Une Séparation. Perses et police.

Perse vénère

Faut-il aller voir Une Séparation ?

En Iran, un couple de classe moyenne se déchire pour de faux. Simin veut fuir le pays pour être libre, Nader veut rester pour s’occuper de son père, alors ils bluffent tous les deux. Au milieu, leur fille unique tangue. Lorsqu’un accident survient, ils se retrouvent tous face à la justice, et plus personne ne rigole.

Depuis deux semaines, tout le monde ne parle que de ce film. Ours d’or à Berlin, couvert de roses par la presse… c’était louche. Je me méfie de l’éloge critique autant que des festivals sur tapis rouge. Pour une raison obscure, les deux ont parfois tendance à célébrer des nanards prétentieux et chiants, sous le simple prétexte qu’ils sont turkmènes.

Bon, c’est vrai qu’il est héroïque de faire du cinéma aujourd’hui en Iran, mais ça ne garantit pas pour autant de bons films. Les chats persans, c’était sympatoche, mais loin d’être le chef-d’œuvre vendu par les canards. Alors quoi, on s’est encore fait avoir ?

Une Séparation raconte deux histoires. D’abord, celle d’un pays moderne rongé par la peur et la suspicion. On y sort le Coran comme un dictionnaire pour sonder les âmes et tout ce qui peut se rapprocher de l’intimité sexuelle relève du péché capital. Sous cette chape de plomb, les hommes et les femmes font comme ils peuvent pour vivre et s’arranger avec les règles.

La deuxième histoire est universelle. C’est celle d’un drame et de ses conséquences. En Iran comme ailleurs, la justice des pauvres est plus tranchante que celle des riches, la société préfère les menteurs calmes à ceux qui hurlent la vérité et tout le monde a toujours une bonne raison d’agir.

Loin du prêt-à-détester manichéen qu’on nous livre en permanence, Une Séparation ne juge jamais ses personnages. Car bien souvent, personne ne souhaite le mal, mais tout le monde cherche à se sauver. D’une précision ahurissante, et d’une très grande finesse, le scénario se contente d’analyser les petites lâchetés du quotidien, pour monter comment leur agrégation mène au drame. L’histoire qui en sort est d’une vérité troublante.

Comme dans les meilleurs films, on fait à peine attention à la caméra ou au style. Après un démarrage classique, l’histoire nous emporte jusqu’à ce que l’on oublie les sièges qui grincent et le bruit des pop-corn. Haletant, le rythme s’accélère sans cesse pour terminer sur un final bouleversant. Un cri silencieux, dont on sort à vif.

Comme disait mon frère Djos en sortant de la salle : « En fait, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un vrai film ».

En Bref : Il faut aller voir Une Séparation. Au-delà du tableau saisissant de la culture iranienne, on trouve une véritable leçon de cinéma et d’écriture, une tragédie minimaliste aussi intense qu’un polar et un film profondément intelligent. Tellement de talent, que j’ai oublié de parler des acteurs, qui sont tous parfaits.

C’est la fête du cinéma en ce moment. Alors faites un effort, même si l’affiche est moche et même si vous préférez les trucs avec des explosions. Vous pourriez bien voir l’un des meilleurs films de l’année.

Beginners. Oliver triste.

Faut-il aller voir Beginners ?

Oliver est un illustrateur splénétique qui vit à Los Angeles. A 75 ans, son père vient de faire son coming-out. Et il est mort. Depuis, Oliver déprime. Il fait le compte des femmes qu’il a quittées et il parle aux chiens. Et puis il rencontre une blonde. Elle s’appelle Anna.

Dur de résumer Beginners, qui a l’ambition de raconter beaucoup de choses sans les lier ouvertement. La dépression, le deuil et les déceptions amoureuses sont racontés à travers l’existence vaporeuse d’un artiste solitaire. Au risque de livrer un patchwork incohérent et nombriliste.

Au centre de l’analyse : le père. Celui d’Anna, qui gâche le bonheur de sa fille en parlant de mort. Et celui d’Oliver qui retrouve goût à la vie avant de s’éteindre. Bloqué dans le carcan d’un mariage malheureux, le vieil homme a joué les hétéros toute sa vie pour finir par briser ses chaînes. Face à lui, son fils est libre de faire ce qu’il veut. Mais ça ne le rend pas heureux.

Le film n’étend pas l’analyse très loin. Il laisse le spectateur faire des liens entre l’homosexualité, l’échec amoureux ou la déprime. Souvent, ceux-ci sont évoqués, mais le scénario ne se mouille pas. Il effleure. Il évoque.

Pendant de longues minutes, on parle de Gay-Pride, d’Harvey Milk et de soirées entre mecs, mais l’analyse ne dépasse pas la surface. Comme toujours, on flirte avec la caricature. A ce titre, le compagnon du père d’Oliver -censé représenter la joie et la vie- est franchement ridicule.

C’est le problème du film. Dépressif jusqu’au trognon, il peine à raconter une histoire. Les personnages se mirent dans leur propre reflet et ressassent des banalités sur la mort. Même l’histoire d’amour, qui donne un peu de vie à l’ensemble, peine à arracher des sourires face à l’absence de volonté des protagonistes.

Heureusement, Mélanie Laurent apporte tout de même une certaine fraîcheur à l’histoire (Mais pour le reconnaître, il faut faire l’effort d’oublier l’arrogance manifeste de l’actrice dans la vie). En face, Ewan McGregor est un peu moins lisse que d’habitude tandis que Christopher Plummer campe un père admirable.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Beginners. Malgré des qualités d’écriture et une histoire d’amour touchante, le film est trop éthéré, trop mou pour accrocher le spectateur.

C’est dommage, derrière la multitude de sujets et la tonne de Xanax, il y avait là un beau regard. Pour le faire briller, il manquait juste un sourire.

X-Men: le Commencement. Oh, bel X.

Oh, bel X

Faut-il aller voir X-Men: Le Commencement ?

Tout d’abord, un grand bravo à l’équipe marketing qui s’est occupée de traduire le titre: “Le commencement”, c’est créatif, original et beau. J’espère qu’à l’heure qu’il est, ils se sont fait virer.

Deuzio (oui oui, deuzio) un grand merci à mon prof de web qui a gratifié mon blog d’un généreux “B-” agrémenté d’un commentaire où il regrette que je sois “trop sérieux”.

Hihi.

Revenons à nos mutants. Depuis les années 90, la bande-dessinée de Marvel a donnée lieu à 5 séries télévisées, 6 films et 35 jeux-vidéos. Autant dire qu’on va voir X-Men comme on entre dans un supermarché. Pas la peine de refaire un speech sur la vénalité d’Hollywood et la fainéantise des suites à rallonge. X-Men se regarde avec des pop-corn, c’est la vie.

Au commencement donc, il y avait Le Commencement. Avant d’être les pires ennemis du monde, Magnéto le mec magnétique et Professeur X le télékinésiste étaient copains. Pendant la guerre froide, les deux amis recrutent une armée de mutants sociopathes pour lutter contre un mec hyper-vilain, tellement méchant qu’il veut faire exploser le monde.

Oui, vous subirez la plupart des codes ringards du genre: les méchants rouges ridicules avec des cornes de diable, les effets spéciaux super cheapos et les grands discours sur la vengeance et l’espoir. A première vue, un nouveau X-nanard sur la longue liste des films de super-héros ratés.

A moins que…

Passé les codes lourdingues inhérents au style, X-Men: Le Commencement sort complètement du lot. Porté par des bons dialogues et des acteurs crédibles (l’excellent Michael Fassbender, dont on a pas fini d’entendre parler), l’histoire ne manque pas d’intelligence: exit le manichéisme habituel et les leçons de morale. Ici, le sauvage de monde rituel sert de toile de fond à des questions universelles.

Pourquoi sauver l’humanité, si elle est peuplée par des cons ? Doit-on protéger ceux qui veulent nous faire du mal ? Comment réussir à se trouver belle quand on est bleue avec des écailles ? Au travers d’un univers fantastique, le scénario ne manque ni de finesse, ni d’humour. Face à un manque de moyen assez manifeste, le film s’intéresse de près à la psychologie de ses personnages, tout en évitant les réponses trop simples.

Au passage, le dernier X-Men oublie vraiment d’être con. Dans le genre, c’est plutôt rare.

En Bref : Il faut aller voir X-Men: Le Commencement. D’abord, il faut avoir un peu de goût pour l’univers des super-héros, et une certaine tolérance au cinéma américain, mais le sacrifice vaut le voyage.

Pour une fois, les super-mutants s’autorisent à être imparfaits. Parce qu’ils ont des doutes et des failles, parce qu’ils s’amusent avec leurs pouvoirs comme des gosses et parce qu’ils tentent de faire au mieux, ils deviennent plus humains.

Et en plus d’être un bon film d’aventure, X-Men devient touchant.

The Prodigies. Génies-killers.

Prédateur spécialisé

Faut-il aller voir The Prodigies ?

C’est le futur. Cinq gosses tristes se rendent compte qu’ils ont un pouvoir démentiel. Outre une intelligence supérieure, ils peuvent contrôler le cerveau des autres et jouer aux marionnettes avec la vie. Un jour, ils décident de se venger de tout ceux qui leur ont fait du mal.

Un samedi après-midi ensoleillé, je me dirigeais vers la projection d’Une séparation -l’Ours d’or iranien pour lequel la critique se pâme- quand l’ado en moi s’est subitement réveillé. Il voulait pas aller voir un bon film chiant et triste, l’ado. Il voulait un film de science-fiction shooté aux amphétamine. Un jeu-vidéo. Il voulait un truc violent. Avec du “Cell Shading”, du “Slow-motion” et du “Bullet-time”. Des trucs que les adultes comprennent pas. Comme au bon vieux temps.

Si vous avez plus de 30 ans (ou si vous êtes une fille), vous ne pouvez pas ressentir ce souffle romantique. Votre relation aux jeux vidéos se limite à une partie occasionnelle de bowling sur la Wii des cousins, vous aviez du succès au collège et votre encéphalogramme reste désespérément plat lorsque vous entendez “Metal Gear Solid“. A priori, à ce stade, vous avez déjà arrêté de lire. Mais c’est pas grave, vous compterez quand même comme un visiteur unique. Cette critique s’adresse à ceux qui restent.

Visuellement, une grande partie de la presse s’est repue des qualités esthétiques du film. A tort. Les images de synthèses sont froides et anguleuses. L’univers est plat. On voudrait voir une patte visuelle originale, mais c’est le manque de moyens qui saute aux yeux. Bien animés, les personnages ont l’œil vide et un design archi-classique. Au mieux, on dirait Time Splitters, au pire une cinématique des Sims. En clair, la préhistoire 2.0. Le moyen-âge des images 3D.

Pourtant, le réalisateur fait des efforts de mise en scène, sans lésiner sur les effets visuels. Malheureusement, c’est bien le problème : faut-il toujours faire des trucs jolis ? Derrière ses airs enfantins, The Prodigies parle de viol, de violence et de psychodrames familiaux avec des artifices de très mauvais goût. Lorsque le père bastonne son fils à coup de ceinture, lorsqu’une ado se fait abuser sous un pont, faut-il utiliser des effets de ralenti et des plans-séquence esthétisants ? La réponse vient d’elle-même.

Pour le reste, c’est de la science-fiction classique. Les dialogues sont mous et très mal interprétés et le tout manque sérieusement de crédibilité. Seul élément vraiment futuriste, la capacité du réalisateur à mélanger la pub et l’art. De bout en bout, le film regorge de placements produit écœurants et criards. Comme dans Direct Matin. Sauf que le film, on le paye.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Prodigies. Manque de moyen, de talent, d’idées, d’originalité. Le film part sur deux trois idées visuelles intéressantes pour sombrer dans la grosse paëlla crypto-futuriste. C’est nul.

Pire, à certains moments, le scénario devient choquant. Pas au sens de Kubrick, où gênant rime avec génial, mais au sens du mauvais goût gratuit. Ici, troublant rime avec trou noir, absence totale de fond et chute sans fin.

Le complexe du castor. Schizoo.

La main dans le cast'

Walter est triste. Il est nul. Dans la vie, il dort sur un canap. C’est tout. Le jour où sa femme le vire pour protéger leurs deux fils du spleen paternel, Walter décide de mettre sa main gauche dans un castor en peluche.

Mel Gibson ne prononce que trois phrases dans le film. Le reste est énoncé à travers sa bouche mais c’est le castor qui parle. Marionnette envahissante d’un ventriloque sans talent, le rongeur fait rire, avant de faire vraiment peur. Parce qu’il coupe Walter du monde, il le protège de sa propre dépression. Mais Walter y survivra-t-il ?

L’intelligence est un concept utilisé à outrance, alors qu’elle est assez rare. Pour une fois, l’adjectif est juste : Le complexe du castor est un film intelligent. Profondément. Casse-gueule et compliquée, l’histoire mêle la psychologie, le drame et la comédie sans jamais se perdre en route. La dépression est-elle héréditaire ? Les choses vont-elles s’arranger ? Le scénario soulève de nombreuses questions obsédantes. Il y répond partiellement sans jamais tomber dans l’écueil du manichéisme.

Formellement, le troisième film réalisé par l’actrice Jodie Foster est classique, mais juste. Pour raconter des situations aussi loufoques, il fallait rester simple. Pudique, sans aucune surenchère, la mise en scène rend l’histoire crédible et touchante, sans presque jamais virer au pathos. La plupart des qualités du film reposent sur l’interprétation de Mel Gibson. Il y est formidable et Le complexe du castor mérite le déplacement rien que pour lui.

En marge de tout ce talent, l’amourette du fils avec une pom-pom girl nous rappelle tristement que nous sommes devant un film américain. Pire, Jodie Foster tente de nous prouver qu’elle est alter en révélant les côtés sombres de ses personnages : la pom-pom endeuillée fait des tags et le fiston fort en thème donne des coups de boules dans le mur. Des clichés lourdingues qui pourraient nous sortir du film. Mais le castor revient, et on oublie qu’on est au cinéma.

En Bref : Il faut aller voir Le complexe du castor. Il faut lui pardonner une forme classique et quelques clichés. Il faut y aller pour rire et s’émouvoir, pour réfléchir et se faire décrocher la mâchoire par la composition de Gibson. Il faut y aller pour la profondeur de son message.

Avec Angèle et Tony ou Tomboy, Le complexe du castor figure parmi les meilleurs films de ce début d’année. Comme les deux autres, il évoque le malheur pour mieux parler d’espoir. En sortant, j’ai souri jusqu’à chez moi.

Very Bad Trip 2. Noces rebelles ?

Singe, gens, alcool

Faut-il aller voir Very Bad Trip 2 ?

Dans Very Bad Trip 1, trois mecs se réveillent encore bourrés au milieu d’un vaste bordel après un enterrement de vie de garçon, en présence d’un chinois et d’un bébé. Dans Very Bad Trip 2, trois mecs se réveillent encore bourrés au milieu d’un vaste bordel après un enterrement de vie de garçon, en présence d’un chinois et d’un singe. C’est le jeu des sept différences, sauf qu’il y’en a deux.

En vrai, c’est un peu malhonnête, parce que j’ai pas vu le premier volet, mais mon pote Alex m’a dit que c’était pareil. Et il était saoul, donc il mentait sûrement pas. On était sur le canal de l’Ourcq. C’était chouette.

Je suis rentré dans la salle sans beaucoup d’espoir. Je n’ai pas été déçu. Après une soirée bien arrosée en Thaïlande, le futur marié et ses potes se réveillent au milieu de Bangkok. S’ensuit une enquête classique pour retracer leurs conneries de la veille. Comme les personnages sont plats comme des biligs, le scénar’ utilise un chinois sporadique pour apporter du rock n’roll dans l’histoire.

Malheureusement, c’est pourri. Le film montre des bites, de la coke et du sang pour la jouer trash. Le réalisateur crie fort pour nous convaincre qu’il est borderline, alors qu’il est simplement lourd. Au final, tout le monde reste toujours bien poli, le mec qui se fait couper le doigt ne perd pas le sourire et les trois héros ressemblent à des étudiants américains débiles en vacances.

Certes, l’idée de base est intéressante, et on rigole à deux trois reprises, notamment grâce à la présence bizarre de Zack Galfianakis, qui sort quelques répliques mythiques (“I wish monkeys could Skype”). Mais tout est bien trop propret pour surprendre. Cette critique sera courte, mais c’est pas de ma faute si le film est insipide. Et j’ai déjà perdu trop de temps dans la salle.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Very Bad Trip 2. Sans être un nanard scandaleux, le film marque par son absence totale de personnalité. Il montre des travelos à poil, des cochons qui explosent et des singes qui fument sans réussir à choquer. C’est son véritable exploit : être aussi gras qu’il est lisse.

Sinon, y’a Mike Tyson qui se ridiculise sur une scène, nous prouvant ainsi qu’il n’est ni acteur, ni chanteur, mais boxeur. Merde. Jude Law ne va pas faire le con sur un ring. Alors chacun son métier.

Et d’ailleurs, Hollywood devrait faire des pubs.