Blancanieves. Oh, laid !

Faut-il aller voir Blancanieves ?

A cette époque là, il y avait un torrero qui tuait des taureaux. Il avait une fille et une marâtre, et un poulet, qui s’appelait Pepe. Il y avait des nains. Et une pomme. Et encore des taureaux. On s’ennuyait.

Moi je veux bien qu’on se remette à aimer les burgers, qu’on mette des étuis en forme de game-boy autour de son téléphone et des Reebok Classic dans ses pieds. A la limite, je veux bien qu’on rendre hommage à Sergio Leone, qu’on filme en noir et blanc et je veux bien qu’on se remette à faire des génériques au début du film. C’est le vide de l’époque qui veut ça : on refait comme avant, pour oublier qu’on a plus d’idées.

Mais quand même, faire le remake d’un conte mille fois adapté (Blanche-Neige), dans un format du début du siècle (le muet) sur fond de tradition ancestrale (le tauromachisme), ça frise l’écoeurement vintage. L’année dernière, tout le monde dansait sur place de voir que The Artist parvenait à faire comme avant avec plus de moyens. Aujourd’hui, les critiques se roulent par terre devant cette fable réchauffée et mal écrite, qui n’invente rien sous ses airs arty.

C’est fatiguant.

Blancanieves démarre pourtant pas mal. Les cadres sont intelligents, plutôt jolis et une belle musique vient souligner l’intensité de l’histoire. Tout cela pense un peu trop fort pour être captivant, le flamenco irrite rapidement ceux qui ne goûtent guère les joies du “clap clap clap c’est la fête”, mais on regarde quand même.

Et puis l’histoire commence à multiplier les références au conte de Grimm, perdant son originalité pour ressembler de plus en plus à un tableau poussiéreux dans le couloir de chez tonton. La pauvre petite Carmencita dort dans la paille en reniflant, la marâtre cabotine du sourcil pour nous montrer qu’elle est méchante, et on tente de nous émouvoir avec l’obscure histoire d’un poulet affublé d’une serviette autour du cou.

On regarde le film, puis sa montre, ses pieds et le petit panneau vert de la sortie. Mais le pire est à venir. Carmen grandit, pour épouser les traits d’une actrice pas ouf qui sourit comme une gosse et danse avec des nains. Le film assume, et n’en finit plus de s’égarer. Quittant la noirceur initiale, il penche vers la comédie grotesque, rejouant à l’envi l’éternelle partition burtonienne des freaks sympathiques et du manichéisme bas-du-front.

Grand final. Les taureaux reviennent, on tente encore une fois de nous émouvoir avec le destin tragique des tueurs de vaches, qu’ils sont vraiment tristes quand ils peuvent pas tuer des vaches, la noblesse de l’épée, la sagesse du sang, ce genre de conneries.

Puis le film se clôt en traînant sur une scène débile, qui termine de prouver à ceux qui en doutaient encore qu’il ne suffit pas de mélanger du romantisme, des nains et de la nécrophilie pour être Fellini.

Et encore, j’dis ça, mais Fellini ça m’emmerde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Blancanieves. C’est beau, admirablement bien cadré, mais complètement con. Basée sur des amas de caricatures et un scénario aussi prétentieux qu’il est convenu, l’histoire ne parvient jamais à surprendre, émouvoir ou susciter autre chose qu’une certaine perplexité.

Après, j’ai peut-être du mal à m’enthousiasmer pour le destin de mecs en tutu qui jouent les rock-stars dans des arènes, sous prétexte qu’ils y dézinguent lâchement des animaux pris aux pièges et bardés de piques.

Il faut respecter les traditions, nous dit Manuel Valls. Mais sait-on seulement s’il a le courage de battre sa femme ?

Django Unchained. La mine de l’Allemand perdu.

Faut-il aller voir Django Unchained ?

Pfff j’ai la pression là.

Je ne sais plus si on arrive à juger Tarantino comme un cinéaste normal. Tout le monde l’attend au tournant. Et tout le monde sort de la salle en extase ou en rogne, hurlant à la lune que c’est un génie fabuleux, ou un illustre imposteur.

Comme le rappelle Kalosystem dans son commentaire, les éloges de la presse sont de plus en plus dithyrambiques à chaque film de QT, alors même que certains n’hésitaient pas à déboulonner Pulp Fiction à l’époque (pourtant bien supérieur à tout le reste de sa filmographie, voir même supérieur à tout en général, sauf au bon fromage). Comme quoi, ce n’est pas un film que l’on juge, mais toujours son réalisateur.

Et c’est un peu normal. Parce que personne ne peut oser faire la même chose que lui sans se ramasser. Pire, si un jeune cinéaste s’était pointé avec le même scénar et les mêmes idées de réal (“Je… je voudrais rendre ses lettres de noblesse au zoom ultra-rapide sur les yeux des méchants, faire des blagues sur l’esclavage et balancer du gangsta rap sur des scènes de chevauchées”) il n’aurait jamais trouvé de producteur pour prendre le risque de le financer.

C’est pourquoi Quentin est précieux. Parce qu’il est foncièrement unique, parce qu’il fait absolument ce qu’il veut et, bondieu, parce qu’il a un talent fou pour écrire des dialogues.

Dés le départ, on retrouve le style inimitable du maître de la série B : des acteurs aux sommets et des discussions interminables qui se terminent toujours en parties de flingues. Christoph Waltz scintille d’humour et de décalage, Leonardo Di Caprio excelle dans le rôle du méchant mielleux et la palme revient à Samuel L. Jackson, qui déploie toute sa gouaille et sa méchanceté dans le meilleur rôle de sa belle carrière. A leurs côtés, Jamie Foxx tient bien son rôle-titre, mais ne peut s’empêcher d’apparaitre plus terne que les monstres qu’il côtoie.

Plus classique que Kill Bill ou Reservoir Dogs dans son découpage, le scénario laisse un peu tomber le suspens des premiers films pour s’orienter d’avantage vers la comédie. Parfois inégal et un poil longuet, Django n’a pas le rythme endiablé des premiers, mais il perd en tension dramatique ce qu’il gagne en humour. L’absurde n’est jamais loin, QT se lâche comme un môme, fait voler les personnages qui prennent une balle et pérore sur la difficulté de chevaucher correctement lorsque l’on porte un masque du Klu Klux Klan. L’air de rien, il propulse d’emblée pas mal de scènes dans le royaume des moments cultes, où elles s’en vont retrouver le reste de sa carrière.

Et face à tout ce talent, on applaudit, on en redemande. Et aussi, on se dit qu’on aimerait bien qu’un jour, Tarantino aille au-delà de l’hommage génial et de la grosse marade. Qu’il coupe la musique une fois, pour que l’on voie vraiment ce qu’il y a dans le coeur de ce clown, quand il rentre chez lui tout seul.

Parce qu’à force, on attend tellement ses films que l’on ne peut s’empêcher d’être toujours un peu déçu. C’est la malédiction des génies, mais au moins, elle épargne Philippe le Guay.

En Bref : Il faut aller voir Django Unchained. Et ça vaut pour toute la carrière passée et future du cinéaste le plus hors-norme d’Hollywood. Parce qu’on est toujours surpris, parce qu’on rigole d’un bout à l’autre et parce que chaque plan d’un film de QT transpire l’amour du cinéma.

Mais malheureusement pour les fans exigeants, ce n’est pas ici que Tarantino atteint la cime de son art. Le rythme est un peu trop claudiquant et l’ensemble manque de la petite étincelle d’énergie qui aurait pu faire passer ce très bon film à l’étage des chefs d’oeuvres.

Foxfire. Mozilla Girls.

Faut-il aller voir Foxfire ?

Ces gonzesses là, fallait pas les faire chier. À l’époque des tailleurs cintrés, des talons hauts et des profils bas, il y avait aussi des filles pour dire à tout le monde que c’est des cons. Pour crever les pneus des maris trompeurs, crever les yeux des amis violeurs et crever de faim aussi, parce qu’a cette époque la non plus, le militantisme n’était pas un bon investissement économique.

C’est l’histoire d’une amitié, d’une bande devenue gang, puis un peu dingue. D’un engagement devenu endoctrinement. En fait c’est un peu l’histoire, au féminin, de tous les ideaux et de toutes les dérives.

Pourtant, ce ne sont pas les larcins, l’organisation où la montée en puissance de ces affranchies qui passionne le réalisateur. Celle-la, on l’a vu mille fois dans tous les films de gangster à deux balles et le scénario reproduit la même trame en filigrane, sans vraiment innover.

Le véritable intérêt de l’histoire réside dans la psychologie de ses héroïnes, leurs luttes politiques mais aussi intérieures pour ne pas subir le destin que la société leur impose, leurs jalousies, tenaces, et leur tentative de créer une société sororelle, dans un monde qui ne connaît que le mot fraternel (t’inquiète, moi-aussi j’ai du chercher dans le wiktionnaire).

Au cœur de ce rêve étrangement utopique, brille une fille si pure qu’elle en est toxique. Legs, héroïne vénéneuse du film, vaut à elle seul d’aller le voir en salle. Courageuse, séduisante, dangereuse et douce, elle personnalise à merveille la liberté dont on rêve et les parois auxquelles elle est vouée à se heurter.

Car pour rendre le monde moins machiste, les tracts et les associations sont insuffisantes, la seule solution, c’est sans doute de tout brûler.

En Bref : Il faut aller voir Foxfire. Parce qu’après la Palme d’Or d’Entre les murs, Laurent Cantet ne s’est pas jeté sur un projet facile. Le réalisateur sait comme personne mêler la pureté des idéaux à l’ambivalence de la vraie vie.

Et quand t’as compris ça, t’as tout compris.

C’est une chute de merde, mais comme on s’est fait voler tous nos ordis, la colloc est obligée de se partager la seule vieille bécane dont les cambrioleurs n’ont pas voulu. Alors soyez cools.

Le monde de Charlie. Drôle de drame.

Faut-il aller voir Le monde de Charlie ?

Charlie est un tocard. Il est gentil, il aime les livres, il fait pas de sport… Et avec ça, on s’étonne qu’il trouve pas de gonzesse…

‘Font chier les adultes quand ils parlent de l’adolescence. Jamais pu les blairer, même maintenant que j’en suis presque un (j’ai une carte vitale). A chaque fois c’est le même délire : “Be your true self”, sois toi-même, souris bêtement et tu finiras par te trouver masse potes et pécho la reine des Pom-Pom Girls.

C’est le message du film, qui culmine dans des scènes mièvres à pleurer où tout le monde trinque à la santé de Charlie, ex-loser, devenu populaire parce qu’il a mangé un space-cake. Tellement guimauve que même l’acteur se planque derrière un demi-sourire énigmatique, dans lequel on peut distinctement lire : “Quel film de merde”.

Alors toi là, les adultes, écoute-moi bien :

Sois ton époque c’était un truc de hippie, où tout le monde se faisait des bisous dans le cou en écoutant les Pink Floyd, sois t’as la mémoire qui flanche à cause de la métha-amphétamine qu’on t’a prescrite pour réviser la nuit. Mais dans la vraie vie d’aujourd’hui, Le monde de Charlie est un conte con, et aussi idéaliste que les 60 propositions d’Hollande.

Dans la vraie vie, les ados sont cruels, méchants et injustes. Quand t’es le boulet d’un collège, t’en prends plein la gueule, des mecs que tu connais même pas te tapent dessus, juste parce que c’est comme ça, et le dernier truc qui peut t’arriver, c’est qu’une fille t’adresse la parole. Et le pire, c’est que cette désocialisation ultra-violente et radicale ne fait pas de toi un mec modeste et gentil comme Charlie, bien souvent, elle te transforme en connard aigri, et tu finis presque par mériter les coups que tu reçois.

PIRE, et ça, c’est criminel de le faire croire aux mômes : devenir le meilleur ami de la jolie meuf qui se tape plein de mecs est la dernière solution à choisir pour l’attraper. Laisse tomber mon Charlie, tu vas lui passer ton mouchoir, la rassurer sur son pouvoir de séduction et laisser des centaines de bolosses te passer devant sans comprendre pourquoi elle préfère les sales mecs à ta compassion.

T’es trop gentil Charlie, et avant 23 ans, ça sert à rien (à 23 ans ça va).

Mais bon, tout ça, le réalisateur l’a oublié. Et même s’il essaye d’être moins con que les autres teen-movies en affublant son héros d’un passé trouble, il signe quand même une bluette surchargée de clichés, mordante comme un chaton édenté et piquante comme une fraise Tagada.

Et d’autant que je m’en souvienne, l’adolescence, c’était pas Fantasia. L’adolescence, c’était Platoon.

En Bref Il ne faut pas aller voir Le monde de Charlie. Même si c’est mon copain Fred le québécois (coucou Fred) qui vous le recommande, même si les acteurs sont pas trop mauvais et même s’il y a tout de même quelques jolis moments. C’est une grande pyramide de bons sentiments, d’optimisme gaga et de grenadine sans sucre, et surtout sans grenades.

Maintenant, si jamais il y a des ados en manque de swag parmi mes lecteurs, ne paniquez-pas. Laissez les mecs cools de votre collège vous piquer les meufs. Dans trois ans, elles auront eu leurs dose de trouducs et ils seront aussi has-been que One Direction.

En attendant, entraînez-vous à faire des blagues.

The Master. Secte Symbole.

Faut-il aller voir The Master ?

C’est l’histoire d’un fou qui rencontre un fou. Le premier est plus con. Le deuxième est plus fou. C’est comme ça qu’on crée un secte. Ça tombe bien, le deuxième vient d’écrire un livre sur la physique nucléaire, les vies antérieures et l’hypnose sous alcool.

J’ai écris ça il y a trois jours et depuis je sèche. Faire le malin pour démonter un film, ça vient tout seul. Mais devant un mec comme Paul Thomas Anderson, on se sent tout petit. J’en serai presque d’accord avec tous les tocards qui commentent que “ta ka réalisé dé films si t si fort pour critiké” (n’empêche, c’est quand même des tocards).

Donc voilà. A l’heure où tous les critiques ont le mot “chef d’oeuvre” à la bouche, à l’heure ou Ben Affleck gagne des Golden Globes devant tout le monde et à l’heure où les gens écrivent “à l’heure où” tout le temps comme ça pour donner du poids à leurs paragraphes ; et bien à cette heure là, on ne sait plus trop ce que c’est le talent.

Spielberg ? Scorsese ? Cameron peut-être ?

Non évidemment. Ce sont tous des faiseurs. Des mecs plutôt doués, qui ont les moyens d’en avoir, un bon sens du cinoche et une capacité a utiliser les grosses recettes avec suffisamment d’intelligence pour que ça se voit pas trop. On fait du pitch au kilomètre, des belles affiches et des figurines en plastique.

Mais le vrai talent, il est entre les mains de mecs comme Paul Thomas Anderson. Des types qui ne respectent absolument pas la chronologie de l’histoire, l’équilibre du scénario, le timing des péripéties où même les règles les plus élémentaires du montage et de la disposition des caméras.

Tout ça, Anderson s’en fout. Il voit. Un peu comme les peintres, qui décidaient de faire le ciel en rouge ou des meufs carrées, parce que c’est comme ça qu’ils les voyaient. PTA adapte les règles à ce qu’il veut montrer et ce qu’il veut dire. Certes, il y a une histoire, mais surtout, il y a des scènes puissantes, des ambiances pesantes et une véritable flamme d’auteur qu’on ne verra jamais dans la filmographie de Ben Affleck.

Dialogues hypnotisants, plan-séquences admirables, direction d’acteur parfaite, The Master est un film qui respire le génie et l’intelligence d’un bout à l’autre. Comme devant les autres films du maître, on est pas toujours emballé, parfois un peu paumé et il arrive même qu’on s’emmerde un peu sur la fin.

Et pourtant, ce film terminera à coup sûr dans les meilleurs films de 2013. Allez comprendre…

En Bref : Il faut aller voir The Master. Parce que le cinéma d’Anderson est unique. Parce que plus tard, on achètera son intégrale en DVD et qu’on la rangera sur notre étagère d’intello, entre Kubrick et Kurosawa (contrairement aux apparences, elle ne sera pas rangée dans l’ordre alphabétique).

Et aussi parce qu’il y a une photographie à s’enlever les yeux à la cuillière, Philip Seymour Hoffman dans son meilleur rôle et une analyse du charisme et de la manipulation qu’on avait pas vu depuis Fight Club.

Et Fight Club, lapin, c’est la Bible.

Top 10. Les meilleurs films de 2012.

Finalement, l’année aura été assez riche en cinoche, pour peu qu’on y aille trois fois par semaine. Comme d’hab, c’est à l’automne qu’on ramasse les meilleurs fruits, l’été est un désert artistique et l’année démarre mal.

Mais celle-là va bien partir : depuis le début du blog, je veux faire un best-of annuel et je suis emporté par la flemme à chaque fois, sauf aujourd’hui. Au préalable, je rappelle aux ignares qui l’ignorent que ce classement n’est pas subjectif, imparfait ou la simple expression d’un moment, mais bel est bien la vérité la plus pure qui soit, tombée du ciel pour vous pédagoger.

Néanmoins, pour cause d’Amérique Latine, il me manque deux mois de cinéma français (dont le film d’Audiard) et mon stakhanovisme général ne m’a pas permis de voir tous les films. J’attends donc vos commentaires, vos ajouts et, bien évidemment, votre indignation.

Mais n’espérez pas y trouver Holy Motors. Il est 48ème.

10. Magic Mike

Américain jusqu’au bout des tétons, lourd comme un haltère et pas vraiment fin comme un string, le film de Steven Soderbergh en a plus dans le caleçon que dans le cerveau. Mais les images déglinguent.


9. Starbuck

Un peu de guimauve, pas mal de talent et une histoire à la con. La meilleure comédie de l’année est un film québécois sur un branleur devenu papa. Original, gentil et émouvant.

 

8. Bullhead

La révélation de l’année. Un premier film poisseux et couillu. Des images obsédantes, un acteur parfait : un réalisateur est né.

7. Wrong

Du grand n’importe quoi. Eric Judor en jardinier débile, une organisation secrète de kidnappeurs de chiens, un inspecteur scatophile. Après l’électro hardcore et les pneus tueurs, Quentin Dupieux continue de tracer sa route. Et il progresse.

 

6. L’odyssée de Pi

Des images magnifiques, un conte poétique, un tigre, des suricates en pagaille… Enfin un film de noël qui fait rêver sans tartiner à coups de violons. Une perle.

 

5. Perfect sense

Personne n’a vu ce film. C’est vraiment trop con. Cette comédie romantique de la fin du monde vaut bien toute la filmographie de Meg Ryan…


4. Amour 

En arrêtant de faire la gueule, Haneke a enfin mérité sa Palme d’or. Simple, fort et juste, un film aussi beau et universel que son titre.

 


3. Looper

J’ai eu du mal à m’en remettre. Scénario, caméra, dialogues, tout est parfait dans ce gros bijou de science-fiction.

 

2.  La chasse

Une gifle, un coup de boule, un coup de genou. Thomas Vinterberg nous casse la gueule pendant une heure et demie. Du grand cinéma.


1. Oslo, 31 août

 Le plus beau film de l’année raconte un drame. Celui d’un jeune homme qui a perdu goût à la vie. En tentant de le sauver, le film nous raconte à quel point ça vaut le coup de la vivre : parce qu’il y a des filles, des copains, des vélos, des piscines, des gens. Ce n’est pas la Palme d’Or qu’il fallait lui filer, mais un prix Nobel.

Bonne année, lapins.

Vous l’aurez remarqué, cet article est enfin joli. C’est parce qu’il a reçu la participation active de Juliette. Alors soyez gentils.

Sugar Man. Rendez-vous en star inconnue.

Faut-il aller voir Sugar Man ?

Rodriguez est un chanteur américain inconnu qui n’a jamais réussi. Après deux albums dans les sixties, il s’est tiré une balle ou immolé sur scène, personne ne sait, mais tout le monde s’en fout, parce que, justement, tout le monde s’en fout.

Sauf les Sud-Africains, chez qui Rodriguez est une star plus célèbre qu’Elvis, mais il ne l’a jamais su… Et il est mort dans l’ignorance totale. Pour le reste, je vous donne rendez-vous après le “En Bref” en bas de l’article, car la suite risque de vous gâcher le film.

ATTENTION, SPOILER

Donc, comme vous le savez probablement, grâce à notre amie la presse critique, qui n’a pas pris les mêmes précautions. Le film documentaire raconte l’histoire vraie de deux gros fans de Rodriguez qui ont enquêté pour découvrir comment le chanteur américain est mort.

Au milieu de leurs recherches, les deux fans sont finalement tombés sur leur idole en personne, ni mort, ni brûlé, mais un peu fatigué et ignorant tout de son succès en Afrique. Persuadé d’être un gros loser, Rodriguez a vite abandonné la musique pour continuer à ratisser les pelouses des riches et bosser dans le bâtiment.

Incroyable et belle, l’histoire apparaît aujourd’hui comme l’un des derniers sursauts d’un monde où l’inconnu existait encore. Ce monde où lorsque trois amis discutaient au bistro, ils pouvaient encore s’apprendre des trucs ou débattre sans relâche sur le nom d’un acteur. Ce monde que les mômes d’aujourd’hui ne connaîtront pas.

Aujourd’hui, on ne sait rien, mais on a presque tous la vérité dans la poche, et chaque mystère est résolu d’un coup de smartphone. Alors qu’à une époque, tu pouvais être adulé par 40 millions d’auditeurs et avoir la possibilité de remplir des stades entiers, sans même le savoir.

Ach. C’était le bon temps.

En Bref : Il faut aller voir Sugar Man. Parce que l’histoire est trop formidable, trop difficile à croire et à la fois trop vraie pour ne pas être racontée. Parce que le réalisateur et sa chef opératrice le font bien et avec une certaine élégance.

Il faut aller voir ce film pour la musique, plus sombre et belle que celle de Dylan, et pourtant jamais reconnue par l’Amérique.

L’odyssée de Pi. Sadique Canot.

Faut-il aller voir L’odyssée de Pi ?

C’est l’histoire d’un indien qui s’appelle piscine. Un jour il se retrouve tout seul sur un canot de sauvetage avec un tigre affamé. Va-t-il mourir ? Probablement.

Ang Lee est un type étrange. Realisateur taïwanais éclectique, il fait des films internationaux en piochant dans les cultures du monde comme si c’était un village. Après les combattants mandarins (Tigre et Dragon), les Cow-boys Gays (Brokeback Mountain) et les monstres verts (Hulk), il nous raconte donc l’histoire d’un indien canadien musulman-chrétien et juif qui traverse le Pacifique avec un tigre. Soit.

Mais tout cela n’est pas très rassurant. Avec ses belles images et son gros budget (meilleur moyen d’édulcorer un propos) on pouvait craindre la grosse guimauve globalisante pseudo-philosophique, à nous faire regretter les bouquins de Coelho. Les premières images ne rassurent pas : des animaux en 3D se promènent dans le cadre sur de la musique New-Age, deux types discutent de religion dans une cuisine en Formica. C’est chaud.

Et puis ça devient beau. Travaillés comme des photos, les plans émerveillent par leurs couleurs et leur construction. Mais l’histoire n’est pas sacrifiée sur l’autel de l’esthétisme. Après un démarrage en douceur, elle devient rapidement passionnante.

Car Ang Lee la raconte avec une précision et une maîtrise parfaite. Et c’est le sel du film : aligner les péripéties fantastiques et tendre au maximum vers le merveilleux, sans jamais oublier le réalisme des situations. Et il en faut du talent pour montrer un jeune indien dresser un tigre en équilibre sur une barque, sans avoir l’air de filmer n’importe quoi.

Au-delà de ça, les amateurs d’effets spéciaux et de dressage ne refermeront pas leur mâchoire de tout le film. Les autres se contenteront de planer devant un conte poétique, intelligent et diablement original.

En Bref : Il faut aller voir L’odyssée de Pi. Parce qu’il n’y a pas assez de héros qui s’appellent Piscine, parce qu’il n’y a rien de plus apaisant que de regarder la mer pendant deux heures et parce qu’on a rien vu de similaire cette année, et qu’on est pas prêts de revoir ça au cinoche.

Car au delà de la philosophie un peu naïve et du film d’aventure hors-norme, la fin projette l’histoire dans une dimension plus profonde en s’adressant directement au spectateur.

“Si je te disais que c’était faux, est-ce que t’aimerais quand même y croire ?”, nous demande-t-elle. Et au fond c’est un peu ça le cinéma.