Laurence Anyways. To bite or not to bite ?

Poupaud Poupon

Faut-il aller voir Laurence Anyways ?

Elle va pas être simple à écrire celle-là.

C’est l’histoire d’un couple moderne. Elle s’appelle Fred, il s’appelle Laurence. Il aimerait bien être “elle”, sans pour autant quitter Fred. Car non seulement Laurence est une femme dans un corps d’homme, mais Laurence est aussi lesbienne.

Il vient d’avoir 23 ans et il sort un nouveau film, présenté à Cannes, comme les deux précédents. Promis, quand il aura passé 25 ans, j’arrêterai d’ouvrir mes articles sur l’âge de Xavier Dolan, mais la précocité du réalisateur Québécois ne cesse de m’impressionner.

De m’énerver aussi. Dés les premières images, on retrouve ce style précieux et ultra-travaillé qui rend certaines scènes à la limite du supportable. Ralentis, couleurs saturées, dialogues incompréhensibles et hystériques sur de la musique omniprésente et criarde. Au bout de cinq minutes, j’étais à deux doigts de quitter la salle.

Pire, les erreurs de montages grossières (et probablement voulues, bien-sûr) se succèdent aux plans mal-composés, aux pistes mal-mixées et aux zooms très moches. De temps en temps, la caméra est brillante, mais le tout regorge tellement d’esthétisme qu’il est difficile d’oublier les artifices pour écouter l’histoire.

Et puis l’histoire surgit quand même. Elle est bouleversante.

A l’inverse de ses premiers films, Dolan laisse tomber le côté narcissique du jeune homme qui raconte ses histoires de coeur. Cette fois, il reste derrière la caméra. Par des procédés efficaces de mise en scène, il nous fait rentrer sous la peau de ce prof en crise d’identité qui veut être elle-même, sans perdre celle qu’il aime. Agaçante, l’histoire d’amour devient fascinante, puis déchirante.

Sans disserter, le film interroge le spectateur. Peut-on vraiment aimer au-delà de l’aspect physique ? Les transexuels sont-ils condamnés au malheur ? Sont-ils fous ou simplement maudits ? Comme dans l’excellent Tomboy, on regarde “la normalité” de l’extérieur, comme un poids absurde et blessant. Laurence devient marginal, puis marginale, ni par envie ni par goût, mais parce que la société l’y condamne.

Et puis le film s’égare dans une histoire qui traîne en longueur avant de terminer sur une fin à tiroir qui ne conclut pas grand chose. Mais on pardonne, bizarrement. Car cet énorme foutoir inégal semble porté par des scènes inoubliables et un sens inné du cinéma.

En Bref : Il faut aller voir Laurence Anyways. Derrière son stylisme un peu fatigant et ses effets à deux balles, Xavier Dolan n’oublie jamais son histoire, son propos et ses personnages. Plus vivants que jamais, ces derniers hantent nos têtes longtemps après la projection.

Face à l’excellent Melvil Poupaud, la Québécoise Suzanne Clément multiplie les registres, passe de la rage à la fragilité en un clin d’oeil et livre une prestation hypnotisante d’un bout à l’autre.

Si on ne la revoit pas bientôt chez les plus grands réalisateurs français, je change de sexe.

4 thoughts on “Laurence Anyways. To bite or not to bite ?

  1. J’ai vu le film ce soir, j’ai bien aimé aussi, tout pareil. Sauf que je ne trouve pas la mise en scène chiante, en fait je ne me suis pas du tout focalisé dessus. Et d’accord, la comédienne est épatante. (aussi : c’est tourné en 3/4, très étrange).

    • Pas chiante, parfois horripilante, mais finalement on s’y fait, et puis l’histoire l’emporte sur le reste.
      Quant au format serré, Dolan l’a toujours utilisé. Entre lui, Sokourov et le succès des photos carrées type Instagram ou Lomographie, je me dit que le 4:3 pourrait bien redevenir du dernier chic… On va encore devoir changer nos télés.

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