4h44 Dernier jour sur terre. Love, finally.

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Faut-il aller voir 4h44 Dernier jour sur terre ?

C’est la fin du monde demain matin. Skye et Cisco s’ennuient un peu dans leur appart New-Yorkais. Ils font l’amour. Elle regarde des vidéos du Dalaï-Lama sur son iPad, il skype ses potes sur son MacBookPro. Je suis sûr qu’ils ont des iPhone. Mais ils vont quand même mourir.

C’est un peu la mode tout le temps : on a vu des palanquées de films sur la fin du monde, traitée sous tous les angles. Du Nanard explosif, au film indie-punk en passant par la comédie romantique et le drame contemplatif, on a regardé mille fois les gens courir en hurlant dans la rue, se jeter dans des abris et faire des partouzes dans des cabanes. Mais à ma connaissance, on a jamais vu ce qui se passerait vraiment pour la vraie fin du monde.

La thèse du film, c’est que la vraie fin du monde ressemblera à un dimanche après-midi de merde, sauf la nuit, où on va tous mourir. Skye et Cisco savent qu’il leur reste une journée à vivre et ils n’ont pas forcément les envies qui dérapent. Elle peint, il parle à sa fille, elle essaye des robes et il la soulève pour faire l’avion.

Volontairement anti-spectaculaire, le film ne manque ni de cinoche, ni d’intensité. La tension est là, discrète, sourde. Elle s’exprime à travers des cadres soignées, une musique accrocheuse et le jeu incroyable de Willem Daffoe.

Face à l’apocalypse, nous sommes impuissants, ou presque. Avec douceur, sans excès de théorisme et une grande simplicité, le film raconte ces deux bobos banals qui redécouvrent l’essentiel : faire l’amour par terre, parler à ceux qu’on aime et boire un coup avec ses potes.

Au passage, le réalisateur soulève des questions intéressantes : la fin du monde est-t-elle une raison suffisante pour se remettre à boire ? Peut-on faire une crise de jalousie juste avant la fin du monde ? A quoi ça sert de danser, si c’est bientôt la fin du monde ?

En Bref  : Il faut aller voir 4h44 Dernier jour sur terre. Parce qu’Abel Ferrara réussit à traiter un sujet lessivé pour en faire quelque chose d’original et d’assez profond, en évitant la pédanterie du film à thèse.

Malgré une scène de sexe assez moche et quelques gimmicks artys, le film réussit sans grand discours à nous démontrer que vivre ne sert à rien, mais qu’à choisir, c’est quand même plutôt chouette.

Le Hobbit. Bilbo Quête.

Faut-il aller voir Le Hobbit ?

Dans un trou vivait un Hobbit. Dans un trou vivait un Hobbit. Dans un trou vivait un Hobbit. Dans un trou, vivait un Hobbit. Il y avait aussi des nains nains nains, et un magicien-cien-cien et des zelfes zelfes zelfes. Dans un trou vivait un Hobbit.

Il est constant Peter Jackson. Avec trois bouquins de 700 pages chacun, il faisait trois films de trois heures. Avec un seul bouquin de 300 pages il fait trois films de trois heures. S’il devait adapter Monsieur Chatouille au cinéma, il en tirerait probablement trois films de trois heures.

“Ah oui mais c’est parce qu’il est tellement passioné !” Genre… La première fois, on pouvait se mettre d’accord sur le travail titanesque accompli par les équipes du Seigneur des Anneaux pour transposer le chef d’oeuvre (encore que, c’est assez relou à lire) de Tolkien à l’écran.

Ici aussi, y’a du boulot, mais on a l’impression que l’équipe a loué les décors des premiers tournage pour y faire son petit film. Petit, car  Bilbo le Hobbit est un conte plutôt chouette, mais destiné aux mômes et très loin de l’ampleur mythique de la trilogie. Pour des raisons de rendement, Jackson tire à la ligne en allant jusqu’à rajouter des scènes absente du livre original (mais tirées des appendices du SDA, il manque juste les notes de bas de page).

Pour nous vendre du neuf, il tente de nous fourguer sa caméra 48 images par secondes comme une révolution, mais c’est du vent, et malgré les progrès de la technologie, les caméras n’arrivent pas encore à faire le cadre et le scénario toutes seules.

De ses immenses cartons, le film ressort aussi les acteurs des premiers films. Mais outre l’effet vintage, ils nous font surtout ressentir les manques de la nouvelle équipe : Gandalf et Golum sont toujours bons et le Hobbit s’en sort, mais la bande de nains qui l’accompagne est moins drôle et mille fois moins charismatique.

D’ailleurs, chez Tolkien les nains sont toujours des personnages moisis : vénaux, égoïstes, stupides, vantards, incapables de se battre et obsédés par l’honneur, leur vengeance et leur montagne de losers. A côté de ça, il n’y a quasiment pas de gonzesses mais des gros loups et des milliers de petits gobelins dégueulasses.

Aragorn et Liv Tyler qui se roulaient des pelles ça avait quand même plus de gueule…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Le Hobbit. C’est un conte sympatoche qui se tient plutôt pas mal, mais on ne se défait pas de l’impression d’être devant un film d’occas’ ou l’adaptation nord-Coréenne du Seigneur des anneaux, ce qui est d’autant plus triste que le film a bénéficié d’une débauche de moyens.

Heureusement, il y a encore de jolis plans, une belle scène de chant et un univers foisonnant. Mais franchement, au prix de la place d’un film en 3D, c’est le minimum syndical.

Populaire. Romantictictititictictictititictic.

Faut-il aller voir Populaire ?

Romantic tic tic ? Sérieux ? Déjà ça commence mal.

Ça commence doublement mal. L’histoire d’un championnat de secrétaires rose bonbon mâtiné de romance pourpre et de costumes gris. Les hommes sont des hommes et les femmes portent des jupes, Mad Men à Lisieux, avec une belle odeur de nanard fumant dans la salle. Fallait vraiment que j’ai l’esprit de Noël pour y rentrer.

Rapidement, je m’énerve. L’histoire est cousue de fils blancs, le scénario est plat et les dialogues débiles. On entend des phrases aussi bêtes que “America for business, France for love” ou une liste ridiculissime de “je t’aime, te quiero, ichlibedich” à laquelle il ne manquait qu’un tonitruant “MES COUILLES !” que j’ai d’ailleurs murmuré très fort.

Et là le film se met à nous parler d’esprit sportif, d’amour vache et de libération de la femme. On flippe. Heureusement, le scénario est plus fin qu’il en a l’air : il réussit à ne rien cacher du sexisme de l’époque sans jouer les réacs ni les bien-pensant. Derrière les machines à écrire et le système patriarchal établi, le tableau n’est jamais aussi binaire qu’il en a l’air. Et en l’occurrence ici, le moteur de l’histoire est une femme. Une qui se bat, qui choisit, qui drague et qui gagne.

On aurait aimé que le film soit un poil plus hargneux envers les mecs des sixties (et leurs équivalents actuels), mais malheureusement il préfère en rajouter sur l’hystérie des meufs de l’époque (“Hiiiiiiiii”) en compensant le cliché par un volontarisme neuneu (“Oulala ! Un homme qui cuisine.”)

Bref. Au fond, Populaire à tout pour être un navet à la française, guimauvissime, pas très malin ni bien écrit et réalisé.

Et pourtant, c’est coolos. 

Bluette assumée, le film réussit à nous coller la banane en sortant. Les blagues sont marrantes, le romantisme assumé touche souvent et sa réussite doit beaucoup à son actrice principale. Loin des postures imposées de “la belle meuf du film” Déborah François aligne les nuances de jeu et les mimiques pétillantes en habitant chaque plan. Tellement qu’à côté, Romain Duris à l’air tout terne et relou.

Et rien que ça, c’est une belle vengeance pour tous les mecs qui ont perdu leur copine pendant toute la durée des Poupées Russes.

En Bref : Il faut aller voir Populaire. Ce n’est pourtant pas un chef d’oeuvre immortel, et mes lecteurs les plus snobs s’étrangleront peut-être en y allant. Mais merde, la vie serait triste si on devait se taper Haneke tous les jours, et puis moi j’suis fleur bleue et de toute façon j’étais nul au rugby.

Néanmoins, j’aurais bien plaqué la pourriture qui a fait résonner le Gaumont de Nantes pendant une heure et demie avec son flot incessant de commentaires débiles. Message perso : j’t’aurais cassé le nez, si t’avais pas été une gonzesse.

Mais J’suis féministe.

Pourquoi le blog est plus vieux que Jésus ?

Parce que Le Règne de l’Arbitraire est deux jours avant lui, ce qui explique la sagesse profonde qui en émane (prout). Le 23 décembre 2009, ou plutôt, dans la nuit du 22, alors que je ne trouvais pas le sommeil, à cause de l’excitation des cadeaux et du grand vide de l’existence, le Règne a régné pour la première fois. Et l’homme a régné aussi, mais ça c’est Spiderman.

Alors ça fait trois ans qu’il est né, le Règne de l’Arbitraire. Il est content. Cet article sera le 189 ème, ce qui fait environ une moyenne de 5 articles par mois (enfin en tout cas j’ai galéré avec une calculette pour trouver ce chiffre). Ce qui est bien mais pas top.

En revanche, je ne peux plus vous dire d’où vous venez et combien vous êtes parce que j’ai encore changé d’adresse et je comprends rien à la programmation (les premiers lecteurs se rappellent peut-être qu’au départ le Règne c’était un TumblR pourri, alors que maintenant c’est un WordPress pourri, oui madame !).

Bref, de toute façon, la fréquentation du blog n’a jamais trop évoluée. Et puis vous vous en foutez sans doute et moi aussi d’ailleurs.

En tout cas, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année et du courage si vous bossez. Et merci à ceux qui viennent.

Hihi.

Main dans la main. Abus d’la colle.

Faut-il aller voir Main dans la main ?

C’est l’histoire de deux personnes qui sont collées. Pourtant, rien ne les racole. Jojo est miroitier dans une petite ville, Hélène se la raconte dans la capitale. Mais voilà. Quand il est enrhumé, elle éternue et malgré leurs 15 années de différence, ils ne se quittent plus.

Au tout début, ça sonne un peu faux. Toutes les histoires démarrent en même temps, l’image est pâlotte et c’est le bordel. Soudain, la trame s’installe et deux scènes suffisent pour qu’on la comprenne. Malgré tout, on n’est pas bien sûr de ce qu’on est en train de regarder : un film fantastique ? Vraiment ? Une comédie à la française ? Un film pop ?

On ne sait pas bien. Après la courageuse Guerre est déclarée, Valérie Donzelli continue de faire un cinéma qui prend des risques. Un cinéma un peu bancal, pas toujours réussi, mais furieusement original.

Au fil des deux premiers tiers, on finit par accepter la bizarrerie de l’intrigue initiale et ses incohérences. Le scénario s’en amuse et multiplie les saynètes étranges et délicieuses (l’analyse des voisins d’en face par la fenêtre des escaliers, deux formidables portraits de ministres névrosés…). Par moment, l’énergie ambiante, associée à une belle musique et à des dialogues bien écrits, donne à l’ensemble une véritable poésie. De sympa, le film devient beau.

Et puis la fin arrive.

Mais la réalisatrice en décide autrement. Alors qu’il apparaît évident d’envoyer le générique et de clôturer une des meilleurs comédies de l’année, Donzelli décide de rajouter un quart d’heure. Un sale quart d’heure. Là où tout était harmonieux et subtil, le scénario bascule dans le romantisme neuneu et la guimauve à l’américaine. Médusé, on regarde une réalisatrice talentueuse dézinguer son propre film parce qu’elle n’a pas su le terminer correctement.

C’était déjà le cas de son dernier. Cette fois, je ne suis pas sûr qu’on la pardonne.

En Bref : Allez… il faut aller voir Main dans la main. Parce que merde, ici, l’originalité sera toujours préférée aux bonnes vieilles recettes pré-cuites. Et il faut reconnaître que Valérie Donzelli ose imaginer, secouer les genres et inventer ses propres codes avec beaucoup d’habileté.

Au milieu de ce grand délire, elle dirige ses acteurs avec justesse, pour livrer un film drôle et déglingué. Mais voir une fille aussi douée se faire hara-kiri dans le seul but de filmer un gros roulage de perle sur un toit de New-York, ça donne envie d’aller lui piquer la pellicule pour y donner un coup de ciseau.

Tabou. Crocodile dandy.

Faut-il aller voir Tabou ?

Ça commence comme le purgatoire. Il fait noir et blanc, on est tout coincé dans un format 4:3, il se passe rien à l’écran et les gens parlent portugais avec l’accent espagnol. Des vieilles dames racontent leurs rêves dans des casinos déserts, il y a une grotte, on s’emmerde à mourir.

D’ailleurs, je me suis endormi.

Au bout d’une grosse demi-heure, le film entame sa deuxième partie. Je me suis réveillé d’un coup sec. En noir et blanc aussi, mais avec plus de noir, parce qu’elle se passe en Mozambique. C’est l’époque coloniale et le film raconte la jeunesse de la vieille femme du début. Avant d’être amère, elle était amoureuse, mariée et enceinte, mais pas toujours du même.

Surtout, cette deuxième partie africaine remonte aussi dans l’histoire du cinéma. Aux beaux contrastes noir et blanc du début, se substitue une image rapeuse, pleine de grain et les dialogues sont remplacés par une voix off et monocorde.

A priori, nous venons de passer du purgatoire à l’enfer. Et pourtant, cette deuxième partie s’appelle “Paradis”.

La critique s’immole de joie devant ce film. Comme d’habitude, elle est un peu hypocrite en prétendant ne pas s’être emmerdée dans l’interminable première demi-heure. Et pourtant, elle n’a pas complètement tort : par ses cadrages soignées, par son style résolument osé et par son histoire touchante, la deuxième partie de Tabou exceptionnelle.

Certes, on nous raconte encore une fois l’histoire des amants maudits, avec la couleur et les dialogues en moins. Mais c’est justement cette épure qui permet de se rendre à l’essentiel. Sans entendre les paroles, on ne voit que les regards. Et bien souvent, ce sont eux qui parlent le plus.

On était là, tranquille, en train de s’ennuyer devant un film intello, comme d’hab. Et soudain, nous voici émus, presque bouleversés devant cette histoire d’amour muette d’une simplicité biblique.

Remboursez !

En Bref : Il faut aller voir Tabou. En sachant qu’il faudra attendre la fin de la deuxième partie pour comprendre le sel de la première. Il faut y aller avec un peu de courage au départ, avant de se laisser porter par cette histoire d’amour qui touche sans jamais guimauver.

Et puis les filles, allez-y donc pour Carloto Cotta. Après Les lignes de Wellington, le dandy portugais continue de montrer qu’il est possible de faire des ravages sans se raser la moustache. Ça s’appelle le talent.

Mais qui are-tué Pamela Rose. KDO empoisonné.

Faut-il aller voir Mais qui a re-tué Pamela Rose ?

C’est l’histoire de deux mecs sympatoches et pas hypers talentueux qui ratent activement leur carrière. De la part de Kad et Olivier, c’est assez couillu de se mettre en abyme comme ça. Mais a priori c’est le seul intérêt du scénario.

A priori, parce qu’après un quart d’heure de film, mes employeurs ont décidé de m’envoyer cadrer une interview. J’avais déjà compris que le film serait pas terrible, vu la pauvreté des premières vannes. Mais par souci de vérité, la suite de cette critique sera écrite par mon pote Kuji, qui n’est pas journaliste, mais qui a déjà lu pas mal de Oui-Oui.

” Merci pour l’intro. Rien à redire, de toute façon ce mec est un journaleux talentiste, il sait de quoi il cause. On allait au ciné ensemble au collège et déjà en juin 2003 on vibrait pour 2 Fast 2 Furious. Ensuite, nos chemins se sont séparés, vous allez vite vous en rendre compte, j’étais fait pour la critique cinéma autant que lui pour la guerre (ouais, j’ai fait la guerre) ou même la modélisation numérique océanographique…

Vous trouvez que je m’égare ?

Pas du tout, ce paragraphe aurait pu faire l’objet d’une scène de Mais qui a re-tué Pamela Rose ? Parce que le fil d’Ariane de ce film est bel et bien qu’il n’y en a pas. Le scénariste n’aurait pas fait mieux s’il avait voulu perdre le public. D’ailleurs au bout d’une heure, les acteurs se tournent vers la caméra et dans ce qu’il semble être un aveu de faiblesse, se demandent bien ce qu’ils pourront inventer pour la suite.

Kad et Olivier font du Kad et Olivier, un peu à la manière de Oui-Oui qui fait du Oui-Oui en se baladant dans son automobile rouge en attendant le fameux “élément perturbateur” (programme de français de CM1, premier trimestre) pour rebondir vers de nouvelles aventures. KDO se confondent dans leur théâtre de l’absurde, très loin de la maîtrise de leur Kamoulox. On s’attend alors à ce que des “adjudants” (programme de français de CM1, deuxième trimestre) viennent colorer l’action et le verbe, mais sans succès, ces derniers rentrent aveuglement dans le jeu des deux zèbres, n’aidant en rien à l’alléger.

Sans queue ni tête, les saynètes s’enchaînent et le tableau global s’assombrit, au début on rit, à la fin on ne sourit même plus. On envie presque son pote Corentin, sauvé par le gong du téléphone (d’ailleurs, a-t-il vraiment sonné, ou était-ce un prétexte pour quitter la salle ?), qui ne connaitra probablement jamais le “dénouement” (programme de français de CM1, ta gueule Kuj) de l’histoire, si jamais il y en avait une.

En Bref : Il ne faut pas aller voir  Mais qui a re-tué Pamela Rose ? Faut pas déconner, ça a beau être la crise, les scénaristes ne doivent pas être les premiers tributaires d’une amputation budgétaire. Les fondamentaux bordel ! Pas de scénario, pas de film.

Et pourtant, j’aurais aimé défendre Kad et Olivier, mais je me serai senti plus seul que BHL prêchant la justice et l’égalité des peuples à Misratah pendant un bombardement.”

Les bêtes du sud sauvage. Mouvements de bassin.

Faut-il aller voir Les bêtes du sud sauvage ?

C’est l’histoire de l’ouragan Katrina dans un bidonville plus ou moins flottant. C’est l’histoire d’une petite fille, qui voulait être le chef du bassin, et de son papa qui était malade. Il y a aussi des aurochs géants.

Dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, un dossier très intéressant pointe les dérives du cinéma d’auteur. Comme c’est des néo-nazis, ils s’en servent pour prouver que tous les films sont nuls à part Holy Motors. Mais le fond reste hyper pertinent : aujourd’hui les cinéastes réalisent des produits pitchés, storyboardés et presque sous-vide, sans se laisser le loisir d’être incohérents, d’improviser au tournage et, en substance, de rêver.

Si on en retire la branlette inhérente au magazine, ce dossier met le doigt sur un mal récurrent du cinoche : à force de respecter à la lettre la grammaire du cinéma, on ne fera plus que des films sans surprises réalisés par des mecs qui s’appellent Ben.

Heureusement, le réalisateur des Bêtes du sud sauvage s’appelle Benh.

Malgré tout, à première vue, son premier film, Caméra d’Or à Cannes et Prix du Jury à Sundance, n’est pas exempt des défauts traditionnels du cinéma d’auteur : rien que la première image donne envie de se barrer de la salle. Comme d’hab, le chef opérateur est infoutu de faire un plan fixe, même si c’est une maison immobile cadrée très large. Comme gage d’originalité, on a vu mieux.

Et puis rapidement, la musique démarre et une atmosphère étrange envahit la salle. Et elle est là, cette fameuse liberté. Celle de Kusturica ou Werner Herzog, des mecs qui n’hésitent pas à faire ressembler leurs plateaux à une vaste beuverie, tout en profitant du bordel ambiant pour récupérer de la poésie dans leur caméra et faire exploser des pétards.

Malgré son style d’étudiant en art, le jeune réalisateur évite de nous endormir avec un propos lénifiant sur la solidarité de la misère et le passage à l’âge adulte. Il préfère nous montrer le monde par les yeux de son héroïne, laisser des messages aux scientifiques du futur et nous raconter les subtilités de la pêche au poisson-chat.

C’est vrai, par moment, on se demande un peu si le réalisateur sait où il va. Et d’ailleurs, il ne sait pas trop. Mais c’est ça aussi, le prix de la liberté.

En Bref : Il faut aller voir Les bêtes du sud sauvage. Ce n’est pas le chef d’œuvre annoncé par les critiques, le scénario manque un peu de tenue et l’image est trop marquée par des gimmicks auteurisants. Et pourtant, le film mérite le détour, parce qu’il fait partie de la catégorie dépeuplée des films qui osent aller jusqu’au bout de leur délire sans pour autant mépriser leur spectateur.

En revanche, la mauvaise nouvelle du film, c’est qu’on va devoir apprendre à orthographier correctement le prénom de Quvenzhané Wallis. Exceptionnelle  l’intensité du regard de cette petite fille vaut bien le jeu d’acteur de toute la carrière de tous les membres du Splendid.

Quand même.

Au-delà des collines. Trop bonne, trop nonne.

Faut-il aller voir Au-delà des Collines ?

L’image crypto-lesbienne au-dessus et les mots-clefs en dessous sont ce que j’ai trouvé de mieux pour vous attirer. Mais soyons francs d’entrée, pour ne pas tromper le lecteur :

C’est l’histoire d’un couvent orthodoxe sur une montagne en Roumanie. Le film est en VO, il dure deux heures trente. Il a gagné le prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario à Cannes.

Voilà. Nous ne sommes probablement plus que trois (Bonjour maman ! Bonjour papa ! Tiens, bonjour Tonton, c’est sympa d’être resté auss… ah bah non paf il est parti. Vaut mieux en même temps, les religions vont encore se faire dézinguer par ici).

Donc oui. On s’emmerde un peu dans Au-delà des collines. Les évènements se répètent dans une boucle oppressante en accélérant jusqu’au troublant dénouement. Le message, lui-aussi, est asséné au marteau-pilon : “Il faut vraiment être con pour croire en Dieu”.

Ma famille étant partagée entre un troupeau de fidèles et une horde de hussards, je suis perplexe. Certes la bêtise profonde des bigots du film donne envie de taper le pope, mais on ne peut s’empêcher de trouver le tout furieusement réducteur, et aussi manichéen que la Bible ou le Coran.

Malgré tout, il y a de la vérité dans cette histoire inspirée d’un fait-divers glauque. Et bien souvent, le réalisateur réussit à nous faire enrager devant ces nonnes chez qui la foi se substitue directement à la raison et l’intelligence. Le “malin” qu’elles semblent voir partout, pourrait aussi s’appeler la liberté, et en l’occurence, celle d’aimer.

En ces temps de débat acharnés, où une partie de la France est décidée à se mobiliser pour empêcher une minorité d’avoir les mêmes droits qu’eux, le film apporte un point de vue explosif et rageur sur les dogmes et leurs brebis.

Mais deux heures trente pour apprendre que les intégristes sont des andouilles, c’était pas forcément nécessaire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au-delà des collines. Le message du film est percutant et salutaire, mais asséné trop lourdement pour toucher. Dommage, car les plans-séquences sont très bien construits, malgré l’austérité générale.

Aux athés intégristes qui me lisent, je n’ai pas perdu mon esprit critique, mais j’ai bien connu une nonne. Et elle était très loin d’être conne.

Royal Affair. Du lustre aux Lumières.

Faut-il aller voir Royal Affair ?

1770, c’est la révolution. L’Europe sombre petit à petit dans la démocratie la plus complète, sauf le Danemark et son roi fou, qui portent encore haut les valeurs de l’obscurantisme conservateur main dans la main avec l’église luthérienne. C’est sans compter l’arrivée d’une jeune reine anglaise et d’un médecin Allemand, qui vont jeter le pays dans l’ouverture et la tolérance. Décidément, ces étrangers !

Allez hop. Un petit film en costume par semestre, ça remet toujours les choses en place. Celui-ci ne déroge pas : plans fixes, violons baroques (peut-être), rythme chiant, rois fous et princesse diaphane au joli regard perdu. Tout ça ne nous rendra pas la Belgique, mais le film aborde les thèmes habituels avec un certain talent : le poids de la noblesse, la prison dorée ou le passage à l’âge adulte et celui de l’adultère.

Comme à chaque fois, les trémolos dramatiques ne lésinent pas pour souligner les tressaillements de la jolie colombe en robe nacrée. Sa rencontre avec le beau loup solitaire arrive à point nommé et, sans surprise, on semble parti pour s’emmerder tranquillement.

A deux choses près.

La première est blond, avec des lèvres chelous. Elle s’appelle Mads Mikkelsen. Moins marquant que dans La Chasse, l’acteur danois y est tout aussi juste. Face à lui, les interprètes de la jeune reine et son souverain bipolaire sont également très convaincants, chose essentielle quand les décors sont aussi figés et les corps planqués sous des kilos de tissus.

Le deuxième intérêt du film est suffisant pour le sauver du nanard Keiraknightlant en robe de soie : au-delà des peines de coeur de la reine, le vrai thème du film est politique. Une telle production pourrait se contenter d’être consensuelle et gentiment réac. Mais le scénario est une charge violente contre les conservateurs de tout poil qui luttent contre le changement avec tant d’ardeur qu’ils finissent par combattre leurs propres valeurs.

Et soudain, les amoureux révolutionnaires perdent de leur mièvrerie, pour devenir vraiment nobles.

En Bref : Il faut aller voir Royal Affair. C’est lent, classique et un poil mièvre aux entournures. Mais sur le fond, c’est bien plus couillu et rock n’roll que la plupart des Opéras savon amerloques et leurs homologues anglaises qui essoreront toute la bibliographie de Jane Austen avant de commencer à faire du cinéma.

D’ailleurs, après La Chasse et Revenge c’est le troisième film danois que je conseille. Comme quoi…

Comme quoi.