Jacky au royaume des filles. Il était une foi.

jacky-au-royaume-des-filles-29-01-2014-1-gFaut-il aller voir Jacky au royaume des filles ?

Il y avait pas mal de choses à craindre de l’exercice : un monde inversé ou les femmes dominent sans partage des hommes voilés qui vénèrent les poneys. Ça sentait la métaphore pourrie, les gags lourdauds et le message politique réchauffé.

Ben non.

Malgré la mauvaise bande-annonce (entre-parenthèse, il faut pas faire ça à la légère les mecs, je ne sais qui réalise les bandes-annonce, mais le type à la vie d’un film entre les mains), malgré l’affiche dégueulasse (pareil) et les écueils sus-cités, Riad Sattouf ne tombe pas dans les nombreux pièges de son scénario.

Parce qu’il a du talent pour la mise en scène -ce qui ne sautait pas aux yeux dans Les beaux-gosses- parce qu’il ne va pas où on l’attend, et surtout, parce qu’il est fou.

Peuplé de “grands couillons” en voileries, qui admirent les “chevalins” télépathes en rêvant de manger des “plantins” pendant la “grande bubunerie”, l’univers de Jacky est assumé jusqu’au bout des calottes. Un peu rebutant au départ, le délire est tellement poussé qu’il finit par nous emporter. Et au final la majorité des rires ne viennent pas des gags mais du sérieux de pape avec lequel les comédiens évoluent dans l’univers à la con qui les entoure.

Et c’est la plus belle qualité du film : il y croit. Sattouf ne se contente pas de retourner le monde pour jouer sur le décalage, il prend la situation de ces pauvres hommes dominés très au sérieux. On finirait presque par y croire, espérer que Vincent Lacoste puisse trouver le moyen d’acheter une jolie voilerie et aller au bal séduire la générale en chef.

Et parce que c’est crédible, c’est parfois presque beau. Quand Charlotte Gainsbourg traverse la salle de bal entourée par des andouilles en voiles blanches sur la musique de 2001, on oublie presque la comédie. Et on se rend compte qu’en plus d’être un déconneur barré et un scénariste plutôt fin, Riad Sattouf pourrait bien être un cinéaste.

Pas encore. Mais un jour peut-être.

En Bref : Il faut aller voir Jacky au royaume des filles. Parce que c’est drôle, mais pas que. C’est aussi original, assez unique et très loin d’être idiot.

Sans se prendre au sérieux, le réal réussit à émasculer les machos et ridiculiser les intégristes de tous poils sans jamais sentir mauvais sous les bras.

On ne peut pas toujours en dire autant de son ex-employeur.

 

Le vent se lève. Le dernier coucou.

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Faut-il aller voir Le vent se lève ?

Coucou, parce que c’est le dernier film d’Hayao Miyazaki. Un copain. Ou plutôt, le grand-père japonais que nous n’avons jamais eu. Ce qui ne l’a pas empêché de nous prendre dans ses bras quand même. Et nous lui devons tout.

Il nous a appris l’amour. Que ça faisait voler. Et même qu’on pouvait aimer les princesses quand on était mécanicien. Il nous as appris qu’on pouvait aimer les louves aussi. Qu’il ne fallait pas avoir peur des filles sauvages qui crachent du sang. Et la forêt aussi. Il nous a demandé d’aimer la forêt, et on l’a fait. Ils nous a appris qu’un jour nos parents nous laisseraient tout seuls dedans, et qu’on rencontrerait des araignées à moustaches.

C’était une métaphore. Il nous a préparé.

De l’autre côté du Pacifique, l’oncle Walt mettait du GHB dans nos grenadines pour nous traîner dans ses parcs et nous faire acheter des figurines. Parce que nous étions des enfants, il pensait que nous étions idiots, mièvres et attirés par les chansons débiles. Mais c’était pas vrai.

Hayao, lui, ne nous a pas bercé d’illusions. Il nous a prévenu que la vie n’allait pas être facile si on était une petite sorcière ou un cochon, mais il nous a aussi dit que ça n’allait pas empêcher les autres de nous aimer. Ils nous a donné l’espoir, la force et la tendresse. Et pour cela, je l’aimerais toute ma vie.

C’est plein d’un immense respect quasi-filial que je suis allé voir Le vent se lève. Parce qu’avec David Fincher et les frères Wachowski, Miyazaki fait partie des auteurs qui m’ont donné envie de passer ma vie assis sur un siège rouge pliant qui fait mal au cou.

Et je n’ai pas été déçu : si l’univers n’est plus onirique, la poésie est toujours omniprésente, les dessins sont sublimes et la musique de Joe Hisaichi au niveau (même si je me demande si le bougre ne pompe pas un peu ses thèmes précédents à force…) Pourtant, le réalisateur japonais semble s’écarter de sa fausse naïveté habituelle : derrière les avions en papier, la guerre se profile, et la noirceur surgit parfois au cours d’une cigarette ou dans l’intonation d’un accent allemand.

Même les coeurs, battent de travers. La jolie fille tousse sous la couette, le héros semble perdu derrière ses double-foyers et le Japon a des faux-airs de dictature. Sombre. Au point de ne plus autoriser l’émotion à décoller comme avant. Et si certaines scènes frôlent la charge émotive des films précédents, Miyazaki ne les laisse jamais durer. Il veut beaucoup dire, beaucoup raconter, et chaque moment de poésie est rattrapé par la pesanteur de l’histoire vraie. A certains moments, on se détache presque. Les personnages pleurent à l’écran, sans nous emmener avec eux.

Alors ok, j’ai menti tout à l’heure : j’ai été un peu déçu, mais pas beaucoup. Miyazaki reste un formidable raconteur d’histoires et même si la dernière nous emporte moins que les autres, elle est toujours aussi profonde, chargée de finesse et de sens. A des années-lumières des dernières productions à l’eau de rose de l’oncle Walt et ses VRP.

En Bref : Il faut aller voir Le vent se lève. Sans être aussi bouleversant que le reste de la carrière du maître japonais, son dernier opus est un beau portrait du Japon d’avant-guerre. Le ton est plus grave que d’habitude et la profondeur, peut-être encore plus grande.

Allez salut Grand-Père ! Tu peux partir à la retraite en paix. Maintenant, on est prêt pour devenir des adultes.

Et puis si jamais tu décides d’arrêter de finir ta carrière, aucun de nous ne te jettera la première pierre. Surtout pas Luc Besson.

American Bluff. Le gang des postiches.

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Faut-il aller voir American Bluff ?

J’ai pas trop compris l’histoire, parce que j’ai vu le film avec des sous-titres grecs et du pop-corn dans les oreilles. Mais en gros, je crois que ça raconte la dernière tournée d’une troupe de trapézistes qui mange des palourdes dans un bus. En tout cas, ça se passe en Amérique, et il y a du bluff, ça je peux vous le garantir.

La première chose qui frappe, c’est que le talent d’un acteur ne dépend pas uniquement de lui-même, mais surtout du réalisateur. Comme l’avait prouvé Kechiche en réussissant à faire jouer Léa Seydoux, David O. Russel parvient à métamorphoser Christian Bale en acteur. Et c’est déjà pas mal. Mais il se paie même le luxe de le rendre charismatique, sans l’empêcher de jouer en murmurant. Big up.

Déjà plutôt bons, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Jeremy Renner (éternel second rôle, qui mériterait bien plus) n’ont pas besoin d’aide pour être excellents sous leurs perruques. Mais la véritable explosion vient d’Amy Adams. Si mauvaise dans Man of steel que j’en avais mal aux dents, la petite rouquine pétille d’un bout à l’autre.

Elle est l’âme du film, pas seulement parce qu’elle joue juste, mais parce que son rôle est puissant. Comme Hunger Games avant les singesAmerican Bluff nous rappelle en creux la vacuité des rôles féminins à Hollywood. Après Happiness Therapy, David O. Russel confirme qu’il fait partie des rares mecs qui savent s’inspirer d’autre chose que leur mère ou leur ex pour inventer des personnages féminins.

Autour de ces pointures, la caméra virevolte. Inventive, rapide, originale, elle raconte une histoire d’arnaques, d’amours et de trahisons en slalomant habilement entre les clichés. Ce n’est pas un thriller, ni vraiment une comédie ou un mélo. C’est un peu tout. Au risque d’être trop.

Mais ça marche du tonnerre. Parce que derrière les intrigues et les machinations, qui n’intéressent pas vraiment le réalisateur, il y a du coeur. Pas vraiment de méchants, pas de héros, simplement de hommes et des femmes imparfaits, avec des problèmes de cheveux. Vers la fin, le scénario s’essouffle en se perdant dans des circonvolutions inutiles et un twist alambiqué à l’américaine.

Mais pas grave, l’histoire d’amour est jolie.

En Bref : Il faut aller voir American Bluff. Pour l’instant, c’est le meilleur film de l’année. Originale, fine et barrée,, l’histoire ne repeint pas les murs, mais elle fonctionne. Elle donne surtout l’occasion de voir un galerie d’acteurs en très grande forme jouer des rôles à tiroirs, très loin des stéréotypes habituels dans lesquels les studios les enferment.

Le jour où David O. Russel aura assez de fric ou de courage pour se débarrasser totalement d’Hollywood et ses vieux gimmicks, il fera peut-être un chef d’oeuvre. En attendant on le surveille.

Nymphomaniac : volume 2. Sado-miso.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac : volume 2 ?

Joe est de retour. Elle se tapait des mecs dans le train, elle pompait des pères de famille, elle brisait des couples. C’était cool. Mais Joe a pris vingt ans dans la gueule, pas mal de baffes et quelques coups de ceintures. Son mari s’appelle Jérôme, son fils s’appelle Marcel. Le traquenard.

A la fin du premier épisode, j’étais content. Mais au fond de moi, je savais bien que je m’étais envoyé le pain blanc comme un glouton. Il reste le rassis, le fond de tiroir, celui qu’est dur, sec et moisi, que tu gardes pour les dimanches de grande fringale.

Comme tout violeur qui se respecte, Lars Von Trier a commencé par nous faire croire qu’il était sympa. Mais on aurait du se méfier des lunettes bizarres. Loin de la gaudriole ludique et lubrique du premier, Nymphomaniac 2 nous inflige tout : les coups de fouets, les fesses qui saignent, l’orgasme de la petite fille et puis, allez, si personne ne se pisse dessus, c’est pas un vrai film d’auteur non ?

Mais c’est pas ça le pire. Le pire c’est le reste.

Dans le premier épisode, un personnage de vieux philosophe manquait souvent ses répliques en nous ramonant sur les techniques de pêche, la philosophie moléculaire et la biblitude de la bible. C’était bizarre, un peu chiant, mais décalé et malin. Là c’est relou, automatique et au bout de quatre heures, le gimmick est à peine supportable.

Mais c’est pas encore ça le pire.

Le pire c’est lorsque l’on prend conscience que ce vieux philosophe est là pour nous représenter, avec sa naïveté bonhomme de spectateur inculte. Face à nous, Charlotte Gainsbourg représente Lars Von Trier, venu pour nous ouvrir les yeux. Persuadé d’être un penseur brillant, le réal réac aligne des sophismes de plus en plus fumeux et idiots sur la démocratie hypocrite, la solitude des pédophiles et le pouvoir du sexe.

C’est lourd comme une dissertation de quatrième, parfois très con et souvent abject. Quand le réalisateur danois nous explique qu’il préfère dire “négro” au lieu de “noir”, parce que ce n’est pas démocratique d’interdire les mots, on a plus vraiment envie de l’écouter déblatérer.

Certaines de ses réflexions tiennent debout, mais elles n’ont plus rien à voir avec le film, qui s’égare dans des obscures péripéties d’extorsion de fond bisexuelles. Et Lars parle, parle, parle… et on a l’impression d’être bloqué en bout de table avec Michel, le vieil oncle frontiste, qui vomit des théories nauséabondes sur le canard à l’orange de grand-mère.

Mais casse-toi Michel ! Qu’est-ce que j’en ai à branler de tes théories politiques ?

Moi j’étais venu pour voir du cinoche.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Nymphomaniac : volume 2. C’est hideux, vain et d’une prétention sans borne. Oubliant son scénario et son propos initial, Lars Von Trier met ses couilles sur le nez du spectateur en tentant de le convaincre qu’il lui file des lunettes.

Mais non Lars, t’es pas assez génial pour nous balancer tes point de vue de punk à chien pendant cinq heures sans nous emmerder. Et c’est con, parce que lorsque tu te rappelles que tu réalises un film, tu mets en scène comme personne.

D’ailleurs, ce découpage en volume me donne une idée : si on découpait tous les films de génies auto-proclamés en deux, le premier épisode serait peut-être hyper cool non ? En tout cas, ça marche pour Sorrentino, PTA et peut-être même Scorsese. A méditer…

Dallas Buyers Club. Mec, dame, cow-boy.

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Faut-il aller voir Dallas Buyers Club ?

Ce titre a raflé la mise pour rester consensuel, parce qu’il était moins trash que “A dada sur le sida” et moins con que “Pénis Texas”. On peut rire de tout, mais par pitié, pas le jour de la chandeleur.

C’est l’histoire de Ron et Rayon. Un cow-boy et un lady-boy, qui s’unissent pour fournir des médicaments illégaux aux premières victimes du Sida.

Donc à première vue, c’est pas drôle. Mais en fait c’est plutôt marrant. Conscient du danger que représente son pitch, le québécois Jean-Marc Vallée, fait le maximum pour nous épargner les violons et les mouchoirs. Bien au contraire, il accentue les côté boiteux de son binôme, sans se complaire dans la caricature.

On rigole donc un peu devant les chamailleries du duo. Matthew McConaughey (quelqu’un sait si on prononce le “g” au fait ?) continue d’être l’acteur de l’année face à un Jared Leto magnifique. Hollywood oblige, le scénario nous inflige tout de même quelques scènes lourdissimes pour s’excuser d’avoir fait des vannes homophobes au départ.

Ron se voit donc obligé de casser la gueule à ses anciens potes cow-boys pour défendre l’intégrité de son ami(e) Rayon. C’est lourd, d’autant que l’amitié entre les deux héros se lisait déjà dans les regards, avec bien plus de force. Mais comme le spectateur est un con, on surligne.

N’empêche, la mise en scène évite tout de même la plupart des effets de manche à deux balles pour livrer beaucoup de scènes assez justes au service d’une histoire fondamentalement intéressante. Derrière la comédie, le réalisateur déboîte l’administration américaine, ses liens avec l’industrie pharmaceutique et la légèreté criminelle avec laquelle a été pris le Sida, à l’époque où c’était juste un “cancer gay”.

Ça sent un peu la dissert’, c’est secos et trop complexe pour accrocher aux accoudoirs. Mais par les temps qui courent (oui oui), c’est quand même salutaire de voir un scénario s’écarter des sentiers battus.

Au final, le vrai manque du film, c’est peut-être un peu d’émotion. De la vraie, pas celle un peu artificielle de Jennifer Garner qui fait des trous dans son mur en pleurant. Parce que l’histoire est longue, sifflée sur l’air du biopic et pas toujours intéressante, on oublie de s’attacher aux personnages, sans trop savoir s’ils sont des combattants de la liberté, ou des businessmen cyniques.

Un peu comme les producteurs d’Hollywood. Sauf qu’eux on se doute quand même.

En Bref : Il faut aller voir Dallas Buyers Club. Parce que les acteurs se démènent, parce que l’histoire est inédite et parce qu’il y a des bonnes vannes. Mais franchement, le passage américain du réalisateur de C.R.A.Z.Y est une déception.

Tout est relatif. Si c’était un film Guy Ritchie, je crierai au miracle.