Louise Wimmer. Louise loser.

Jolie Louise

Faut-il aller voir Louise Wimmer ?

Louise Wimmer passe sa journée à faire des lits mais chez elle, il n’y en a pas. Chez, elle c’est le coffre de sa vieille Volvo qui démarre une fois sur quatre. Louise Wimmer rêve d’un HLM, mais ses meubles pourrissent sous une bâche. Louise Wimmer est salement dans la merde. Mais Louise Wimmer est toujours vivante.

On sort de la salle avec la mâchoire de travers. Le film fait partie de ceux qui tapent comme des sourds sur leurs spectateurs. Les plans sont serrés, dérangeants, répétitifs et anxiogènes. Arrivé au générique, on étouffe sur notre siège. Pas étonnant : on vient de passer une heure et demie dans le coffre.

L’immersion est réussie, mais le réalisateur n’abuse pas des effets faciles. Louise Wimmer est triste, mais pas misérable car jamais elle ne baisse la tête. Quand elle pique la bouffe de chez Flunch, elle garde un air digne et elle se maquille avant d’aller voir son ex-mari. Le réalisateur ne cherche pas à faire pitié, mais à secouer les consciences.

Au risque d’en faire trop.

Comme Inarritu dans Biutiful, le cinéaste plonge son héroïne dans un océan de laideur et de tristesse, sans lui offrir beaucoup de lueurs d’espoir. Faute d’avoir grand-chose à dire, il se contente de filmer la misère, quitte à en abuser pour faire un film fort. Ça marche, mais on voit par transparence une envie de “choquer le bourgeois” qui trouve rapidement ses limites.

En regagnant leur appartement du 6ème arrondissement, la poignée de bobo qui verra le film s’insurgera probablement contre “cette réalité insupportable”, avant de l’oublier sous l’oreiller d’un lit moelleux. Comme moi. Le lendemain, des centaines de Louise Wimmer se réveilleront dans leur coffre, mais grâce à elle, un réal aura gagné un prix, un peu d’argent et l’éloge critique.

Un mauvais moment à passer, en somme.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Louise Wimmer. Si vous allez au cinéma pour l’espoir, le merveilleux et l’émotion, vous n’en trouverez guère. En revanche, si vous pensez que la distraction est un plaisir bourgeois, et si vous allez au ciné pour vous prendre une réalité poignante en pleine gueule, c’est le film de l’année.

Moi je ne sais pas à quelle catégorie j’appartiens. Mais quand je suis sorti, j’étais triste.

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5 thoughts on “Louise Wimmer. Louise loser.

  1. Hello, j’apprécie énormément ce blog ! Ta critique de Louise Wimmer, que je trouve fort sympathique mais à mon goût encore trop aimable, me donne envie de partager la mienne pour qui prendra le temps de lire… :)

    Oui, l’année 2012 vient à peine de commencer. Oui, de nombreux films restent encore à venir, dont certains seront mauvais. Cependant, ce “Louise Wimmer” est odieux à un tel point que je ne vois pas comment le plus infâme des nanars lui même pourrait surpasser sa laideur infinie. Unanimement encensé par la critique (tiens donc!), ce portrait mal écrit, mal filmé et mal joué d’une clocharde antipathique à laquelle on ne s’attache jamais est le film le plus misérabiliste et puant jamais réalisé. Les réalisateurs de documentaires, à part lorsque leur talent est évident, devraient vraiment s’en tenir à ces derniers. Qui, a part quelques bourgeois en mal de dépaysement paupérisant et glauque, pourrait apprécier un tel film bon sang? Il n’y à rien. Rien du tout. Pas une once de beauté, pas une once de créativité, de souffle, de sens; rien. Louise Wimmer dors dans sa voiture, Louise Wimmer est femme de ménage dans un hôtel, ou un vilain patron incompréhensif la paye une misère. Délaissée par sa fille et par tout le monde (a part ses collègues les pilliers de comptoir avec qui elle joue au PMU), Louise baise, mais en bonne héroine féministe combative vas-y-que-je-fouette-le-vilain-système-machiste-qui-m’a-détruite “n’a pas besoin d’un homme”, et ne se rase pas les dessous de bras. Trop une femme libérée la vieille, même si elle est pauvre. Trop forte Louise, trop la classe ! Comment éprouver de la sympathie pour ce personnage aigri, laid, désagréable, parlant seule et n’esquissant jamais un sourire convaincant? Alors oui, c’est la crise. Oui, il y à des pauvres, qui galèrent à trouver un appartement, à vivre convenablement. Et ca, on le sait. D’ailleurs, n’est ce pas en partie pour arrêter un peu d’en entendre parler sans cesse qu’on va au cinéma ? Pour fouetter la misère par l’art, la beauté, la création ? Louise Wimmer est en ce sens une insulte à tout ces gens plus qu’un hommage. Eux comme nous préfereraient à mon avis mourir de froid sous un carton plutôt que de s’identifier à un tel personnage. Ou même que d’essayer d’éprouver un tantinet de sympathie pour elle. Jusqu’au générique, le film tourne invariablement en rond, enchainant sans surprises ses scènes glauques dans une lumière pseudo-réaliste à vomir, et entraine un ennui infini, parvenant à transformer 1h20 de film à peine en trois longues heures éprouvantes et déprimantes. Mais que nul ne s’inquiète ! a la fin, notre bonne vieille Louise trouve enfin un appartement, au quinzième étage d’une tour HLM moche dans une cité pourrie. Le long travelling final sur le sommets des tours entrecoupé de ses sourires et de ceux de son pote de PMU est apparemment sensé apparaître comme un symbole puissant, une promesse de bonheur. Ah Ah. On rit.. très jaune et très fort. Et puis le générique arrive, Enfin ! Sacrée Louise.

    • Voilà qui me fait plaisir !

      Je te trouve un peu dur dans l’ensemble (pour moi, il y’a tout de même du style, une interprétation convaincante et une réalisation assez réussie dans le genre étouffant). Mais j’aime bien ton style. Ça défouraille, ça claque et ça fait pas de sentiments.

      Kalosystem, je te tire mon chapeau. Mais dis-moi, serais-tu la fusion-acquisition de Calogero et Magic System ?
      Ça serait rigolo ça.

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