.

“Je suis en train de réaliser un navet”, c’est ce que semble nous dire Kenneth Branagh, et ça à l’air de le faire marrer. Echappé du drame shakespearien, le cinéaste a troqué les alexandrins contre la testostérone. Au milieu de cette superproduction bruyante, il semble aussi à l’aise qu’un poireau dans une limousine. Au départ, c’est marrant : le ridicule est assumé et le film se moque en permanence de son super-héros archaïque et body-buildé. Et puis, le deuxième quart d’heure arrive…

Rapidement, on se rend compte que personne dans l’équipe ne croit au film : les scènes d’actions sont moisies, les cadrages sont hideux et le mauvais gout omniprésent. Lors du grand final, Thor combat un espèce de micro-onde géant, Natalie Portman court au ralenti vers le héros blessé et ce dernier finit par s’envoler en faisant tourner son marteau, devant les acclamation d’une bande de branquignolles en armures tout droit sortis du Seigneur des anneaux.

Pire que tout, le réalisateur croit bon de pencher sa caméra sur le côté en permanence pour se donner l’impression de filmer cool. A sa création, le procédé était déjà pourri. Vingt ans plus tard, il donne juste envie de quitter la salle.

Et pourtant on reste, parce que le film ne se prend pas au sérieux, parce qu’on rigole un peu et parce que derrière ses aspects débiles, le scénario n’est pas si con et beaucoup moins manichéen que les autres productions hollywoodiennes. M’enfin, ne nous le cachons pas, si on reste, c’est surtout parce qu’on a payé notre place.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Thor. Evidemment. Ce gros spectacle foutraque pourra nous procurer quelques bonnes tranches de rigolade, mais bien souvent à ses dépends. Sinon, il permet de contempler la déchéance un peu affligeante d’un cinéma américain qui tourne en rond depuis des années.

La preuve, malgré la vacuité du nanard sus-critiqué, l’équipe du film a d’ores et déjà prévu de lui donner deux suites. Vous pourrez retrouver leurs lambeaux ici.

Minuit à Paris. Mauvais Allen.

Cotillons

Faut-il aller voir Minuit à Paris ?

Attention, je vais révéler des trucs sur l’histoire, mais ne vous en faites pas, d’ici la fin de cette critique, vous aurez plus envie d’y aller.

Gil est un américain moyen. Ennuyeux, ennuyé et fiancé avec une connasse vénale élevée par des éléphants, il regarde sa vie passer, en essayant d’écrire un livre. Gil ne se marre pas souvent, mais il se marie bientôt. Lors d’un voyage pré-nuptial, il se perd dans les rues de Paris. Chaque nuit, il y emprunte une carriole spatio-temporelle qui le ramène dans les années 20. Il y taille des crayons avec Picasso, fume des pipes avec Dali et tombe amoureux de Marion Cotillard. Au fil de ses pérégrinations dans le passé, il se rend compte qu’il est en train de rater sa vie présente.

Le film entier est pompé sur une nouvelle écrite par Woody Allen dans le merveilleux “Pour en finir une fois pour toute avec la culture”. Le recueil date de 1971 c’est dire si le cinéaste New-Yorkais se renouvelle… Sauf que là, on ne rigole pas souvent et c’est plus long.

D’un bout à l’autre, Minuit à Paris est cheap. Owen Wilson promène son manque de charisme dans des cadrages moches, la mise en scène est bâclée et les images ressemblent à des cartes postales surexposées. Pire que tout, Carla Bruni arrive à bégayer dans chacune de ses trois petites répliques. Même le fond de l’histoire -qui se moque gentiment des romantiques- est beaucoup trop lourd pour élever le reste. Au final, derrière des atours un peu originaux, Allen livre une bluette sympathique que l’on oublie tout de suite en sortant de la salle.

On peut s’en satisfaire. On peut aussi attendre mieux du réalisateur d’Annie Hall. D’un film à l’autre, Woody Allen régresse depuis une dizaine d’années (à quelques exceptions près). Talentueux, mais brouillon, le binoclard neurasthénique le plus drôle du monde se borne à faire un film par an, en jouant de la clarinette entre les tournages. Forcément, sa livraison annuelle laisse un arrière-goût d’inachevé, comme les articles d’un bon journaliste qui refuse de se relire.

Pour revenir au film, comme l’écrivait justement Kichou, on reste un peu gêné devant cette peinture idyllique de la ville lumière. Forcément, lorsqu’on prend un taxi pour aller du George V au Pont-neuf, on ne prend pas la ligne 13. Et franchement, l’accordéon, y’en a marre.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Minuit à Paris. On n’y passe pas un moment désagréable, mais le tout manque de travail et de précision. Dommage, si le cinéaste passait une année sur deux à travailler ses scénarii, il pondrait encore des chefs-oeuvre.

A la fin, Gil découvre que dans le passé aussi, on trouvait que “c’était mieux avant” et il décide de vivre au présent. Malheureusement, le film ne parvient pas à imposer sa morale et on finit persuadés du contraire : Woody Allen, c’était bien mieux avant.

La solitude des nombres premiers. Craquage à l’italienne.

Autiste reading

Faut-il aller voir La solitude des nombres premiers ?

Mattia a des cicatrices sur les bras. Alice en a sur le ventre. Tout le monde est triste. La vie est moche. La musique est trop forte. La maladie rôde. Les filles sont anorexiques et les mecs prennent du lard. Tout le monde a des cernes, les clowns font peur et les adultes sont cons. Alice et Mattia vont-ils s’aimer pour toujours ?

Construit sur 4 époques différentes, ce film italien indépendant raconte l’histoire impossible de deux gosses maudits. Blessés dans l’enfance, boiteux à l’âge adulte, ils sont séparés du monde par une paroi de verre. Leur seul salut, c’est l’autre, mais ils préfèrent se fuir et pleurer.

Comme son nom l’indique, La solitude des nombres premiers est un film qui se la pète. Dans le bon sens du terme d’abord : l’histoire est filmée comme un thriller et mise en scène comme un film d’horreur. Désagréable, choquante et oppressante, la musique participe à rendre le spectateur mal à l’aise. Rien n’est beau, tout est laid, mais il faut tout de même un putain de talent pour clouer au siège de la sorte.

Et pourtant, le film est mauvais. Au sens profond du terme. Il est vicieux, sadique. Il est méchant. Parce que le malheur est plus cinégénique que la joie, parce que les gens heureux ont l’air con, le réalisateur décide de tout balancer sur ses personnages. Complaisant, larmoyant et trash, le scénario nous assène que certaines personnes n’ont pas le droit au bonheur. Une ligne fixe, qu’il ne quitte jamais. Et ça dure 2h30.

Original au départ, le film en devient répétitif, sans surprises et insupportablement lourd. Et pour faire des images fortes, rien de vaut des images dégueulasses. A force, on se détache de l’histoire et on se cache les yeux quand c’est trop dur. Comme lors d’une après-midi pourrave passée avec mon colloc débile à surfer sur “bonjour les moches”.

Naze.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La solitude des nombres premiers. Formellement brillant, ce film coup de poing tape dans le vide, trop fort et trop longtemps. Les malédictions, c’est des conneries. En s’acharnant gratuitement sur ses personnages pour prouver sa théorie fumeuse, le réalisateur oublie la vie. Les personnages passent leur temps à bader devant une glace en blâmant leur malchance, alors qu’il leur suffirait de sourire un peu et de regarder les autres.

Et un film sans espoir n’a rien à nous apprendre.

Tomboy. Game Girl.

Garçon ?

Faut-il aller voir Tomboy ?

Avant de lire le reste, lisez ça : Tomboy est un film surprenant, dont il vaudrait mieux ne rien savoir. Je ne peux pas écrire cette critique sans révéler la trame de l’histoire, alors avant d’aller plus loin, allez au cinéma.

Lorsque Mickael déménage, il se trouve des nouveaux copains. Avec eux, il joue au foot torse nu, il se bagarre pour défendre sa petite soeur et il plonge dans les lacs pour impressionner les filles. C’est l’été, tout va bien. Mais ce n’est pas toujours facile de se faire passer pour un garçon. Quand elle rentre chez elle, Mickael s’appelle Laure.

Tomboy n’est pas un film revendicatif au service d’une cause. C’est l’histoire touchante d’une petite fille qui voudrait être un garçon. La prouesse de la réalisatrice, c’est de nous en convaincre : lorsque Laure se promène affublée d’une robe bleue, les spectateurs sont mal à l’aise. Finalement, c’est la féminité de la jeune fille qui est contre-nature.

Dans des tons pastels, le film raconte l’ennui et les découvertes des étés où l’on ne part pas en vacances. Les bandes d’amis, le rôle des filles et les baisers volés. Au-delà de l’innocence : la violence et la peur de la différence. Derrière des jolis sourires, les enfants reflètent l’intolérance des adultes dans un monde où le jugement du groupe l’emporte toujours sur les préférences des individus.

Contemplatif, très peu bavard et rarement démonstratif, le scénario réussit à évoquer un sujet difficile sur un ton léger. Fait rarissime, les enfants jouent bien, et les monologues incohérents de la petite soeur de Laure sont à mourir de rire. Dans la salle de ciné, quelques spectateurs ont d’ailleurs confondu le film avec une grosse farce, riant aux éclats devant les déboires de Laure. Mais Tomboy n’est pas une comédie.

Quand la réalité rattrape la héroïne, le film se durcit. Dans une leçon cruelle, la mère apprend à sa fille que le monde n’a pas d’empathie pour ceux qui nagent à contre-courant. Le film ne raconte pas la suite, et on en reste là. Sur un sourire, il laisse le spectateur seul juge.

En Bref : Il faut aller voir Tomboy. Pour retrouver le cinéma français. Fin, beau et profond, le film réalise la prouesse d’être aussi drôle qu’intelligent. La douleur s’y mélange aux couleurs estivales, les larmes se camouflent dans des batailles d’eau et la cruauté prend des airs de jeux innocents.

En substance, Tomboy raconte la difficulté d’être quelqu’un d’autre, la beauté de la différence et l’équilibre instable du bonheur. Universel.