Frances Ha. Blessures et bobos.

Frances AFaut-il aller voir Frances Ha ?

C’est l’histoire de deux moches qui s’emmerdent à New-York.

Dés les premières images, le film épouse les contours de sa propre caricature. Noir et blanc, blonde et brune, répliques courtes, faussement fines, jamais vraiment drôles. Chaque recoin de l’image, chaque saillie et chaque péripétie respire l’artifice et l’autosatisfaction d’un réalisateur content de lui.

Un garçon est beau parce qu’il “ressemble à Jean-Pierre Léaud”, une soirée était cool parce qu’il y avait “deux philosophes et un peintre”, la musique des 400 Coups habille le film, les filles se battent à coups de feuilles dans Central Park et les mecs sont en galère de fric, mais vivent de leur art dans des apparts immenses.

Putain.

On s’ennuie, et ça dure. L’héroïne du film, dont tout le monde semble apprécier la touchante maladresse, est une cruche imbuvable, égoïste et désespérée. On suit sa chute sans la plaindre et sans jamais vraiment douter du fait qu’elle va finir par s’en sortir. La plupart du temps, on regarde ses pompes, pendant qu’elle s’humilie toute seule, comme n’importe quelle miss météo du Grand Journal.

Sale impression. Celle de te retrouver dans une soirée C-, bloqué au bout du canap’ entre un stagiaire semi-autiste et une meuf persuadée d’être brillamment différente parce qu’elle a vu un Godard. J’en profite pour mettre fin à ce vieux mythe fondateur du cinéma indie : les weirdos ne sont pas automatiquement sympathiques. S’ils sont tout seuls dans la cour, en train de parler aux platanes, c’est peut-être pour une bonne raison.

Et c’est étrange d’y arriver si vite, mais au bout de quatre paragraphes, je n’ai plus grand chose à dire sur ce film assez insignifiant et prétentieux. Les acteurs jouent mal, l’image est neutre et les dialogues sont trop fiers de leurs effets pour que ces derniers fonctionnent.

Bonne nuit.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Frances Ha. Malgré la colonne de critiques élogieuses qui figure sur l’affiche. Ce n’est pas le film de l’été, ni de juillet, ni de la semaine. C’est un film pédant pour les bobos avec des gros sourcils qui vivent des orgasmes intellectuels devant des toiles de Mondrian.

Par ailleurs, mon coloc Doudi me signale que Paris est plus densément peuplée que Tokyo, la Bande de Gaza et Mexico. Quitte à faire un article vide sur un film creux, autant y glisser un peu d’info.

13 thoughts on “Frances Ha. Blessures et bobos.

  1. Gloups. Comment t’as pu ne pas aimer ce film, après (ou avant) d’avoir vu cette bouse intergalactique qu’est Superman ? (tu sais, le film où le héros proclame à la fin : «Y’a pas plus ricain que moi !») Toi qui aime les dialogues finement écrits, les losers sympathiques et les cadrages qui vont bien ? J’adore le règne mais je trouve que là, tu critiques autre chose que le film, à savoir une forme de boboïsme (assez assumé d’ailleurs), qui doit pas mal te saouler la vraie vie mais… là c’est du cinoche, non ? Allez, fais pas ton snob et regardes-y à deux fois (et mate les deux précédents du réal, Les Berkman se séparent et Greenberg) : moins artys, plus drôles et en plus, c’est en couleur.

    • Hé oui gloups…
      J’aurais aimé réussir à détacher l’univers qui m’horripile du film sur ce-dit univers. Mais est-ce vraiment possible ? Si les mecs avec des oreilles pointues et des franges t’ennuient, tu ne peux pas aimer Star Trek, si ?
      Effectivement, les bobos me hérissent le poil, alors j’ai trouvé assez douloureux de passer une heure et demie avec eux. J’ai trouvé les dialogues surfaits, les cadrages moyens et les losers dépeints profondément antipathiques. Quant au snobisme, je ne vois pas en quoi il est snob de démonter un film encensé par toute la critique parisienne qui pense. Ou alors c’est du snobisme au troisième degré.
      En tout cas, j’ai cent fois préféré Superman. Et il n’y a pas plus américain que Superman, c’est vrai. Tu pensais qu’il était Chilien ?
      ;-)

    • Arrêtez d’aller au cinéma.Vous gaspillez votre argent. D’abord on se cultive, après on voit et on arrête d’écrire des conneries. Vous n’êtes pas dignes d’un film comme celui-là, même si ce n’est pas extraordinaire. C’est mieux que ce que vous croyez. Mais apparemment vous ne pouvez pas comprendre. C’est un peu long, certes. Mais on ne s’ennuie pas. Allez voir des films d’action, des films commerciaux, vous n’êtes bons qu’à ça. Et ne crachez pas sur le reste. Mêlez-vous de ce qui vous regarde. Non mais alors ! C’est fini, le pouvoir des incultes ?

      • Coucou Michelle !
        Ne vous en faites pas pour mon argent, non seulement j’en ai plein, grâce au succès intercontinental de ce blog mais en plus, j’ai une carte d’abonnement, qui me permet d’aller voir tout les films commerciaux que je veux à l’oeil.
        Quant au film non-commercial qui nous concerne (qui s’offre de grands panneaux de pub non-commerciale dans le métro, en passant), je n’en suis probablement pas digne, mais je suis quand même d’accord avec vous : ce n’est pas extraordinaire, et c’est un peu long. Et surtout, je ne peux pas comprendre.
        Qu’y avait-il à comprendre d’ailleurs ? Que les blondes sont bêtes ? Que les artistes sont artistiques ? Que l’amitié est fragile ? Eclairez-moi !
        En revanche, je ne peux pas vous suivre sur la dernière partie de votre message : si vous lisez un peu mon blog, vous verrez que je vais effectivement voir beaucoup de films d’actions et de films commerciaux, mais pas que. Et la majeure partie du temps, c’est sur eux que je crache.
        Mais comment pouvez-vous me demandez de me mêler de ce qui me regarde ? Les films, c’est moi qui les regarde !

  2. Hé hé, bonne défense le Règne (c’est pour ça que je t’aime). Cependant, je peux te retourner l’argument : tu te doutais de ce que tu allais voir en matant un film indé en Noir et Blanc qui se passe entre Paris et New-York et dont le personnage principal est une jeune “artiste” en pleine lose, non ? Perso, je déteste les Nazis mais j’adore Hans Landa dans Inglorious Basterds. Joy Division me sort par les trous de nez, Control n’en reste pas moins un bon film. Alain Delon est un con, le le Samouraï de Melville défonce. Et pis, détester les bobos c’était bien y’a dix ans, maintenant c’est juste bon pour les nostalgiques de Renaud. Prends-t’en aux Hipsters plutôt, ça c’est à la mode. Et oui, je veux la palme de contradicteur N° 1 du Règne. :-)

    • Ouais, mais en allant voir Oh Boy ! je prenais le même risque : noir et blanc hipster, sauf que le film était léger, drôle, fin et original. Tout ce que Frances Ha se pique d’être sans y parvenir…
      Après c’est vrai que l’argument est facile. En fait c’est beaucoup plus simple : j’ai pas rigolé. Et dans une comédie, c’est limite. Sans compter cette blonde… Si le film avait été en 3D, j’aurais collé des tartes sur le siège d’en face pendant une heure.

  3. Merci, j’ai failli me faire avoir bien que je redoutais exactement ce que tu racontes…

    Mais qu’est ce que tu as contre les gros sourcils ?

    • Rien ! Mais il vaut mieux avoir des gros sourcils pour être crédible quand on parle d’art contemporain.

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