Tom à la ferme. Les foins de la mort.

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Faut-il aller voir Tom à la ferme ?

Tom est à la campagne. Il court dans les champs, il écrit de la poésie sur des napperons et il se fait péter la gueule. Le début de l’amour ?

J’avais promis d’arrêter de vanner Xavier Dolan sur son âge quand il aurait 25 ans, alors je ne ferai pas ma diatribe habituelle sur la précocité du cinéaste (mais quand même, merde !) Cette fois, le réalisateur a décidé de déserter les bars branchés de Montréal pour aller gambader dans le maïs. Il a aussi abandonné les néons (presque) et l’électro (presque) pour jouer sur les codes du film d’horreur. Par pitié, dites-moi qu’il a abandonné les ralentis ?

Non.

Mais il progresse. Dés le début, il est obligé de se filmer en slow-motion, marchant dans la boue en perfecto sur un symphonie violoneuse. C’est pas mal, mais on craint le pire. Parce que le problème des effets chez Dolan, ce n’est pas seulement qu’il en abuse, mais surtout qu’il les utilise pour se regarder le nombril : “Regardez, dit-il, j’ai beaucoup d’idées”. Sauf que cette surenchère nous sort souvent du film, au lieu de servir le propos.

En l’occurrence, Dolan a gagné en modestie (autant que faire se peut, lorsqu’on écrit, réalise et monte une histoire dont on est le héros). Il joue sur les codes du polar et du film d’horreur, cite grossièrement Hitchcock, mais en rajoute moins que d’habitude. A quelques sursauts près, on ne croit d’ailleurs jamais vraiment que c’est un thriller (tant mieux).

Et pourtant, cette fois, la réalisation ne consiste pas juste à faire le malin avec Final Cut : en effrayant le spectateur, Xavier Dolan joue sur les ressorts érotiques de la peur. Pris au piège, mais libre de partir, son héros se laisse prendre comme un lapin dans les phares. Et même si on voit venir l’histoire d’amour sado-maso à 15 kilomètres, il faut reconnaître qu’elle fonctionne.

Le film avance, et il dépasse vite nos réserves initiales. L’ambiance devient poisseuse, oppressante et la mise en scène offre quelques moments de cinémas formidables (une scène d’étranglement dans les phares d’une voiture, ou la magnifique crise de nerf d’une maman endeuillée).

Et Cut. C’est la fin. Forte, mélancolique et sèche. Presque au milieu du film. Sans discours, sans conclusion ni épilogue. Et pourtant tout est dit.

Brillant. Trois fois brillant.

En Bref : Il faut aller voir Tom à la ferme. Xavier Dolan pulvérise les codes du film d’auteur pour imposer une réalisation ludique, dynamique et perpétuellement inventive. C’est inégal, mais c’est hyper malin et c’est du putain de cinéma.

Dans le fond, c’est un peu L’inconnu du lac dans la campagne canadienne, sans le sexe explicite, la réalisation pauvre et l’ennui propre au cinéma d’auteur français. Libre ou pas, Vive le Québec !

6 thoughts on “Tom à la ferme. Les foins de la mort.

  1. Je suis sûre que si le Xavier était un vieux chauve obèse tu lui en voudrais pas autant de faire des films en slow motion dont il est le héros.

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