Le temps de l’aventure. Trompe la morte.

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Faut-il aller voir Le temps de l’aventure ?

C’est un anglais qui déprime à l’enterrement d’une ancienne passion amoureuse. Il rencontre Emmanuelle Devos et ils vont baiser dans un hôtel.

Ach. Emmanuelle.

Comme je suis sûr que tu lis le blog, je voudrais te faire une confession : dans la vie, j’ai dit des choses méchantes sur toi. Comme quoi elle m’énervait ta petite voix, que tu jouais faux parfois et j’ai même boycotté des films parce que t’étais dedans. J’ai fait ça.

Et j’suis pas fier tu sais. J’avais tout faux. Parce que dans ce petit film français tout classique, tu rayonnes sur les images. Parce qu’il a suffit d’une scène de casting, jouée deux fois, pour que tu te révèles tour à tour drôle, touchante et incroyablement juste. Et tu as continué comme ça pendant tout le film.

Il faut dire que tu avais des dialogues bien écrits à réciter et il faut reconnaître que le réalisateur les a inventés pour toi. Surtout, il faut aussi rappeler qu’il est du genre qui aime les longs plans-séquences, de ceux qui laissent les scènes s’épanouir et les acteurs avec.

Mais malgré la prestance internationale de ton partenaire, c’est toi Emmanuelle, qui colore ce film. Et même si ton personnage m’a un peu cassé les couilles vers la fin, à cause qu’il nous énerve à toujours rater son train, je t’ai trouvée attachante et vraie comme la vraie vie, où on rate son train aussi parfois.

Et c’est ça ton histoire, un truc simple, classique et pourtant universel. Ton copain réalisateur filme l’amour sans chercher à nous dire des trucs, avec grâce et originalité et tout cela regorge de jolis moments. Et contrairement à ce que suggère l’image au dessus, où tu folâtres avec Gaby sur le Pont des arts, ton film est loin d’être con, loin d’être fleur bleue.

Et même, c’est beau parfois, quand vous allez faire des roulades dans l’hôtel. Parce qu’on y croit, parce que le réalisateur vous filme avec pudeur et sensualité ; et parce que t’es jolie, Emmanuelle, même si t’as un peu une tête bizarre.

Promis, j’irai voir ton prochain film.

En Bref : Il faut aller voir Le temps de l’aventure. Même si ça traîne un peu, même si c’est pas le scénario de l’année et même si vous avez un a priori négatif sur Emmanuelle Devos.

Derrière son faux air innocent et convenu, le film de Jérôme Bonnel est un carré de chocolat, plein de tendresse, de cruauté, de drôlerie et d’intelligence. Du genre qu’on aimerait voir plus souvent dans le cinéma français.

Promised Land. Oh schiste!

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Faut-il aller voir Promised Land ?

Plutôt mourir ! C’était ma réponse avant d’y aller. La critique est moyenne, le sujet mineur (et minier) et Gus Van Sant nous a habitué à rien, donc on ne sait pas. Et puis bon, après tout, j’ai toujours rêvé des tracteurs.

C’est l’histoire de Matt Damon qui fait le tour des villages américains pour faire des trous dans leurs jardins. Il cherche du gaz, et les gens cherchent du fric. Tout va bien. Mais quand ils se mettent à chercher la vérité, ils se rendent compte que les forages font rentrer du gaz dans l’eau. Et alors, il y a de l’eau dans le gaz.

Bon.

C’est héroïque, ou suicidaire, de s’intéresser à un sujet comme le gaz de schiste. Et pourtant, mon copain Raoul, qui travaille à Reuters, vous dira que c’est très important. Derrière la promesse illusoire d’indépendance énergétique, se déroule un grand massacre écologique.

De manière plus générale, voir-même philosophique (mais tranquilou hein, j’ai compris), le film parle de la fin des paysans et de la destruction des terres arables dans le monde occidental. Ce qui est intéressant sur le papier, et chiant sur pellicule.

Voilà, je pense que vous êtes tous partis du blog pour aller fumer des clopes au clou du girofle à la fenêtre. C’est vachement dur de faire des blagues sur le gaz de schiste, à moins de tomber dans le vulgaire bilingue, si vous voyez ce que je veux dire.

MAIS

Contre toute attente, Promised Land est bien meilleur que sa fausse allure de docu social relou. D’abord, parce que le film prend le pari de raconter l’histoire du point de vue des méchants, sans jamais jouer la caricature manichéenne. Et surtout, parce que les dialogues sont admirablement bien écrits.

Bien interprétée, sobrement filmée, sans être austère, cette histoire tient la route jusqu’aux deux scènes finales. Malheureusement, ces dernières sont copieusement niquées par une révélation un peu moisie et un optimisme gaga qui rompt avec la finesse du reste.

Mais m’avoir intéressé 1h30 en me parlant de gaz naturel, ça mérite déjà le Golden Globe.

En Bref : Il faut aller voir Promised Land. C’est un bon film, bien joué, très bien fait et assis sur un scénario en béton. Sur le fond, le film parvient à rendre d’une réalité poignante et actuelle tout en étant beaucoup moins casse-couille, et beaucoup plus concis, que la phrase que vous êtes en train de lire.

Après, je ne suis pas naïf, je sais bien que si jamais vous arrivez au bout de cette critique, vous irez quand même voir Iron Man 3 à la place.

C’est moche. Mais pas autant que le nouvel album de Phoenix. Triste époque.

 

Perfect Mothers. Sea, sex and sons.

Perfect Mothers

Faut-il aller voir Perfect Mothers ?

C’est l’histoire de deux milfs, qui échangent leurs fils pour en faire des amants.

Wouaaalalala ne fuyez pas ! Pas si vite ! Je sais ce que vous ressentez : encore un film chelou, qui va mélanger les moments gênants, le sexe tristoune, la morale pesante et le psychologisme à deux balles. Encore une réflexion à l’autrichienne dont on va sortir tellement déprimés qu’il ne nous restera plus qu’à se faire un KFC en surfant sur copainsdavant.

Minute.

D’abord, c’est un juste retour des choses. Dans beaucoup d’histoires et tout le long des Champs-Elysées, y’a toujours un croulant qui se tape une minette, et tout le monde trouve ça normal, sous prétexte que c’est un peu la nature, ce genre de conneries. En gros, on nous serine, avec les sourcils scientifiques, que les filles s’attachent moins au physique, que l’homme atteint son potentiel de charme à 40 ans et la femme à 18, et tout un tas de lieux communs bien pourraves qu’on a dû lire dans Elle ou autre précis de soumission à l’usage des femmes.

A ceci, mesdames, je répondrai : Mes couilles ! Même si une partie des hommes (les moins assurés, à mon avis) ne trippe que sur la jouvencelle incapable de les comparer, l’inégalité sexuelle devant l’âge est un mythe vendu par la pub et les marchands de crème anti-âge. Et George Clooney, il bande mou.

Rharf ! Ça faisait longtemps que je voulais écrire ça quelque part !

Alors bon. L’amour, j’vais vous dire, c’est joli, mais c’est violent, pis c’est compliqué. Et une fois qu’on a dit ça. On peut plus dire grand chose sans dire des conneries. Bénie soit-elle, Anne Fontaine ne se risque pas à distinguer le pourquoi du comment, le mal du bien et la morale de l’histoire. Elle raconte.

Et quoi qu’on en pense, ces deux histoires d’amour sont belles. Cruelles aussi. Mais la réalisatrice les raconte sans juger ses personnages, ni les condamner, ni leur offrir de chemin facile pour s’en sortir. Pour les faire ressentir, elle ne tire pas à la ligne, comme souvent dans le film français : elle utilise le cinéma. De mémoire de poisson rouge, il y a un moment qu’on avait pas vu autant de sensualité sur grand écran.

L’été infini. Cette ambiance pleine de soleil, de sel et de peaux nues, qui donne envie à n’importe quel séminariste de baiser des tiroirs. Tout cela est tellement bien filmé par le chef opérateur que l’on quitte la salle plus bronzé qu’à l’entrée. Surtout, cette atmosphère permet d’alléger la pesanteur du sujet, sans pour autant noyer les questions qu’il pose.

Et puis voilà. La réalisatrice nous laisse là, dans un joli traveling. Sans se mouiller peut-être, mais en laissant, sans se bercer d’illusions, une chance à l’hédonisme des héros de profiter d’un dernier rayon de soleil.

En Bref : Il faut aller voir Perfect Mothers. Parce qu’il y a longtemps qu’on avait pas aussi bien filmé le sable et le désir. Parce que le film vous hantera longtemps après le générique. Et parce que les acteurs sont toujours justes (et jolis à regarder).

Tellement ensoleillé, que j’en oublierais presque certaines longueurs dans le scénar, quelques scènes caricaturales et des seconds rôles inégaux.

M’en fous. Il fait beau.

 

Oblivion. Le drone de fer.

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Faut-il aller voir Oblivion ?

Tout les matins, Tom Cruise fait un bisou à sa meuf et il se lève pour parcourir ce qu’il reste de la terre après l’apocalypse. Il répare les drones, il boit de l’eau et il latte des extra-terrestres. C’est la routine.

Un jour, une Russe arrive. Et il faut reconnaître qu’elle est gaulée. Que faire ?

On ne retiendra pas Oblivion. Mais ça ne sera pas à cause de son aspect visuel. Loin des films de catastrophes classiques, celui-ci n’est pas moche. Pour une fois, la terre est plus belle quand elle est cassée : on survole des étendues vides et désolées où la nature a repris ses droits sur les buildings. C’est stylé.

Tom Cruise aussi est stylé. Si on parvient à oublier à quel point c’est un con, on doit lui reconnaître un vrai talent pour incarner les mecs qui pilotent des trucs volants. Le soir, il rentre dans une maison stylée en haut d’un pylône stylé et il déglingue une rousse plutôt stylée dans une piscine panoramique. C’est cool.

Mais une BD sans bulles, ça finit par devenir relou, alors il faut bien écrire un scénar. Arrive la Russe, les révélations, les retournements de situation et tout le tarif qu’on est censé se payer lorsqu’on va voir un film de SF.

Contrairement à ce que suggère le paragraphe supérieur, c’est pas si mal. A l’échelle du reste de la prod US, c’est même presque intelligent. Les personnages sont aussi profonds que des paquets de chips, tout est prévisible et, comme d’hab, le seul motif des méchants est la méchanceté mais l’univers est bien campé et on se laisserait presque porter.

Presque, parce qu’en fait non.

La fin est un peu bête, les personnages féminins sont des caricatures en moon boots et tout cela est tout de même trop lisse pour nous secouer vraiment. Mais il faut reconnaître qu’on a eu quelques haut-le-coeur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Oblivion. Il faut plutôt s’ouvrir une bonne bière blanche et glander au soleil en mangeant des Twinuts avec un bon livre dans les pattes (si, par exemple, on est un loup).

Mais dans le cas où l’on ressent l’envie d’aller voir un film de SF pas trop mal avec un scénario moins débile que la moyenne, quelques jolis plans et un acteur scientologue, le film tombe à pic.

A moins bien-sûr que l’on soit une taupe. Dans ce cas-là on est aveugle, et on creuse des tunnels. C’est la vie.

The Grandmaster. Tigre et dragueur.

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Faut-il aller voir The Grandmaster ?

Ip Man est un beau-gosse du Wing Chun. Sa vie est une longue suite de coups de lattes stylés sous la pluie où il ne perd ni ses combats, ni son chapeau. Lors d’un tournoi de Kung-fu, il affronte les maîtres du Baji, du Guam-guam et du Ping-pong avant de rencontrer Gong Er qui est la championne du Ba Gua et du Tai Chi. Séduit, il décide de la pécho en utilisant la technique du Gong Zen, très prisée des adolescent timides, parce qu’elle consiste à rien foutre.

Si vous êtes fan de Kung-fu, quittez ce blog avec tous mes respects (surtout si vous êtes sixième Dan). Pour les autres, il est temps de s’accorder sur cette vérité bien triste : non seulement personne ne comprend rien aux différentes nuances d’arts martiaux, mais en plus tout le monde s’en branle. On est là pour les “crac”, les “plonk”, les “boum” et les mecs qui marchent sur les murs.

Mais Wong Kar-Wai est plutôt branché par les “plop”, les “ffffhhhh” et le silence. C’est chiant. On a surtout l’impression qu’il passe le film à réécrire son scénario (ce qu’il fait, généralement) en hésitant entre la fresque historique, le film de combat et l’histoire d’amour violonisante. Bon.

Après tout, au départ In the mood for love était censé être un film sur l’influence de l’autocuiseur dans les relations amoureuses. Sauf que cette fois, le mélange ne prend jamais. Wong nous saoule avec les subtilités du kung-fu, détaillant la danse du kangourou, la sagesse du crocodile et le baiser mortel du dragon pendant qu’on s’emmerde en regardant ma Rolex (on était à Boulogne).

Censé faire le portrait du maître de Bruce Lee, The Grandmaster ne nous apprend strictement rien. Le mec a un chapeau. C’est dans le premier plan, mais à la fin du générique, on en sait guère plus sur lui. Le reste du temps, on se tape des histoires parallèles alambiquées, aux enjeux un peu flous et à l’intérêt inégal. Zhang Ziyi traîne avec un moustachu et un singe en faisant la gueule pendant qu’un type appelé “La lame” égorge un coiffeur sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.

Au côté de ce scénario qui boîte, on pouvait attendre de Kar-Wai qu’il livre une belle image, des combats singuliers et des couleurs incroyables. Et en fait, bof. Les bagarres sont bien réalisées, sans casser trois pattes à un tigre, mais ne surprennent jamais. Elles arrivent avec la rigueur métronomique des pipes dans un porno, sans receler beaucoup plus d’intérêt.

Quant à l’image, elle se la raconte et souffre d’un gros délire de post-prod : au lieu de faire des jolis cadres, Kar-wai recouvre son film d’effets dégoulinants. Et un quart des plans sont retravaillés avec l’effet Strobe que j’utilisais déjà sur la DV-cam de mon beau-frère Philippe pour faire film d’horreur. Mais c’était en 1998.

Au Pathé de Boulogne, la direction s’est chargée de prévenir les spectateurs à l’entrée de la salle : “Si l’image est moche, c’est une volonté artistique” clame peu ou prou un message collé sur la porte. J’y aurais rajouté une ligne :  « si le scénario est con, c’est une volonté commerciale”.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Grandmaster. C’est décousu, pas très beau, assez chiant et complètement vain. Même le grand tableau de l’histoire chinoise qui aurait pu être intéressant ne sert que de fond vert pour y incruster des galipettes stériles.

Stérile, comme l’histoire d’amour centrale, qui rappellerait presque l’excellent In the mood for love sans les combats. Mais à l’époque, Wong Kar-Wai avait encore le bon goût d’être fauché. Misère…

Effets secondaires. Xanax la menace.

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Faut-il aller voir Effets secondaires ?

C’est l’histoire d’une fille déprimée avec un accent slave et d’un psychologue enteté, avec un accent circonflexe. Quelqu’un tue quelqu’un mais c’est l’autre qui se retrouve dans la merde. A moins que la troisième n’ait tout manigancé, sauf qu’en fait tout est faux, mais j’ai pas bien compris.

On aime beaucoup Steven Soderbergh par ici. Même quand le type ne fait aucun effort, ses long-métrages ont plus de gueule que n’importe quel César du meilleur film.

Mais comme disait Stephen Hawking, il n’y a pas que l’apparence dans la vie. Enfin c’est ce que j’ai cru entendre.

Bon bon bon… ça va plus du tout là. Pas écrit de critique depuis une semaine, j’suis tout rouillé. Vannes de merde, accroche molle, si je chute sur une référence pédante, Télérama va me proposer un CDD. Faut que je me reprenne.

Donc c’est beau. Y’a du flou, du net, du entre-les-deux, de jolis mouvements et des plans-séquences qui glissent. Mais pas que. Contrairement à Magic Mike qui nous en foutait plein la gueule sans se fouler, Effets secondaires se permet aussi quelques passages bien moches, qui sentent un peu le manque de moyen et l’éclairage à l’arrache.

En même temps, la plupart des lecteurs se foutent pas mal de l’image. Et en même la plupart des lecteurs, ne lisent pas ce blog. Et en même temps je fais ce que je veux, c’est chez moi, si j’ai envie d’écrire “poivron”, je l’écris, et chez eux, des gens que je connais pas pourront lire “poivron”.

L’image est inégale donc, mais les critiques m’assurent que le scénario est censé nous coller au siège. C’est vrai qu’il fonctionne plutôt bien, et qu’associé à une musique entêtante et à l’air hagard de Jude Law, il pourrait presque nous faire froncer les sourcils dans le mystère. Mais encore une fois, certains passages sentent un peu trop la dilettante pour que le tout soit percutant.

Je rentrerais bien dans les détails, mais ça m’saoule, et en plus ça niquerait la surprise. En gros, il y a un gros vide juridique dans la dernière partie, pas mal d’imprécisions sur le contrôle des patients en cliniques-prisons et malgré tout, on devine la fin longtemps avant d’en voir les oreilles.

Surtout, le réalisateur a la main lourde sur les clichés : un transfert psychologique qui vire à la relation lesbienne, à peine digne d’un fantasme d’ado, le bon-vieux coup de la discussion révélatrice, suivie d’un “Hop j’avais un magnétophone dans ma culotte” et l’éternelle histoire du héros qui se noie dans son enquête alors que sa femme ne le reconnaît plus tellement qu’il a oublié d’aller chercher le petit à l’école.

En gros il faisait beau, alors Steven a fait un film. Mais un moment il faut taffer, si on veut faire autre chose que des romans de gare bien gaulés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Effets secondaires. C’est joli, pas trop mal rythmé et bien interprété. Mais le scénario allie une grande ambition avec des moyens moyens. Au-delà de ça, je crois qu’on en a un peu marre des histoires de thriller et de manipulation qui font le maximum pour nous surprendre à la fin, au lieu de s’atteler à écrire une bonne histoire.

Et je sais bien que l’arrivée du soleil n’est pas une excuse pour écrire n’importe quoi sur ce blog. Mais ça fait tellement de bien…

Poivron.

Des gens qui s’embrassent. Famille je vous haime.

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Faut-il aller voir Des gens qui s’embrassent ?

C’est deux familles. Les premiers sont des juifs qui mangent du porc, font du yacht sur la côte, claquent plein d’argent et en gagnent encore plus. Les deuxièmes sont des juifs qui mangent du pastrami, vivent modestement et jouent du violoncelle dans des orchestres plus ou moins philarmoniques.

Le premier point commun de ces deux familles, c’est qu’elles détestent la famille d’en face. Le deuxième, c’est qu’elles partagent le même grand-père. La surprise en revanche, c’est que les cons ne sont pas forcément du côté où on les imagine.

Difficile de classer le film de Danièle Thompson dans une catégorie : film choral et ambitieux, Des gens qui s’embrassent parle d’amour, de frères, de judaïsme et de deuil, mais d’abord de famille, et à travers elles, des oppositions radicales entre les gens qui s’embrassent mais qui ne pourront jamais s’entendre.

La grande force du scénario, c’est de jouer avec des clichés, sans tomber dans la caricature. Lorsque les deux frères, si opposés, s’engueulent, on est bien incapable de choisir son camp. L’orthodoxe hardcore est aussi un oncle affectueux et intelligent, mais le nouveau riche flambeur est bien plus généreux et drôle.

On peut trouver le tout un peu naïf, pour peu qu’on déteste sa propre famille, mais au final, on ne peut qu’aimer un film qui aime autant ses personnages. Ces derniers sont inégaux : Merad et Elmosnino sont impeccables, de Lâage est magnétique mais Boublil est fade quand Bellucci galère pour ne pas être aussi caricaturale que son rôle.

On s’en fout, on sourit beaucoup, on rigole à plusieurs reprises et on s’émeut devant la grande capacité du film à passer du vaudeville marrant à quelque chose de plus profond et grave.

Et puis il y a la très belle histoire d’amour, qui m’a fait des gouzis. Mais j’ose pas en parler, je vais encore passer pour un mec fleur bleue.

Alors que j’suis un bonhomme.

En Bref : Il faut aller voir Des gens qui s’embrassent. Parce que je tape trop sur les films français pour ne pas défendre ceux qui sont bons. Fine, mordante, ryhtmée et bien écrite, cette comédie dépasse les limites de son genre pour dire des trucs intelligents, sans jamais juger ses personnages.

Maintenant, si vous êtes pas d’accord, c’est peut-être parce que la production ne vous a pas offert une bouteille d’eau lors d’une avant-première so VIP. Dans ce cas-là, vous pourrez toujours dit que j’ai rejoint la liste interminable des blogueurs corrompus.

Les coquillettes. Amies cuites.

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Faut-il aller voir Les coquillettes ?

La presse parle d’un film girly. C’est débile. On décrit pas les James Bond comme des films de bonhomme. De toute façon, genrer les choses, c’est un truc de blaireau. Mais bon, comme Laracrotte vient de m’interdire de vous bassiner avec mes opinions, je vais aller directement au fait.

La dernière fois que j’ai vu un film que tout le monde trouvait girly, c’était Tout ce qui brille. C’était cool. Plein d’humour, de finesse et d’intelligence. Alors poum, j’ai réessayé d’en voir un, un jour qu’il faisait trop beau pour sortir dehors.

C’est l’histoire de trois potes, qui font du cinéma, écument les festivals mais surtout les cocktails, pour essayer de rouler des pelles, éventuellement à Louis Garrel. C’est tout.

Le premier avantage du film, c’est de prouver aux garçons que malgré leurs dégaines de princesses, les filles aussi sont des gros looseuses, qui galèrent pour pécho, qui se ridiculisent devant l’homme idéal, et finissent par attraper des tocards en dépit de cause.

Le problème, c’est que ces trois là sont particulièrement pathétiques. Comme elles, le film est parfois drôle, mais plus souvent lourd, caricatural, fatiguant, mal fagoté et répétitif.

J’ai beaucoup de respect pour les gens qui font des films avec trois euros, mais on ne peut pas toujours planquer le manque d’idées et de moyens derrière des concepts (des gros plans moches, des voix-off mal posées et des dialogues post-synchronisés à l’arrache, bof).

Car finalement, derrière les soirées arrosées et les virées pathétiques de ces héroïnes antipathiques, il n’y a pas grand chose sinon de la solitude, beaucoup de vanité et une montagne d’égoïsme.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les Coquillettes. C’est parfois rigolo, pas toujours idiot et ça nous change un peu des filles parfaites et immaculées vendues par le cinéma industriel, mais ça suffit pas pour faire un film. Pour ça il faut avoir quelque chose à dire.

C’est terrible ça. Depuis que les artistes ne crèvent plus la dalle, ils sont moins bons. Tout le monde parle du même truc : l’égoïsme du moi, la cinématographie du cinéma, la chaisitude des chaises et la vacuité du vide.

Et en plus j’ai un vieux mal de crâne.

Jappeloup. Crazy horse.

Jappeloup

Faut-il aller voir Jappeloup ?

Il y a un truc avec les gens qui aiment le cheval : ils aiment beaucoup le cheval.

Pas seulement le ride et le feeling du cow-boy : ils aiment regarder le cheval, l’odeur du crottin de cheval dans l’herbe fraîche, la beauté élancée des muscles chevalins du cheval qui saute et Dieu vous préserve si vous leur faites comprendre que vous aimez aussi le cheval, pour peu que les lasagnes soient bien assaisonnées.

Les amateurs de chevals sont des intégristes, à tel point que beaucoup se mettent à les préférer aux êtres humains, partent s’exiler dans le Nevada et finissent par parler aux arbres en s’accrochant des pinces crocodiles sur la pomme de pin.

Pas que j’ai un jugement à l’égard de leur passion, mais pour moi l’équitation c’est juste un truc d’aristocrates qui s’auto-pètent la rondelle en sautillant sur des steaks, déguisés en majorettes avec des casques hideux et des leggings moulants. C’est pas mon truc. Mais comme disait Voltaire : “Chacun son truc” et il savait de quoi il parlait, si vous voyez ce que je veux dire.

À part cet à priori objectif, je dois confesser que je ne suis pas fan de Daniel Auteuil (Hey Dany suffit pas d’articuler lentement pour camper un personnage, surtout quand c’est le même depuis 20 ans.). Je suis également sceptique à l’égard de Marina Hands, je me méfie de Jacques Higelin en acteur et j’ai du mal à supporter Guillaume Canet ou sa femme, malgré leurs efforts salutaires pour apparaître dans des films que je ne vais systématiquement pas voir.

Pour finir, j’aime pas beaucoup le sport, ni la compèt’ et encore moins ceux qui les pratiquent ou les encouragent. J’ai des haut-le-cœur dans les stades, je suis allergique aux animaux et les jeux Olympiques me font plus penser aux films de Leni Riefenstahl qu’à la flamme de l’effort. Néanmoins, je suis un fervent supporter de Brest même si je suis incapable de citer un seul joueur y ayant officié.

Tout ces éléments nous prouvent trois choses : je suis infoutu d’orthographier cheval au pluriel, cette critique respire la dilettante et il n’y a quasiment aucune chance que Jappeloup me plaise.

Et pourtant…

J’ai trouvé ça nul. Mais tout compte fait, moins nul que prévu. Le héros est un con, sa femme est une héroïne et son cheval à l’air sympa, ce qui compense un peu la platitude psychologique de l’ensemble. On s’emmerde un peu, mais les images sont pas dégueulasses et on vibre presque quand le cannasson saute des piscines.

Heureusement, les critiques ont pris soin de bien nous raconter  a l’avance les victoires et les défaites du héros, histoire de ruiner le suspens des ignares comme moi et ton cousin, qui ne passent par leurs étés à s’abrutir devant France 3.

Voilà. C’est pas terrible, mais compte-tenu du contexte, c’est pas pire que de passer sa soirée au KFC, en tête à tête avec des poulets morts.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Jappeloup. À moins de tripper sur les chevaux, le sport ou le double-menton naissant de Guillaume Canet.

Pas un nanard, ni un film vraiment sympathique, ce long-métrage s’oublie à mesure qu’on le regarde. Et c’est pas plus mal, parce que je m’en suis déjà remis, alors que j’ai encore des douleurs crâniennes quand j’entends les mots “Spring Breakerssortir de la bouche d’un hipster.

PS : Big Up au sportif qui me lit, je te charrie par jalousie : moi je suis gaulé comme une fourchette. Allez, retourne vite dribbler, si tes potes te voient en train de lire, ils vont penser que t’es gay.