Holy Motors. Leos à l’arrax.

Faut-il aller voir Holy Motors ?

Au départ j’avais prévu d’écrire une longue lettre qui s’adresserait personnellement aux critiques de cinéma français avec tout un tas de scuds plus ou moins sous-marins et quelques gros-mots. Je les aurais vertement interpellés. Ça aurait finit par “enculés”.

J’étais fâché. À en arrêter d’aller au cinéma et d’écrire des critiques.

Et puis bon. Je vais pas encore me répéter dans les éternelles attaques contre l’intelligentsia qui vont finir par sentir le poujadisme des tiroirs. À tous les coups, ils sont peut-être sincères quand ils aiment des nanards.

Holy Motors est l’archétype du film à gros melon. On y suit un trader qui se déguise en vieille dame roumaine, puis en clochard avant de se taper une guenon. Dans ce bordel, des mythes cheapos mélangés à l’arrache : un banquier à la terrasse du Fouquet’s, Kylie Minogue en personnage de Godard et l’association d’une burqa et d’un sexe en érection.

Tellement con.

Et surtout tellement vide, creux et boursouflé d’autosatisfaction. Dans la scène initiale, le réalisateur lui-même se tient face à une salle de cinéma. Les gens lui tournent le dos, ils sont amorphes, insensibles et hypnotisés par l’écran. L’image est claire, les français sont des veaux, la preuve, ils ne regardent pas mon film.

Idéale, la métaphore peut permettre aux Cahiers du Cinéma de flatter leur fond de commerce en pérorant sur “l’angoisse de l’artiste qui se demande s’il reste des spectateurs pour voir la beauté dans le monde”. À part vous, il en reste peu messieurs les critiques.

Enculés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Holy Motors. Ou alors il faut y aller, mais je suis trop idiot pour vous expliquer pourquoi. La critique est unanime et malgré mes attaques, je ne peux pas penser qu’elle est malintentionnée… Mais j’ai beau plisser les yeux, je ne vois pas ce qu’elle regarde.

En vrai, si on enlève les filtres de Cannes, de l’artiste maudit et du bon vieux syndrome “j’ai-pas-compris-donc-c’est-brillant” qui a fait le succès de Godard, il reste un mec qui se paluche en alignant les symboles un peu lourds. Un film pas très beau, assez ennuyeux mais parfois assez marrant.

Laurence Anyways. To bite or not to bite ?

Poupaud Poupon

Faut-il aller voir Laurence Anyways ?

Elle va pas être simple à écrire celle-là.

C’est l’histoire d’un couple moderne. Elle s’appelle Fred, il s’appelle Laurence. Il aimerait bien être “elle”, sans pour autant quitter Fred. Car non seulement Laurence est une femme dans un corps d’homme, mais Laurence est aussi lesbienne.

Il vient d’avoir 23 ans et il sort un nouveau film, présenté à Cannes, comme les deux précédents. Promis, quand il aura passé 25 ans, j’arrêterai d’ouvrir mes articles sur l’âge de Xavier Dolan, mais la précocité du réalisateur Québécois ne cesse de m’impressionner.

De m’énerver aussi. Dés les premières images, on retrouve ce style précieux et ultra-travaillé qui rend certaines scènes à la limite du supportable. Ralentis, couleurs saturées, dialogues incompréhensibles et hystériques sur de la musique omniprésente et criarde. Au bout de cinq minutes, j’étais à deux doigts de quitter la salle.

Pire, les erreurs de montages grossières (et probablement voulues, bien-sûr) se succèdent aux plans mal-composés, aux pistes mal-mixées et aux zooms très moches. De temps en temps, la caméra est brillante, mais le tout regorge tellement d’esthétisme qu’il est difficile d’oublier les artifices pour écouter l’histoire.

Et puis l’histoire surgit quand même. Elle est bouleversante.

A l’inverse de ses premiers films, Dolan laisse tomber le côté narcissique du jeune homme qui raconte ses histoires de coeur. Cette fois, il reste derrière la caméra. Par des procédés efficaces de mise en scène, il nous fait rentrer sous la peau de ce prof en crise d’identité qui veut être elle-même, sans perdre celle qu’il aime. Agaçante, l’histoire d’amour devient fascinante, puis déchirante.

Sans disserter, le film interroge le spectateur. Peut-on vraiment aimer au-delà de l’aspect physique ? Les transexuels sont-ils condamnés au malheur ? Sont-ils fous ou simplement maudits ? Comme dans l’excellent Tomboy, on regarde “la normalité” de l’extérieur, comme un poids absurde et blessant. Laurence devient marginal, puis marginale, ni par envie ni par goût, mais parce que la société l’y condamne.

Et puis le film s’égare dans une histoire qui traîne en longueur avant de terminer sur une fin à tiroir qui ne conclut pas grand chose. Mais on pardonne, bizarrement. Car cet énorme foutoir inégal semble porté par des scènes inoubliables et un sens inné du cinéma.

En Bref : Il faut aller voir Laurence Anyways. Derrière son stylisme un peu fatigant et ses effets à deux balles, Xavier Dolan n’oublie jamais son histoire, son propos et ses personnages. Plus vivants que jamais, ces derniers hantent nos têtes longtemps après la projection.

Face à l’excellent Melvil Poupaud, la Québécoise Suzanne Clément multiplie les registres, passe de la rage à la fragilité en un clin d’oeil et livre une prestation hypnotisante d’un bout à l’autre.

Si on ne la revoit pas bientôt chez les plus grands réalisateurs français, je change de sexe.

Rock Forever. L’odeur du rock fort.

Aaaaaaaah

Faut-il aller voir Rock Forever ?

S’il y a un débat de merde sur terre, c’est bien celui de la mort éventuelle du Rock. Le genre de sujets bidons que pondent les news-magazines ringards entre deux enquêtes sur les franc-maçons et le prix de l’immobilier.

Bien-sur que le rock est vivant. La preuve : il est même salement has-been. Le rap est vendu, la pop est perdue, l’électro est bonne qu’à faire des pubs et les Rita Mitsouko animent les bals du FN. De toute façon, la musique c’est de la merde. Bref.

Après un marathon d’une semaine au cinéma, j’étais d’une humeur idéale pour aller voir une comédie musicale.

Rock Forever tente de nous faire croire que les années 80 et le Hard Rock n’ont jamais existé. Pendant deux heures, on nous sert de la pop indigne en flux continu en prétextant que c’est d’epoque. Scandaleusement mauvais, les morceaux feraient même pleurer Hannah Montana tant ils suintent le mauvais goût.

Tom Cruise se pavane avec une tête de mort sur la teub, Catherine Zeta-Jones gesticule dans une jupe plissée et Alec Baldwin roule des pelles à Russell Brand. Quant aux deux inconnus qui tiennent les premiers rôles, ils ont au moins le mérite de m’avoir fait comprendre ce qui est passé par la tête du dépeceur de Montréal avant de s’énerver très fort.

Mais j’ai tenu. Rien que pour vos yeux, je suis resté jusqu’au bout en désossant le siège de devant à coups de genoux. Et le final vaut son pesant de limonade : les stars du film donnent un concert enflammé devant un public enragé et… assis.

Je ne sais pas si le Rock est mort, mais pas sûr qu’il survive à ce film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Rock Forever. C’est un immonde nanard qui insulte tous les mômes qui ont bougé leurs cheveux sur Deep Purle et les Gun’s.

Le jour où Hollywood lâchera enfin son dernier soupir, j’irai brûler le DVD de cette bouse sur le Walk Of Fame.

NB : Le jeu de mot titre est de Juliette, qui n’a même pas vu le film, mais qui se doutait que ça serait cheesy.

Mains armées. Père et flic.

Faut-il aller voir Mains armées ?

Lucas a un gros pistolet, mais pas de sourire. Sa fille a des gros problèmes mais pas de père. Enfin pas trop. De toute façon, on ne peut pas éduquer des mômes et poursuivre des serbes. Tiens ! Mais c’est Marc Lavoine !

L’affiche moche, le titre pourri et le rôle du méchant confié à une star de la chanson française. Ça sentait pas bon. Mais si on ajoute des scènes de flics ultra-classique et une mise en image digne d’une série télé ukrainienne, ça fout carrément les boules.

Et pourtant, il y a quelque chose, au milieu de cette série B sans humour. Si on se perd rapidement dans les histoires de serbes et de trafic d’armes pas très originales, le scénario raconte aussi la relation, bien plus complexe, entre un père et la fille qu’il a abandonnée. Et il y a de la vérité et de la beauté dans ces deux animaux sauvages qui se retrouvent dans le même métier pourri.

Malheureusement, le sujet est traité avec un peu trop de pudeur ou de distance pour émouvoir, alors qu’il représente l’interet principal du film. Intense, Leila Bekhti incarne cette filiquette abandonnée avec rage et justesse face à un Roschdy Zem aussi expressif qu’un Bill Murray sous prozac.

À part ça, pas grand chose, si ce n’est le sérieux de la mise en scène. Tellement sérieux qu’on a presque envie de s’autochatouiller pour garder le moral.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Mains Armées. Malgré l’interprétation sans faille des acteurs et le soin apporté au réalisme du scénario.

Malgré quelques petites idées originales, on reste froid face à ce héros décidément antipathique.

Dommage, car les trois dernières minutes sont très belles.

Les Kaïras. Ghetto sitcom.

Ghetto Sitcom

Faut-il aller voir Les Kaïras ?

Abdlekrim, Mousten et Momo sont des romantiques : Ils ont envie de niquer. Mais comment pécho quand tu rentre pas en boîte parce que y’a marqué “Melun” sur ta gueule ?

Des lascars, du cul, des blagues sur les nains et Éric Cantona. Décidément, il y avait tout à craindre de cette comédie aux airs lourdingues, vendue à grands coups d’affiches criardes. Et pourtant, derrière les clichés apparents, le film parle d’un sujet trop rare dans les comédies françaises : la banlieue.

En France, les ghettos font pas beaucoup rire. On en parle une fois tous les six mois et uniquement pour souligner à quel point la drogue, la violence, l’islam radical et les chanteurs de rn’b y sèment l’anarchie et la mort. La banlieue fait peur, surtout à ceux qui n’y ont jamais foutu les pieds.

Dans l’excellent Tout ce qui brille, la réalisatrice parlait de ceux qui vivent l’autre côté du périphérique avec humour et sensibilité. Les Kaïras, c’est un peu la version bonhomme : trash, vulgaire et vraiment drôle, pour peu que t’ai grandi en regardant des films pornos et en écoutant du rap.

Sans être à hurler de rire, cette comédie tape en plein dans les souvenirs de n’importe quel mec né dans les années 80. De Quimper à Melun, on a tous grandi dans la culture “Kaïra”, du grec frite au “va-z-y ferme ta gueule” en passant par Dj Cut Killer et les boîtes branchées dans lesquelles on rentre jamais faute d’accompagnatrices.

En jouant avec les clichés, le réal ne dresse pas seulement le portrait de trois losers patibulaires et attendrissants, mais aussi celui d’une génération. Des milliers de banlieusards qui s’ignorent pour qui le ghetto est un far-west, aussi mythique qu’il est flippant dans les jt.

Maintenant, croyez-pas que j’me prenne pour un lascar. La dernière fois que j’ai été a Saint-Ouen, j’me suis fait casser la gueule.

En Bref : Il faut aller voir Les Kaïras. Les moins jeunes auront peut-être un peu de mal à digérer le verlan et les références à la carrière éclectique de Katsuni, quand les cinephiles trop purs pourront regretter des lourdeurs dans le scénario et une direction d’acteurs inégale.

Mais si vous considérez Difool comme un grand frère éternel et Les Prince de la ville comme une étape de votre éveil musical, ce film vous replongera avec nostalgie dans l’époque où vous galeriez pour inviter Mélanie à venir voir Taxi 2.

Les enfants de Belleville. En Iran, ils raquent.

Faut-il aller voir Les enfants de Belle Ville ?

A 16 ans, Akbar a tué son amoureuse plutôt que de la voir épouser un autre. Après deux ans de prison, il est majeur et donc en droit d’être exécuté. Pour le sauver, son meilleur ami va tenter de négocier avec les parents de la victime. Mais en Iran, tout se paye. Et il y a toujours une gonzesse pour venir nous perturber.

Ce n’est pas une excuse, mais le jeu de mot pourri du titre s’applique bien au cinéma d’Asghar Farhadi. En équilibre, ses histoires tiennent toujours sur le fil de la morale, sans jamais se faire offrir de solution facile. Comme dans le vrai monde, personne n’est gentil ou méchant, mais tout le monde à ses raisons. La vie est une suite de choix et chacun d’entre eux est un sacrifice.

Dans son précédent film, le réalisateur portait le concept à l’extrême avec une finesse indiscutable. Réalisé avant, Les enfants de Belle Ville partage le même sens de l’histoire et du scénario en y ajoutant une dose de romance discrète et délicate.

C’est beau, c’est lent et, malgré les apparences, ce n’est jamais chiant.

Pourtant, le film n’atteint jamais la puissance incroyable d’Une Séparation. Après un début un peu branlant, il tresse son intrigue de manière un peu poussive et l’histoire ne commence vraiment à palpiter que dans la deuxième partie. Sobre et efficace, la caméra ne tente jamais vraiment rien d’original, au risque de se répéter un peu.

Heureusement, elle filme une actrice dont le regard laisse une empreinte au fond du crâne.

En Bref : Il faut aller voir Les enfants de Belle Ville. Parce que les scénarios de Farhadi sont ciselés comme des thrillers et parce que l’histoire de cet amour maudit fera palpiter vos coeurs de jeunes filles.

Il faut aussi y aller pour saluer un mec qui fait des films dans le pays le moins coolos du monde et qui arrive à pondre de meilleurs histoires qu’Hollywood et ses batteries de scénaristes.

Kill List. Satan nuit.

Faut-il aller voir Kill List ?

Ça commence comme un épisode d’EastEnders : c’est pourri. Un couple d’anglais s’engueule dans une cuisine pendant que leur fils bade dans sa chambre. Jay râle parce qu’il ne veut pas retourner au travail. Il faut reconnaître que c’est pas tous les jours facile d’être tueur à gage.

Et puis ça part en couille. Jay retrouve son pote Gal et ils s’en vont dessouder une liste de mecs pas nets dans des caves. Au fur et à mesure, Jay devient de plus en plus tendu du fusil à pompe. Quand soudain, tout le monde est tout nu.

D’abord, ça fait toujours plaisir de tomber sur un film qui s’éloigne des codes classiques. Tout le monde à l’accent british, il y a marqué “Fire door keep shut” sur les portes et pour une fois, les tueurs à gages sont des mecs ordinaires et pas des russes chauves ou des amerloques en costard.

Tellement ordinaires, qu’on s’emmerde un peu, mais le film à le mérite d’innover.

Dans sa deuxième partie, ça devient compliqué. A travers une montée dramatique plutôt réussie, le scénario emmène nos héros dans l’horreur, puis dans le fantastique avant de terminer dans le grand n’importe quoi. Visuellement, c’est intense, plutôt flippant et bien filmé, mais il suffit pas de mettre des clowns à poil pour faire du David Lynch.

Sur le fond, on se rend rapidement compte que le réalisateur est dans l’impro totale. Il tire des pistes dans tous les sens sans savoir où elles iront, accumulant les “trucs louches” dans le seul but de la jouer “film étrange”.

Au final, comme les enfoirés qui ont écrit Lost, il ne sait pas où il va et la conclusion s’écroule logiquement, annihilant tout le mystère qui la précède. Le réalisateur s’en fout, il compte sur la critique pour trouver du sens à son film. Heureusement, ces derniers répondent toujours présent dés qu’il s’agit de flatter leur propre intelligence.

Sauf que sur le Règne de l’Arbitraire, on est des cons.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Kill List. Et c’est bien dommage, parce que ça change : ce film transgenre se fout des codes classiques et l’ambiance malsaine de l’histoire est plutôt absorbante.

Mais comme disait mon copain Martin en sortant : “Trop facile. Un bon film, c’est d’abord une bonne histoire”. Mais en même temps, il avait qu’à m’écouter, on aurait été voir Les Kaïras.

The Dictator. Barbe à Sacha.

Faut-il aller voir The Dictator ?

Aladeen un dictateur très méchant qui opprime son peuple dans un consensus général. Mais lorsqu’il refuse de vendre son pétrole à la communauté internationale, cette dernière lui braque les droits de l’homme en pleine face, pendant qu’Aladeen prépare une riposte nucléaire.

Sacha Baron Cohen était un peu mon héros. Suicidaire, outrancier et complètement cintré, ce diplômé de Cambridge réussissait à planquer son intelligence derrière une montagne de stupidité. Largement sous-estimé, il pouvait endosser tous les rôles pour souligner la vraie médiocrité des hommes et formuler de brillantes critiques sociales déguisées en comédies potaches.

Et puis Sacha Baron Cohen a été reconnu. Aujourd’hui, tout le monde a compris qu’il était intelligent. Même lui. Et c’est bien le problème.

Pour la première fois, son personnage n’est jamais intégré dans le monde réel. The Dictator est une fiction totale, où les vannes sont millimétrées et où l’improvisation n’a plus sa place. Du même coup, l’outrance n’a plus d’intérêt, puisqu’elle vise uniquement à choquer le spectateur.

En réalité, on est surtout atterrés devant une telle lourdeur. Sacha fait caca et nous montre son zizi pendant qu’on regarde nos pompes, gênés, comme pendant une chronique météo du Grand Journal. Evidemment, il y a quelques bonnes blagues, mais elles sont noyées dans un flot d’enfantillages assez affligeants.

Comme il a compris le truc, Baron Cohen tente à nouveau d’être intelligent, mais bien trop ouvertement pour être entendu : sa critique de l’hypocrisie démocratique touche juste, mais on peut entendre la même au café du coin de la rue, et le barman, on le paye pas 10 euros.

Par ailleurs, les cinémas sont trop chers.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Dictator. Trop lourd, trop mal foutu malgré quelques moments de rigolade. Sacha Baron Cohen commence à croire dans son concept, et en s’y installant confortablement, il cesse de se mettre en danger, et il y perd son talent.

Heureusement, après une telle daube, il est à nouveau sous-estimé par tout le monde. A coup sûr, la prochaine fois, on ne va pas le voir venir…

Spiderman. Un fil à la patte.

Faut-il aller voir The amazing Spiderman ?

C’est l’histoire d’un garçon, paf une araignée, paf Spiderman. C’est incroyable !

Il fallait presque du courage aux studios américains, pour oser nous ressortir la même histoire, seulement dix ans après le Spiderman de Sam Raimi. En 35 ans, c’est la sixième fois que le personnage fait l’objet d’un film et la licence commence un peu à moisir.

Et ils y vont, s’accrochant courageusement à des petits détails pour nous donner l’impression de raconter quelque chose de nouveau : cette fois, Spiderman fait du Skate, il a un peu moins la lose avec les filles et son père est scientifique. Dans dix ans, Spiderman sera roux, horloger et bouddhiste mais ça sera toujours le même pitch :

“Je suis une araignée, Gnap !”, “Oncle Ben NON !”, “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités”, “Mouhahaha, je suis un gros lézard !” Mais pas sûr que je fasse une énième critique.

Dans cette nouvelle version, Spidey tente de se recycler en film pop. Peter Parker est un college kid normal qui veut se taper la blonde et frimer au basket, le scénario est jalonné de blagues potaches et certaines scènes sont d’un romantisme à rendre son Magnum Almonds sur le siège d’en face.

La plupart du temps, c’est pas terrible, le scénario accumule les facilités et les raccourcis neuneus, allant même jusqu’à livrer un vibrant hommage à la solidarité interraciale américaine sur fond de bannière étoilée, le genre de pornographie patriotique que même Hollywood n’osait plus faire depuis les années 90.

Heureusement, ça marche une fois sur douze : quelques vannes font rire et les scènes de voltige à la première personne rafraîchissent le genre. C’est un peu léger, et malgré tout, ça ne vole pas bien h…

Non non, pas ça non.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The amazing Spiderman. Malgré les petites idées sympas du réal et l’interprétation sans faute du premier rôle, c’est trop fait par-dessus la jambe pour réveiller nos esprits, déjà saturés de héros en collants.

Mais après tout, le cinéma US, c’est d’abord du business ; ça coûte cher de faire exploser des immeubles.

Faust. Dé-Goethe.

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Faut-il aller voir Faust ?

Ça commence par le ciel et ça finit par les montagnes. Au milieu il y a une bite, des morts, une dissection, le diable et de l’allemand avec un accent russe.

Dans la scène initiale, le docteur Faust déroule un intestin grêle en mangeant des cookies. Il discute de l’âme humaine avec son apprenti. “Mais Dieu ?”, “Que veux-tu dire ?”, “Scalpel”, “L’être est-il son enveloppe ?”, “J’ai faim”, “Coupons-lui les jambes”, “Amen”.

Et ça continue. Comme une interminable partie de Kamoulox, l’humour en moins. Le diable surgit, il a une bite dans le dos, et tout le monde a l’air de trouver ça génial.

Bref.

Le public est fâché avec les critiques de cinéma. Pas toujours à raison, on les accuse d’aimer les films incompréhensibles, emmerdants et prétentieux. Payés pour donner leur avis, les critiques finissent par le croire important et répondent que le public ne comprend pas les grands films, car le public est un con.

Et puis quoi, ça flatte l’égo de comprendre ce qui laisse les autres circonspects. Voyez-vous, nous autres les critiques, nous avons le niveau. Nous comprenons ce que veut nous dire ce russe bourré, qui écrit sous coke, et de temps en temps, au hasard d’une discussion anodine, nous disons “Murneau”, nous disons “Tarkovski” quand vous ne dites que “Brad Pitt”.

À partir de là, deux visions s’affrontent : celle qui consiste à hiérarchiser les goûts en fonction de la culture et l’autre. Dans la vraie vie, la culture ne pèse rien face à la sensibilité, et cette dernière est équitablement répartie. Alors malgré l’éloge si unanime qu’il pourrait faire douter de l’objectivité des critiques français, oublions nos complexes pour dire la vérité sur ce Lion d’Or de Venise :

Faust, c’est nul. Une caricature de film chiant, nombriliste et creux qui trouve sa jouissance dans le malaise, la philosophie absconse et les plans anamophosés.
Quand la critique conseille à ses lecteurs d’aller périr d’ennui devant une telle daube, qu’elle ne s’étonne pas qu’on ne la lise plus. C’est pour lui mettre un grand coup de boule que j’ai créé ce blog.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Faust. Certes, la photographie, les cadrages et la composition des plans sont époustouflants, mais ce n’est pas suffisant pour faire un film. Il faut un scénario, un souffle, un propos. Pas une longue séance de complaisance masturbatoire.

Promis, je ne transformerai pas ce blog en vide-grenier éditorialisant sur les élites françaises, mais parfois les critiques me hérissent. Comment peut-on s’auto-persuader d’être des grands esprits de gauche en y associant un tel mépris pour les masses ?