A perdre la raison. L’envie Dequenne.

Faut-il aller voir A perdre la raison ?

En ce moment j’aime la rigolade. Ça m’emmerde de parler de la cinématographie du cinéma et de la place symbolique du fondu au noir dans le cinéma colombien. Je préfère faire des blagues.

Mais là ça va pas être facile. Et avant de vous expliquer pourquoi, je dois virer ceux qui n’ont pas vu le film, parce qu’il est impossible d’en parler sans dire la fin. Alors faites comme moi : ne lisez jamais de critique (mais rendez-vous après le “En Bref”).

Attention spoiler dernier avertissement ça va tomber d’un instant à l’autre !

Et ben en fait, à la fin, la maman, elle tue tous ses enfants. Et on en tombe du siège. T’es là, tu t’mattes ton petit film français pépère, y’a des caméras qui bougent tout le temps, beaucoup plus de dialogues que d’images et de la musique de merde, comme d’hab quoi. Et puis PAF ! Couic-Couic les mômes !  Et je ne sais pas bien pourquoi, mais il y a un truc qui ne fonctionne pas.

Pourtant ça devrait : le fait-divers sordide qui sert de prétexte au film est tiré d’une histoire vraie qui a choqué la Belgique et moi il y a cinq ans. Au-delà de ça, l’interprétation ahurissante d’Emilie Dequenne illustre parfaitement la dérive de cette femme au bord de la crise de nerf. Face à elle, Niels Arestrup continue tranquillement d’être l’un des meilleurs acteurs français, passant sans ciller de la douceur mielleuse à la froideur de l’acier. Au milieu, Tahar Rahim apparaît étrangement effacé, sans parvenir à donner de la consistance à son personnage.

Je m’égare un peu. Parce que le film est construit comme un labyrinthe qui fout la nausée. On étouffe avec l’héroïne, on est pas bien sur son siège même si tout cela est plutôt bien réalisé, avec une caméra assez discrète mais qui a le mérite de ne pas en rajouter. Malgré l’immersion, la chute perturbe sans émouvoir, elle est presque grotesque et on sort en se dandinant, avec une pastèque dans le ventre et la gorge sèche.

Je ne sais pas si j’ai aimé ce film. C’est déjà une forme de réponse. En tout cas, il m’a bien niqué ma soirée.

En Bref : Il ne faut pas aller voir A perdre la raison. Je sais, le cinéma n’est pas juste fait pour distraire et impressioner, mais il y a quelque chose de malsain dans l’émotion que procure cette histoire. Comme si le réalisateur se délectait d’avoir choisi un fait-div bien morbide pour choquer le spectateur sans se fouler.

C’est peut-être un peu dur, mais de Louise Wimmer à Biutiful, je n’arrive pas à aimer un film qui se prive de tout message d’espoir. Puisqu’on est sur terre, autant se raconter que ça va être coolos, sinon autant se gaver de Xanax et ouvrir un compte Viadéo.