Malavita. De Niro plus au paradis.

Malavita

Faut-il aller voir Malavita ?

C’est l’histoire d’une famille de mafieux repentis qui vient planter des cadavres en Normandie.

C’est surtout la rencontre entre des mythes plus ou moins déchus : Luc Besson derrière la caméra et Tommy Lee Jones, Michelle Pfeiffer et Robert de Niro devant. Et quand je dis Luc Besson, je parle du réalisateur d’Arthur et le minimoys, du producteur de Yamakasi, du scénariste de Taxi 4.

C’est vrai qu’il a pas toujours été réglo Lulu : Milla Jovovich qui rêve de Jésus en grimpant les murailles avec sa coupe au bol, c’était pas cool, et Le Grand Bleu, c’était peut-être un peu chiant. Mais quand même, le premier plan de Nikita, le charisme de Léon, et la space-cantatrice du Cinquième élément, il faut reconnaître que ça avait de la gueule.

Mais comment peut-on aimer le cinéma, et réaliser un film comme celui-là ?

Adaptation maladroite du plus mauvais livre de Tonino Benacquista (auteur génial par ailleurs), Malavita réussit à faire tenir des clichés en équilibre sur des lieux communs. Une famille américaine amatrice de beurre de cacahuète se retrouve exilée en Normandie, ou un population étonnamment boutonneuse tente de les acclimater en essayant de taper leur fils et de se taper leur fille.

Scénario cousu de fils blanc, anglais universel, même pour les profs français, caméra sans âme. Tout ce qu’on détestait dans le cinéma américain de années 90 est là. Avec dix ans dans la gueule. L’humour sent le pâté, les acteurs ne croient pas à leurs rôles et pour être honnête, j’ai oublié tout le reste, puisque j’ai vu le film il y a une semaine.

D’ailleurs depuis j’ai presque plus envie d’aller au cinéma. On est jamais trop prudent.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Malavita. C’est probablement le pire film jamais réalisé par Luc Besson. Une phrase qui s’applique à tout ce qu’il réalise depuis 2005, et à chaque fois il se dépasse.

Et pourtant j’ai du respect pour lui. Parce que j’ai usé la cassette du Cinquième élément jusqu’à ce qu’elle claque, parce qu’il s’engage dans les banlieues et parce qu’il a inventé Nathalie Portman. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il avait raison en disant qu’il allait arrêter le cinéma après dix films.

Ça fait déjà cinq de trop Lulu…

Snowpiercer. Rail de poudreuse.

Critique-Snowpiercer-Le-Transperceneige-illu4

Faut-il aller voir Snowpiercer ?

C’est l’apocalypse. Le monde est un grand congélo ou les boîtes de conserves font la queue leu-leu autour du monde. C’est un train. A l’extérieur, tout le monde est mort, à l’intérieur tout le monde est moche.

Ça commence comme un film catastrophe classique à petit budget. A l’arrière du train, les pauvres fourbissent leurs clefs à molette pendant que les riches s’envoient des sushis dans la locomotive. Ça va chier. Mais on n’est pas accroché au siège pour autant. Classique, pas trop mal cadré et pas hyper bien écrit, le film avance.

Et puis il déraille.

Je préfère laisser la surprise à ceux qui auront le courage d’y aller. Mais pour faire simple, disons que le réalisateur se permet tout, à commencer par n’importe quoi. Le sérieux côtoie le ridicule, l’action se pare d’absurde et, jusqu’au bout, on fronce tellement les sourcils que ça fait mal aux cheveux.

Au milieu des poissons qui glissent, des dentiers qui tombent et des enfants qui hurlent, les héros partent totalement en couille dans un déchainement de violence assez ahurissant. Au départ, on trouve ça nul. Ensuite on ne pense plus rien, fasciné par la capacité du réalisateur à exploser absolument toutes les conventions du genre.

Dans un final presque sobre, le film retombe sur ses pattes avec une agilité qui tient presque du génie, en donnant une forme de cohérence à son propos. C’est hardcore, ultra-cynique, politiquement incorrect et, contre toute attente, très malin. Lors de sa conclusion, grandiose, le film parvient même à atteindre une forme étrange et naïve de poésie.

J’en ai encore la mâchoire de travers.

En Bref : Il faut aller voir Snowpiercer. Quelque part entre la grosse farce, la métaphore politique et la fable épique, ce film baroque est la parfaite symbiose entre un nanard et un chef d’oeuvre.

L’ensemble vous filera probablement la nausée et un ou deux virus icosaédriques, mais c’est surtout le blockbuster le plus libre et barré que vous verrez cette année. Au milieu des montagnes de scénarios normés livrés par Hollywood, ce Transperceneige est une bulle d’air salutaire (mais salement chargée en THC).

Inside Llewyn Davis. Folk you.

o-INSIDE-LLEWYN-DAVIS-TRAILER-facebookFaut-il aller voir Inside Llewyn Davis ?

Le monde est séparé en deux types de personnes : ceux qui pensent que Bob Dylan est un génie, et ceux qui préfèrent la pizza quatre fromage.

A l’exception d’Elliott Smith (Dieu ait son âme) et Syd Matters (qu’ils vivent longtemps !), le folk c’est de la merde. Un barbu antipathique avec un pull de grand-mère et du foin dans les cheveux qui raconte sa pendaison sur trois accords.

Qui peut bien vouloir passer deux heures avec ce mec ?

Les frères Coen, et l’écrasante majorité des critiques cinéma, faut croire. Pourtant Llewyn Davis est le mec le plus foncièrement antipathique de tout New-York. Loser narcissique, égoïste patenté et musicien médiocre, il erre dans sa vie en tirant la gueule. Llewyn est un sale mec, mais Llewyn a le droit, parce qu’il est malheureux.

Au début, c’est plutôt marrant. Parce que les frères Coen maitrisent l’absurde comme personne. Et c’est la moindre des choses : ça fait 20 ans qu’ils font le même film.

Comme d’habitude, on suit le parcours sans enjeux d’un héros qui ne fait aucun choix. L’histoire est molle, sans chute et inutilement tarabiscotée. A se demander ce qu’a vu la presse et le jury du festival de Cannes.

Une lumière magnifique, oui, une interprétation sans faille, c’est vrai. Mais de là à écrire que le film est “merveilleusement sympathique” il faut vraiment aimer se faire mal.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Inside Llewyn Davis. C’est chiant, amorphe et à l’exception d’un petit chat roux, tous les personnages sont moches. On rigole à trois reprises, une poignée de chansons valent le coup, mais le reste du temps on soupire en espérant que le héros meure.

Et si vous êtes fans de folk, sachez que j’ai tout de même de l’affection pour vous. De la compassion même. Surtout si vous allez voir Dylan en concert.

Quai d’Orsay. Politique sans réal.

79dbff4c-5a7a-11e2-922f-0c1a40f503f3-800x532

Faut-il aller voir Quai d’Orsay ?

C’est l’histoire de Dominique de Villepin en train d’être un con dans son bureau.

Thierry Lhermitte ? Really ? Mais c’est fini Thierry Lhermitte ! C’est comme les Air Max et Luc Besson. C’est le passé !

Ben oui. Mais les films de Bertrand Tavernier aussi, c’est le passé. Comme Dominique de Villepin d’ailleurs. Même le Quai d’Orsay, ses moulures et son protocole poussif, c’est pas vraiment le présent.

Je vous vois venir… “Qui c’est ce petit con suffisant qui vient dauber sur un réalisateur français mythique, juste parce qu’il est pas jeune et branché ?” C’est moi. Et il faut le reconnaître : dans ses images, sa mise en scène et jusque dans les ficelles de ses gags, Quai d’Orsay est ringard d’un bout à l’autre. Jusqu’au bout du bout même, puisque le générique est habillé par un bêtisier d’un autre âge.

Et pourtant, Bertrand Tavernier tente d’adapter un média de son temps : virevoltante, drôle et multi-récompensée, la bande-dessinée originale se moque du renard argenté en dressant un portrait mordant et détaillé de la diplomatie moderne. Le scénariste (qui travaille toujours au quai d’Orsay) et le dessinateur ont d’ailleurs étés recrutés pour écrire le film. Ils lui apportent son seul intérêt.

Si on ne rit que du bout des lèvres, on découvre un monde. Loin d’être aussi bluffant que l’incroyable Exercice de l’Etat, le film raconte assez bien la valse des conseillers, leurs jeux de billard à trois bandes et leurs coups de couteaux dans le dos. Trop caricatural pour être vraiment convaincant, le ministre des affaires étrangères est le point faible de ce bestiaire, c’est d’autant plus dommage qu’il est dans chaque plan.

En voulant reproduire le dynamisme de la bd, Tavernier se plante, accumulant les effets de mise en scène un peu cheaps, les innombrables feuilles qui s’envolent et autres montages sonores et visuels hasardeux.

Heureusement qu’il y a Raphaël Personnaz pour apporter son charisme singulier au personnage principal.

Non j’déconne, évidemment.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Quai d’Orsay. C’est mou, pas très bien interprété et d’un classicisme qui tend vers l’absence totale d’âme. Lhermitte cabotine comme un forcené, parvenant à rendre le film sympathique, mais jamais vraiment drôle.

Encore une fois, j’ai vu ce film grâce à l’invitation d’une avant-première de blogueurs. Mais cette fois, j’ai pas eu de madeleines.

 

9 mois ferme. Justice nique sa mère.

phpThumb_generated_thumbnailjpg

Faut-il aller voir 9 mois ferme ?

J’aime pas trop Albert Dupontel. Sa bande de freaks, ses éternels personnages de dingues dégueulasses et sa critique naïve de la conformité. Bernie me fait sourire jusqu’à la scène du viol dans le piano à queue et Enfermé dehors est trop régressif pour être drôle. Au vu de la bande-annonce de sa dernière livraison, rien de donnait envie d’aller voir 9 mois ferme.

C’est l’histoire d’une juge badante qui s’envoie un repris de justice. Six mois plus tard, il est parti pour perpèt’ et elle a des maux de ventre.

Dés le premier plan, on constate qu’Albert a bossé. Un joli plan-séquence. Deux salles, deux ambiances. Et il pourrait s’en tenir là : opposer le peau-rouge et la robe noire en nous déroulant son habituel plaidoyer pour les exclus qui mangent des yeux.

Mais non.

Pour une fois, ce n’est pas lui le centre, mais elle. Meilleure que d’habitude, Sandrine Kiberlain rattache l’histoire au sol. Et c’est ce qu’il manquait à tous les autres films de Dupontel. Parce qu’elle est un peu moins tarée que les autres, elle donne un point d’attache au spectateur et un peu de recul sur la clique de dingues du réalisateur.

Et ils sont en forme. Du légiste psychopathe au juge dragueur en passant par un incroyable avocat bègue, la fanfare d’Albert est déchaînée. Le point d’orgue du film est atteint lorsque le réalisateur lui-même se lance dans un monologue héroïque. Mythique, sa description du mixeur sociopathe qui se “sent concerné” par le bordel d’une cuisine est probablement le point culminant de sa carrière.

Ce film aussi sans doute. En tout cas, c’est la comédie de l’année.

En Bref : Il faut aller voir 9 mois ferme. C’est drôle, c’est joli, bien joué et beaucoup moins con que ça en a l’air. Pour la première fois, Albert Dupontel parvient à mélanger son goût pour la comédie trash avec sa grande tendresse bizarre et ça finit par une jolie chanson.

Fiou, j’ai réussi à finir la critique sans écrire “décalé”.

Gravity. Space cake.

GRAVITY

Faut-il aller voir Gravity ?

C’est l’histoire de Sandra Bullock et George Clooney qui gravitent.

Et il faut croire que c’est génial : la critique plane, les poncifs fusent et le public affronte cette foutue ère glaciaire en faisant la queue devant les cinémas une heure avant. Hier encore, j’entendais des filles déguisées en sorcières répéter que le film est un “chef d’oeuvre”.

En fait tout dépend de ce que vous allez chercher au cinéma. Pour simplifier, nous allons classer les spectateurs en deux catégories.

1. Si vous allez chercher le spectacle, les “Ooohs”, les “Aaaahs”, les otaries qui jouent aux échecs et les jongleurs en moufles, vous serez comblés. Techniquement, Gravity est un défi impressionnant, à l’image de des précédents films d’Alfonso Cuaron aux plans-séquences interminables. Caméra flottante, ultra-réalisme, vision subjective… Le réalisateur s’est fixé des ambitions démesurés et il les atteint brillamment.

A certains moments, on a même un peu la nausée, tant le film parvient à rendre réelle les sensations de l’apesanteur. Même s’il en abuse un peu trop, Alfonso arrive parfaitement à rendre cet équilibre étrange où rien ne s’arrête jamais, et où il est foutu compliqué de s’accrocher quelque part.

A une erreur près, puisqu’au premier tiers, George se retrouve soudain repoussé par Sandra alors même qu’elle le tire. Mais bon, admettons que les lois de l’attraction gardent leur part de mystère.

2. Si les équilibristes vous laissent froid, si les chiens qui jouent au foot vous emmerdent et si vous êtes venus pour pleurer devant les clowns, vous serez déçu. Pour faire simple, si on lui enlève ses effets spéciaux, Gravity est une belle grosse daubasse.

Sandra sanglote toute seule dans un Soyouz en écoutant rigoler un turkmène, puis elle pleure à chaude larme en écoutant japper le chien, avant de s’effondrer au son d’un bébé qui babille. Sandra tremble comme un feuille avant de changer de personnalité à la vitesse lumière. Et la voilà qui fait du renforcement positif en slibard, en parlant espagnol à l’ordinateur de bord chinois.

Elle glapit, extincteur à la main : “OKAY J’VAIS PEUT-ÊTRE CREVER MAIS C’ÉTAIT UNE BELLE AVENTURE PUTAIN !” Et ça dure une heure et demie, où malgré la débauche d’effets spéciaux et d’action, on s’ennuie pas mal.  Et au finish, on en sort aussi ému qu’après une journée au Futuroscope. C’est à dire pas du tout.

Alors je veux bien que la reproduction de l’espace coûte un fric monstrueux. Mais de là à hypothéquer les neurones des scénaristes…

En Bref : Il faut aller voir Gravity. Et ouais ! Que vous soyez de la catégorie qui pleurniche devant La vie d’Adèle ou de celle qui mi-molle devant Star Wars, le film vaut le détour, parce que vous n’avez jamais vu ça au cinéma. Un peu comme Picasso : c’est intéressant de le voir, même si en vrai c’est moche.

A vous de décider si la technique prévaut sur l’émotion. Moi j’ai beau avoir de la considération pour le mec qui réussit à peindre des portraits de Tony Blair avec sa bite, je n’irai pas jusqu’à dire que ses oeuvres me bouleversent.