Looper. Bruce tout puissant.

 

Faut-il aller voir Looper ?

Voilà à quoi ressemblerait le cinéma américain si les producteurs avaient des couilles.

Ne fuyez pas, amateurs de blockbusters. Il s’agit pas de vous asséner des dialogues imbitables, des références prétentieuses et des sous-titres de quatre lignes. Vous aurez le pack habituel : des flingues, des gonzesses, des explosions et de la drogue.

En prime, Looper se permet juste d’ajouter des éléments que l’on avait pas vu à Hollywood depuis Blade Runner : des acteurs géniaux, une caméra brillante et un putain de scénario.

Le futur est crade. L’histoire parle de boucles, d’amour et de vengeance. Et je m’arrête la, parce qu’il vaut mieux y aller sans rien savoir.

Pour le reste, les mots me manquent. Comme si l’ont avait filé un cerveau ET un gros budget à un même cinéaste (normalement c’est l’un où l’autre). Le futur est sombre donc, mais surtout crédible et intelligent. Les barrières sociales ont grandies à mesure que les frontières géographiques se rapprochaient. La violence est omniprésente, mais l’histoire va plus loin.

Pour une fois dans un film yankee, on ne devine pas la fin dés le début. Le scénario nous promène, nous paume et nous laisse deviner pas mal de trucs. Filmées avec une grâce sans pareille, les premières minutes du film ravivent une vielle flamme dans le ventre de tous les amateurs de sf. Une odeur de souffre qu’on avait pas beaucoup sentie depuis Matrix.

Dark City, Brazil, l’Armée des douzes singes… Les références s’accumulent car le film se place instantanément sur l’étagère réduite des dvds qu’on achètera encore. L’intrigue posée, l’action commence. Elle est percutante sans être assourdissante. Entre les parties de flingues, le réalisateur ne se gêne pas pour assoir ses personnages et les faire discuter pendant dix minutes.

Plus rare encore, “la fille” est le contraire absolu d’un faire-valoir en talons aiguilles et en plus elle coupe du bois. Et puis il y a les lumières, les cadres et la chute. Trop pour tenir dans ce billet. Mais tout est magistral. Allez, c’est vrai que le rythme faiblit un poil dans le dernier tiers, mais il permet de donner de la profondeur aux personnages.

Et merde, si vous avez un minimum d’affection pour la science-fiction et une once de respect pour ce blog, allez-voir ce film ou je me cloue les deux mains sur le clavier.

En bref : Il faut aller voir Looper. Putain de merde. C’est le meilleur film que j’ai vu depuis Polisse et Oslo 31 Août. Et probablement le meilleur film de l’année.

Évidemment, vous allez être déçus, penser que je vous l’ai survendu et revenir ici pour gueuler mais qu’importe. Bruce Willis joue dans un bon film tous les dix ans. Et généralement, il entre dans l’histoire.

Si Hollywood arrête de réchauffer les même plats pourris tous les mois pour parier sur ce genre de projet, je veux bien prendre ma carte au méga CGR.

11 thoughts on “Looper. Bruce tout puissant.

  1. Article totalement vide mais arrive pourtant à dire tout : Looper est gigantesque. On pourrait en parler des heures.
    Cependant, un truc me gêne : Est-ce que Looper est vraiment un blockbuster ? ça se discute.
    $30,000,000 budget de Looper
    $29,000,000 budget de Twelve Monkeys (absolument brillant)
    $28,000,000 budget de Blade Runner (absolument brillant, à pleurer même)
    $27,000,000 budget de Dark City (pas mal)

    $195,000,000 budget de Transformers 3
    $250,000,000 budget de Pirates des Caraibes (4 ou 3, je sais plus).
    $250,000,000 budget de John Carter (ah. Ah.)
    $160,000,000 budget de Inception (blockbuster relativement intelligent cela dit)
    $250,000,000 budget de The Dark Knight Rises (idem)

    Un gros problème qui m’a un peu gâché le film : Gordon-Levitt grimé en Bruce Willis. Idée totalement nulle à chier. Comme si De Niro ressemblait à Marlon Brando, quoi.

    Allez, ciao depuis le Forest Lawn Memorial Park Cemetery

    • George, en plus du respect que j’ai pour ton pseudo, je salue ton intransigeance !

      C’est vrai, l’article est un peu vide (totalement ?), et c’est une de mes tares : j’ai toujours beaucoup de mal à défendre les films que j’aime. C’est beaucoup plus facile de déglinguer une bouse à coup d’ironie et de blagues faciles que de faire partager son émerveillement. Et aussi, je pense qu’il y a des films qu’il faut aller voir sans rien savoir, et je n’ai pas envie de gâcher la surprise aux lecteurs. Mais c’est vrai que le maquillage de Joseph est assez artificiel.

      Quant à la définition du blockbuster, tes chiffres sont diablement intéressants. Ça me donne envie de théoriser : plus le réalisateur à d’argent, moins il est créatif, et c’est vrai que lorsqu’on peut matérialiser des dinosaures détruisant New-York, on s’attache moins aux détails, mais on se creuse aussi moins le cerveau.
      L’autre hypothèse, c’est que lorsqu’un film cesse d’être une oeuvre pour devenir un investissement majeur, le pouvoir passe aux argentiers qui veulent rentrer dans leurs frais avant de faire avancer le septième art. Le film se doit alors de rentabiliser, de ratisser au plus large et donc d’être aussi lisse que possible (un James Bond pro-avortement, ça te coupe la moitié du public américain et ça passe mal en Amérique Latine, pas rentable. Un héros machiste et violent, ça fédère la planète entière, rentable).

      Alors quoi ? Plus il y a d’argent, moins il y a de cinéma ? En tout cas, il y a moins d’intelligence.

      Puisque tu es à Hollywood, tu pourrais peut-être leur en parler ?

  2. Merci! J’y aurai pas été sinon. Et l’année où ma fille découvre Matrix, ça aurait été dommage.
    NB. Il faut quand même signaler que la nana le plaque au sol pour lui sauver la vie, dans un plongeon qu’Hollywood réserve en général aux mecs. Trop fort.

  3. J’avoue être un peu déçu par la critique (alors que jusqu’à présent je me régalais). Rien n’est dit sur le scénario (à part le fait qu’il s’agisse d’un putain de scénario, ouais super), qui constitue pour moi l’écueil majeur du film, ce qu’il fait que non, il n’ira pas rejoindre mon panthéon SF. Les films qui traitent de paradoxes temporels sont les plus casse-gueule, et malheureusement Looper n’échappe pas à la règle. Comment tu (oui, je te tutoie, ça fait 2.0) peux valider une scène comme celle du diner, ou Willis botte en touche (voire au-dessus du stade) à base de “nan mais faut pas trop y réfléchir, tu vas te faire couler la cervelle par les trous de nez” ?? Alors que justement c’est là qu’on attend le scénariste.

    • Mea Culpa O.B.
      J’ai un problème : quand j’aime un film, je suis très maladroit pour le défendre, c’est beaucoup plus dur que de démonter un nanard. Mais je suis sorti de Looper hagard, sonné, hyper emballé. C’est vrai que Willis dégage le truc rapidement, comme pour soulager les scénaristes. Après je trouve justement que le film ne perd pas pied dans son délire avec le temps : les cicatrices qui apparaissent en direct, les souvenirs qui changent, la fin osée (pour un film US où le happy end/love story est de rigueur) et la question centrale (et si mon moi futur était un con ?). Je trouve qu’il y a du taf, une assez chouette réflexion, même la micro-histoire d’amour se démerde pour ne pas être neuneu, quant à baser nos craintes sur un môme, sans que l’on sache vraiment s’il est coupable, je trouve aussi que c’est bien fait et hors des codes classiques d’Hollywood.
      Mais surtout, j’ai aimé l’univers. Pas d’andouilles en slibards brillants, ni d’effets visuels cheapos, mais un futur déchiré, crédible, sombre, moderne et hypnotisant. J’aimerai le revoir pour savoir si je ne me suis pas emballé, mais jusqu’à nouvel ordre, je persiste : bête de SF, bête de film.
      Par ailleurs, je suis ravi que tu te régales sur le reste, et que tu râles quand t’es pas content !

    • Je viens de le revoir, et j’insiste : le scénario est brillant, même s’il y a une faille (comment le maître des pluies a-t-il surgit dans un monde ou Bruce Willis n’était pas revenu pour le tuer ?), on s’en fout un peu. L’essentiel c’est le message de fond, simple, universel et pourtant beau, et si bien dit. Le personnage d’Emily Blunt, à mille lieux des clichés féminins dont Hollywood nous abreuve, le montage ultra-rythmé, l’univers général…
      Je n’ai pas peur de le dire : Looper est un chef d’oeuvre.

  4. Pingback: Edge of Tomorrow. Le jour le plus long. | Le règne de l'arbitraire

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