Amour. Les vieux dans les vieux.

Faut-il aller voir Amour ?

Comme tout le monde, Anne va mourir. Son mari George aussi, mais dans plus longtemps. Alors il l’accompagne, il l’aide. Parce qu’elle est tout ce qu’il lui reste, parce qu’il lui a promis de ne pas l’emmener à l’hôpital ou – qui sait ? – peut-être parce qu’il l’aime encore.

C’est quoi l’amour ? Une jeune fille qu’on arrive pas à oublier en revenant du bal ? L’envie de casser la gueule de son nouvel amant ? L’envie de se réveiller a coté d’elle ? Celle de voir son nom près du mien sur le bail ? Celle d’arriver en courant à l’hôpital quand elle a perdu les eaux ?

Ou alors, est-ce que tout ça c’est trop facile ? Est-ce que l’amour, le vrai, c’est ce qu’il reste quand il ne reste plus rien ? Quand ils ne sont plus beaux, quand ils sont seuls, quand les enfants sont partis, quand elle est malade ? Passe le temps des cartes postales, des robes à fleurs et des grains de riz dans les cheveux. Mais reste-t-il de l’amour quand on ne le fait même plus ?

Michael Haneke, réalisateur aussi sadique qu’autrichien, aurait pu pousser le vice jusqu’à répondre non. Sombres, cyniques et sinistres, ses films aiment explorer la part d’ombre des humains sans beaucoup y distiller d’espoir. Il fallait donc du courage pour aller se taper cette palme d’or.

Mais j’avais tout faux.

Amour est un film d’une tendresse absolue. Sans mièvrerie, mais surtout sans pathos, Haneke raconte avec pudeur l’histoire d’un couple qui va mourir avant d’avoir arrêté de s’aimer. C’est beau, poignant et si difficile à raconter que presque aucun réalisateur ne s’y était risqué avant.

Car pour faire vivre l’intensité dramatique d’un appartement presque vide, les mouvements de caméra et autres stylisations intempestives sont superflus. Seuls comptent les dialogues, le rythme et les acteurs. Ils sont inoubliables.

Bien-sûr, c’est lent, pas très joyeux et un peu trop long, mais il n’est rien du film tire-larme et voyeuriste que l’on pouvait craindre. Au contraire, à notre génération de fils de divorcés, le film adresse un message inhabituel : parfois, l’amour ça marche.

En Bref : Il faut aller voir Amour. Lors de l’obtention de la Palme d’or par Haneke, j’ai beaucoup daubé sur le festival, son manque de courage et son obsession pour la grisaille intello. Je me suis gouré.

Malgré son apparence rugueuse et son sujet difficile, la Palme d’Or 2012 est un très beau film à l’intention admirable : aller chercher une mine d’espoir, là où beaucoup refusent même de regarder.

Le cinéma, dans sa définition la plus noble.

11 thoughts on “Amour. Les vieux dans les vieux.

  1. C’est l’une des critiques les plus justes que j’ai pu lire au sujet de c film…très beau d’ailleurs!

  2. Moui ta critique est je crois assez juste.
    Le film est pas “beau” à voir, même rugueux, il l’a d’ailleurs dépouillé de toute photographie, les couleurs sont blafardes, on se croirait déjà à l’hôpital. Est-ce qu’il donne espoir ? Je ne sais même pas.
    Mais il montre quelque chose, un lien fort, entre ces deux personnes.

  3. Je suis sacrément d’accord sur l’ensemble de l’analyse et je pense que j’ai aimé le film. Je suis aussi d’accord pour dire que c’est une vision “noble” du cinéma en ce sens qu’elle est juste, la fin s’impose, on n’aurait pu imaginer plus fin dans l’analyse des sentiments.
    En revanche je ne sais pas si c’est la vision du cinéma la meilleure pour le spectateur. Si j’ai été subjugué par la justesse du film, je n’ai malheureusement pas été ému, j’ai la bête impression de ne rien avoir ressenti. La mise en scène “rugueuse”, le manque de musique donnaient un côté trop aride pour moi.

    Je réalise que de la musique, une moins grande sobriété n’auraient pas rendu le propos du film aussi brillant mais en tant que spectateur, je les regrette presque.
    Rohmer disait que “l’amour du beau et l’amour du vrai sont liés”, j’ai personnellement vu la limite à ce raisonnement dans Amour.

    • Oui. Soyons franc, si tous les films étaient comme Amour, le cinéma serait un peu tristoune, et heureusement que de temps en temps, des mecs comme Xavier Dolan s’amusent à colorier leur image et à secouer leur caméra quand ça se justifie (mais pas les zooms, ça non, personne n’a le droit aux zooms à part Tarantino).

      Je comprends ton avis, et peut-être qu’un peu de musique et de stylisation auraient participé à magnifier l’émotion de l’histoire, mais c’était la solution de facilité, et face à une histoire si triste, c’était l’immense risque de tomber dans le pathos. Ici, on peu accuser Haneke d’être terne, mais il est également d’un courage et d’une honnêteté qui forcent le respect.

      Mais je dis peut-être ça parce que moi, j’avais les larmes aux yeux.

  4. Fichtre.. Je m’étais joyeusement résignée à ne pas aller voir ce film, qui avait l’air bien trop long et bien trop sinistre. Mais là, je lis ta critique, et je doute. Ca contrarie mes plans. Zut, crotte, flûte!
    Bon, si j’y vais, ce sera une grande démonstration de ma foi en ton arbitraire =)

    • Va-z-y !
      Tu verras pas beaucoup de films aussi courageux. Et si t’es déçue, reviens ici pour passer tes nerfs en me traitent d’intello pompeux, cannois, élitiste, parisianiste, écoeurant, dégueulasse, antidéluvien, crypto-maoïste sptentrional hachis-parmentaire.

      Ça te rendra pas tes six euros, mais ça détend.

      • Je reviens donc ici…
        Mais pas d’insultes pour aujourd’hui, juste un grand merci.
        Une surprise totale, moi qui après avoir vu la bande annonce pensais qu’il s’agissait d’un film sordide, c’est tout le contraire. Un film sobre, sincère, et poignant.
        Ah, et il porte son titre à merveille..

        • Ah ! De rien ! Je suis content d’avoir servi à quelque chose (en général, mes amis font le contraire de ce que je recommande).

          Et je suis d’accord pour le titre. C’est sans doute ça l’amour, le vrai, dans son plus simple appareil. Et il paraît que ça existe.

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