Noé. Du bateau !

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Faut-il aller voir Noé ?

Noé est un hippie aux cheveux sales qui mâche des fleurs dans le désert. Dieu lui demande de construire un bateau. Il aurait mieux fait de lui raconter une blague, parce que Noé fait la gueule tout le temps.

De tous les films sur l’Apocalypse, personne n’avait encore pensé à faire un remake de l’original. Pourquoi donc ? Peut-être parce que c’est pas une bonne idée.

Et pourtant, il y avait de quoi se marrer avec cette adaptation de l’Ancien Testament. Contrairement au Nouveau, et à son côté Peace and Love, les premiers textes sacrés sont nettement plus tendancieux. Hardcore, violente et moralement hyper limite, la première partie de la Bible permet de mettre le doigt sur  au moins trois trucs que les religions du Livre n’assument pas très bien :

1- Si Adam et Eve était les premiers êtres humains, et si Noé et sa famille était les deuxième premiers, alors l’humanité est basé à deux reprises sur un inceste à grande échelle. Ce qui explique qu’on soit tous tarés, mais un peu moins qu’on ne soit pas tous de la même couleur.

2- Si toutes les religions nous répètent à l’envi que Dieu est pardon, amour et bossa-nova, elles passent un peu vite l’éponge sur le début de son règne. Avant de devenir un grand-père baba-cool, Dieu était un pervers narcissique : le genre qui crée une humanité entière à son image puis -déçu- qui l’écrase dans les flammes, la noyade et l’horreur, au lieu d’appuyer sur Suppr. comme n’importe quel artiste raté, ou de se barrer en Thaïlande, comme n’importe quel père indigne.

3- Si les prophètes sont toujours décrits comme des philosophes suprêmes, immanquablement pieux, saints et barbus, qu’est-ce qui les différencie des fanatiques qui font péter des avions ? Pas la pilosité en tout cas, ni la tolérance ou la mesure : après avoir prêché l’amour de la nature et la parole du guide suprême, Noé n’hésite pas latter tous ceux qui le contredisent à coups de hache. Et comment lui en vouloir ? Dieu lui parle !

Malheureusement, Darren Aronofsky abandonne souvent ce thème passionnant pour se concentrer sur l’essentiel : rien. Des anges à cinq bras lancent des cailloux sur les soldats, les tigres rentrent dans l’arche à la queue-leu-leu, Mathusalem mange des cerises dans un bosquet et, Dieu merci, les femmes tiennent fièrement leurs rôles de mères geignardes et de jeunes filles fragiles. Ah oui, rassurez-vous, tout le monde finit par s’entretuer.

Comme dans La Passion du Christ de Mel Gibson, même quand Hollywood cherche à être spirituelle, elle ne parvient pas à faire un film sans explosion de violence, c’est sa définition du “spectacle”.

Triste spectacle, en fait. Et plutôt chiant.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Noé. Le film tenait quelque chose en montrant qu’il n’y a qu’un pas entre le prophète et le fanatique. Mais il se perd dans des batailles ridicules et des sermons neuneus, calibrés par des producteurs qui ne peuvent pas se permettre de fâcher le public américain.

Et si jamais j’avais eu la place pour critiquer son jeu, je crois que Jennifer Connelly ne serait plus de ce monde. Paix à son âme.

My Sweet Pepper Land. Kuuuurde boy.

Faut-il aller voir My Sweet Pepper Land ?

Malgré les apparences, Baran est un cow-boy de la lose. Il a les yeux bleus mais le regard vide, la barbe drue mais la peau lisse, un air de dur, mais il est mou.

C’est le Kurdistan. Un pays sans frontières, avec pas mal de barrières. Ici tout est figé et tout le monde fait la gueule. Les mecs ont pas de couilles, mais pas mal de colts, qu’ils brandissent au nez de tout le monde. Surtout des filles, quand elles décident d’être libres alors qu’en fait c’est des meubles.

Okay, c’est salutaire. Derrière les blagues, les références kitsch et les fusillades ramollos, on entend le discours du cinéaste, et on ne peut que le rejoindre : “Laissez les meufs tranquilles, bande de frustrés de la bite”. Facile. Mais c’est tellement lourd, qu’on ne peut pas s’empêcher de penser à Syngué Sabour, Wadjda ou même Jacky, qui dans leurs styles uniques, disaient la même chose en mille fois plus fort, percutant ou drôle.

Ici, personne ne percute. Surtout pas le héros, charismatique comme une poignée de porte, qui donne des leçons d’humanisme avant d’assassiner les méchants de sang-froid. Incarné par un acteur sans saveur, ce personnage jamais vraiment principal achève de percer le plafond du ridicule quand il drague son amoureuse en papillonnant des paupières, excité comme une pucelle devant un champ de navets.

Et on arrive vraiment pas à comprendre ce qu’elle lui trouve, Golshifteh Farahani, car au milieu de toute cette médiocrité, la future actrice que tout le monde s’arrache continue d’être excellente. Mais il faut reconnaître que son visage prend tellement bien la lumière, qu’il ne lui faut pas grand chose pour être hypnotisante.

S’il y a une seule raison de voir ce film, c’est pour la voir jouer du hang au milieu d’un paysage sublime avec un chapka sur la tête.

En Bref : Il ne faut pas aller voir My Sweet Pepper Land. Ceux qui le comparent à Tarantino ou Leone ont dû voir le film à travers une passoire. C’est un western terne, où des santiags sans swag jouent des muscles et de la moustache comme dans n’importe quel autre nanard à l’américaine.

Mais c’est quand même cool de voir le Kurdistan sur un écran : des montagnes sombres et sauvages ou les gens sont des Iraniens-Turcs habillés en Russes. Dommage qu’ils traitent les femmes comme des Saoudiens.

La crème de la crème. Polos et prolos.

Crème

Faut-il aller voir La crème de la crème ?

Dans les couloirs d’HEC, des hommes en slip glissent sur du savon.

J’ai essayé cinquante fois d’écrire autre chose, mais rien ne vient. Pourtant il y a un pitch, mais il est tellement con qu’il me glisse des mains. Parce qu’il est mauvais, certes, mais surtout parce qu’il n’est jamais crédible. En gros, c’est l’histoire de trois étudiants qui montent un réseau de prostitution à HEC.

Et ça cloche dés le départ, quand l’héroïne va tenter de convaincre une vendeuse de se taper son pote pour 40 euros. C’est pourtant la théorie qui sert de ciment au film : il suffit d’agiter un billet devant n’importe quelle vendeuse de Séphora pour la convaincre de se foutre à poil. Ou pour le dire plus simplement : chaque fille pauvre est une pute potentielle.

Bigre.

Pour muscler le discours, les scénaristes appuient leur démonstration sur des théories vaguement économiques. “Le marché est asymétrique”, “les investisseurs sont rationnels” et “toute chose égale par ailleurs”, nous récitent les personnages. Au loin, la bêtise du propos galope à fière allure. “EN FAIT c’est parce qu’ils sont le reflet d’un enseignement ultra-libéral où tout se vend” nous suggèrent discrètement les scénaristes, avec la finesse d’un troupeau de kangourous jouant au basket sur une cymbale.

En somme, le film condense toute l’intelligence de Kourtrajmé, le collectif le plus surestimé du cinéma français, dont le réalisateur, Kim Chapiron est l’icône (son camarade Romain Gavras dirige la deuxième équipe, malgré l’absence de cocktail molotov dans le film). Après avoir fait exploser des roux pour dénoncer la violence, voilà qu’ils tentent de dénoncer les riches en prenant les pauvres pour des cons.

“Les pauvres” justement. Lorsque le film se rend chez eux, le papa amorphe regarde la télé en marcel dans une cuisine en formica, pendant que les enfants boivent du jus d’orange dans des verres à moutarde. Image d’Epinal. Mais comment en serait-il autrement ? Malgré leurs faux-airs de punks rebelles, les réalisateurs de Kourtrajmé resteront toujours les “fils de” du cinéma français.

Alors quoi ? Le pire film de l’année ?

Non. Parce qu’il y a de la réalité, dans la description de la bêtise étudiante, parce qu’il y a de la puissance au fond des yeux de l’actrice principale, et parce que, malgré des dialogues dignes d’un soap de la TNT, il y a quand même du coeur, dans les histoires d’amours foireuses de ces mômes, qui jouent les cyniques par peur de tomber amoureux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La crème de la crème. C’est bête, réac, misogyne et radical comme un clip de Beyoncé. Lors d’un slow dansé sur Carla Bruni, le film cesse d’être chiant, pour devenir ridicule.

Mais au-delà de son pitch, La crème de la crème réussit tout de même à raconter une jolie histoire d’amour, qui n’aurait pas fait pâle figure eu milieu d’une saison de Plus belle la vie.

The Grand Budapest Hotel. Wes wing.

Budapest Hotel

Faut-il aller voir The Grand Budapest Hotel ?

J’avais pas envie. Pas du tout. Déçu par Moonrise Kingdom, énervé par l’éloge constant de Wes Anderson et jamais vraiment ému par la froideur de son style, j’étais double-perplexe.

A tort.

Wes Anderson plaît aux gens qui nous énervent c’est vrai. Parce qu’il est vintage, détaché, dandy et si démodé qu’il en devient branché. A tel point que l’on pourrait facilement l’associer à tous ces barbus qui s’habillent bizarrement pour nous faire croire qu’ils ont du talent. Mais c’est pas lui : contrairement aux hipsters qu’il inspire, Wes Anderson n’est pas cynique. Il y croit.

Son personnage principal a beau être un séducteur de vieilles dames, un peu malhonnête et foncièrement pédant, Wes Anderson le décrit avec des montagnes de tendresse. Et si tous ses personnages sont décalés, ce n’est pas une raison pour se foutre d’eux comme un Strip-Tease de seconde zone. Wes est là pour l’amour, il est là pour la joie et la poésie.

On ressort de son dernier film comme d’un manège à looping : décoiffé, hilare, un peu fatigué mais vraiment content. Le réalisateur assume : il ne filme pas pour discourir, mais pour distraire, pour nous emporter, sans pour autant se foutre de nous.

Résultat, le film se vit comme une grande aventure haletante : courses poursuites effrénées, comique de situation, évasions rocambolesques et héroïsme à l’ancienne. On est bien plus proches d’Indiana Jones que de Frances HaDe la belle distraction, au sens noble du terme avec une finition d’orfèvre et, parfois, au hasard d’un dialogue, une corde plus sensible, qui emmène le film vers les cimes.

Contrairement aux apparences, Wes Anderson n’est donc pas l’intello New-Yorkais que l’on a cru apercevoir : c’est Spielberg sans les oreilles de Mickey, un éternel enfant, avec une âme un peu trouble, une sensibilité débordante et une veste en velour côtelé.

On l’aime beaucoup mieux comme ça.

En Bref : Il faut aller voir The Grand Budapest Hotel. Il faut y aller en courant. Dans la veine de son fantastique M. Fox, Wes Anderson continue son mélange sensible d’absurde et d’aventure, en dirigeant au passage une partie des meilleurs acteurs du monde.

Eclairé comme une lanterne magique et accompagné par la meilleure partition du génie Alexandre Desplat, son Grand Hôtel est, pour l’instant, ce qu’on a vu de mieux au cinéma en 2014.