Bullhead. Vache qui crie.

Faut-il aller voir Bullhead ?

Jacky est un Flamand rosse. Un gros Belge méchant, avec des muscles et l’oeil torve. Dans sa ferme, il y a des vaches et lui, mais personne ne fait la différence. Et tout le monde s’en fout, car Jacky est un ours. Jacky est un boeuf. Au sens propre du terme.

L’intérêt du film réside dans le secret de son personnage principal, alors je ne vous gâcherai pas la surprise. Mais pour résumer, on peut dire que l’histoire dépeint les dessous du trafic d’hormones de croissance, que les hommes les plus virils cachent tous une part de faiblesse et que les flamands se laissent volontiers pousser la moustache.

D’entrée de jeu, on comprend que l’on est assis devant un film viscéralement différent. Un film d’horreur sans massacre, qui sent les ténèbres et la barbaque. A juste, titre, on peut en sortir avec la nausée, le souffle coupé ou avec des convictions végétariennes, mais en aucun cas, Bullhead ne laisse indifférent.

Poignantes et hyper-travaillées, les images alternent entre la beauté pure et la violence extrême. Méticuleux, le réalisateur préfère les plans-séquences aux bains de sang, et pourtant la tension ne quitte jamais les images. On pense aux thrillers malsains d’Haneke et aux images hypnotisantes de Winding Refn, à l’époque où il se la racontait pas encore trop.

Bien-sûr, on pourra critiquer certains artifices psychologiques un peu lourds, une enquête policière inutilement complexe et un rythme inégal. Mais on ne pourra jamais dire qu’on avait déjà vu un truc pareil au cinéma.

Et en plus c’est un premier film.

En Bref : Il faut aller voir Bullhead. Si on se demande ce qui se cache à l’intérieur des mâles, si on sait voir le désespoir dans l’oeil du rhinocéros et si on pense qu’il y a de la tendresse sur les terrains de rugby.

Outre un regard dont on entendra parler à nouveau, on pourra aussi découvrir un numéro d’acteur qui aurait mérité bien plus d’Oscars qu’un numéro de claquettes.

Detachment. Dandy vérole.


Faut-il aller voir Detachment ?

Henry Barthes est prof remplaçant et dépressif à plein-temps. Un jour, il se retrouve dans un lycée pourri. Il y découvre que dans les quartiers difficiles les gosses sont tous des brutes, les filles sont toutes des putes, les moches sont toutes suicidaires, les profs sont tous en décomposition, les pères violent tous leurs filles, qui deviennent toutes alcooliques. Mais Henry s’en fout, il lit Camus.

La banlieue est effrayante, quand on la regarde par la baie-vitrée d’un duplex de Central Park. C’est un peu le thème d’un film qui oscille entre bien-pensance molle et pessimisme naïf. Dans la zone du film, tout est sombre, caricatural et désespéré. Sans aucune nuance, l’image d’Epinal du lycée de ZEP en guerre civile est martelé par un scénario lourdingue : tous les profs prennent des pilules, la directrice s’effondre sur la moquette et les jeunes filles se prostituent pour manger.

Evidemment, on me répondra que le réalisateur caricature pour mieux dénoncer. Quedalle. Comme cette gauche proprette qui se repaît de son “insoumission” en dénonçant des évidences, Tony Kaye érige le catastrophisme en humanisme pour se donner bonne conscience. Au final, sous des allures de film combattant, on regarde au mieux un mélo violoneux, et au pire, une nouvelle caricature stigmatisante.

Car au bout du compte, Detachment n’est pas humaniste, mais profondément misanthrope. Le vrai engagement serait de montrer qu’il y a de l’espoir, de l’énergie créative et de la fureur dans les barres d’immeubles. Je pense à L’Esquive évidemment, mais aussi Entre les murs ou la formidable saison 4 de The Wire. Dans les trois cas, les réalisateurs sont issus des quartiers dont ils parlent quand Tony Kaye semble avoir découvert la banlieue dans le 20h de TF1.

Au milieu de ce tableau noir, Adrian Body traîne son spleen en chemise de lin. Charismatique, cynique et rimbaldien, il lâche des phrases bien senties sur l’éducation, la vie et la jeunesse en prenant des poses de dandy. Le réalisateur ne prend jamais le soin de nous montrer une véritable scène de cours, mais comme Brody est cool, les élèves finissent par le respecter, surtout lorsqu’il leur balance que la pub leur ment. Comme si la pédagogie se résumait à dire des trucs consensuels en s’asseyant à l’envers sur une chaise.

Pour emballer le tout, Tony Kaye a le narcissisme de vouloir cadrer lui-même son film, sans vraiment savoir utiliser une caméra. Le résultat ressemble à ce qu’aurait filmé les frères Dardenne si on leur avait filé du speed : l’image est tremblante et les zooms intempestifs se succèdent aux images floues.

Merde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detachment. Racoleur, prétentieux et putassier, le film irrite sans jamais atteindre la vérité. Mais derrière cette montagne de pathos, il y avait pourtant de bonnes choses à dire sur la solitude des profs et la difficulté d’éduquer. Dans deux ou trois scènes, on sent même poindre un certain talent d’écriture et un propos intéressant.

Mais dans la même veine qu’American History X, son plus gros succès, aussi prétentieux et honteusement surestimé que le dernier, Tony Kaye préfère les images chocs aux propos intelligents. Et tant pis, si on ne retient rien. Heureusement qu’il n’est pas devenu prof.

Une fois n’est pas coutume, en zonant sur internet, j’ai lu cette critique bien vénère. Et ça m’a fait du bien.

Tucker & Dale. Quiproquo latéral.

Faut-il aller voir Tucker & Dale fightent le mal ?

C’est l’Amérique. Des post-adolescents stupides vont dans la forêt avec des blondes. Dans la forêt, il y a aussi deux pèquenots avec des têtes bizarres, des tronçonneuses et des scies à métaux. Jusqu’ici tout va bien, à un détail près : les deux bûcherons ne sont pas des serial-killers…

Forcément, les malentendus s’imbriquent et chaque partie se retrouve persuadée que celle d’en face veut la tuer. Résultat tout le monde s’élimine dans la joie et la bonne humeur.

Classique finalement, on prend un énorme cliché, et on l’inverse. Au départ, on se demande si le film ne risque pas d’être aussi prévisible que les bouses dont il se veut le négatif (fiou…). Les ados sortent droit d’une fraterie alpha-truc et ils sont cons comme des opinels, les filles sont en plastique et les dialogues en carton.

Mais c’est drôle.

Les malentendus sont tellement tirés par les cheveux que le concept marche sans s’essouffler si on accepte la stupidité générale. Quelque part, il y a même une profonde tendresse qui émane des deux losers-titre. Volontariste, le scénario réussit même à défendre des idées pas trop bêtes sur le manque de dialogue et la loi des apparences.

Malheureusement, ces bons sentiments ne s’appliquent pas à l’intégralité du genre humain : si un gros type moche et timide peut se faire accepter à condition qu’il ait confiance en lui, la fille moche est toujours la plus stupide et à la fin, c’est toujours la plus jolie qui sera la moins morte.

Mais merde, on est venu là pour manger du pop-corn.

En Bref : Il faut aller voir Tucker & Dale fightent le mal. Parce que c’est le film débile le plus intelligents que vous verrez cette année, parce que c’est un divertissement mille fois mieux troussé que Sherlock Holmes, et parce que ça faisait un moment qu’on n’avait pas rigolé autant au cinéma.

Après, si vous vous sentez coupable, vous pourrez toujours allez vous emmerder devant Les nouveaux chiens de garde.

Aussi : Désolé pour la pause, je travaille en Angleterre, avec pas trop de temps libre et un accès l’imité aux réseaux des internets. En plus, il y a des double decker bus.

Mais je poste des news (et dorénavant les chansons, pour ceux que ça intéresse) sur la page facebook du blog. Venez faire un tour si ça vous tente, quand vous serez mille, je mettrai des pubs et on fera un apéro géant (à Bonn, probablement).

Sherlock Holmes 2. Chère Loque.

Gnagnagna

Faut-il aller voir Sherlock Holmes 2 : jeu d’ombres ?

Ceux qui viennent ici depuis le début connaissent mon aversion profonde pour Guy Ritchie. Honteusement surestimé depuis qu’il a pondu Snatch, l’anglais épileptique pense qu’il a du style. En l’occurrence : une accumulation de gros plans d’une seconde et des mouvements de caméras intempestifs font office de rythme, une version démo de photoshop s’occupe des lumières et le vide s’attelle au scénario.

J’avais déjà collé son tarif à un premier épisode à peine passable. Sherlock Holmes 2 récidive en bien pire. Le détective au feutre mou titube au milieu de chaque scène comme une pâle copie de Jack Sparrow en tweed. La plupart de ses élucubrations sont incohérentes et même l’excellent Robert Downey Jr. ne semble pas comprendre le sens de ce qu’il raconte.

Les sous-entendus homosexuels entre les deux personnages principaux perdent le côté naturel et sous-jacent qui faisait l’intérêt du premier épisode. A croire que Guy Ritchie a découvert leur existence dans les critiques alors qu’il n’avait pas fait exprès la première fois. Ici, il surligne lourdement la relation, allant jusqu’à déguiser Sherlock en femme dans une scène aussi grotesque que le reste du film.

De la même manière, les rares qualités du premier sont noyées dans la surrecnhère : même les combats au ralenti perdent leur style, parce que complètements foutraques et même pas esthétiques. Dans cet océan de médiocrité, les saynettes sont mises bout à bout grâce à un scénario imbitable qui sert de prétexte aux scènes d’actions.

Malgré tout, il y a deux trois trucs à sauver : le jeu des acteurs, qui se battent pour faire tenir des rôles sans consistance, l’humour omniprésent qui nous arrache régulièrement un petit sourire et des jolis plans au ralenti vers la fin. Voilà.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes 2. C’est nul, c’est creux et c’est con. Guy Ritchie a transformé le détective en pitre ridicule pour amuser ses spectateurs, mais à part une auto-critique de son propre cinéma, je ne vois pas l’intérêt.

Pour le reste, Arthur Conan Doyle a déjà fait tellement de pirouettes dans sa tombe qu’il est probablement impassif. (Oui, ce mot n’existe pas, mais qui êtes-vous pour mieux voir que moi ce qu’il se passe dans la tombe d’Arthur ?)