L’odyssée de Pi. Sadique Canot.

Faut-il aller voir L’odyssée de Pi ?

C’est l’histoire d’un indien qui s’appelle piscine. Un jour il se retrouve tout seul sur un canot de sauvetage avec un tigre affamé. Va-t-il mourir ? Probablement.

Ang Lee est un type étrange. Realisateur taïwanais éclectique, il fait des films internationaux en piochant dans les cultures du monde comme si c’était un village. Après les combattants mandarins (Tigre et Dragon), les Cow-boys Gays (Brokeback Mountain) et les monstres verts (Hulk), il nous raconte donc l’histoire d’un indien canadien musulman-chrétien et juif qui traverse le Pacifique avec un tigre. Soit.

Mais tout cela n’est pas très rassurant. Avec ses belles images et son gros budget (meilleur moyen d’édulcorer un propos) on pouvait craindre la grosse guimauve globalisante pseudo-philosophique, à nous faire regretter les bouquins de Coelho. Les premières images ne rassurent pas : des animaux en 3D se promènent dans le cadre sur de la musique New-Age, deux types discutent de religion dans une cuisine en Formica. C’est chaud.

Et puis ça devient beau. Travaillés comme des photos, les plans émerveillent par leurs couleurs et leur construction. Mais l’histoire n’est pas sacrifiée sur l’autel de l’esthétisme. Après un démarrage en douceur, elle devient rapidement passionnante.

Car Ang Lee la raconte avec une précision et une maîtrise parfaite. Et c’est le sel du film : aligner les péripéties fantastiques et tendre au maximum vers le merveilleux, sans jamais oublier le réalisme des situations. Et il en faut du talent pour montrer un jeune indien dresser un tigre en équilibre sur une barque, sans avoir l’air de filmer n’importe quoi.

Au-delà de ça, les amateurs d’effets spéciaux et de dressage ne refermeront pas leur mâchoire de tout le film. Les autres se contenteront de planer devant un conte poétique, intelligent et diablement original.

En Bref : Il faut aller voir L’odyssée de Pi. Parce qu’il n’y a pas assez de héros qui s’appellent Piscine, parce qu’il n’y a rien de plus apaisant que de regarder la mer pendant deux heures et parce qu’on a rien vu de similaire cette année, et qu’on est pas prêts de revoir ça au cinoche.

Car au delà de la philosophie un peu naïve et du film d’aventure hors-norme, la fin projette l’histoire dans une dimension plus profonde en s’adressant directement au spectateur.

“Si je te disais que c’était faux, est-ce que t’aimerais quand même y croire ?”, nous demande-t-elle. Et au fond c’est un peu ça le cinéma.