Warm Bodies. Zombisous.

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Faut-il aller voir Warm Bodies ?

Parfois on se dit quand même qu’il va voir tout et n’importe quoi le Règne de l’Arbitraire.

Mais c’est faux ! Enfin c’est vrai, mais j’ai des excuses. D’abord, j’aime beaucoup les zombies, parce que c’est has-been, parce que ça “dit des choses sur la société” (ouais…) et parce que je suis un lecteur mordu de la série Walking Dead (la BD, pas l’infâme soap de la télévision). Et au delà de ça : un film qui raconte l’histoire d’amour entre un mort-vivant et une jeune fille paraît tellement suicidaire qu’il faut au moins lui donner sa chance.

Et ça commence pas trop mal. Le héros titube dans un aéroport en essayant de se rappeler son prénom, il échange des grognements avec son copain zombie et une voix assez poilante retourne tous les clichés du film d’horreur pour prendre la défense du mort-vivant, si souvent méprisé.

Ce postulat excellent, le film l’utilise comme une rampe de lancement pour nous faire avaler tous les poncifs inhérentes à la rom-com pour ados américains : petite blonde relou, avalanche de musique pop (“les vinyles, c’est plus vivant” ânonne le zombie, pendant que je me suicide sur mon siège) et teasing à deux balles (“Tu peux dormir à côté de mon lit, j’ai peur. Ouh je vais enlever mon haut car je suis toute trempée” mais on ira pas plus loin car on est pas mariés).

C’est dommage.

Et puis c’est toujours pareil : les films d’ados s’adressent à la frange la plus névrosée, complexe et paumée de la population en leur parlant comme à des gamins. On joue les déglinguos, mais le film n’est ni gore, ni sexy, ni subversif pour deux dollars. C’est nul. Et avec tout le respect que je dois aux américains, ils ont quand même une foutue culture de cons.

Malgré tout, sous l’habituel rocher de cinéma formaté, se glissent quelques lézards d’anticonformisme : le héros tente de piquer les souvenirs de l’ex de la blonde en mangeant son cerveau, la voix off tente maladroitement de s’expliquer sur la méchanceté de certains zombies (“Si on avait eu le temps, on les auraient peut-être sauvés, mais on les a exterminés. On a peut-être été un peu vite”) et les références à Roméo et Juliette prouvent qu’au moins, le scénariste a lu un livre.

A part ça, c’est quand même dommage : il y avait la matière pour faire une super comédie trash si les producteurs arrêtaient de confondre le septième art avec une forme légale de racket.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Warm Bodies. Mais dans un monde où il n’y aurait que des gros nanards hollywoodiens, celui-ci serait définitivement le plus sympathique. Car derrières les écueils habituels du cinéma industriel, on trouve quand même quelques bonnes idées, deux trois blagues marrantes et un bon concept.

Après, le film s’adresse aux ados. Pas étonnant qu’il ait choisi un héros timide à la silhouette trop grande, la bouche entrouverte et le regard vide. Si ton petit frère te mord, au moins maintenant, tu sauras pourquoi.

Queen of Montreuil. Le Phoque des potos.

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Faut-il aller voir Queen of Montreuil ?

On dirait pas comme ça, mais le titre a du sens un peu.

C’est une fille. Son mari est dans une cruche. Il est mort. Alors elle invite des islandais chez elle qui invitent aussi un phoque, qui montent en haut des grues, qui portent des fausses moustaches et qui skypent avec la Jamaïque. Morale : les islandais, c’est n’importe quoi.

On dirait pas comme ça, mais l’humour absurde c’est difficile. Par exemple : Desproges c’est drôle, alors que Nicolas Bedos c’est un con.

C’est une question de finesse. On ne peut pas se contenter de raconter n’importe quoi pour faire marrer les salles, il faut raconter n’importe quoi dans le bon sens. Et surtout, au fond du non-sense, il en faut un, discret, presque invisible et pourtant caché.

C’est le cas de Queen of Montreuil, petit film barré, fauché et assez défoncé qui parle du deuil, des potes et des Islandais. Après un démarrage qui flaire bon le truc auteuriste relou, le film prend de la hauteur en haut d’une grue. Une Islandaise fume des pétards et parle franglais avec l’incroyable Samir Guesmi. Le ton est léger, les accents sont pourris et on commence à rire.

Ça n’arrête pas. progressivement, le film part en couille, accumulant les personnages pathétiques et les situations bizarres jusqu’à culminer dans une scène de salle de bain qui s’inscrit d’emblée dans l’histoire du port’ nawak. J’ai tellement rit que j’avais l’impression d’être pote avec mon voisin de droite, alors qu’à tout les coups, il était de droite.

C’est tout.

Evidemment, tout cela ne plane pas à quatre mille, certaines scènes sont un peu cheapos et la caméra ne fait pas de miracle. Mais franchement, on s’en fout : en une heure et demie, Queen of Montreuil m’a offert l’expérience de cinéma la plus drôle, la plus originale et la plus fraîche que j’ai vue cette année.

Et a beau être en mars, j’en ai déjà vu pas mal.

En Bref : Il faut aller voir Queen of Montreuil. Parce que ça se la raconte pas, c’est simple percutant et, parce que certaines répliques renverront les victimes de douleurs costales aux urgences.

Surtout, pour la première fois au cinéma, le potentiel humoristique de l’otarie est mis au jour. C’est quand même autre chose que les lol-cats pourris que t’as passé la journée à mater en scred au lieu de bosser.

Comment le Règne a augmenté sa Street Cred ?

Drogue

Cher journal,

Pour la première fois de sa vie, Le Règne de l’Arbitraire vient d’être invité à une avant-première suivie d’une rencontre avec la réalisatrice comme les grands.

Il y avait plein de blogueurs influents qui se connaissaient tous et qui mâchaient du chouimgom en posant des questions sur les valeurs de plan parce qu’ils z’ont une vraie vision et tout.

Comme je connais les caméras dans la vie, j’ai compris que certains racontaient un peu n’importe quoi, mais c’était quand même très impressionnant. Comme si je faisais partie du sérail.

En vrai c’est pas vrai, j’étais juste invité parce que ma copine Marine travaille dans la grande famille du cinéma. Mais n’empêche, j’étais fier comme un paon sur un longboard.

Par contre, vu que j’ai vraiment aimé le film, je me demande si c’est à cause qu’on nous a offert des bouteilles d’eau à l’entrée et que je me sens redevable vu que j’avais soif. Mais je pense que ça doit être seulement le niveau 1 de la corruption, donc à la limite ça va, par rapport à Ciné-Live (qui est au niveau 8).

En tout cas, j’ai l’impression d’être un adulte. Je m’imaginerais presque dans le studio Guitry, à faire des effets de moustache pendant le Masque et la Plume.

Mais bon, on s’en fout, parce que je serai jamais critique. Les critiques c’est des enculés.

The place beyond the pines. Le grand blond avec une moto noire.

PLace Pines

Faut-il aller voir The place beyond the pines ?

Voici le premier titre d’article en trois lignes sur le blog. Big up aux mecs du Monde. Notez que je n’ai pas fait de jeu de mot avec pine. C’est l’article de la maturité. Bon.

Pour tout ceux qui ont trippé sur Drive, laissez-moi mettre les choses au clair :

Drive c’est de la merde. Une séance de hype masturbatoire pour hipsters à beubar en recherche d’eux-mêmes. L’éventualité d’un scénario est remplacée par une musique “trop chanmé”, la violence est aussi esthétisante que fascisante et la palette de jeu des acteurs équivaut aux nuances d’expression d’un frigo dépressif.

Et ça partait pareil ici : un cascadeur neurasthénique et violent qui fait des braquages, une femme en détresse et une odeur de pneu. Méfiance.

Mais c’est pas mal : de longs plan-séquences immersifs, une belle bande d’acteurs et l’ambiance inimitable de l’Amérique du centre-ville ou les t-shirts sont toujours troués et les shorts toujours minis. Pas hyper original, le début accroche et on se retrouve rapidement dans une forme d’état hypnotique assez confortable.

Soudain (et je ne ferai pas comme mes confrères, pour préserver votre première vision) le scénario nous échappe. Après un départ balisé, l’histoire s’envole loin des codes d’Hollywood, pour changer complètement de couleur. On est un peu perdu, décontenancé, mais c’est clairement le réalisateur qui a pris le contrôle.

Je n’en dis pas plus, mais son scénario à rebondissement lui permet au final d’aboutir son propos : en fait de thriller à deux balles sur un braqueur au grand coeur, le film déroule une réflexion intéressante et complexe sur la justice, la morale et la difficulté d’être droit dans un monde où les motos roulent à l’envers. Dans le processus, l’histoire cesse d’être forte pour devenir percutante, universelle et pleine de finesse.

Sur la forme, c’est beau, parfois longuet et pas toujours idéalement rythmé, mais c’est le risque à prendre lorsqu’on roule à côté des codes classiques du cinéma américain. Au final, Derek Cianfrance réalise une grande histoire de rédemption et d’huile de moteur, où les leçons de morales sont troubles, les lunettes fumées et les horizons lointains.

En Bref : Il faut aller voir The place beyond the pines. Parce que c’est réalisé, monté et écrit avec un talent indéniable. Parce que l’histoire réussit à penser sans prendre le spectateur pour un con. Parce qu’on avait pas aussi bien raconté l’Amérique des taiseux solitaires depuis les films de Jeff Nichols.

De quoi réconcilier les fans de Drive, les groupies de Gosling et le cinéma : vous voyez les mecs, avec un scénario, c’est encore mieux !

Cloud Atlas. Space Chorale.

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Faut-il aller voir Cloud Atlas ?

Je regarde ma feuille depuis une semaine, sans réussir à écrire sur ce film. Parce que j’ai pas le temps, mais aussi parce que il m’en a fallu pas mal pour savoir ce que je pensais vraiment de Cloud Atlas.

C’est l’histoire d’un avocat qui vomit sur un bateau, d’un compositeur qui déprime sur un piano, d’une enquêtrice qui s’exprime dans les journaux, d’un éditeur que l’on comprime dans un hosto, d’une coréenne que l’on supprime comme un robot et d’un sauvage qui s’escrime  pour monter haut.

Les histoires se répartissent dans six époques différentes, pâlement reliées par des grains de beauté en forme de comètes, une récurrence globale des acteurs et la réincarnation de l’âme humaine. Rien n’est connecté, tout est parallèle. Au global, c’est le bordel.

Pour ajouter quelques pièges à loup sur ce champ de mines, les réalisateurs ont décidé de partager le boulot à trois, de monter toutes les histoires en même temps et de ressusciter une palanquée d’acteurs has-been (Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Susan Sarandon…) pour les maquiller à la truelle et leur faire changer de sexe à loisir.

Rien que pour ça. Ils méritent le respect.

Mais au-delà de ce gigantesque hara-kiri, les réalisateurs parviennent à raconter leur(s) histoire(s) avec brio. Mieux, ils parviennent à être passionnants, virevoltant d’une époque à l’autre, voir même d’un style à son contraire sans presque jamais nous perdre. On rigole chaudement devant une comédie à l’anglaise, avant d’être ému la seconde suivante par le destin d’une cyborg rêveuse ou d’un compositeur précaire.

C’est fort. Forcément périlleux, fatalement inégal mais tellement amoureux du cinéma qu’on ne peut que s’incliner devant ce gigantesque kaleïdoscope.

Evidemment, tout cela ne fonctionne pas jusqu’au bout : on se rend rapidement compte que les six histoires ne sont pas aussi liées qu’on l’espérait, que la dernière vire au kitsch en combinaison blanche et que le message général est d’une innocence qui confine à la niaiserie (“Si tout le monde est gentil, le monde va mieux et si tu n’es pas heureux, tu le seras dans une autre vie”).

Et puis ça dure, et c’est vrai qu’on s’ennuie un peu, pour peu que le siège soit pas très agréable et la salle trop chauffée. Mais une semaine après, on se demande encore ce qu’on a pensé de cette histoire qui nous hante. Ce qui n’arrive jamais avec un film de Jude Apatow.

En Bref : Il faut aller voir Cloud Atlas. Parce que c’est un peu raté, mais plus ambitieux que tout ce que vous verrez au cinéma cette année. Parce qu’il y a de véritables moments de grâce dans ce monticule de cinéma et parce que ses auteurs semblent faire une telle confiance dans leurs spectateurs qu’on a pas envie de les décevoir.

Et puis aussi, parce qu’ils ont raison, malgré les quolibets : si tout le monde était un peu plus gentil, le monde serait probablement plus chouette. En tout cas, la ligne 13 serait plus facile à vivre.

Spring Breakers. Miami vide.

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Faut-il aller voir Spring Breakers ?

C’est l’histoire de quatre meufs qui vont faire la fête en Floride parce que c’est trop cool. C’est l’histoire des ados qui prennent des trucs pour trouver quelque chose. C’est surtout l’histoire de rien. Du grand rien qui résonne dans notre époque.

Cette histoire, c’est ce que mon colloc Doudi appelle le festivisme (en citant un mec qui s’appelle Philippe Muray) : Avant l’homo sapiens sapiens savait qu’il savait. Aujourd’hui l’homo festivus festivus fait la fête parce qu’il fait la fête. Comme la vie n’a pas de sens, que l’avenir est foutu et que les ours disparaissent, autant se bourrer la gueule et sucer des bites.

C’est fort. La jeunesse désespérée, la recherche de l’absolu, le passage à l’âge adulte. Vu d’ici, on dirait presque un bon film.

Pourtant je suis sorti de Spring Breakers avec la fureur, le dégoût et une putain de migraine. Au bout de dix minutes, on comprend que le réalisateur n’a aucun propos, aucune intention et aucun talent. Ça dure deux heures, et en plus ça empire.

Le chef-op secoue sa caméra, sautille, colorise, ralenti, stylise et flou-net à foison pour tenter de créer quelque chose, sans jamais être foutu de faire un plan intéressant ou simplement beau.

A genoux, les critiques m’expliquent que c’est d’la poésie trash, un trip sensoriel, un conte dark et pop qui dénonce la société des consumers. Bande de blaireaux. Les anglicismes sont has-been depuis 2008. Et si ce film est trash, je suis un canard.

Et pourtant il essaie. Il se démène pour choquer le bourgeois. Mais rien n’y fait, Harmony Korine a beau filmer des minettes avec des flingues, des jeunes qui prennent de la coke et des kilomètres de fesses au ralenti, il a juste l’air d’un vieux frustré qui place sa caméra là où il n’a jamais eu l’occasion de mettre sa teub.

Mais surtout, on s’ennuie comme des scouts morts.

Sans déconner, c’est ça le rock n’roll ? Se foutre les seins à l’air sur une plage, rouler une pelle à ta copine et boire du Jack Daniel’s ? Mes couilles putain. C’est juste les années 70. Si ce film est radical, c’est que le monde est un conclave.

Quant à dénoncer. Korine n’y pense même pas. Son film est aussi vain que la jeunesse qu’il croit montrer. Tout le reste, c’est le taf des critiques, qui flattent leur intelligence en voyant du Sartre dans un travelling sur des nichons.

Et même ceux-là sont en plastiques. Car malgré son casting de jeunes filles en fleurs et ses affiches racoleuses, le film ne parvient même pas à être sexy une seconde. Tous les goûts sont dans la nature, mais des barbies qui tirent la langue dans une piscine en se frottant contre un dreadeux blanc, moi ça m’donne plutôt des hauts-le-coeur.

Désolé maman d’avoir dit des gros mots. Mais j’aime trop le cinéma et ma rétine. Et ils viennent d’être salement agressés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Spring Breakers. C’est ce que j’ai vu de plus mauvais en salle depuis l’infâme Sucker Punch. Même pas bandant, même pas choquant, même pas prenant, même pas délirant. Spring Breakers est le manifeste idiot et laid d’un vieux satyre qui n’a manifestement pas digéré un truc dans son subconscient.

Sinon, vous pouvez toujours trouver, comme Serge Kaganski, que c’est “du Godard boosté au Red Bull”, ce qui est rassurant : malgré la crise et le chômage de masse, on peut encore trouver du travail en écrivant n’importe quoi.

A la merveille. Ben afflige.

A la merveille

Faut-il aller voir A la merveille ?

Je n’y fais pas exception, mais les critiques cinéma, quand même, c’est un peu des hypocrites. Après Tree of life, ils sautaient sur place devant le génie de l’avant dernière Palme d’Or. Un an plus tard, une grande partie de ceux qui le portaient aux nues crachent sur le nouveau Malick comme des crevards, Télérama, Libé, les Inrocks et les Cahiers en tête.

“Et alors ?” Me direz-vous. “On peut réussir un film, et rater le suivant.”

“Mes couilles”, vous répondrai-je. A la merveille recense tout ce qu’on a vu dans le cinéma de Malick depuis le début : des jolis plans qui flottent, des oiseaux dans le ciel, des tortues sous l’eau, une absence de dialogue et des voix off relou. A croire que tout le monde vient de s’en rendre compte.

Mais pour une fois, ils ont une excuse : Malick est mystérieux. Il réalise tous les 6 ans et il est invisible partout. Forcément, face à des films un peu éthérés et planants, mais aussi un peu beaux et chiants, (mettons à part la fabuleuse Ligne Rouge, qui est sur mon étagère dvd des meilleurs films du monde) tout le monde se posait la question classique : soit ce mec est un génie absolu, soit il est complètement con.

Et alors ?

Au fur et à mesure que sa carrière avance, on se rend compte que Malick utilise un peu la technique de mon pote Antoine pour serrer des meufs : parler peu et bizarrement pour jouer le mec chelou, alors qu’au fond, il n’a pas grand chose de révolutionnaire à dire.

Et c’est le cas. Les personnages d’A la merveille marchent en rond dans des cadres superbes comme les danseurs d’une oeuvre d’art contemporaine, le chef op semble avoir pour mission d’interrompre les plans dés qu’un oiseau traverse le ciel et tous les dialogues sont couverts par du vent et des voix off.

Ces dernières, toujours omniprésentes, sont particulièrement teubés. Les héros se demandent “où on est quand on n’est pas là” et remercient “l’amour de nous aimer. Toujours.” sur des interminables séries de beauty shots où le soleil semble être perpétuellement en train de se coucher.

C’est vrai, parfois, on flirte avec la poésie, et les images sont superbes. Mais au fond, on s’emmerde et on se rend cruellement compte que l’homme que l’on prenait pour un génie n’a pas grand chose à dire, et une vision un peu niaise des femmes sautillantes et des hommes silencieux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir A la merveille. C’est très joli, mais vain, long, vide et à la limite du ridicule, voir même derrière.

Comme si Terrence Malick avait décidé de caricaturer son propre style. On dirait presque les blagues des inconnus sur le cinéma français. Mais ça au moins c’était plié en deux minutes.

No. Les pantins de Pinochet.

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Faut-il aller voir No ?

C’est le Chili. Pinochet organise un référendum pour faire croire à tout le monde qu’il n’est pas un dictateur : la preuve, chaque jour, l’opposition peut parler 15 minutes sans aller en prison. Sauf qu’un jeune publicitaire à la mode décide d’occuper cet espace, non pas pour se plaindre, mais pour faire des blagues.

Je suis hyper en retard dans mes critiques, c’est terrible, alors je vais speeder.

Donc en gros, c’est Gael Garcia Bernal qui décide de lutter contre la dictature Pinochiste en réalisant des pubs débiles. Logiquement, tous les militant de gauche sont atterrés : ils aimeraient plutôt utiliser leur quart d’heure de liberté pour parler des exécutions sommaires, des spoliations et de l’ineyoustice, mais personne les regarde parce que c’est trop relou.

Loin des films politiques à trompettes, cette histoire pose un regard intelligent et cynique sur la démocratie, sans trop se tirer sur l’élastique. Faut-il saouler les gens en leur racontant la vérité au risque de pas être élu (genre un peu comme Jospin) ou faut-il leur mentir comme un arracheur de dents pour leur vendre du rêve et choper le poste (style Chirac) ?

Le film conseille la deuxième solution, sans aller aussi loin qu’ici : évidemment, pour lutter contre un dictature meurtrière, tous les moyens sont bons. Dans No, ce n’est pas la réflexion politique qui prime, mais le combat de communicants et l’émergence de la publicité. Au-delà du fond, c’est surtout une chouette histoire, menée avec du rythme et une belle montée en puissance, tout en nous épargnant les poncifs et autres histoires d’amour inutiles.

Finalement, au milieu de cette semaine pourrie, No est largement au-dessus de la concurrence. Mais il lui manque malgré tout la petite étincelle qui aurait pu lui permettre de transcender son statut de “petit film bien coolos”.

En Bref : Il faut aller voir No. C’est un petit film bien coolos. Bien mené, intelligent, rythmé et assez novateur, ce long-métrage chilien se permet même de tirer la quintessence d’une caméra pourrie pour créer une ambiance très vintage et de jolies images aux couleurs diffractées.

Maintenant, on a un peu l’impression de passer une heure et demi coincé dans un Instagram. Et au milieu de toute cette hype, on aurait aimé un peu plus de poésie.

Voilà.

Au bout du conte. Duo en bas.

au-bout-du-conte-2012-13Faut-il aller voir Au bout du conte ?

J’aime énormément Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Parce que j’ai grandi en regardant Un air de famille en boucle, parce qu’ils sont brillamment méchants et parce qu’ils jouent aussi bien qu’ils écrivent, c’est à dire : très.

Je tenais à la dire, avant ce qui va suivre.

Un moment, les mecs, il faut se poser la question de savoir si on fait du cinéma. La caméra peut-être fixe, mobile, en plan large ou serré, mais si elle sert juste à capter ce qui se passe au milieu du décor, c’est du théâtre filmé.

Mal-filmé d’ailleurs. Les plans flottent tous, hideux, mal-pensés, mal-cadrés, voir carrément pas bullés (ça veut dire pas droits, mais involontairement) et sans une esquisse d’intention de réal derrière. Et n’allez pas me dire que les effets de peinture dégueu qui servent de transitions sont réussis, mon neveu fait mieux avec Magix Video Deluxe.

Bon, c’est du théâtre filmé. Pas grave, tout le monde se fout des cadrages en règle générale. Mais au moins il y aura un bête de scénario et des acteurs au poil. Right ?

J’aurais pu m’organiser un auto pour/contre pour répondre, mais on va faire plus simple : si on devait remonter Au bout du conte, on couperait tous les plans sans Bacri et Jaoui, et on ferait un excellent court-métrage.

Comme d’hab, le vieux râleur et la fille paumée reprennent leurs rôles à la perfection. Bacri fait merveilleusement bien la gueule, Jaoui est une cruche magnifique, on rigole beaucoup et on oublie presque le reste.

Mais le reste existe. Et c’est terrible.

Pour se donner l’impression d’innover, les scénaristes accumulent les références aux contes. Elles surgissent avec la finesse d’un tank dans un monastère : Un mec perd une chaussure en sortant de soirée, le petit chaperon rouge se fait pécho par le loup qui s’appelle Wolf et la méchante reine bouffe des pommes en faisant de la chirurgie esthétique.

Au premier rang, la scandaleuse Agathe Bonitzer continue de prouver, après Léa Seydoux, qu’il ne suffit pas d’avoir un papa dans le cinéma pour hériter de son talent. Mauvaise du premier plan au dernier, elle participe activement à rendre ce film étouffant et vain.

Une pièce de théâtre donc, mal jouée, et pas très bien écrite. Heureusement que le siège était moelleux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au bout du conte. C’est visuellement très laid, globalement mal écrit et peuplé d’acteurs mal dirigés.

Mais au milieu de cette série de saynètes très moyennes, celles avec les Bacri-Jaoui se hissent parmi les moments les plus drôles du cinéma cette année.

Le contraste, peut-être.

 

Wadjda. A voile et à peur.

Wadjda

Faut-il aller voir Wadjda ?

Wadjda est une petite fille dans un pays sans petites filles. C’est l’Arabie Saoudite. Quand elle sera grande, elle pourra faire la cuisine et des enfants. Mais Wadjda préférerait faire du vélo.

Après l’excellent Syngué Sabour, les pays enfoncés dans l’islam radical font à nouveau entendre leur voix. Une voix féminine, paradoxalement. On peut en déduire deux interprétations : ces territoires sont si reculés qu’ils n’ont pas encore découvert l’appartenance des femmes à la race humaine, et ils commencent très lentement à s’ouvrir et à raconter des histoires.

Forcément, toute la critique parisienne ressent des spasmes de joie devant un film pareil. Les journaux de gauche sont contents parce qu’il y a du sable et les canards de droite peuvent à la fois prouver qu’ils sont des humanistes et continuer de vendre leur came flippante.

Et au risque de décevoir nos amis les cyniques, on est obligé d’être un peu impressionné par la meuf : faire un long-métrage dans un pays où il n’y a pas de cinéma, en dirigeant son équipe d’hommes en étant elle-même cachée dans une camionnette, où à tout les coups, il faisait chaud ; on est obligé de respecter.

Au-delà de ça, Wadjda dépasse son statut étouffant de “premier film saoudien réalisé par une femme”. Souvent, quand un pays s’ouvre au cinoche, c’est parce qu’un naze avec une caméra DV a filmé ses potes qui parlent politique en fumant des clopes dans un cinéma porno. C’est à chier, mais Les Inrocks adorent et on reste là. Mais cette fois il y’a une vraie réalisation et un scénario plutôt fin.

Loin d’un plaidoyer classique et trop évident sur l’apartheid imposé aux femmes saoudiennes, Haïfa al Mansour raconte une histoire assez lumineuse, non dénuée d’humour et plus portée sur l’ironie mordante que le pensum lourdaud. Derrière les blagues et les jeux d’enfants, le portrait perturbant d’une société masochiste où les hommes sont des mômes et où les femmes sont parfois les artisanes du système qui les oppresse.

Malheureusement, malgré de vraies intentions de réalisation, le film manque un peu de rythme et de poésie pour émouvoir au-delà du tableau réaliste. La faute à un scénario pas hyper captivant, mais surtout à une jeune actrice un peu moyenne.

En même temps, diriger des comédiens à travers les vitres teintées d’une camionnette, ça favorise peut-être la confusion.

En Bref : Il faut aller voir Wadjda. Pas seulement pour jouer les soldats de l’art libre en gobant des crevettes dans un vernissage du 6e. Il faut d’abord y aller pour voir un pays où les caméras rentrent au compte-goutte, il faut y aller pour cette histoire touchante et pour la finesse du propos, qui n’ôte rien à sa puissance.

Mais pour voir le même sujet avec moins de réalisme et plus de cinéma, préférez Syngué Sabour.