Take Shelter. Parano, père, para-tonnerre.

Flip flop

Faut-il aller voir Take Shelter ?

Curtis LaForche pense qu’il va bientôt pleuvoir beaucoup. Chaque nuit, il rêve qu’un liquide jaunâtre transperce le ciel pour s’abattre sur sa famille, détruire sa ville et tâcher sa chemise. Alors il commence à creuser un trou pour cacher les siens. Mais pourtant, il fait beau.

Enfin, un film différent. Dés les premières images, le réalisateur affirme son indépendance. Ici, les codes, les genres et les familles sont embrouillés dans un scénario qui ne ressemble à rien d’autre. Les cauchemars de Curtis sont flippants comme des films d’horreurs, mais ils sont entrecoupés de longues scènes contemplatives et calmes, elles-même parsemées d’incursions dans le drame psychologique que traverse le héros.

Film catastrophe ? Film d’horreur ? Drame shakespearien ? Ce mélange des genres permet au cinéaste de multiplier les fausses pistes, sans jamais être prévisible. Mais avant tout autre chose, Take Shelter est un film d’auteur à forte personnalité. Après le brillantissime Shotgun Stories injustement snobé par le public, le jeune réalisateur Jeff Nichols continue d’assoir son regard unique, à la fois sobre et sombre. Un peu comme Terrence Mallick, sans les animaux et les monologues.

Malgré tout, on s’ennuie parfois un petit peu devant les silences pénétrés du héros. Sudiste taiseux jusqu’au bout des boots, Curtis LaForche n’est pas vraiment rayonnant. Mais qu’importe, l’interprétation de Michael Shannon suffit à donner de l’intensité à son mutisme. En face de lui, Jessica Chastain confirme que les rousses sont des actrices formidables quand elles ne sont pas Sandrine Kiberlain.

Et après un deuxième tiers un peu ramollo, le final arrive en douceur. Percutant comme un 36 tonnes à 140 kilomètres/heures sur le périph’ et d’une beauté renversante.

En Bref : Il faut aller voir Take Shelter. Parce que depuis que Clint Eastwood fait des films d’histoire casse-couilles, Martin Scorsesse des films pour enfants et Steven Spielberg des films de merde, il ne reste plus que Jeff Nichols pour faire des trucs différents.

Et très franchement, c’est pas du snobisme, mais un film s’apprécie beaucoup mieux dans une salle à moitié vide.

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3 thoughts on “Take Shelter. Parano, père, para-tonnerre.

  1. Dans Melancholia, une famille d’aristos est morte de trouille à l’idée de la fin du monde imminente, sauf une fille, en pleine dépression, qui n’en a strictement rien à faire et ne pense qu’à elle.
    Arrive Take Shelter dans lequel un ouvrier du bâtiment qui ne roule pas sur l’or sent l’apocalypse débarquer à grands pas et se retrouve dans une solitude désespérée, face à l’indifférence de ses proches.
    Deux très grands films, analogues et tellement différents en même temps, sortis à 5 mois d’intervalle, ça se salue. Shotgun Stories était déjà très bon, mais là, on est un cran au dessus.
    Bon, pour Eastwood, pas d’accord, sauf si tu parles d’Invictus, parce que J Edgar est quand même plutôt chouette (mis à part les seconds rôles…)! ;)
    Meilleurs voeux l’ami, et à bientôt!

    • Meilleurs voeux Mathieu !
      Content qu’on soit d’accord sur Nichols. Le jour où tout le monde va se rendre compte qu’il existe, ce mec va écumer les festivals, je le sens.
      Quant à J. Edgar, je m’apprête à en écrire la critique. Et je crains qu’on ne soit pas d’accord… :-)

  2. Pingback: The place beyond the pines. Le grand blond avec une moto noire. | Le règne de l'arbitraire

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