Only God Forgives. Pas de taille.

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Faut-il aller voir Only God Forgives ?

Attention, je vais peut-être légèrement spoiler dans cette critique. Si tant est que l’on puisse parler de spoil dans un scénario sans surprise. En revanche, je compte bien gâcher le film à ceux qui l’ont aimé.

Hihi.

J’ai menti dans le paragraphe précédent : j’ai dit “scénario”. Il fallait comprendre “mes couilles”. L’histoire d’Only God Forgives tient sur un petit post-it : “Toutes les femmes sont des putes, dans lesquelles les hommes cherchent une mère, la violence c’est délire, mets ton doigt dans ma bouche”.

Tout ça n’empêche pas un journal qui pense de voir une “distance documentaire” dans “un film labyrinthique terriblement intelligent” avant de conclure que Gosling est “le plus grand acteur de tous les temps de la galaxie du monde”, ce qui prouve qu’on peut bosser pour Libération en ayant un QI inférieur à son âge.

En fait, comme l’insupportable Drive, ce film divise les cinéphiles en deux catégories : ceux qui pensent que le cinéma est une association entre de la musique et des couleurs, et les autres. Les amateurs d’histoires, de propos ou d’émotions quelconques font partie des autres.

Film vide donc, mais joli film. Les lumières sont stylées, les plans sont symétriques et il arrive même que cet esthétisme confère une forme de poésie à l’ensemble. Si tant est que l’on puisse en trouver dans le meurtre et la prostitution des mineures.

De la poésie, nos amis les critiques en ont trouvé aussi dans la dialectique mollement freudienne du dernier tiers, où l’on voit Gosling découper le ventre de sa mère pour y plonger la main. Il est vrai qu’elle vient de décréter qu’il avait une “plus petite bite” que son frère.

Je crois que c’est à peu près à ce moment là que mon cerveau s’est éteint.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Only God Forgives. C’est très con, très vain, très rien. Ça fera bander les chef op, les hipsters et les nostalgiques des Khmers rouges.

Mais si vous pensez que c’est du cinéma, passez plutôt votre soirée devant les clips d’MTV. Il y a plus de propos dans les phases de La Fouine que dans les films de Refn.

En ce qui concerne l’intelligence, ça se vaut.

15 thoughts on “Only God Forgives. Pas de taille.

  1. “l’insupportable Drive”, ça laisse donc déjà la porte ouverte à un préjugé plutôt négatif sur “Only God forgives” avant de prendre son billet.
    à titre perso, j’ai bien aimé Drive sans l’encenser, et au vu des premiers retours négatifs sur “OGF”, je partais pessimiste mais fus agréablement supris.
    Je comprends complètement que ce film puisse trouver nombre de détracteurs
    D’autres le défendront peut-être corps et âmes en criant au génie.
    Je suis en vérité partagé sur le sujet, le film se situant entre le film d’étudiant chiant, l’oeuvre auteurisante de branlos avec son lot de références freudiennes foireuses, le génie esthétique à tout va, et la série B qui n’est pas pour me déplaire.
    Mais in finé, j’y ai pris un vrai plaisir dans mon fauteuil : outre la beauté indéniable des plans, aucun personnage n’est bon, le “héros” et le “méchant” ont des vraies gueules, un vrai charisme qui cristallise l’attention, et une opposition à distance que j’ai adorée, tout comme leurs rencontres et leur combat.
    Du vrai cinéma.
    Les hallucinations m’ont ensuite plus gonflé qu’autre chose, mais ça passe.

    Bref, dur d’en tirer un avis aussi tranché que certaines parties du corps des personnages, c’est un film bâtard qui divisera légitimement, et je pense que si on n’est pas rentré dedans au bout de 5 minutes, oui, on peut sortir de la salle, mais ce serait dommage…ça ne dure qu’une heure trente.

    • Aussi surprenant que cela puisse te paraître, je partage ton avis : contrairement à Drive, qui faisait mine d’avoir un scénario et de nous toucher avec une histoire de mère-fils banale, OGF ne prétend presque pas penser. Et c’est vrai qu’il y a vraiment quelque chose dans ces longs travelings stylisés et ce héros amorphe.
      Trois choses nous séparent en revanche :
      – Le prétendu “charisme” des héros, que je ne vois pas vraiment dans le méchant, son visage inexpressif et sa démarche molle
      – Les combats, que je trouve pas terribles, surtout la branlée de Gosling
      – Les références freudiennes : tu les trouves nazes et oubliables, moi aussi, mais je trouve que leur ridicule non-assumé empiète tellement sur le film, que tout le reste en perd en crédibilité.
      Et de manière générale, je suis rarement emballé par la violence gratuite. A ce titre la scène de “l’acupuncture forcée” est particulièrement gerbante, sans toutefois être très intense.

  2. Tu connais mon point de vue sur Drive. À une époque, les doctes critique de Le masque et la plume considéraient avec dédain le cinéma du grand Sergio Leone. J’espère que tu réviseras ton jugement rascal !
    Je vois plusieurs bonnes raisons d’aimer Winding Refn :
    1-On peut dire beaucoup de choses en fermant sa gueule (et donc faire de l’anti-Tarantino) ; la haine sourde du personnage vaut tous les “fuck” du monde ;
    2-Drive est un western urbain (avec un cowboy taiseux, une caisse en guise de monture et une sale bande d’outlaws qu’il faut dézinguer) et le western est un genre immense.
    3-La vengeance est le meilleur ressort dramatique derrière l’amour, et Drive est une putain de belle histoire de vengeance.
    Je suis un peu hors sujet puisque tu parles de Only God Forgives, mais j’ai plus le temps d’aller au cinoche.
    En attendant, je vais revoir Et pour quelques dollars de plus…

    • La comparaison Leone / Refn me semble se valoir globalement. A ceci près qu’aujourd’hui, les critiques bandent pour Drive et OGF alors que le bon peuple s’emmerde (surtout dans le deuxième). On pourrait donc dire qu’à l’époque de Leone, les critiques aimaient le Refn de l’époque. Très franchement, je ne suis pas sûr qu’il restera grand chose de son cinéma, simplement parce qu’il n’y a déjà pas grand chose dedans. Mais il est possible que je me gourasse totalement.
      En tout cas, c’est vrai que les westerns (que je vénère) aiment ces héros taiseux, violents et secrètement bons. Il faut probablement que je revois Drive pour affiner la comparaison. Mais l’émotion ressentie en face n’a rien à voir avec la puissance d’Il était une fois dans l’ouest. Mais est-ce la nostalgie qui parle ?
      Comme moi aussi j’aime les points, je vais en faire, rascal :
      1. Je pense que Drive et encore plus OGF ne disent pas grand chose en fermant leur gueule. Ou alors, rien que Freud n’ai jamais dit, en moins con.
      2. Les personnages de Tarantino ne disent rien en parlant beaucoup, mais au moins on s’emmerde moins.
      3. La vengeance, comme l’amour, ont été sur-utilisées au cinéma, leur efficacité est à double-tranchant, car quand ça rate, c’est la cata. Et franchement, après Old Boy, il est difficile de parler de vengeance sans pâtir de la comparaison.
      Pour le reste, prends le temps d’aller voir le film et revient ici, mais je te préviens, tu vas peut-être te rendre compte que le Danois était un escroc.

      • Juste une remarque concernant cette discussion (assez intéressante pour le coup), Winding Refn n’a pas non plus commencé sa carrière par Drive, qui n’est pas en plus, selon moi, son meilleur film (Arrivera-t-il à dépasser sa trilogie Pusher ?). Dans toute cette discussion, il n’y a que Drive qui ressort. Drive mon zob ouais. Le fameux personnage “taiseux” de Only God Forgives et de Drive est déjà présent dans Walhalla Rising (en prenant juste cette exemple). D’ailleurs, la première comparaison qu’on peut faire avec Only God Forgives en piochant dans la filmo de Winding Refn, c’est justement Walhalla Rising : des travellings lents, des pano lents, de la musique lente. Walhalla Rising, c’est comme fumer du cannabis à fort taux de THC. Dans Only God Forgives, c’est pareil.
        Winding Refn n’est assurément pas le cinéaste le plus bavard au monde. Car toujours il touche à quelque chose qui est du domaine du mythe. Et dans les mythes, on retient les actions. Only God Forgives, c’est de la mythologie grecque. Les mères branquignoles, c’est pas Freud. Freud mon zob ouais. Clytemnestre et Jocaste, c’est autre chose que le barbu frustré fumeur de cigare.

        Le Règne n’aime tout simplement pas le cinéma de Winding Refn, ce qui n’est pas infamant en soi. après, il est un peu facile de reprocher à un film ce qui fait justement l’essence du cinéma du réalisateur.

        Petite question en passant : Le Règne n’aime pas Danny Boyle je suppose ?

        Tout ça n’est pas très construit, mais c’est écrit avec le coeur, comme quand j’ai composé Jules et Jim.
        Georges

        Ah et sinon, les Khmers Rouges, c’est le Cambodge et pas la Thailande. Ou alors y a un jeu de mots, mais je suis pas très jeux de mots. Les Nazis c’est pas la Belgique et les Bolcheviks c’est pas la Suisse. Mais je suis compositeur, pas historien.

        • George,
          1. Pour les Khmers rouges, je sais. Et pourtant il n’y a pas de jeu de mot. Va comprendre.
          2. Je ne suis pas sûr qu’Oreste mette la main dans le ventre de Clytmnestre.
          3. J’ai aimé Danny Boyle très fort, mais on est un peu en froid depuis un moment.
          4. J’ai aussi aimé Refn, mais je commence à en avoir marre, la preuve : http://www.leregnedelarbitraire.fr/2010/03/14/448586975/
          5. Les mythes, mon zob
          Bisou.

  3. Rien à ajouter!
    Juste: merci, grâce à toi je regrette un peu moins d’avoir perdu du temps et de l’argent à aller voir ce film. Au moins, ça m’aura permis d’apprécier à sa juste valeur ta critique et donc de me marrer pour oublier (enfin, s’il y a quelque chose à retenir..)! ; )

    • Juste, de rien. Grâce à toi, j’ai l’impression de pas être complètement dans le faux : depuis un moment, mon blog est le rendez-vous des Gosslingers (versions adulescente des beliebers et autres directioners, dans quel monde vivons-nous…)

      • j’ai revu la bande-annonce de OGF et je fus pris de sensations orgasmiques nostalgiques, comme quoi le son et les images m’ont quand même bien touché.
        Ça ne me fait pas adorer le film, mais on est dans le sensoriel, et alors qu’une collègue est arrivée au bureau en disant “j’ai A-DO-RÉÉÉÉÉÉ”, je n’arriverais peut-être pas à en dire autant mais je serais hypocrite en essayant d’en dire du mal.
        1- Drive et OGF au final ne racontent peut-être pas grand chose (un peu quand même) et j’en ai rien à carrer de Ryan en dehors de la pellicule, mais ils m’ont fait vivre un moment de cinéma, ça tombe bien, c’est pour ça que j’étais venu.
        Je pense qu’en streaming je peux zapper au bout de 10 minutes.
        Plusieurs personnes face à une même peinture abstraite peuvent se faire chier ou être inspirés, ça ne se commande pas.
        OGF peut légitimement passer pour du gros foutage de gueule, je l’accepte, j’ai eu le malheur/bonheur d’y adhérer (sauf cette main dans le ventre…).

        Dans un genre différent, L’intro de Mélancholia m’a habité longtemps, le reste du film beaucoup moins et pourtant c’est ce qui était peut-être le plus intéressant (peut-être).

        après, j’avoue ne pas du tout connaître la filmographie de Refn, donc je ne vais pas argumenter de manière cinéphilique, de toute façon ça existe pas ce mot.
        Pour revenir aux références tarantino et Léone :
        1. Tarantino est bavard en vrai et en film, se regarde filmer, et s’écoute dialoguer. ça devient auto-parodique (la scène de Di Caprio + Crâne dans Django m’est juste insupportable tant c’était une scène prévisible). Il devient chiant alors qu’il se veut passionnant. Certains aiment car “c’est du Tarantino”, d’autres détestent parce que justement “c’est encore du tarantino”, et je pense que si Refn me fait un 3ème film de la sorte, je pourrais sortir au milieu de la scéance avec le même énervement que me procure Quentin. (j’ai beaucoup aimé la 1ère moitié de Django, le reste j’ai déconnecté)
        2. Léone allie des images, des silences, et des répliques indélébiles et je n’ai pas encore réussi à m’en lasser. Comme tu dis c’est peut-être de la Nostalgie, mais alors j’adore être nostalgique. C’est pour moi du cinéma, une histoire, des persos, pas de pseudo-psychologie ni d’astiquage de nouilles, et c’est du western qui fait du western et rien d’autre.

  4. Ben alors Lapinou (je te cite), tu désertes les salles obscures? Je m’étais habitué au plaisir de te lire…
    Sinon je suis allé m’infliger After Earth, de la merde en barre, et encore, c’est une analyse trop conceptuelle pour ce navet écrit par un ado sous perf de biactol.

    • Ouais je sais, ça craint. J’ai plus le temps à cause du taff, j’ai été un peu au cinoche, mais là il faut vraiment que je me remette à écrire.
      Promis, je m’y remet avant la fin de la semaine, d’autant que j’ai des trucs à dire !
      After Earth, je ne veux pas jouer les donneurs de leçons, mais tu ne pourras pas prétendre que tu ne t’en doutais pas en entrant ;-)

    • Je l’ai pas éteint, il avait plus de batterie. J’ai un cerveau à énergie solaire. En ce moment ça va pas fort.

    • Bah heu… On like la page facebook ?
      Sinon, vu que c’est gratuit (and it will always be), considère que je t’offre un abonnement à vie :-)

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