Metro Manila. Le con voyeur.

Metro Manila

Faut-il aller voir Metro Manila ?

Si Sean Ellis lit ce blog, je tiens à lui dire que j’ai beaucoup de respect pour lui. Son premier film était trop long, un peu vain et pas tout à fait réussi, mais il y avait tellement d’idées de cinoche à l’intérieur que je m’en rappelle encore aujourd’hui. A ce moment là, beaucoup de jeunes réalisateurs auraient pu se reposer sur leurs lauriers en réalisant des pubs et des bluettes de merde sur la crise des trentenaires.

Mais Sean ne mange pas de ce pain là. Le réalisateur anglais a pris son 5D sur l’épaule, une équipe de 15 personnes, répartie dans deux vans, et il est parti aux Philippines tourner à l’arrache une histoire de braquage avec un casting local. Bravo Sean Ellis. Juste pour ton courage, chapeau.

Malheureusement, dans la précipitation, Sean n’a pas pris le temps d’écrire un scénario. Il a juste vaguement recopié la trame de base d’une cinquantaine de thrillers :

Oscar fuit la campagne avec sa famille pour aller chercher bonheur dans la grande ville. Après s’être fait arnaquer de partout, il se retrouve dans un bidonville avec sa fille malade qui pleure, pendant que sa femme danse en pleurant dans des bars à hôtesses. “Mais qu’allons nous devenir Oscar, mi amor ?” pleure-t-elle. Oscar ne sait pas, parce qu’il pleure en buvant de l’alcool, pendant que sa femme gigote sur les genoux d’un vilain touriste américain. “On pourrait aussi vendre ta fille de 10 ans” ricane la méchante mère maquerelle, pendant qu’Oscar vomit contre un mur.

Soudain, on lui offre une proposition sensiblement illégale mais potentiellement enrichissante qui pourrait tous les sortir de là. Mais que va-t-il faire ? Que va-t-il choisir ? L’honnêteté ou la survie des siens ? By jove, le suspense est insoutenable !

Évidemment, tout cela peine vraiment à nous réveiller, d’autant que ce thriller hyper-convenu surfe sur une stylisation de la misère un peu dégoulinante où le pathos sert de fil directeur. C’est dommage, car on ne sait pas trop où c’est, les Philippines, et encore moins ce qu’il s’y passe. Vraiment dommage : pour une fois qu’un réalisateur sort de son petit milieu pour aller tourner dans un endroit radicalement différent, il faut qu’il y importe les recettes ultra-réchauffées du cinéma américain.

Alors respect Sean. T’es un bon, tout ça, t’as du cran. Mais je crois que t’as encore raté ton film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Metro Manila. C’est pas mal joué, plutôt bien filmé et tourné avec courage dans un contexte original. Malheureusement, toutes ces jolies qualités ne permettent pas de faire oublier le regard complaisant qui accompagne la descente aux enfers des héros.

Surtout, ces belles intentions ne suffisent pas pour donner de la pêche à une histoire cousue de fils blancs, qui s’oublie au fur et à mesure qu’on la regarde.