Flight. Denzel in distress.

Flight

Faut-il aller voir Flight malgré que ça a l’air pourri ?

C’est un pilote, il est saoul, il est coké mais cool, alors il sauve des centaines de vies en posant son avion à l’envers. C’est une junkie, elle est coriace, elle est accro mais coquine. Vont-ils s’aimer plus fort que leurs addictions ? Ça serait bien.

Même le pitch a quelque chose de pourri, d’américain, dans le sens péjoratif du terme : on voit venir à mille nautiques la grosse réflexion convenue sur l’addiction, la morale, Dieu et la traversée du désert. Et lorsqu’elle s’approche, on se rend compte qu’on avait bien vu. C’est ça. Au mot près.

Dans les écoles de cinéma, on pourrait utiliser Flight comme la check-list de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma mais que tout le monde fait quand même tout le temps :

Dans le désordre, on voit une junkie dépravée se transformer en mère de famille equilibrée en cinq plans, un alcoolique quitter les alcooliques anonymes au moment où un autre confesse qu’il “n’osait pas faire face à l’époque” (ça c’est d’la réal frère), a cinq reprises, des mecs qui débattent de l’existence de dieu en haussant les épaules (et en fumant des clopes passke c’est pas des bigots ok ?), dont une fois avec une église en toile de fond (c’est d’la réal j’t’ai dit).

Je fais un paragraphe pour faire respirer l’article.

On voit aussi : un fils qui dit à son père “tu est mon héros mais je ne sais pas qui tu es” au parloir, John Goodman en hippie-rockeur improbable, lunettes noires et catogan, qui fume de la coke (oui) sur Sympathy for the devil, un traveling arrière sur Denzel Washington qui marche, bourré avec des lunettes noires topaclasse, et encore Sympathy for the devil, Denzel Washington qui pleurniche, bourré devant une vidéo de son enfance,  Denzel Washington qui pleurniche, bourré, en reconnaissant qu’il est bourré…

On and on. Pendant deux heures.

Comme pour enfoncer le pylône, le réalisateur orchestre ce naufrage sur l’ensemble du top 50 des années 70. Outre ces putains de Rolling Stone, on nous inflige un extrait des Beatles dans l’ascenseur, Joe Coker dès qu’il y a un silence, Marvin Gaye pour faire triste, Ain’t no sunshine when she’s gone et même ces tocards de Red Hot Chili Pepper.

Ok, c’est du bon son, mais ça n’a rien a foutre dans un film. Merde Bob, t’es la pour raconter une histoire, pas pour repasser tes vinyles ! Au final t’as l’impression d’être bloqué dans la cabane au fond du jardin avec ton oncle et ton oncle qui fument des pétards en écoutant Led Zep.

L’enfer.

Finalement, le seul avantage de ce Robert Zemeckis, c’est qu’il y a pas Tom Hanks. Mais bon dieu, après l’avoir vu, qu’est-ce que j’aurai donné pour un petit retour vers le futur…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Flight. C’est lourd comme un Boeing et con comme une hélice. Après une scène de crash bien réalisée et un superbe dialogue dans les escaliers, Robert Zemeckis se noie dans un océan de clichés mal-vus, de réflexions à deux balles et de bien-pensance moisie.

C’est dommage car comme disait mon pote PO, y’avait quand même un truc subversif à faire sur l’histoire d’un mec qui conduit mieux quand il est bourré.

Happiness Therapy. Ours bipolaires.

happiness_therapy_7778_north_626xFaut-il aller voir Happiness Therapy ?

C’est un fou. Il est fou. Son père aussi est fou, et son meilleur ami est un peu fou. Il voudrait récupérer sa femme, qui n’est pas fou, mais il rencontre une folle, et ils font les fous.

C’est bizarre. Je peux comprendre le retour en grâce de la doudoune, le come-back des années 80 et, à la rigueur, cette étrange prolifération de baskets à semelles compensées. En revanche, je ne m’explique pas l’engouement actuel pour la bipolarité.

Avant, c’était un truc chelou, qu’on dit à ton pote quand il pleure dés qu’il est bourré, mais maintenant c’est partout : les magazines parlent du “mal du siècle”, les séries en regorgent et voilà que le cinéma l’adapte. Tellement chébran, la bipolarité, qu’aujourd’hui t’es personne si tu parles pas aux murs.

Mais c’est l’époque qui veut ça, et l’Amérique. A force d’édulcorer tout, d’interdire n’importe quoi et de vendre des lotissements trop clean et des sourires trop brights le nouveau continent est devenu une énorme fabrique de consensus mou, de tolérance chiante et de personnalités lisses qui “respect your point of view” au lieu de s’engueuler comme tout le monde.

En gros, c’est un peu la conclusion du film : les fous sont compliqués, mais ils sont quand même bien plus rigolos. Et c’est vrai : la rencontre des excellents Bradley Cooper et Jennifer Lawrence fait naître une belle série de dialogues nerveux et agressifs qui donnent un bon rythme au film et font souvent rire.

Malheureusement, malgré son éloge de la déviance, le film finit tout de même par rentrer dans le rang de la rom-com US et perd beaucoup de son charme de départ pour conclure une histoire qui, malgré tout, n’est jamais vraiment crédible.

Pas grave, en voyant un mec et une fille à côté sur une affiche de film américain, on connaît toujours la fin. Mais pour une fois, le début nous a surpris.

En Bref : Il faut aller voir Happiness Therapy. Mais tranquillou, sans courir. C’est sympa, rigolo, pas mal joué et parfois bien écrit. Comparé à la période un peu morne traversée par le cinoche, on a pas beaucoup mieux pour grignoter du pop-corn en envoyant des sms sous nos sièges.

Mais bon, une semaine après, y’a moyen que vous ayez oublié de quoi ça parle. Mais ça, c’est peut-être parce que vous êtes bipolaire.

Passion. Where is Brian ?

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Faut-il aller voir Passion ?

Mais qu’est-ce qu’ils ont en ce moment ? Je veux bien que ça soit la crise, tout ça, mais normalement, c’est quand on a la dalle qu’on devient créatif non ? Depuis un an, c’est le festival des titres au premier degré : AmourHitchcockLincoln et maintenant Passion. Avec un peu de chance, on aura bientôt Désir, Jalousie, Cuisine, Fourchette, Jardinage et Polochon.

C’est nul ! Imaginez la gueule d’American Beauty, si ça c’était appelé Crise conjugale. Merde quoi, faut se creuser un peu les mecs. D’autant qu’après avoir réalisé Pulsions, Obsession, Outrages et Furie, Brian de Palma n’a plus d’excuses. Bon.

C’est l’histoire d’une agence de com’ assez moche à Berlin, où il y a de la jalousie, du désir et de l’ambition. Un peu comme partout, sauf que d’habitude on les filme pas.

Que dire…

D’un bout à l’autre, Passion manque autant de finesse que son titre 15 tonnes. Comme dans un mauvais film érotique de quand on était petits sur M6, les personnages se croisent en papillonnant des paupières, respirent fort en touchant des matières et appuient leurs regards en faisant la moue pour nous signifier subtilement LE DÉSIRRRRR.

Et le désir, mes moineaux, il y en a partout. Quand Noomi Rapace regarde par la fenêtre, elle caresse son bureau face à la sensualité des nuages, quand Rachel téléphone, elle se tortille de luxure dans un porte-jartelle monop’ et la palme du stupre revient à Paul Anderson, qui ne prononce pas une phrase dans le film sans que des farandoles de bites ne se trémoussent dans son regard.

C’est débile.

Au milieu de ça, un scénario pas hyper malin tente de nous démontrer que les trahisons sont traîtres, que le désir est désirable et que la drogue drogue, dans une suite de rebondissement mous du genoux, qui servent uniquement de prétexte au jeu de regards orchestré par le réalisateur. Au final, le thriller est pas mal ficelé, mais il n’intéresse personne, puisque les spectateurs sont trop occupés à regarder les acteurs s’enterrer sous les jolis couleurs du directeur de la photo.

On commence à flipper, quand Brian passe la seconde. Après le sexe, il décide de montrer la défonce. De pataud, il devient lourd. Le chef op filme de travers en éclairant avec des rayures bleues pour bien qu’on a compris que c’est le malaise. Le réal use et abuse des sursaut, des réveils, des rêves et des variation sur l’ensemble de son oeuvre.

On est vénère. Vanné. On sort lessivé, avec l’impression d’être resté une heure et demie dans un cagibi avec un mec qui se paluche devant un portrait de lui-même.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Passion. C’est moche, kitsch, classique et vain. C’est mal joué, mal filmé, pas très bien écrit, et peuplé de réflexions affligeantes sur le désir, la vie de bureau et la guerre Apple/Samsung (oui oui).

Bien-sûr, tout cela n’empêche pas la critique de se pâmer. Mais si vous trouvez ce blog trop beauf, vous pouvez toujours faire comme l’Huma et chanter les louanges de ce “filmage ondoyant mettant en valeur les appas de ces héroïnes complexes et attirantes qui se sadisent mutuellement”.

Moi j’vais lire une bd.

Gangster Squad. Penn perdu.

Faut-il aller voir Gangster squad malgré son affiche affreuse ?

Ouais, après deux ans d’abstinence, je relance le concept moisi des accroches-titre à thèmes. Si t’es malheureux, va donc lire des critiques chiantes sur un site de merde.

C’est l’histoire d’un gros méchant qui règne sur l’argent, la drogue, les jeux d’argent et l’industrie du porno. Face à lui, le LAPD envoie une bande de fachos pseudos-héroïques, mais essentiellement alcooliques, qui sont assez cons pour croire que l’on peut rétablir l’ordre en faisant exploser des casinos.

Ça partait pas ouf, Gangster Squad. Un titre pourri, une affiche à chier, une énième digression sur la pègre, un casting de stars (jamais une bonne idée), avec des dialogues saturés d’oxymores à deux balles opposant “l’empire du vice” et “la cité des anges” (dégage !). Pire, une dissertation sur le mal, que l’on doit combattre par le mal, et une bande de mâles, sous l’insigne du bien, mais qui finissent par ressembler aux voyous qu’ils pourchassent Mein Got ! Mais z’est une véritable zpirale !

Ce qui part mal aussi, c’est cette critique, tellement saturée de parenthèses de d’adjectifs qu’on dirait du Bayon. Passons.

Malgré tout ces défauts pré-supposés, Gangster Squad ne commence pas si mal. Ça cogne, c’est un peu con, mais ça ne manque pas d’énergie. Ryan Gosling rafraîchit l’ambiance avec un personnage de dandy coolos, Emma Stone tient le rôle de la belle meuf sans pour autant être mièvre et Sean Penn cabotine à tous les étages avec le talent qu’on lui connaît.

L’action démarre vite, plutôt bien écrite, agrémentée de jolis plans séquences et d’une bon équilibre entre les vannes et les coups de pression. Mieux, l’ambiance fifties est plutôt bien gaulée, sans pour autant nous assommer de clichés, d’ailleurs ça pourrait bien être les fourties, ou les thirties, mais ça sonne moins bien, et j’irai pas vérifier sur wikipédia, parce qu’on s’en branle.

Pour finir mon éloge, le film commence par quelques bons dialogues et des plans-séquences ambitieux. Tellement qu’on fait l’erreur de croire qu’on a bien fait de venir.

On a pas bien fait de venir.

Au milieu du film, c’est comme si l’équipe de tournage était remplacée par la Team B, celle des mauvais, qui s’occupe de la majorité du cinoche hollywodien. Et là, c’est le drame.

Lors d’une heure finale extrêmement pénible, on nous assène tout : les dissertation moisies sur l’héroïsme et mon pays et mon drapeau, les incohérences scénaristiques scandaleuses, les scènes d’actions à deux balles où on décharge des flingues dans tous les sens en faisant des roulades, Sean Penn avec une mitraillette hurlant aux gentils d’aller s’faire cuire un oeuf en tirant dans un sapin de Noël et SURTOUT, le héros aux mâchoires carrées plissant les yeux pour mieux distinguer l’océan qui lui fait face, avant d’y lancer son insigne et de rejoindre sa famille pour s’y faire chier en sécurité.

Métaphore en voix off, violons, flou-net, générique.

Et lorsqu’on réalise une scène pareille en 2013, ça ne m’étonne plus vraiment que les américains se pointent dans les cinoches pour flinguer tout le monde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gangster Squad. C’est pourri, bardé de clichés horribles et doté d’une morale réactionnaire et pathétique où l’on suggère que la violence est une solution idéale pour mettre fin à la violence.

Très franchement, j’ai même pas envie de me creuser à trouver une chute. Rien que de penser à celle du grand Sean Penn j’ai les yeux qui piquent.

Hitchcock. Le sentier du goître.

Faut-il aller voir Hitchcock ?

Rien qu’au titre, tu sens que les mecs se sont fait chier.

“Hitchcock un film sur Hitchcock.” Comme une manière d’assumer leur logique à fond. “NOUS N’AVONS PAS DE POINT DE VUE. NOUS FAISONS DU COMMERCE”, hurle l’affiche.

C’est la mode faut croire, le film sur Sagan s’appelait Sagan, Lincoln s’appelait Lincoln, l’histoire de Coco Chanel et Igor Stravinsky s’appelait Coco Chanel et Igor Stravinsky et quand j’écrirai mon autobiographie, je l’appellerai Chrétien et la première phrase sera : MES COUILLES !

Face à Hitchcock on peut s’interroger sérieusement sur le rangement automatique du cinéma dans le domaine des arts. J’ai déjà dit ici tout le mal que je pensais des BiopicMais le film n’a même pas leur ambition (à part faire du fric), il se contente de raconter la genèse de Psycho, le film le plus célèbre du réalisateur (bah oui, le scénariste a pas vu les autres).

Ouhhh j’suis mauvais moi aujourd’hui…

Le plus surprenant, dans cette histoire, c’est tout ce qu’on apprend sur le plus grand film du maître du suspens. Au risque de spoiler un peu les chanceux qui n’ont pas vu le film, je me dois de vous en révéler la teneur :

Que

Dalle

Et c’est là que le film à pognon trouve son vrai accomplissement : non seulement il raconte l’histoire du réalisateur anglais sans aucun parti pris artistique ou narratif, mais cette histoire n’a aucun intérêt ! On y apprend qu’Hitchcock aime beaucoup les actrices blondes (No shit !), que le mariage n’est pas facile dans la durée, que l’alcool nuit à la santé et que l’eau d’une piscine est mouillée en général.

Pour donner un peu de Pep’s à ce drame, le réalisateur se fourvoie complètement en tentant d’insérer un suspens Hitchcockien à certaines scènes anodines (genre “ma femme a rigolé avec un autre homme” + Violons flippants, vous dire comme ça marche…). Mais il termine vraiment de foutre son film dans le mur en faisant apparaître le meurtrier de Psycho dans la salle de bain d’Hitchcock pour lui parler des mystères de la vie conjugale.

Mais les pire, mes petits lapins, c’est que ce n’est pas le pire.

Le vrai pire, c’est probablement le jeu de tout ce monde là. A aucun moment, Anthony Hopkins ne parvient à nous faire croire qu’il est Alfred Hitchcock, et ce n’est pas faute de tout tenter, y compris d’ouvrir grand la bouche avant de parler. Face à lui, Scarlett Johansonne comme elle peut, sans parvenir à donner de la profondeur à un personnage qui n’en a pas.

Reste Hellen Mirren, qui parvient à jouer correctement au centre d’une telle mascarade. Mais franchement, même si c’est la crise et que le travail manque, elle aurait mieux fait d’hypothéquer sa maison que d’accepter un rôle dans ce film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Hitchcock. Même si je crois qu’il y a deux ou trois bonnes blagues, et si le chef opérateur a réussi à faire le point sur presque tous les plans, un film d’une telle platitude ne devrait pas avoir le droit de sortir au cinéma.

A la place, profitez de la crise du DVD et aller vous acheter une belle version de Psycho ou Fenêtre sur Cour pas chère. Histoire de pas oublier qu’avec une caméra et des acteurs, on peut aussi faire du cinéma.

7 psychopathes. Les 7 mecs vénères.

Faut-il aller voir 7 Psychopathes ?

C’est l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées, mais un titre : 7 Psychopathes. Il décide d’écrire l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées mais un titre : 7 Psychopathes.

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup m’interroger sur l’infini en fixant le bonhomme sur les paquets de chips à l’Ancienne ou les boucles d’oreilles de la Vache qui rit. Depuis la nuit des temps (enfin vers 11h) les mises en abyme sont à la fois une source inépuisable de rigolade, et un procédé qui devient rapidement casse-gueule quand on fait le malin avec. Tout dépend de l’habileté du réalisateur.

Quand il est doué, ça donne Scary Movie : “C’est drôle, on se croirait dans un film” “Mais c’est un film chérie, regarde y’a le réalisateur, la scripte, les machinos…”. Mais parfois, ça donne aussi Mais qui a re-tué Pamela Rose ? : “Il est vraiment naze, ce scénario”, et c’est pas drôle, parce que c’est vrai.

Mais derrière sa gueule de pub pour Gilette, Martin McDonagh, le réalisateur et scénariste de 7 Psychopathes n’est pas un tocard : il a déjà démontré une maîtrise de l’humour absurde (rarissime au pays du premier degré) excellente dans Bons baisers de Bruges. Et ça se ressent dés le début du film : les dialogues sont fins, suspendus, un peu stupides et très drôles. Le montage est pêchu et les clichés sont malmenés.

Pendant que Colin Farrel s’occupe d’être plat et de rendre le film bankable, l’excellent Sam Rockwell et le mythique Christopher Walken s’attachent à le rendre attachant. Au bout d’une heure de flingues et de truands, le scénariste déclare qu’il en a marre de la violence et qu’il aimerait que ses personnages partent discuter dans le désert sans duel final. Et c’est ce qu’ils font.

Malheureusement, il ne va pas jusqu’au bout de son délire. Après une moitié en roue libre, il finit par reprendre la route du film classique pour livrer une fin un peu bancale, usant et abusant du procédé de l’abyme, au risque de se répéter. Surtout, il prouve qu’il a écrit le début sans savoir où il allait.

Mais à l’époque du film bande-annonce où n’importe quel long-métrage doit tenir dans un pitch de 3 minutes, ça fait vraiment plaisir d’être paumé.

En Bref : Il faut aller voir 7 Psychopathes. Malgré sa promo bâclée, qui le fait ressembler à un énième film de beaufs avec des flingues, malgré son déroulement bordélique et malgré un final pas hyper réussit.

Il faut y aller si vous en avez marre de voir toujours les même films venir d’Hollywood, si vous aimez l’audace, les blagues sans chute et si vous préférez la discussion qui le précède au meurtre en lui-même.

Lincoln. Âme à barbe.

Faut-il aller voir Lincoln ?

Il y a quelques semaines. Je croyais bon de faire le malin en distinguant les génies des “faiseurs doués”, à la tête desquels Spielberg faisait figure d’étendard. A première vue, ça pouvait paraître courageux d’oser dézinguer une telle idole vieillissante.

Mais non.

Le grand Steven est consensuel, inégal, globalement très doué et surtout, il fait des films à succès. Quoi de plus facile, pour séduire les lecteurs snobs et les bobos en mal de se distinguer, que de tirer sur une cible aussi évidente sans l’ombre d’une nuance : “Un cinéaste tellement mauvais, qu’il rassemble les foules”. Alors que nous autres, les vrais cinéphiles, savont très bien que les foules sont un con. Trop facile, décidément.

Comme il est prévu dans mon manifeste et comme le fit Disiz la Peste en son temps, il s’agit de faire mon autocritique : Fuck le Règne.

C’est vrai, Spielberg a commis Indiana Jones 4 et la scène des douches de La liste de Schindler, c’est vrai qu’il n’aura jamais le grain de folie de Paul Thomas Anderson et David Lynch, et c’est vrai qu’il n’aime pas trop regarder dans les recoins trop sombre de l’âme. Et malgré tout, ce film revient rappeler à tous les grincheux que le patron n’est pas encore à la retraite et que lorsqu’il s’agit de raconter des histoires, Steven reste tranquillement assis sur son trône.

Et pourtant, le film politique est une affaire d’équilibre compliquée, où l’on est pas aidé par des scènes spectaculaires pour donner du rythme et où il faut réussir à captiver le spectateur avec des discussions de mecs assis dans des bureaux. Pour cela, le réalisateur dispose de trois armes : sa caméra, ses acteurs et son scénar. Ils sont tous exemplaires.

Du premier au dernier, les plans sont construits et éclairés comme des tableaux, et le chef opérateur parvient presque à nous faire oublier que l’on passe deux heures trente dans des salles de réunion. Surtout, l’écran est habité par une palanquée d’acteurs surdoués, du premier rôle aux personnages secondaires. Au milieu d’eux, Daniel Day-Lewis est immense. Tout en nuance et en subtilité, il construit de toute pièce un Abraham Lincoln poète, pur et pragmatique, qui finit par paraître plus vrai que les tableaux. Si son numéro d’acteur n’est pas récompensé par un troisième Oscar, l’erreur des jurés s’inscrira dans l’histoire à tout jamais.

Mais derrière toute cette qualité plastique, c’est l’histoire racontée, qui rend le film passionnant. Comme dirait mon pote Manu, qu’est pas la moitié d’un con (il a bien aimé Faust), Lincoln est un film “qui pose des questions”. Des vraies. Comme de savoir si la démocratie est une grande blague, une bénédiction ou un opium du peuple, que l’on alimente à grand coup de mythe et de storytelling. Et si c’est vrai, qu’est-ce que ça change ?

Face a ces interrogations lourdes, la grande force de Spielberg, c’est d’être à la fois cynique et idéaliste. Cynique parce qu’il ne se leurre pas sur les motivations d’un vote et les petites machineries qui vont avec, et idéaliste car malgré tout, il persiste à croire dans la force des idées et dans les grands personnages qui les portent.

Malheureusement, le réalisateur perd son élan dans le dernier quart d’heure et retombe dans les pires réflexes d’Hollywood : niaiseries violonnantes, fin à tiroir et discours en musique (notes aux nombreux réals qui me lisent : la musique sur un discours politique c’est HARAM !)

Mais allez, on te pardonne, Steven, si tu promets de ne plus jamais faire un film avec des extra-terrestres.

En Bref : Il faut aller voir Lincoln. Parce qu’un grand cinéaste se distingue dans le dépouillement, quand il n’a plus que son sens de la mise en scène pour faire vivre son histoire, parce que cette histoire est profonde et fascinante, parce qu’après Django Unchained, l’Amérique fait enfin face à son passé esclavagiste et parce que tous les acteurs de ce film mériteraient un prix d’interprétation.

Bien-sûr, Spielberg ne tentera jamais de mettre sa caméra à l’envers, de balancer du gangsta rap sur des poursuites en calèche et de rajouter des éclaboussures sanglantes sur l’objectif.

Il s’en fout sans doute d’ailleurs, il n’en a pas besoin.

Zero Dark Thirty. Laden Laden.

Faut-il aller voir Zero Dark Thirty ?

J’aime pas les films d’espionnages réalistes à l’américaine.

C’est toujours pareil : il y a du sable, une musique arabisante (toujours, un type qui fait “AaaaoooAAAaaAah” sur des gros tambours, pour te faire oublier que le tournage a eu lieu dans le Colorado), des gros 4×4 pour faire de la fumée, et une caméra qui bouge pour faire documentaire.

Du côté scénario, c’est encore pire : la plupart des dialogues s’enlisent dans un jargon imbitable pour nous donner l’impression d’être au coeur d’un truc qui nous dépasse : “On est dans la merde Jake, j’ai deux odt contradictoires sur Ben Fayeed, il est forcément lié aux saoudiens de l’Azawad”, “Don’t fuck with me Bill, on envoie la cavalerie à 8.35, j’ai le Sénat au cul depuis que t’as foiré à Tora-Bora. Et je me fous d’Abou Walid putain ! Tu te démerdes avec Bob, et Stone et Charden !”

Malgré tout, une fois qu’on leur a prouvé qu’on était plus documenté qu’eux, il faut bien que ces cons de spectateurs pigent un truc. Du coup, les supers-agents de la CIA lâchent des phrases ultra-pédagos, rentrées dans le scénar avec un chausse-pied : “Ecoute moi-bien connard, on t’as arrêté parce que tu transportes de l’argent pour Al-Zahatar, qui n’est autre que le lien direct entre les financiers et Ben Laden, ce terroriste célèbre qui est à la tête de l’organisation terroriste Al Qaïda, alors tu vas parler saloperie (bordel) ?” Dans l’armée américaine on dit beaucoup de gros mots.

Alors quoi ? Au bout de quelques minutes, j’avais déjà prévu de terminer mon article par “c’est d’la merde” (on a tenté de m’expliquer il y a peu qu’un critique ne pouvait pas dire ça, arf). Et puis, comme le dit justement Pierre Murat dans Télérama : “Qui a envie de regarder un Envoyé Spécial de 2h37 ?”

Mais en fait non.

Zero Dark Thirty est un putain de film. Passé le début un peu rugueux, on oublie la sécheresse de l’image pour s’intéresser à l’histoire. Sans trop nous perdre dans la grande complexité politique du sujet, ni transformer le tout en film d’action simpliste, Bigelow réussit à nous la faire comprendre, et elle est passionnante.

Lors de l’assaut final, on ressent enfin l’intérêt du développement initial : c’est le seul moyen de rendre l’importance des enjeux qui pèsent sur les deux commandos en hélicoptères. En vingt minutes sur le terrain et quelques balles, c’est le travail de centaines d’hommes et douze années de recherches acharnées qui pèsent sur leurs épaules.

Le jeu en vaut la chandelle : à une fausse note près (“Oussama ?”) la scène finale atteint un niveau de tension que l’on avait pas ressenti au cinéma depuis longtemps.

Pour cette seule scène, il faut courir voir ce film.

En Bref : Il faut aller voir Zero Dark Thirty. Pour la description complexe et précise de ce morceau de l’histoire contemporaine. Parce que c’est la seule fois de l’histoire où la première puissance mondiale est entrée en guerre contre un seul homme. Et il faut y aller pour Jessica Chastain, brindille rousse flottant sur un océan de testostérone, sans laquelle ce film ne serait qu’un énième thriller sans âme.

Bien-sûr, cette critique ne prend pas en compte l’aspect politique du sujet, qui mérite un bouquin. On peut toujours longuement débattre de la neutralité de Bigelow, qui recrache la version officielle sans la discuter. Rien n’est dit sur la disparition du corps, ou la possibilité d’une capture ; des secrets resteront toujours terrés dans l’histoire de la CIA.

Mais rien que pour en débattre, il faut aller voir ce film.