Beginners. Oliver triste.

Faut-il aller voir Beginners ?

Oliver est un illustrateur splénétique qui vit à Los Angeles. A 75 ans, son père vient de faire son coming-out. Et il est mort. Depuis, Oliver déprime. Il fait le compte des femmes qu’il a quittées et il parle aux chiens. Et puis il rencontre une blonde. Elle s’appelle Anna.

Dur de résumer Beginners, qui a l’ambition de raconter beaucoup de choses sans les lier ouvertement. La dépression, le deuil et les déceptions amoureuses sont racontés à travers l’existence vaporeuse d’un artiste solitaire. Au risque de livrer un patchwork incohérent et nombriliste.

Au centre de l’analyse : le père. Celui d’Anna, qui gâche le bonheur de sa fille en parlant de mort. Et celui d’Oliver qui retrouve goût à la vie avant de s’éteindre. Bloqué dans le carcan d’un mariage malheureux, le vieil homme a joué les hétéros toute sa vie pour finir par briser ses chaînes. Face à lui, son fils est libre de faire ce qu’il veut. Mais ça ne le rend pas heureux.

Le film n’étend pas l’analyse très loin. Il laisse le spectateur faire des liens entre l’homosexualité, l’échec amoureux ou la déprime. Souvent, ceux-ci sont évoqués, mais le scénario ne se mouille pas. Il effleure. Il évoque.

Pendant de longues minutes, on parle de Gay-Pride, d’Harvey Milk et de soirées entre mecs, mais l’analyse ne dépasse pas la surface. Comme toujours, on flirte avec la caricature. A ce titre, le compagnon du père d’Oliver -censé représenter la joie et la vie- est franchement ridicule.

C’est le problème du film. Dépressif jusqu’au trognon, il peine à raconter une histoire. Les personnages se mirent dans leur propre reflet et ressassent des banalités sur la mort. Même l’histoire d’amour, qui donne un peu de vie à l’ensemble, peine à arracher des sourires face à l’absence de volonté des protagonistes.

Heureusement, Mélanie Laurent apporte tout de même une certaine fraîcheur à l’histoire (Mais pour le reconnaître, il faut faire l’effort d’oublier l’arrogance manifeste de l’actrice dans la vie). En face, Ewan McGregor est un peu moins lisse que d’habitude tandis que Christopher Plummer campe un père admirable.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Beginners. Malgré des qualités d’écriture et une histoire d’amour touchante, le film est trop éthéré, trop mou pour accrocher le spectateur.

C’est dommage, derrière la multitude de sujets et la tonne de Xanax, il y avait là un beau regard. Pour le faire briller, il manquait juste un sourire.