Grand Central. Nique-léaire.

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Faut-il aller voir Grand Central ?

Gary travaille dans une usine où les paumés se radioactivent la gueule pour que tu puisses avoir du jus dans ton blender et de la lumière dans ton iPhone. Ça craint. Mais ça va, parce que Gary passe ses après-midi à déglinguer une blonde atomique qui s’appelle Karole dans un champ de légumes qui s’appellent carottes.

Mais tout le monde sait qu’il faut se méfier des filles qui s’appellent Karole.

Bon. Après la transparence de Marine Vacth, portée aux nues (de fait) par la presse, voici qu’elle fait ses couvertures sur Léa Seydoux. Et toute la critique se retrouve obligée d’applaudir la nouvelle égérie cinéphilique du mois. “Quel talent !” hurle la meute, décrivant en creux le rôle dans lequel elle aime voir les femmes : pas de charisme, pas d’humour, peu de dialogues, mais quand même qu’est-ce qu’elle est bonne !

Face à elle. Guère mieux : Tahar Rahim. Espoir un peu déçu du ciné français, depuis qu’on s’est rendu compte qu’il avait autant d’intensité que Bob Dylan sur scène. Et c’est à eux de nous irradier, sur l’air un peu connu de l’histoire passionnelle destructrice.

Alors quoi ? Tchernobyl ?

Ben non. J’ai beau avoir beaucoup tapé sur nos rossignols, ils font le taf. Filmée comme une femme fatale caricaturale, dont elle n’a pas le charme vénéneux, Léa Seydoux arrête de bouder, et parvient même à construire un personnage d’amoureuse perdue qui tient la route. De son côté Rahim reste juste, sans pour autant faire d’étincelles.

Ric rac, mais ça passe. Parce qu’ils sont entourés par Olivier Gourmet -encore meilleur que d’habitude entre la puissance et la tendresse- et le sous-estimé Denis Ménochet, qui doit décidément avoir une gueule à se faire piquer sa meuf.

Surtout, ils sont filmés par une vraie réalisatrice. Dés la première scène, elle impose un sens du découpage qui colle au siège, jouant avec le roulis du train pour balancer les premières notes de musique et quelques plans bien choisis. Un oeil perçant, qui trouve toute son utilité dans le vrai sujet du film : la vie des mecs qui travaillent toute la journée dans les grandes cheminées blanches qui éclairent nos maisons.

Après une heure et demie dedans, c’est devenu difficile de continuer à défendre l’énergie nucléaire. En tout cas, c’est devenu impossible de s’en foutre. L’histoire d’amour par contre…

En Bref : Il faut aller voir Grand Central. C’est une plongée en apnée dans un monde que l’on avait pas vu autre part qu’au JT. C’est aussi un film habité, engagé et souvent électrique.

Son seul défaut, in fine, c’est son histoire centrale (lol) : amourette sans surprise ni suspens, dont les comédiens sont si magnétiques qu’ils ont finit sur le plateau du Grand Journal.

Misère…

4 thoughts on “Grand Central. Nique-léaire.

  1. Mais mais mais…

    Oui c’est un bon film. Mais pas pour la vie d’une centrale. On s’en fout de la vie d’une centrale. Le héros s’en fout. L’héroïne s’en fout (on la voit genre 3 fois dedans, et seulement quand elle en entre/sort à moitié à poil). Les semis héros s’en foutent, ils préfèrent faire du rodéo, et je les comprend bien, moi aussi j’aimerais faire du rodéo.

    Ce qui compte au final, c’est ni la centrale, qui est grave dramatisée, ni l’histoire d’amour, qui serait trop banale en elle même : C’est juste qu’un type sans rien (Tahar rahim ne joue que les types sans rien, sinon ça l’encombre) arrive et chope une fille qui se la ramène à mort, qu’ils sont tout deux dans une centrale, et qu’ils sont grave amoureux. Sans raison, mais pourtant, ça se sent qu’ils sont amoureux.Et on y croit. Et Léa Seydoux y met vraiment du sien pour qu’on y croit.

    Ce que tu dis sur le début du film, c’est vrai. Le découpage rythme le film à merveille, les plans sont allégés, lents et puissants, et on rentre dedans direct. Par contre quand tu déglingues l’histoire d’amour tu te trompes. Elle est simple, belle, un peu caricaturale, mais elle est putain de bien filmée et elle se passe là où on l’attend pas. Et tout ce que j’attend d’une histoire d’amour, c’est qu’elle se passe là où on l’attend pas.

    Et tant pis si elle manque de souffle. Elle a eu lieu, vraiment lieu, elle est bien filmée, et je demande rien de plus.

    • C’est vrai.
      C’est vrai qu’on y croit. Et qu’elle sort de nulle part cette histoire d’amour. Et c’est vrai qu’ils font de beaux efforts Tahar et Léa, mais ça manque quand même un peu d’électricité tout ça. Et puis t’es dur avec la centrale. Ça aurait eu moins de gueule dans une boulangerie quand même.
      Mais au fond, t’as raison. D’ailleurs tu devrais ouvrir un blog, si c’est pas déjà le cas. C’est bien comme t’écris.

      • Vil flatteur.

        Je suis d’accord pour le manque d’électricité entre les deux. Je sais toujours pas trop quoi penser de Tahar Rahim d’ailleurs. Mais comme c’était bien filmé, avec pas mal d’honnêteté je trouve, ça prenait un peu. Et oui, le contexte particulier donne beaucoup plus d’épaisseur à l’histoire, d’autant qu’il est bien creusé, bien solide. Mais si y’avait pas cette histoire d’amour pour catalyser tout ça, le documentaire serait moins prenant…

  2. j’y allais pour Léa (que j’aime beaucoup contrairement à toi ;) ) que j’ai trouvé éteinte (elle l’a tourné juste après le Kechiche ça se comprend) je me suis assez ennuyé. le film est beau mais leur histoire ben c’est pas très intéressant et la fin m’a déçue. trop “facile”.

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